Insecticide

Assis en tailleur sur la table d’examen, je méditais sur le vide, affûtais ma vacuité dégueulasse que j’entendais vagir sans aucune prétention scientifique, sociale, ou économique pour ce monde déjà mort, tout ça en écoutant Dive de l’album Insecticide que je passais en boucle en mon for intérieur, comme Alex DeLarge avec son Ludwig Van Beethoven.
Elle était tombée tristement par terre sa crotte de nez, comme les hélices mécaniques qu’on avait greffé aux crânes des chimpanzés, les autres cobayes enfermés avec moi ; le laborantin ce tocard continuait malgré tout à me toiser de haut, fier de ses diplômes et de la petite vie de merde qu’il avait créé.
« Labyrinthique et tête-bêche » lui avais-je répondu lorsqu’il m’avait demandé comment je trouvais la mienne de vie. J’étais passé à tabac la nuit d’avant près du canal, les éboueurs m’avaient récupéré et je m’étais retrouvé ici, dans ce laboratoire dont les usages semblaient occultes.
Bien sûr, j’avais lu Sida Mental de Lionel Tran, le narrateur du livre me renvoyait sans cesse à ma folle lâcheté mais emmailloté dans une fourrure à col de lapin, je préférais largement vivre dehors dans la rue, ne pas suivre les stridentes sirènes du consumérisme frénétique etc.
A cette époque, le rationnement dans les établissements aussi bien publiques que privés était de vigueur ; pourtant, ce matin, avant l’entretien j’eue droit à mon café lacté, il me semblait qu’il fallait émettre un mot ou un geste de reconnaissance. Aussi j’acceptais sans broncher les questions obscènes et connes du laborantin, en répondant malgré tout à côté de la plaque. J’avais en moi bien trop de pulsions de mort délétère pour me livrer à qui que ce soit. Trop de fumées toxiques s’étaient échappées de mon crack quotidien : quand je me droguais, j’avais de furieuses envies de violer des grands-mères squelettiques, des filles laides à vomir intérieurement dévastées et paumées, de les enfanter ces putains du paradis et qu’elles accouchent d’un quintuplé de futurs SS.

Black insects

Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs. Cet ailleurs martelé après de longues nuits harassantes avait le don de réactiver cette vieille histoire : la nuit où j’avais vu passer dans un état second des trains de marchandise dans ces tunnels où j’errais.

Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs mais on devait faire appel à l’imagination. J’étais né après la période post-grunge et ma vie jusqu’à maintenant avait été une interminable incarcération dans ces tunnels.

Dans ces lieux, j’avais composé black insects, une chanson avec une mélodie lancinante, déchirante. J’avais longtemps rêvassé, m’étais inspiré des forêts denses de Lake District, des ruines des vieilles bâtisses évangélistes, des maisons de bûcheron aux clous rouillés et apparents avant de m’engouffrer ici.

Une nuit, les flics avec leurs rottweillers, avaient fait une descente pour déloger les adolescents frêles qui squattaient et fumaient dans les tunnels. Il y eut une surrenchère de violence et puis plus rien. Seule la mélodie de black insects résonnait encore, comme le cri de guerre d’une tribu locale, alors véritable esprit des lieux.

A l’air libre, j’aimais raconter aux journalistes que black insects avait été inventé dans un cimetière indien, alors que j’étais en transe : j’avais vécu une enfance éloignée de tout, dont les médias n’avait pas accès, ce qui me permettait de dire un énorme mensonge sans qu’on vienne me faire chier à ce sujet.

En vérité, tout avait commencé à ma majorité : j’étais fou de rage contre tout, contre les psaumes simplistes et dégoulinants d’amour fraternel de mon père, le pasteur du coin, contre ce faux recul bidon que les pétasses affichaient à mon égard, contre le racisme de ma province paumée envers les gens typés…

Bref j’écoutais In Utero en boucle et je me demande encore aujourd’hui comment l’heureux auteur de black insects n’a pas défrayé la chronique à l’époque en massacrant son environnement avec un fusil à pompe.

Aujourd’hui encore, on peut entendre des adolescents frêles, en chemise trop large et jean troué, fredonner black insects en pinçant les cordes de leur guitare pourrie ; et j’ai même appris dernièrement que des connards aux crânes rasés et aux couleurs nationalistes, dans leur pays respectif, se sont réappropriés black insects, la chanson culte de notre groupe, pour en faire un hymne nauséeux.

Au début pourtant, nous étions un groupe de rock, tendance plutôt boueuse : des amis qui s’étaient connus au lycée, plus proche de la laitue humanoïde que de vrais bêtes de scène. Il y avait encore de grands espaces à conquérir.

La liste des fantasmes

La liste des fantasmes comme une sexualité emmaillotée dans le laurier-rose ; emmaillotée dans notre cerveau comme un désir impénitent. La liste des fantasmes comme du plomb parcourant l’immense charivari des canalisations.

La nordique liste des fantasmes jouant aux osselets après l’éprouvante vivacité du pastel qui s’échappe involontairement de l’araignée propre-à-rien. La liste des fantasmes réinventée, synthétique : trop prosaïque pour être énoncée. La liste des fantasmes comme une destinée, un voyage alcoolisé en Amérique, une rentrée scolaire qui se déroule dans un suintement pestilentiel, en couinant, en se remplissant, en se rafraîchissant éternellement dans sa robe d’araignée.

La liste des fantasmes comme une description futuriste, enflammée d’un monde rongé par les marteaux-piqueurs ! La liste des fantasmes, comme un record à enregistrer, un sourire suggestif, vivace, qui s’épuise à se présenter et à se représenter.

La liste des fantasmes comme un improbable plateau télé surgelé, vieillissant : des fantasmes qui croupissent alors qu’un important élément fonctionnel manque à cette ruisselante liste mnémotechnique ; des listes, qui, avant de former des mots ou des pensées, déboussolent ces histoires trop longues, tranchantes, survoltées.

Des fantasmes sous le manteau, dans une bibliothèque fermée et obscure ; des fantasmes poudrés, injectés par la seringue : un électrisant avancement létal afin de soulager tous les formats spirituels. Des listes et des fantasmes scientifiquement noirs et occultes comme un implant dans le cerveau, dans ce cerveau ratatiné aux cellules grises disjointes.

L’épouvantail

En labourant les calamités des boules de cristal, l’épouvantail devait crever de rage alors qu’une pluie rouge giclait comme du sang. L’épouvantail, courant joyeusement dans la gadoue, mâchouillait l’esprit malveillant issu des marécages et des fossilisations sinistres, des ébrouements espagnoles sur ses lèvres dans le noir absolu.

Le stade de sa conception, à force de l’étudier, paraissait sèchement tendancieux ; sa froide conception en rase-mottes avec le ciel londonien comme un épiderme à parcourir, comme une lampe à l’abat-jour décoloré se balançant lentement du côté d’un château de sable ; sa belle conception comme les coutures d’un fauteuil victorien, tressautant comme les seins de la petite paysanne qui l’avait monté en kit, remplissait tous les écrans de cinéma, ouvrait l’application Twitter pour les enfants, son impétuosité noire grimpant à la corde pour déloger les dieux désastreux.

Ecrasant sous son rouleau à pâtisserie les civilisations qui se nourrissaient de sa paille, l’épouvantail avait aussi détourné la lumière oblique, au duvet soyeux, au sourire mécanique, de ce soleil d’octobre. Ses os craquèrent alors sous le poids des odeurs incendiaires, sous l’implacabilité du métal et des équations à peine résolues, ses os s’introduisirent comme des bâtons de mikado dans mon univers.

La table de la cuisine

Cotoyant toute forme d’association par sa seule temporalité, la mythique, l’ensanglantée opération du avait déclenché la colère des dieux : ces colosses avec leurs têtes d’enterrement définitivement liquoreuses comme du sirop, en jetant mes scénarios pas très folichons à la corbeille, provoquèrent la séparation du ciel et de la terre. Séparation délimitée par la table de la cuisine que les dieux firent éclater avec leur hache parallèle.

Un hibou des marais revint en force le lendemain pour assainir les lieux. Je vis aussi des spectres prendre le départ pour un rallye qui devait se terminer au fond de l’évier. L’évier délivrant un message de vie éternelle, il y avait aussi ces odeurs flamandes de grandes juments ; ces juments qu’on pouvait trouver sur le radiateur des voitures de luxe comme emblème.

Il y eut aussi comme filmée en super-huit cette expression vaguement mélancolique qui fila aussi rapidement qu’une comète.

Cotoyant toute forme d’association par sa seule temporalité, le mythique, l’ensanglanté capharnaüm d’un chiffre confortablement expansif surplombait la table de la cuisine. Sur la table de la cuisine aussi, des stratifications d’interprétation architecturale et d’autres conceptions assez barbares comme les tours du bourreau à Strasbourg, en Alsace.

C’était vraiment chouette.

Théologie du Feu

Deux hommes pendus têtes-bêches à l’entrée de la demeure de Satan. Pour que la Théologie du Feu perce au-dessus de la surface il faut ranimer la braise qu’ils vomissent : Marcello, comme un fougueux Dieu Inca, essaie inlassablement de faire grandir le Feu en soufflant ; c’est le plus parfait des Théologiens du Feu. Même dans leur partie la plus inférieure, les limbes infernales qui ont conçu le Shining Project brûlent sans jamais manquer de combustibles : tout est organisé autour du Feu.
Aujourd’hui les lambeaux du Shining Project ont engendré une entrée dans la timeline et déjà Marcello suffoque, un goût de métal dans son épiphyse… Labourant les entrailles de son subconscient comme bercé par la chaleur humide qui régne en son antre, ce goût de métal agit en calmant la douleur, ouvre l’application Twitter, recherche dans les entrailles l’odeur rouge, mélancolique qu’elle exhale… Sur le carnet de Marcello, dessinée au fusain, la représentation d’un enchevêtrement de fils électriques, noués au cou d’un personnage comme une corde, promet d’élégantes révolutions… et la refonte du système en pièce détachée !
Comme cette virée aux Enfers procédant par petits chocs télépathiques, les disques durs accueillent ces élucubrations en les ajustant avec leurs poussiéreuses archives, on retourne soudain à la case départ !
Sur le papier trempé de chagrin, en suivant les sinuosités des lignes expliquant leur démarche, ces machines infernales font tomber des copeaux de flux migratoires, en éloignant encore davantage Marcello de son pôle local -son lieu d’origine.
En dépit de la lumière, dans la nuit, dans ses hémisphères cérébraux parfumés du grand lys royal, les questions s’accumulent, profitant de l’inertie actuelle qui sature bruyamment là-bas.
Retranché dans sa thébaïde, le raisonnement de Marcello se répand en vaine chaleur en retrouvant la conception originelle du sens de la vie qui l’avait tant éloigné de la réalité.

Le Navigateur

La lumière tremblotante, la lumière de ce monde en silicone noir, a été jetée aux oubliettes. Dans l’obscurité, doucement, l’historique de mon navigateur hésite encore : des sites virtuels, avilissants, viennent se perdre au milieu de tous ces algorithmes générés par l’étrange logiciel. En éteignant pour de bon la machine, j’aperçois la chandelle oubliée, cachée, puis retrouvée, en l’honneur des défunts.

Ce sont d’abord des ébénistes émergeant de l’obscurité en remontant une ruelle pleine de lumière, aimanté par le plan fixe, perpendiculaire et délavé, tantôt visible, tantôt perdu à nouveau, de la bobine 5 : un remède à l’antique initié par les symboles sorciers.

J’ouvre alors le tiroir de mon bureau et trouve aussitôt une enveloppe contenant un tirage de photos floues, en noir et blanc. L’enquête peut alors commencer.

La suggestion d’une forme pend à l’extrémité d’un câble, le néon vert titulaire, hésitant et entre parenthèses, cherchant une étendue de récit encore vierge. La texture du somnifère devenu « impure » glisse lubriquement et dangereusement sous le vent affligé et persistant.

Au Carnaval de la Grande Comédie !

En jetant des scénarios folichons à la corbeille, tous ces mondes celtes tire-bouchonnés suivaient mes pensées mélancoliques ; sorcier africain en mal d’horizon, j’étais adossé à un arbre, incandescent, et sciemment j’actionnais les pattes des fourmis, fasciné par mes proies.
Plus tard, sous la demi-lune, mes textuelles escouades se résumaient à un refrain fredonné dans la nuit.
Les forces spirituelles guidaient mes pas, je savais que je franchirais un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, je n’avais plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent ; j’entendis soudain le cormoran des limbes appeler mon nom…
Au Carnaval de la Grande Comédie, au cœur de ce remue-ménage, à l’heure où tout allait s’enflammer, je vis le parfum d’Esmeralda s’immiscer parmi les phosphorescences médiévales ; l’héroïne de Victor Hugo et sa chèvre Djali dansaient sur un tas d’ordure. Les passants, comme les soldats, la langue pendante, admirait ce striptease qu’elle effectuait parfaitement, et à mesure qu’elle se dénudait, le Grand Inquisiteur Clopin Trouillefou qui avait mené le cortège courroucé devant le Bûcher dressé pour l’occasion, perdait peu à peu son latin.
Installé confortablement dans son écrin de velours, depuis sa Chaire ecclésiastique, Monseigneur Le Cardinal Frolo scrutait les moindres mouvements et formes généreuses de la petite bohémienne.

Dérisions doctrinaires !

Le trajet circulaire de l’abrupt taoïsme refroidissait toujours au soleil. Comme les bananes ou les Ailes de ma Rolls

L’écho de leurs sons effleurait des pylônes. Des sortes de femmes immobiles

Qui se couchaient jusqu’au fond du ravin à notre passage.

En chemin je réalisais un poème pour Malory, cette mélancolie qui devait bien sûr perdre la foi

Avant de rentrer chez elle, avant de retrouver l’obscurité déformée

Par tant de dérisions doctrinaires 

Je pensais aussi aux couleurs cachées sous son tablier noir qui prêchaient religieusement le silence :

• Rouge : une blessure d’encre comme vague icône, qui venait s’ajouter aux essences originelle

Bleu : une peinture murale qui m’étreignait sur son épaule épurée à force d’amours éreintés

Cependant, se brisant brutalement à cheval sur le temps

A la vue de ses couleurs comme des impasses parallèles

j’avais frémis devant leur froide lumière égarée…

De l’autre côté de la pipe d’opium !

De l’autre côté de la pipe d’opium, elle était là, pleurant ses larmes de caoutchouc, avec ses seins nus tressautant ; des larmes qui prenaient pour tremplin les miroirs brisés de sa chambre à coucher.

Des larmes qui avaient fait naître des avortons ; des avortons crachant de la lave sur des sentiers ombrageux, des avortons récoltant depuis le fond sans fond de leur esprit de nouveaux horizons, s’engouffrant à travers son magnifique kimono à étreindre…

En serrant les mâchoires, ça jaillissait par le nez ; à la longue, à l’usure même, ce qui émergeait de ces petits geignements, c’était un enchevêtrement poussif d’associations dénuées de sens : des grappes de couleurs fastueusement temporaires, facilitant un réseau de possibles, un réseau de romans en attente.

De l’autre côté de la pipe d’opium, à la longue, à l’usure même, elle se cambrait de douleur, ma douleur, s’arcboutait dans son lit et tout était en feu : un feu d’origine glaciale brûlant des bris de poèmes transformés pour l’occasion en une armée nomade.

Echancrures de l’Oreille Coupée !

Tout d’abord, une altitude rouge et fumeuse dans les yeux de la Geisha : être entrainé à la dérive, langage dehors, désir d’erreur et dérision : filmé par la caméra, je dérive et toi tu ris des histoires que je laisse traîner comme seules fricatives avant l’aurore.
Une progression à la Vilnius Poker qui, à la lumière des rides, automatise les pages du livre.
Géométriques et passives les ridicules rivières de sang ralentissent l’orée et l’irascible déréliction ; après de rudes épreuves en silence, j’ai renoncé à mon antique sagesse, à l’austère maîtrise de moi-même.
La solitude : des chaînes de givre, des tableaux de famille que la foule refuse de regarder, des questionnements édulcorés à l’arithmétique qui embaument les lèvres de la Déesse de Cythère. Alors dissoudre, dissoudre la couleur somptueuse de l’invraisemblable.
Le petit rire qui fait tomber la jupe mandarine : romanesque excès.

Au-delà de nos cités mystérieuses, alors, à l’heure érudite des rois couronnés, nous relions indifféremment les énigmes du cœur, écœuré de trop peu reluire :
L’os de craie magique et l’histoire de tous les délires, je les croise avec l’étreinte imprégnée, avec l’adoration des idoles, avec les rituels runiques dotés d’artefacts éreintés et d’écrous hilares. Des fables se dénudant le long de sa charpente osseuse, lorsque l’obscurité de ces mots susurrés tomba soudain en pluie sur mon système de fouilles archéologiques littéraires…

Entre mes tempes, la belle et dangereuse impératrice avait auparavant isolé ce côté viandar qui crépitait sur mon mufle. Coulant à flots perdus, le sang de cette femme à présent à genoux remuait ma moelle onirique. C’était, en fin de compte, le tempo lent et ondulant du jazz qui s’autofécondait sous l’autorité de John Coltrane. La lumière tremblotante, la lumière de ce huis-clos en silicone noir, d’une chanson à l’autre, ressemblait à une soupe de clémentine se muant en mousson asiatique.

Une étrange vision certes, qui allait retomber dans la Fosse Noire, en enlevant le sens religieux des mots, et pour chaque verbe les démantibuler de leur douceur originelle.
C’était pourtant le même monde, ce monde où de fastueux échos voulaient s’approprier quelque chose de neuf.

Ainsi, s’étendait face à moi un chemin lumineux et tranquille, et pourtant encerclé d’une multitude d’iniquités, pour ainsi dire une simple suggestion de chemin où je glissais sur l’asphalte rugueux, à la lueur d’un DeepKiss de série B.  L’humble frou-frou guilloché des billets de banque se répandit à cet instant hors de mes poches. J’avais affligée la monnaie de pensées très tendres ; je me tenais raide comme le cierge d’un court-métrage revisité.
Quelques temps auparavant, à une époque où était apparue la naissance du récit, de mon aventure mais aussi de mon terrain de chasse, j’avais préparé un café bien noir, et la Geisha, au réveil, m’avait adressé un sourire éblouissant, sein pointant en avant de manière tout à fait classique, robe de crêpe pourpre tendue sur son corps.
Toujours en imitant la mélopée du bonheur, elle cherchait une issue métaphoriquement vouée à l’échec.

Une porte de sortie égarée étrangement dans la noirceur fringante des nuits d’hiver.

S’étaient installés entre nous les ténèbres de Babylone où régnait un bric-à-brac kafkaïen, alors seul maître des lieux.
O l’Amère Clair de Lune Taoïste qui suivit ! Vouée à sa brûlure acide et creuse, l’impératrice japonaise surgissait du silence jusqu’à faire coucher la césure usagée de chaque vers. Cependant, malgré ce labeur déroutant, je percevais une structure logique à l’intérieur de ses textes.

« Pour guérir, comprendre n’est pas nécessaire. » Elle avait coutume de dire. Et j’étais d’accord avec ce point de vue, que je prenais parfois pour un indice, d’autres fois pour un inachèvement.
« Hâte-toi, à chaque opération mentale, de rattraper la dernière correspondance et te retrouver ainsi au fond de l’impasse, et, et seulement si tu arrives à recréer en imagination la fugacité de cet instant, découvre-toi une nouvelle passion pour la spéléologie hiéroglyphique en voix d’extinction » ; je ne comprenais guère ses paroles ésotériques mais je n’osais lui poser aucune question.

A la fenêtre, elle me regardait partir et suivre un tracé logique vers ce clair de lune taoïste, cette lueur qui semblait tellement venir d’ailleurs, aimantée par le vide sidéral et chaotique de La Fosse Noire.

La lumière au large de son appartement commençait à dériver, et ce fut ainsi, de l’autre côté de  notre pipe d’opium, que les noires inversions des cités légendaires restèrent en bas, en perçant le cuir et l’humeur du thé noir, pour en faire des quartiers d’oreille-coupée.

Des anneaux rouges à la place des boucles d’oreilles traditionnelles, la Geisha Van Gogh avait la fâcheuse habitude de choisir pour domiciles célestes des lieux intrigants, des lieux certes riches en perspective poétiques, mais, désespérément, source d’emmerdes longues comme des tentacules.

Enfin la magie vaudou avait disparue dans l’indifférence générale, après une nuit blanche particulièrement destructrice. Je demeurais Ici, entouré par tous ces mystères, la lumière du jour étant filtrée par de lourds rideaux aux crochets, grenue elle tombait sur une multitude de visages sans noms qui ne connaîtraient jamais hélas la conjoncture du rêve.

A mesure que les diverses teintes du crépuscule apparaissaient, silence après silence, je la dessinais dans un maillot d’une blancheur immaculée, pieds nus avec une petite chaîne autour de sa cheville droite.

Voilà où nous en sommes.

Une femme s’endort sur un toit, c’est la nuit ; un oeil clos l’autre ouvert et le grammatical téléphone à côté. Dans la soie noire de la suie, elle s’octroie du temps libre. Au commencement est née alors la dormeuse, la cheminée et le monde de la force l’ensevelie sous les cils et les rayons des étoiles. Son rêve ? du zinc oxydé, une palette de négations sous la huée imaginaire des hackers, un moutonnement oriental !

Un moutonnement noir : jeu de cartes de Poker enduit de lissage, quatrième de couverture aux horizons boursiers quand la pluie acide allume alors les abîmes hallucinés ; Black-out de la voie lactée : petit tableau de ballerine ou  petite télévision où l’on peut suivre des histoires de petites filles, d’écolières retrouvées le cartable sur le dos, un grand sourire en posant leur question idiote.
Son idéal ? Le meilleur terreau pour cultiver de pommes de terre à même l’écume, le seul et unique attribut du sujet utilisé et copié par tous les satellites, au-dessus du Tibet
La musique qu’elle fredonne pendant son rêve ? un suçotement de bleuet taillé dans l’extase synchrone, à la place du géranium conventionnel.
Et le contenu de son futur bol de café lorsqu’elle se réveillera ? Des sensations saccadées, l’expression euphorique d’un amalgame de distances contrariées, communicatives et presque cauchemardesques.
Mais les lumières, comme déjà ossifiées par tant de rêveries, au large de son île onirique, mais toujours sur le toit, commencent à dériver, sans rendre ces bribes de zigzags pourtant recherchées ardemment et même sans se douter une seconde qu’elle va enfin débarquer là où se déploie leur célèbre contre-jour : de l’autre côté de la pipe d’opium où les noires inversions des cités légendaires se jumellent avec les photographies instantanées : voilà où nous en sommes.

Bobine 1 : Cassandre !

Timeline, étendue au sol, baba nu et en l’air, sans jamais imaginer les ténèbres et le mystère et l’éventualité de notre rencontre dans l’éternité… ce fut d’abord, le tissu plaqué sur mon visage, qu’une équation à double inconnue, en allumant le ventilateur dans la chambre torride et en insérant un déclic dans mon oreille droite, dénuda dans les yeux de Cassandre un impact émotionnel radical. Un impact émotionnel radical qui correspondait chronologiquement aux liasses de billets froissés, ou à la double bague de la houle en or blanc que je venais de lui offrir.
Et pour enrichir son imagination, un dimanche de Pâques, elle fut bercée cette starlette comme un oiseau tombé du nid, un lapin en peluche entre les mains. Avant les fricatives de l’aurore indisciplinée qui classèrent par liste impaire ses multitudes de visages, ses disciples s’agenouillaient, la verge engorgée, en lui offrant un jaune canard vibrant ! Et alors, en trémoussant ses fesses sur une chanson de Bashung, la maîtresse dominatrice était née : la colère en première ligne pour la succession de cette diablesse et la guérison ultime de son karma comme dernier script avant de plonger délicieusement, avant de tomber miraculeusement, avant de s’abandonner dans une filmographie pornographique.
Une montagne d’or avait été déposé par un océan d’inconnus, conformément à ses indications ; indications qui affectaient sa stricte éducation d’antan sans pourtant faillir ou défaillir.

Quand elle revint, déstructurée, entourée de caméras, de perches, de projecteurs et de ses ombres chinoises vertes et pourpres… Quand elle revint, dis-je, de ce pays où seul le Bouddha énonçait ses erreurs de jeunesse ; c’était pourtant le même monde, ce monde qui se concentrait uniquement sur son état d’esprit… Ah Cassandre !
Cassandre ressemblait aux bruissements des étoiles qui venaient installer leur atelier de cookie au gingembre dans nos greniers, Cassandre jouait aussi les sonates de Beethoven et Beethoven alors huilait les rouages de cette machine, de la taille d’une clé USB, pour lancer un nouveau djihad ou de nouveaux auteurs référencés. Pourquoi dans cette machine démesurée n’y avait-il que des étendues d’articles synthétisés et pas le moindre sens mnémotechnique ?

Le goût du vrai chocolat

Le goût du vrai chocolat mordait la poussière en nous cinglant de sa langue comme il nous cinglait avec le fouet, et à chaque coup qui trempait dans le café créole, ses souvenirs d’horizons yéménites paraissaient gonfler notre sac à dos.

Je posais un petit poutou sec sur le dernier carré de chocolat : il était brûlant et semblait se distendre davantage, en couvrant de cloques, cette fois, la lettre, le seul poème que je lui avais écrit. Le goût du vrai chocolat, comme une larme se noyant, s’adoucissant un tantinet dans le grand océan des spectres futurs. Ces spectres qui avaient hébergé notre trésor de guerre… Le goût du vrai chocolat avait fait du zèle en formatant définitivement et radicalement nos aventures amoureuses entre cabines téléphoniques ; cabines téléphoniques qui avaient développé cinq consonnes et deux voyelles de la gamme anglo-saxonne tandis que le chocolat dégoulinait sur le porte-bagages de nos vélos.

L’âge mental de Némésis se définissant comme les dents blanches éclatantes des étoiles polaires.

Le goût du vrai chocolat en noir sidéral et en or rose veillait sur nous, il s’adaptait vite et bien à notre vie lyonnaise.

L’art du Zen et de la soif Australienne !

L’art du Zen, en bouffant de la Lysopaïne au goût classiquement mentholé, convoitait le plan des kaléidoscopes cyniques.

En écourtant de courtes et confuses respirations, tandis que les moteurs de la fusée de Babel qui décollait, vrombissaient ; seules les silhouettes de ses Bouddha, sur une planète qu’elle ne connaissait pas, se renouvelaient en pure perte : allaient-elles reprendre le cours d’une vie ordinaire ?

Sur le carrelage froid de ma cuisine ou le sol natté de ma chambre, ou encore sur une vieille chaise de glaises et de fanges séparatistes, elles tentaient de se libérer des anciennes complaintes, comme un mal de chien à travers la membrane de son existence, comme un capharnaüm de sapin mourant de soif : la soif d’un cauchemar australien et saumâtre, la souveraine torture australopithèque !

Munchkin Maldonne

Il y avait, avec une lumière au front pour éclairer sa pensée latérale, et comme enlacé à cette peau de crocodile que j’avais revêtu du haut des immeubles, cet orang-outang qui me confiait enfouir son sexe sous l’écurie en ruine des génisses de son manoir. Mais il y avait maldonne : maldonne d’abord pour ces quatre tours d’immeubles, où j’avais semé des larves de reptile en mutation, qui s’effondrèrent sous nos yeux ; maldonne aussi pour cette écurie, où dansaient les opérations impaires du dé, de ce jeu aléatoire, qui prit feu sous l’effet des cent soixante huit cartes en robe d’araignée aussitôt déballées ; maldonne encore pour nos feuillets, s’étirant en règles formalisées et réinventées jadis sous la cloche de l’église, qui finirent en papier toilette ; maldonne enfin pour cette cloche qui sonnait autrefois la mort des ténèbres aux rires jaunes, et qui se fendit sous les cris acérés de nos playlist grunge. Elle sonnait aussi l’ordination de la sacro-sainte heure de la soupe aux choux lorsque le jeu de cartes Munchkin comme un souffle haletant de voleur en cavale, fut chauffé au contact de cette champignonnière de morpions en liesse.

« Ce n’était pas un événement très important » ainsi me dis-je en défaussant mon armure et tous les objets ululants portés sous ma ceinture, attisant le poêle qui s’éteignait par trop de distances entre leurs déserts intergalactiques ; je me souviens aussi, après avoir découpé intégralement Les Aventures de Lucky Pierre, pour les mêler à ces nouvelles règles du jeu Munchkin 2.0, que les femmes se signaient dans la nuit indécise… Peut-être à cause de cette malédiction toujours active qui me fit rouler sous les tonneaux dans la cave à minuit alors que le souffle noir du Munchkin couchait Béryl sous les fougères du jardin de son manoir normand : c’était la veille du jour chrono-sensuel du D-Day quand les mercenaires morpions débarquaient pour contrer le mal s’empirant chaque jour, le processeur de son disque dur qui marchait au diesel  liquoreux étant assiégé.

Alors, la nuit étant tombée depuis des lustres sur les sommets silencieux des icebergs se formant dans les douves de son manoir, j’entendais le cormoran des limbes appeler mon nom jusqu’à ce que les morpions gémissent d’une égalité de dé.

Ainsi le souffle noir du Munchkin l’avait couché sous les fougères du jardin de son manoir normand, sans que je m’aperçoive que, leur matrice encodée aux lance-flammes, elles avaient été repeintes les cartes du jeu, au rouge sang, idéalement polarisé dans toute la contrée : même le réseau mobile soumis au libre-arbitre de leur SMS avait été brouillé par leurs listes de personnage haut en couleur, leurs mouvances ensongée, mise au pillage.

Dans les parties les plus sombres du manoir, une kyrielle d’étages silencieux remuait leur halo mystérieux de sagacité par la queue du diable ; et tout autour de leurs colonnes corinthiennes la vigne folle, irréelle que nos génisses broutaient pour leur qualité limoneuse…

« En secouant la flamme blanche des bougies sur le papier en sanskrit délavé, alors sous les angelots noirs gravés sur la anse d’une marmite pour pot-au-feu, et en réinjectant sans cesse leurs attitudes assortis par cut-up, ces parties de jeu nocturne sauveraient nos corps et nos âmes d’une contamination indicible. » ainsi lui dis-je tout de go et en sanskrit !

En rejoignant aussi l’altitude enfermée dans leur seau d’eau ossifiée, ils se réincarneraient peut-être comme cette étrange famille de morpions démoniaques grouillant autrefois dans la cuvette d’un glory-hole.

Je suis un sauvage

Avant de faire lovely-love dans une pénombre en silicone noir et découper les oreilles gelées et anticiper le fonctionnement de la Cora-Hummer 7 qui fabrique des histoires, je suis un sauvage, un aborigène jouant des variations A Capella ; des variations qui, le foc déferlé, fait s’écrouler les navires contre les vagues.

Je suis un sauvage, et mon unique communauté est une faille vêtue de cuir noir canonique, une faille dans ces événements que je fais progresser chronologiquement sous la coque effervescente de ces navires. Je possède une barbichette comme un slip qui s’effiloche, je détiens la faille de cette barbichette imprégnant les cervelles comme une imprévisible douleur ardente.

Je suis un sauvage, un poète effacé par toutes les bobines cinématographiques.

Décapotable Verte !

Des juxtapositions de triangles imparfaits, sanglés au chagrin de la nuit, qui se déclinent sur un carnet de croquis selon un corpus pathologique par trop de suppléments ; je délimite leurs territoires en nouant leurs émergences au flash siffleur d’une marche ésotérique : ce sont des pensées latérales qui font jonction avec toute cette incohérence, ce non sens frénétique veillant sur moi, ce sont aussi des pensées fantaisistes qu’on manipule sans lever la tête, sans être capable de toucher les seins de cette poupée de porcelaine ; la polysémie de leurs énigmes et de leur corps irrigue le néant.
Elles ne sont jamais revenues, de là où je suis : Obsolescence sans la dominante fondamentale des polygones astronomiques…  lévitant entre les eaux et la liqueur céleste, je ne vois rien, l’immersion les noie dans la pénombre presque syllabique : c’est le début de la fièvre, d’un temps révolu pour les poupées de porcelaine.
Enfin, avant de fuir,  je laisse un petit billet doux à la guerrière fougueuse : c’est l’addition grunge qui a été chauffé par le biais d’une drogue de synthèse, mélancolique ébène brûlant dans le moteur de notre décapotable verte.

Variation sur Marilou

En colorant les bulles polaires de comic-strip avec un sentiment d’appartenance, en grattant toutes les abominations métaphoriques d’une allumette, elle venait d’anéantir tous les styles, tous les genres littéraires…
Tandis que je revenais des salles occultes de Mah-Jong, elle avait été démasquée son antarctique et arctique iris absinthe ; en codifiant le zip de toute poésie, Caroll Lewis vivifiant le lot en les désacralisant : elles avaient l’air pacifique du Pacifique ses volutes miraculeuses et compliquées de sèches au menthol !

En vérité, cette complication n’était qu’apparente : une pure fiction émotionnelle, voilà tout ce qu’elle représentait pour le poète du Vingt-et-unième siècle.

Poésie !

Poésie hirsute et tignasse en bataille, en poursuivant tous ces fichiers corrompus lors de notre passage du Virtuel au réel, j’associais à la perceuse des idées labiales et proposais à Béryl une liste exhaustive de mon voyage en Amérique méridionale :
– Des mouvements d’affaissement se purifiant comme toutes bonnes histoires
– le plus grand des hasards, en se brisant par trop de labeur aléatoire, de possibilités comme un jet de dés à l’aide de nos deux mains s’étreignant sous nos deux salopettes
– Des mines d’argent, noires de craie, de gravier et de caillouteux humus se transformant en pistes de fortune sous leurs labours montagneux
– Et enfin, à mon retour sur Lyon, je lui racontais comment, sans argent, j’avais réussi à regagner notre havre mnémotechnique où elle m’attendait fiévreusement

En bésicles de peste !

En bésicles de peste sur la voie publique, sur le boulevard des hors-paliers 
 
D’abord, il y a comme cette Belgébeuse, comme cette étoile en virée pour du tapage nocturne et bien urbain, cette rêverie que je rêve secrètement de rosser à mort pour penser aux si belles, si moches choses ; tôt devant mon café, comme en goguette, dis-je, pour toutes les abominations métaphoriques ou réelles qu’on peut puiser d’un halo de mystères, d’un rond stylisé de sorcières alchimiques qui prient, envoûtent les petites gamines en planche à pain, sous nos fenêtres, à l’angle de la rue Caspienne et du boulevard Borges.

Elles donnaient, nos fenêtres, sur une place, ou sur le toit du monde, ou bien encore sur une nouvelle ville sainte, je ne sais pas ; tout ce que je sais c’est qu’à l’heure où l’on fermait les usines, histoire de se faire la malle, nous entendions s’éteindre à petits feux le célèbre carburateur Zénith à qui nous devions tant de chevauchées. Tant de chevauchées fantastiques à travers l’agitation débile des foules occultes, en bésicles de peste sur la voie publique tandis que le néant, comme sidéré par leur souffre, court, semblant échappé de Vilnius, jusqu’à leur radical… en montant toujours vers le saint des saints zonard, leurs cendres de jadis, leurs  nombreuses fêlures, et toutes leurs incisions au verre tranchant, aiment bien foutre la merde avant de partir pour de bon : tant d’éclats de voix pour rien ! et tant de bastons entre chiens bâtards et consanguins pour des enfantillages d’enfants qu’on devrait pendre aux embranchements capillaires !

Comme toi dévêtue, comme le morpion de notre Munchkin, j’ai attrapé le virus qui se trouve -sensualité toute tressée- à l’emplacement même de tes tresses imaginaires : une cascade où je m’écrase alors sans pistes de fortune… Et pour la Fortune : des clous ! Il faudra attendre et repasser.
Sa matière fécale, à cette Fortune qui nous résiste, a le goût spirituel, mais simple et funeste de ma veine tailladée ce matin bleu nuit, cette matinée en bleu de travail nauséeux !

En s’approchant d’un peu plus près, on pouvait voir qu’elle peignait des pieds, ces racines alchimiques et je baignais alors dans les labours montagneux de ses couches de peintures flamandes et de leurs trous béants : des éclats de vie comme son corps volcanique et tandis que ses univers ruissellent le long de ses dessins bientôt effacés comme les ellipses de glaises barbotant à la place des deuils, j’écrasais leur piste de fortune de mes galoches encore boueuses ; ensuite comme un appel vers l’au-delà ce fut le tour des cartes du Munchkin de nous frapper de bannissement : malédiction de leur lueur expérimentale au fond de la caverne, au fond de la bobine 4 toujours inachevée.

Et inachevées aussi étaient leurs forces qui tempêtaient dans nos crânes par une rivière de fils téléphoniques ! 

Les insectes dans le cerveau

Les insectes dans le cerveau refaçonnent et détaillent le lieu qu’ils ont fait exister. La bouche grande ouverte, comme pour recevoir l’hostie, a fait entrer les insectes ; les invertébrés à l’intérieur du cerveau, comme absorbés par ce cosmos, rendent l’exploitation de ses neurones assez complexe : il faut, pour extraire une pensée, pomper au fond des strates cérébrales, comme si il s’agissait d’un fossile.
Le cerveau : un lieu étranger où les insectes malheureux, malhabiles, paraissent ridicules par rapport au nouveau fonctionnement de protection qu’ils ont adopté.
En réalité, elle a de nouveau perdu conscience, la victime ! Résultat d’un forage sauvage, sans aucune délicatesse ; des millions d’insectes la regardent à l’intérieur d’elle-même et gardent farouchement leur gestation : quand les chirurgiens tentent de les déloger, ils s’aperçoivent rapidement que leur gants, puis leurs mains, sont couverts d’acide hautement corrosif ; et la victime éveillée dans son lit hurle encore plus fort que ces docteurs. Elle hurle qu’elle va mourir. Et pourtant, oh mon dieu, elle ne meurt pas. Pas encore. L’agonie ne fait bien sûr que de commencer, il faut l’honorer cette douleur sans laquelle rien n’augmente ni ne diminue.
Quelque chose explose dans ses os et dégage une puanteur si forte qu’elle semble briser la chaîne moléculaire du vice.
Peut-être que la torture n’a pas de fin, se déroule selon une extra-temporalité qui nous échappe. Mais personne ne veut abattre cette jeune femme qui passe ses jours et ses nuits à endurer, à cuire intérieurement.
Les examens continuent. De son côté, la douleur ne reprend pas : elle est la continuité incarnée tout simplement. Comme un être indépendant, qui fait pourtant partie d’un tout, qui est consommé par cette globalité mais aussi qui l’entretient et la nourrit.

Ce rail d’encens qu’on lui avait promis pur et extatique, était peut-être de trop.

Le Physicien contemporain

En ajoutant l’amalgame de leurs courbes, les formules mathématiques étudiaient l’arc pensif de ses sourcils ;
Je jetai un coup d’oeil sur son bureau : chapardée par grand vent, il y avait une lueur ambrée et frissonnante qui, comme une intersection de coton, vint blêmir le papier jaune de la tapisserie jusqu’à nous mener à travers d’autres courbes, davantage voraces, hargneuses, impures.
Sur le côté gauche de son visage, le rictus des gargouilles de pierre et sans doute également le côté droit invisible ; et sur un signe de tête il appuyait ses paroles tandis que je couvrais les feuillets de curieuses figures géométriques.

Ainsi, en mélangeant le plâtre et le diesel alchimique d’un pot-au-feu ésotérique, comme un ineffable mystère, nous avions allumé ensemble une cigarette.

Des poignées de Soleil Vert !

Traînant à leurs suites les serpentins de leurs braies et cottes de maille en lambeaux, des poignées de Soleil Vert fascinant comme aiguillonnés par les cris des sauvages locaux chaque fois qu’elles hésitaient à continuer la route, en dorant le sol natté de ma chambre, s’avachissaient aussi sur mes chaussures noires :  des informations qui étaient purement numériques pour la Géosphère des ténèbres, en s’enfonçant toujours plus loin dans leurs matrices chiffrées excessivement à l’excès.

Ainsi, leurs graphismes maléfiques se combinaient monarchiquement, diffus et disjoints, de rouge crépusculaire, en caressant le poil sauvage de leurs électrons, et par leur photosynthèse s’effaçant instantanément dès qu’un intrus tentait de leur barrer la route, jusqu’à bâtir, par leur seul représentation mentale la nacelle en carton d’où je m’échappais avec les créatures et laissais tomber ainsi mon milk-shake dégoulinant sur les branches de l’arbre cure-dent !

Courant d’air bouddhiste !

Des courants d’air, aux battements conjoints, qui remplissent des fontaines ; des bouddhas, aux intentions absurdes, qui s’apprêtent à envahir les plaines arctiques ou antarticques ; des épingles, du papier, une lune livide et lexicale qui descend jusqu’aux grands cèdres dématiéralisés, et la nuit comme le jour suit son cours ; les bouddhas qui ne peuvent suivre le rythme endiablé de mes nuits, ont paré le lieu où je cherche encore une idée, perdu dans les schémas et les brouillons de la Cora-Hummer 7, d’une aura singulièrement spirituelle.

Ces courants d’air, formant un monde très cinématographique, correspondant à un numéro lui-aussi imaginaire, emmaillotés ou criblés de lierre, ils génèrent dans les cocons, qui partagent les mêmes souvenirs déchirants, les défauts et les failles et tous les crashs des disques durs, internes comme externes.

Avant de sombrer ici, dès l’entrée du donjon, en avivant un agréable goût d’encre de Chine, leur poudre noire pleut doucement dans les souterrains du métro ; le long de la vigne, chargée de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, perdues au fond de leurs liaisons et lésions maritimes, l’architecture de son ADN se perd elle-aussi au fond des cendriers, mémorisés par quatre, des écoles occultes ; le lieu : un pont qui court entre les deux banquises, un pont qui conduit aux grands phoques, qui réinvente le mardi-gras ; une représentation mentale, placée à fond-perdu et en listes mnémotechniques, afin d’exprimer ce shaker binaire et matriciel, produit par le tourniquet séditieux.

Ah, Le Nouveau Monde ! Comme agraphé maintenant à leurs concessions, à la capacité motrice de leur lumière photosynthétique coulant comme une chandelle oubliée sur le réseau obscur suburbain, ce nouveau monde, dis-je, avait été purifié de son lieu polaire, de son onglet virtuel et maléfique et même de ses époques enregistrées en Time Capsule et de ses domiciles célestes !

L’impression de la Bobine 193 : Cassandre

img_0206Les émissions radiophoniques en commençant par un hommage aux fricatives de l’orgue électrique de Cassandre, en glissant du côté de ses pieds usés, essayaient une séquence de bouts amovibles.

En tombant dedans, je m’asseyais à l’aise, en musclant ces choses fumées au sapin vert ; j’étais morne et las, pesant les défauts, les failles et les crash d’un mal de chien tandis qu’en dépliant les jambes, elle fit des apparences une prairie pentue : elle fit aussi le poirier à l’orée d’un bois ; également mesurée comme des décompositions kafkaïennes, en pique-niquant sur l’empreinte alchimique des disques durs chargés, la Bobine 193 de Cassandre était techniquement H-S !

Océanie

Sur une échelle démesurée la descendance démoniaque du Projet Blair Witch concoctant dans le triste cerveau de traumatisants modèles d’Océanie fiévreuse.
Et dans le grand bain, fumant une Dunhill, de fulgurantes vitesses, des sangsues en hologrammes qui dévoilent la recette secrète d’un funambule en suspension. Il y a aussi de l’écume aux lèvres, de la mousse d’eucalyptus, des larves déchues de leur génétique, à la fois frivoles et grimaçantes, d’acier, éclatant entre nos tempes.

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De sa voix d’enfant artificiel, elle raconte l’histoire naïve qui n’existe plus ; naïve comme les naïades barbotant entre nos synapses ; il y a encore le motif alchimiste des papillons noirs tout autour de nous, plus tard ils mijoteront dans la casserole vacillante.

Des diables au corps !

Des diables au corps à la place de nos Vessies de boeufs :
On nous avait greffé aux pieds des pyramides des hélices sur nos crânes de chimpanzés. Suivant la spirale des étoiles, naufrageurs dans la très grande baignoire
Où le nœud du chignon de la soubrette s’hérisse de silicone noir – le bonheur comme semence de tapissier – on traçait de la cannelle et du sucre roux entre les lignes pour en faire des gris-gris, des bayous phosphorescents, des brouets de sorcellerie… Sur la route, on coulait des jours heureux avant de vivre sous les ponts ou sur les pages de tous les manuscrits !
Dans les parties les plus sombres de la pyramide : une kyrielle d’étages silencieux tournant autour de la baignoire illuminée ; sans m’apercevoir que, la magie opérant aux lance-flammes, elle avait été repeinte. Sporadiquement mais automatiquement aussi je tirais du chignon la molécule des légendes du Sud !

En pendouillant aux abords des habitations bien gardées j’avais dans ma poche le zéro des bourgeons à replanter, compris entre la valeur 4 et 9 : ils produisaient, ces bourgeons, un bourdonnement de plomb mortel mais sans dommage, suivant un découpage compliqué, picorant la voix téléscopée de ma poche kangourou…
Ma poche kangourou ! Un vrai Capharnaüm à grandes lampées éparpillant leurs motifs, leurs courbes et leurs wagons de sauvetage dans ce quartier chic !
Ainsi j’ai continué de marcher en pensant aux hélices qui avaient été greffé sur ma tête, aux vins de californie qui nous rétrécissaient jadis les pupilles, à cet art de vivre, de frustration et de soulagement.

L’Armée des Singes

Les bottes de l’armée des singes crissaient sur le gravier comme des ongles sur un tableau noir tandis que je lisais la longue description des petites annonces parues ce matin. Des travaux de cuir et de sciage s’accumulaient dans les cahiers des singes mercenaires déguisés pour l’occasion en bonimenteurs.

Pour réussir leur certificat, une seule contrainte : la lecture jubilatoire d’un merveilleux QCM ou d’une liste bibliothécaire servant de registre journalistique.

Avec un seul numéro de téléphone, l’Armée des Singes avaient hacké toutes les lignes : quand vous décrochiez le téléphone une arborescence de culpabilité chrétienne insoutenable vous saignait l’oreille…

L’extrémité nord du souterrain

A l’extrémité nord du souterrain, notre P.C (poste de commandement) claironnait comme un jour de nef basse ; c’était une champignonnière de rires décantés parcourant les tuyaux de canalisation comme un rat tout chaud.
Sur les feuilles de papier, qui nous servaient de liasses de billet, notre P.C déclinait cette après-midi selon un corpus énigmatique toutes les perceptions d’une créole en larmes, après le départ de Gainsbarre ; parmi les chercheurs, se démêler je les écoutais ces larmes d’acrylique, ces larmes d’étoiles inconnues, d’isolement lascif et d’ensembles provisoires.
Alors fut retrouvée une logique propre, aussi diffuse que obscure, aussi factice que les feuilles mortes ; des derviches tourneurs improvisant sur la toile des dessins animés une suite infinie, luisante de larmes, d’échos électriques, loufoques et sur un tronçon d’une autoroute, la structure haletante, gloutonne, presque ébauchée et d’humeur coutumière, d’un Cartoon qui s’émiettait comme un frémissant amas de films déroulés.
Avec des ciseaux je la découpais sur le grand écran cette voix qui faiblissait au contact des fauves, qui expira couronnée d’anémone, d’écroulement et d’espacement entre les ambulances manichéennes ; entre ses cuisses enfantines un pansement à l’air propre, un glissement, un arbre et des vies qui patrouillaient avant de virer sous le cône de Coltrane : des fantasmagories démoniaques s’immisçant dans le jerrican ou dans ces enveloppes vides qu’on avait fixé au mur un jour de mardi-gras !

Poésie Surréaliste NotesMat15

Le marsuptial moteur de la Jaguar ronronnait, en attachant le quart de tour de son carburateur Zénith aux embranchements de ces disques durs d’un genre nouveau. Disques durs reliant tous le cerveau monarchique de Kenny.

Du sang s’infiltrait par-dessous sa porte et emplissait la pièce où d’autres associations d’idées étaient en attente.

Kenny se dressa en hurlant qu’il allait crever comme un chien, prit la forme de ces créatures qui ne laissent rien, qui sont convaincus de leurs forces ésotériques.

Ces hurlements étaient si intensément expressifs qu’on avait fini par renforcer la luminosité des graphismes de tous les sites Web référencés dans ces disques durs.

Ce seigneur était bien trop gentil pour être un vrai clown. Et inversement ce faux clown était bien trop méchant pour prétendre au sang royal.

On l’avait soigné, cette sorte de hussard informatique avec ses oreilles qui saignaient, pour un manque lymphatique mais, alors en mode RedRum, il avait tout d’abord refusé de bouger quand la machine sophistiquée l’avait recréé, lui avait redonné vie.

Les scientifiques l’avait répertorié sous un code barbare -Cuddle347- à ce moment-là, je ne sais pas pourquoi, alors que des lignes et des lignes d’algorythmes défilaient sur l’écran des ordinateurs en clignotant d’un rouge vif, je pensais à Kenny de South Park et « oh mon Dieu, ils avaient encore tué Kenny. »

Espèces d’enfoirés. Il revenait paisiblement de la kermesse de la saint-con et personne n’avait flambé pour une fois, et ces emmerdeurs l’avaient capturé comme on capture un pokémon, simplement parce qu’il s’appelait Kenny, qu’avait-il pu se passer dans la tête de ces géniteurs pour lui donner un tel nom de merde ?

Mais Kenny partait déjà en croisade, assassinant sur son passage ses bourreaux ; les coups de feu de la sécurité résonnaient, tirés directement sur la porte. Quand le digicode avait cédé, la porte s’ouvrant en libérant une épaisse fumée toxique, ils virent le massacre… Et Kenny s’était enfuis par les couloirs d’aération.