Scentless !

Décrivons à la manière du poète Francis Ponge (Le parti pris des choses, 1942) le Scentless de Kurt Cobain ; Scentless : descendant jusqu’aux convalescences défaillantes, continûment, fervemment et aléatoirement lié à la faux fauchant les corps sous la terre blanche, il était évident qu’un événement, à des années lumières de l’innocence originelle et de son sous-sol téléphonique, s’était produit dans ces bois d’Aberdeen, shootés au raccrochage ésotérique, farceur, perçant, hypermnésique, rêveur…

Raccrochage qui, en éclatant, va se repaître de sa personne, de ce spectre infantile, monastique, souterrain ; sans répit ni mesure, se rapprochant de l’intérieur polysémique des cerveaux tristes, lugubres, programmateurs, le Scentless était une rareté mordant la poussière pestilentielle, mordant aussi ces éclats de chromosomes pliés sous le rythme, la palpitation de Kurt Cobain au fond des nuits inhumaines, en solde, et leur minauderies consignées en fumisterie fantaisiste, en obscénités blasphématoires, croisées et recroisées dans une ville trop sainte, déchaînée et par moment presque syllabique.

Placé à fond perdu comme la vergue mobile d’un Trafalgar, le Scentless de Kurt : un fouillis de réminiscence orientale, ou l’endurance bousillée mais confortable d’un soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir qui viendrait atteindre nos ombres prostrées ; Scentless : suicide ossifié, programmé entre les deux creux de la vague, sans jamais rendre ces bribes de zigzags et ces sensations saccadées et même sans se douter une seconde que nous allons débarquer là où se déploie l’intellect exécré, ses formalités malfaisantes !

Aneurysm Fauve

Comme une opacité saccadée, comme une intrigante pensée, le métal, le mental descendant jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco et les crachats hypnotiques fusent ; par le soupirail d’une vieille maison, a été revendiqué le programme informatique de la Cora-Hummer 7 en amortissant son décapant jaune d’oeuf.

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompt son idée innovante, s’hypertrophie sa gageure ensorcelée ; idée innovante mais inconsciente, ensorcellement qui sape les fondements humanistes, les sillons mécaniques mais qui croupit en time capsule jusqu’à maintenant ; time capsule qui, en s’effondrant comme des morceaux de banquise, désassemble tout le réseau alors qu’elle réside cette idée, inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro des planètes inconnues.

Comme agrafé à leurs concessions extraterrestres, je ravive leur représentation mentale singulière en emmagasinant fond-perdu et liste mnémotechnique décomposée en massifs d’ombres. Sa fréquence noire tient impassible dans les souterrains du métro, le long de l’échancrure de la robe de Béryl, le long de sa facétieuse ADN. ADN formellement livide et lexicale qui fornique avec la lune, qui assaille de préférence les plaines trop arctiques ou antarctiques, qui vaporise les fontaines heuristiques.

Soudain, brûlée ou vannée alors qu’elle avive un agréable goût d’encre de chine, macère alors en frémissant son frénétique Aneurysm fauve, cette stupéfiante chanson de Kurt Cobain.

Nerfs optiques référentiels !

A une époque, troublée donc favorable, des machines hertziennes pour instrumentaliser les caillouteux gribouillages de leurs nerfs optiques référentiels ; en déséquilibrant l’arborescence de leurs fermentations et de ces capharnaüms corrompus, elles égrénaient leur signe, leurs mots de passe ces machines incontrôlables, ingérables, et pour tout dire fantomatiques, afin de nous transmettre à la prochaine détonation, au prochain crack, la consigne à respecter.
Sous les couvertures de notre lit, leurs domiciles : une sentinelle informatique composée d’interstices goudronneux ou de meurtrières palpitantes et frissonantes comme de la semence de tapissier, comme ce tapis de géraniums cendreux, à nos fenêtres, qui sabordait les contemporains encorbellements de notre immeuble.
Et dans leurs moteurs : du rhum encéphalographique, éprouvé dans sa dialectique décomposition ; décomposées étaient aussi leurs formalités spirituelles, leurs lignes de code générées automatiquement lors d’une descente en ski alpin. En l’ajoutant à l’amalgame de leurs conceptions assistées par ordinateur, cette descente en ski avait été longuement étudié, de façon cartésienne, en se servant de la documentation de l’homme à l’oreille coupée.
Cet homme à l’oreille coupée nous jetait encore des sentiments dénaturés dans le combiné cramoisi de son téléphone. Des sentiments dénaturés avant de réaliser un travail d’orfèvre embryonnaire, avant de faire valdinguer le jaune de l’oeuf au-dessus des montagnes afghanes, et après s’être débarrasser de son blanc polaire, associé à l’engrenage de ces machines.
En catimini, en entraînant sur leur passage une débandade de flonflons corrompus, les machines s’essoufflaient et firent dégouliner du cognac du haut des branches de l’arbre cure-dent !
Chapardant du grand vent, il y avait aussi cette catapulte romaine qui, comme une appendicite de tapisserie, engendra la panique parmi les machines, absorbant leur sabre de samouraï et même leurs lacunes et cellules grises…

Journal – Carnet de poésie 9

Chaque jour, dans un grand cahier, le sac des narcotiques sanguins, espacés et surchauffés d’excitation, de ferveur sanglante comme des îles silencieuses, pour interroger les auspices : le sac des ondoiements écervelés en hickory tombant encore davantage au fond des tasses de thé aromatisé au carbone.

Des étranglements de craie et de fusain séchant au soleil demeuré ; des kilomètres défoncés à la colle qui viendront verdir Maître Yoda et sa clique de baba cool herculéen.

Alors tout éclate soudain dans la poussière : l’architecture des narcotiques en s’effondrant comme un morceau de banquise, la morphine qui réside au sein de cette idée, les talismans de cette force obscure cahotant entre les mondes chauffés à un degré providentiel, et leur vide-ordures recevant ces stimulants hérissés de monstruosités napoléoniennes.

Ces stimulants hérissés aussi par les branches des sapins et qui mènent dans tous les azimuts ; au cours de leur tentative d’extraction, leur rhétorique sans issue disparait du subconscient photovoltaïque des sanguinaires lampes de poche en provoquant d’immense dégâts : des catastrophes toutes sonnantes qui encombrent spirituellement le fût des robots ferroviaires !

Comme une opacité saccadée, en lançant toujours ces talismans de watt indexé, je regarde le ciel de cendres ou le ciel en marqueterie alvéolé offrant sa rétine métallique : sa rétine qui fixe exclusivement le mental des lames de ma tronçonneuse, et qui refroidit les autres parasites.

Leur personnalité participative dispose d’une perspicacité synthétique, comme projetée hors de ces reliefs jurassiens – comme au delà de cette fortification – et dans le brouillard qui chouine, ces enduits réduisent alors les narcotiques au rang d’une théorie périlleusement déductive !

Courant d’air bouddhiste !

Des courants d’air, aux battements conjoints, qui remplissent des fontaines ; des bouddhas, aux intentions absurdes, qui s’apprêtent à envahir les plaines arctiques ou antarticques ; des épingles, du papier, une lune livide et lexicale qui descend jusqu’aux grands cèdres dématiéralisés, et la nuit comme le jour suit son cours ; les bouddhas qui ne peuvent suivre le rythme endiablé de mes nuits, ont paré le lieu où je cherche encore une idée, perdu dans les schémas et les brouillons de la Cora-Hummer 7, d’une aura singulièrement spirituelle.
Ces courants d’air, formant un monde très cinématographique, correspondant à un numéro lui-aussi imaginaire, emmaillotés ou criblés de lierre, ils génèrent dans les cocons, qui partagent les mêmes souvenirs déchirants, les défauts et les failles et tous les crashs des disques durs, internes comme externes.
Avant de sombrer ici, dès l’entrée du donjon, en avivant un agréable goût d’encre de Chine, leur poudre noire pleut doucement dans les souterrains du métro ; le long de la vigne, chargée de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, perdues au fond de leurs liaisons et lésions maritimes, l’architecture de son ADN se perd elle-aussi au fond des cendriers, mémorisés par quatre, des écoles occultes ; le lieu :  un pont qui court entre les deux banquises,  un pont qui conduit aux grands phoques, qui réinvente le mardi-gras ; une  représentation mentale, placée à fond-perdu et en listes mnémotechniques, afin d’exprimer ce shaker binaire et matriciel, produit par le tourniquet séditieux.
Ah, Le Nouveau Monde ! Comme agraphé maintenant à leurs concessions, à la capacité motrice de leur lumière photosynthétique coulant comme une chandelle oubliée sur le réseau obscur suburbain, ce nouveau monde, dis-je, avait été purifié de son lieu polaire, de son onglet virtuel et maléfique et même de ses époques enregistrées en Time Capsule et de ses domiciles célestes !

Dans les joncs, dans les canalisations les bourgeons !

Dans les joncs, dans les canalisations, à une époque, troublée donc favorable, ou en pendouillant en haut de la version babylonienne, les points d’exclamations font soupirer les doigts du voyageur exentrique et instrumentalisent leurs caillouteux taoïsmes et les invraisemblables juxtapositions massicotées de leurs nerfs optiques.

On retrouve l’étape zéro des bourgeons qui jonche la sombre chaîne de l’ADN  ; chaîne d’un mètre permettant de remonter du royaume des morts…

En déséquilibrant bout à bout et au hasard l’arborescence de leurs fichiers et de ce capharnaüm corrompu, les sauveurs naissent tous les mille ans de cette semence préservée dans les roseaux ; jadis ils présidaient à toutes les manifestations liées à la sexualité, ces bourgeons pleins d’imagination et de malice : ils incorporaient le plomb mortel, incontrôlable, ingérable, fantomatique, dans leur recette fantaisiste, comme un gâteau au chocolat ou une soupe à l’oignon, pour dissoudre les taches sur les vêtements ; leur signe, leur mot de passe parcourant les voies téléscopées afin de nous transmettre la consigne donnée.

Sous le dôme ecclésiastique de leurs silencieuses faunes célestes, et même dans les égouts, leurs domiciles : un interstice de mangrove palpitant sous le fouet des sauveurs et frissonnant comme de la semence de tapissier, comme un tapis de fleurs cendreuses qui sabordait les contemporaines sources de cristal, ces Merveilles du Vide recourbé.

Et dans leur moteur : du rhum profanateur, éprouvé dans sa morphologique décomposition ; décomposées étaient aussi leurs formalités spirituelles, leurs lignes de codes générées automatiquement sous les braises antiques, façonnées à la spatule, au fusain. En les ajoutant à l’amalgame de leurs courbes, à leurs formules mathématiques les serpentins de leurs braies et cottes de maille en lambeaux étudiaient l’humeur d’un thé noir, cette nuit, pour en faire des quartiers d’oreille coupée.

Des quartiers d’oreille coupée qui jetaient encore des sentiments dénaturés dans le combiné cramoisi du téléphone. Des sentiments dénaturés pour un gel d’image embryonnaire, pour faire valdinguer les chaussures, pour déraciner les montagnes afghanes, et pour se débarasser enfin de leurs bulles polaires de comic-strip.

En catimini ces bulles polaires de comic-strip furent associées au non-sens, en entraînant sur leur passage les règlements de la bibliothèque daarjeling, offrant des scènes toutes de nuances essentielles, semant ses ressources libres d’associations, essoufflant leurs flonflons insoumis dégoulinant sur les branches de l’arbre cure-dent !

Chapardée par grand vent, il y avait aussi leur lueur ambrée et frissonnante qui, comme une intersection de coton, vint blêmir le papier jaune de la tapisserie jusqu’à nous mener à travers d’autres chambres noires : le plan de leurs Kaléidoscopes qui, à force de joindre la Force au monde de la conscience, absorbait toutes lumières, et même leurs lacunes et cellules grises…

Spécificité

En les répartissant par catégories assommantes, effrayantes, comme l’opacité saccadée qui tombait sur la seule colonne corinthienne de la ville, s’évanouissaient par le soupirail d’une vieille maison les laborieux programmes informatiques de la Cora-Hummer 7.

Avec leurs grises mémoires sillonnant les allées et, de l’autre côté, sur l’autre colline, se transformant en cornet de frite inimitable, étaient propulsées leurs performances nacrées par les cinq-cent chevaux de la Félicité.

Le marsuptial moteur de la Cora-Hummer 7 ronronnait, en attachant d’un quart de tour son Carburateur Zénith aux embranchements de ces disques durs d’un genre nouveau. Disques durs reliant tous mon cerveau et qui traduisaient monarchiquement les perceptions fantaisistes de leur langage cryptée.

Du sang s’infiltrait par-dessous sa porte et emplissait la pièce où d’autres associations d’idées étaient en attente.

A force d’inertie, le cours du baril, soumis à l’attraction gravitationnelle de la Cora-Hummer 7, prit la forme de ces créatures qui ne laissent rien, qui sont convaincus de leurs forces ésotériques. Son dispositif était si intensément moléculaire qu’on avait fini par renforcer la luminosité des graphismes de tous les sites Web référencés dans ses disques durs.

Ce seigneur était bien trop gentil pour être un vrai clown. Et inversement ce faux clown était bien trop méchant pour prétendre au sang royal.  On l’avait soigné, cette sorte de hussard informatique avec ses oreilles qui saignaient, pour un manque lymphatique mais, alors en mode RedRum, il avait tout d’abord refusé de bouger quand la machine sophistiquée l’avait recréé, lui avait redonné vie.

Un morceau de fusain !  

Ce morceau de fusain dans le culot de ma pipe bourré à large coup de pouce, intensément, était si expressif qu’il arriva facilement au pic en érection ; cette nuit-là, il avait neigé comme le dédoublement d’une image, d’un grand silence. L’électrisant et spontané matin de glace, en réfléchissant sa mémoire blanche comme le fait un miroir ou un lac, s’appelait nostalgie !

Nostalgie en bois laqué, complètement substantielle, indéfinissable comme l’enfance, l’âge mental infime ; son cerceau crachant comme un soupçon de lune en arrière-plan tant d’épaves sous la pelle ; sous la pelle aussi les débris du toit de mon école et des chapeaux pointus de clown. On avait soudé leur version polaire à la croix des Carnavaliers.
Et dans la jolie théière, en flocons, des visages étonnés se définissant comme des étoiles polaires, comme de sévères sensations de serre chaude.
Une serre chaude qui venait se perdre au milieu de la Zone comme le ciel liquoreux jouant ses gammes de grises mémoires avec du plomb dans l’aile.

Les indications vers un nouveau chemin avaient été effacées, l’accès au gué avait été aussi barré ; alors, enfiévrée et lubrique, l’obscurité tomba soudain en pluie, en suivant un tracé logique parmi les fleurs de lotus. On l’entendit piétiner la charpente lépreuse de leurs grimaces accolées à mes lambeaux littéraires : ce fut une explosion épiphanique d’éclats de lumière pour effacer toutes les pistes !

L’Orient torréfié !

L’Orient m’avait ôté une épine douloureuse du doigt de pied en attisant les plus folles, les plus ésotériques recherches ; en cueillant aussi la lumière tremblotante, la lumière du monde sur son nombril, après de gargantuesques bols de café, j’allais user ma culotte courte sur les bancs des écoles occultes.

La caféine agissait comme une fraiseuse à l’intérieur de mon crâne en me plongeant corps entier dans les feuilles de bananiers et de caféiers ramassées en tas par une pelle aussi démoniaque que pacifiste : des feuilles comme les feuilles de papier que je noircissais et qui étaient alors exactement identiques, excatement rectangulaires. Ainsi, sur leurs veinures et dans mes veines, je les assemblais en reproduisant l’éventualité d’un ensemble de neuf mesures, d’un ensemble lubrique aussi…

Bobine 1 : Cassandre !

Timeline, étendue au sol, baba nu et en l’air, sans jamais imaginer les ténèbres et le mystère et l’éventualité de notre rencontre dans l’éternité… ce fut d’abord, le tissu plaqué sur mon visage, qu’une équation à double inconnue, en allumant le ventilateur dans la chambre torride et en insérant un déclic dans mon oreille droite, dénuda dans les yeux de Cassandre un impact émotionnel radical. Un impact émotionnel radical qui correspondait chronologiquement aux liasses de billets froissés, ou à la double bague de la houle en or blanc que je venais de lui offrir.

Et pour enrichir son imagination, un dimanche de Pâques, elle fut bercée cette starlette comme un oiseau tombé du nid, un lapin en peluche entre les mains. Avant les fricatives de l’aurore indisciplinée qui classèrent par liste impaire ses multitudes de visages, ses disciples s’agenouillaient, la verge engorgée, en lui offrant un jaune canard vibrant ! Et alors, en trémoussant ses fesses sur une chanson de Bashung, la maîtresse dominatrice était née : la colère en première ligne pour la succession de cette diablesse et la guérison ultime de son karma comme dernier script avant de plonger délicieusement, avant de tomber miraculeusement, avant de s’abandonner dans une filmographie pornographique.

Une montagne d’or avait été déposé par un océan d’inconnus, conformément à ses indications ; indications qui affectaient sa stricte éducation d’antan sans pourtant faillir ou défaillir.

Quand elle revint, déstructurée, entourée de caméras, de perches, de projecteurs et de ses ombres chinoises vertes et pourpres… Quand elle revint, dis-je, de ce pays où seul le Bouddha énonçait ses erreurs de jeunesse ; c’était pourtant le même monde, ce monde qui se concentrait uniquement sur son état d’esprit… Ah Cassandre !

 Cassandre ressemblait aux bruissements des étoiles qui venaient installer leur atelier de cookie au gingembre dans nos greniers, Cassandre jouait aussi les sonates de Beethoven et Beethoven alors huilait les rouages de cette machine, de la taille d’une clé USB, pour lancer un nouveau djihad ou de nouveaux auteurs référencés. Pourquoi dans cette machine démesurée n’y avait-il que des étendues d’articles synthétisés et pas le moindre sens mnémotechnique ?

 

Le Piano

Le piano jouait des silences ordonnés, architecturés, aux sonorités mauves et chaudes qui souvent venaient dormir avec nous, au creux d’un arbre.

Vertueuse léthargie : c’était la seule note qui ne pouvait s’éteindre sans le recours au piano.

Et enfin, je la vis arriver en robe blanche, tellement lumineuse, tellement étincelante qu’elle éclairait mon chemin.

À l’encre de chine je dessinais sa Garde Impériale, sous le regard de l’ermite, un dessin déjà effacé par le temps, qui d’ellipse en ellipse zébrait mes pensées de croissants de lune.

Au royaume des légendes on the road, malgré l’art, la science et la sophistication de ses cosmétiques, j’avais soif de perfectionnement : je voulais parfaire sa garde-robe (des robes, des guêpières, et d’autres accessoires mystificateurs).

En parcourant ainsi ses affaires, je pensais secrètement aux nombreuses campagnes menées sur des cobayes naturels afin de les rendre aussi beaux et étincelants qu’un dieu ou une déesse grecques.

J’étais le Grand Maître du Jeu, elle enfilait les fringues que je lui proposais et elle devint ainsi, après cet échange de bons procédés, une Princesse japonaise d’une Beauté riche en sévérité et en dépouillement oriental ; nous arrivâmes ainsi sans aucun déboire dans ce lieu magique et spirituel : une céleste clairière à flanc de colline, où se reposaient, en attendant le Départ olfactif, des étincelles, vives, nombreuses, des luminescences à l’état encore embryonnaire.

L’Acropole mystique

Etreignant la largeur comme la longueur, le fond comme la surface de sa mémoire, les conceptions de l’acropole en terrassant les lumières du jour par leur descente et leur amas duveteux de poussières ; impossible d’exprimer le jour mat produit par ces néons qui lui donnèrent naissance !
En accumulant les passerelles de cuivre, les plates-formes où l’on raturait, notait, essayait de nouvelles combinaisons de mots de passe, où l’on tentait de définir la profondeur des abysses grammaticales, on avait fait construire par tant de chevauchements la fosse noire en dessous de l’acropole.

Face à la pluie diluvienne, au déchaînement de tonnerre et d’éclairs, je remontais le sentier en toute hâte, traversais l’enfer du laurier au même rythme, vers le rocher en surplomb qui, pantelant et huant, perla comme un écho.
Il y avait ici et là des expositions de peinture, des peintres grelottant dans le vent silencieux, émettant une pensée mystique monochrome bleu qui détermina alors l’opération fiévreuse quand ils tapèrent CTRL X.
L’ex-esprit du haut quartier dont les parties restaient inexplicable piaillait sans limite, hérissé d’épines, harnaché au punch et aux mille fléaux noirs en commerçant sa semence pernicieuse d’escargots tapissiers !

Entre temps, Brusquement et Ensuite !

I.
Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud, un peu comme dans un œuf, comme émerveillés par les chutes et fracas métalliques qu’ils entendaient depuis les profondeurs. Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité le Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les deux frères avaient trouvé enfin ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retrouver cette étrange famille qui vivait En Haut ou En Dessous, on ne savait pas trop, ça paraissait déjà compliqué… Ils ne sortaient jamais très souvent de leur terrier. D’autant plus qu’ils étaient myopes. Pourtant le Projet Kaphrium allait visuellement progresser en intensité, frapper aux endroits stratégiques quand la ville serait endormie.

Ils prévoyaient de sortir d’une zone de décombres, proche de leur voisinage. Ils suffisaient de grimper le long d’une échelle métallique pour voir des grues -immobiles depuis des lustres- hanter les gravats. Les carnets de Razko Kaphrium racontaient que le monde du dessus était bientôt prêt à leur appartenir, tant il sentait la désolation et la mort.
Les deux frères avaient vu leur jeu débile se liquéfier avec le temps, le plaisir de braver les interdits s’était émoussé au fil du temps. Et les délires consignés dans les carnets de Razko Kaphrium n’avaient plus aucun intérêt. L’idée de poursuivre quotidiennement les défis fut ainsi abandonnée.
Prochainement, allait sonner le glas des Années X.

II.
Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?
J’avalais mon café et je me souvenais de m’être penché au chevet de cet homme sanglé et allongé sur son lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium, ce vieillard au visage flétris. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eu avec le Razko Kaphrium des années X. Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.
Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains.

III.
Ils avaient prospéré sur un monde en ruines, dans un « univers merdique uniquement réservé aux hominidés » selon leur expression.
A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, à force de se terrer dans l’obscurité de ces souterrains, ils comparaient l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette drôle de perception, on pouvait les qualifier de poètes impressionnistes. Mais la poésie pour eux s’arrêtait là : ils n’avaient aucune honte et aucun mal à être grossiers, à se montrer rustres et dégoûtants en toute occasion.
Mais ils n’avaient pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à leur progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique de ce qu’ils prétendaient être, ces pseudo poètes. Littéralement, ils n’avaient pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, ils avaient mutés en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’ils surgissent à tout moment hors de la plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

IV.
Quelqu’un jouait passionnément de l’accordéon. Sûrement l’ouvrier du chantier d’à côté. Nous avions dévalé les pentes raides de la Croix Rousse avec nos vélos pourris et sans frein et nous comptions donner aux hommes-taupes de la salade verte -ces feuilles de salade inutiles qu’on avait récupéré de nos hamburgers achetés quelques heures plus tôt au Mac Donald’s. Léon de Maubeuge, l’homme-taupe, allait se régaler ; c’était notre seul ami et quand on entendait l’accordéon du chantier il n’était jamais très loin.
Léon aimait sortir de son antre pour écouter cet accordéon, et ce fut assez rapidement qu’on retrouva notre vieux copain, planqué derrière un mur tagué de conneries dont le célèbre Zoé Suce avec ses vingt-six numéros de téléphone différents. C’était notre tag préféré mais Léon de Maubeuge ne savait pas lire, encore moins écrire, et n’avait jamais eu de téléphone, il préférait s’intéresser aux instruments de musique qui avaient survécu aux guerres. Il était très bizarre mais on l’aimait pour ça.

V.
Léon de Maubeuge était-il un messager des dieux ? Allais-je devenir complètement cinglé au point de manger uniquement les feuilles de salade que les enfants apportaient aux hommes-taupes ? Je beuglais ces questions, recroquevillé dans un coin de mon appartement -un vrai capharnaüm- lorsque j’eue l’idée soudaine de descendre les poubelles. Un peu d’exercice pouvait m’aider à remettre mes idées en place. Pourtant, à peine sortis, alors que j’étais aux rez-de-chaussée où l’on entreposait les poubelles, je vis l’horrible plaque qui était sur ma boite aux lettres : Razko Kaphrium 1er étage.
Pire ! La concierge qui était là me tendit le courrier en s’adressant à moi ainsi : Monsieur Kaphrium, un recommandé pour vous.

De l’eau avait coulé sous les ponts, et le complot s’était agrandis : tout le monde m’appelait à présent Razko Kaphrium, j’avais beau me démener, décliner ma véritable identité, j’étais devenu Kaphrium, Razko Kaphrium et les hommes-taupes, qui allaient devenir des hommes-rats, m’appelaient à les rejoindre, je savais qu’ils me vénérait comme un dieu et… Putain la merde ! j’étais seul à me débattre dans ce monde soudain incompréhensible, j’avais lu dans les journaux ou ailleurs cette histoire imaginaire qui racontait l’existence d’hommes-taupes et d’hommes-rats gouverné et administré par le seul Razko Kaphrium et mon ADN avait été modifiée suite à cette lecture.
J’allumais la télé et le présentateur du JT me déclara comme si il me pétait à la gueule que moi Razko Kaphrium j’étais de la racaille à abattre.
J’envoyais la télé valser par la fenêtre, et aussitôt la radio m’informa que moi Razko Kaphrium j’avais causé la mort d’une centaine de victimes en laissant le gaz allumé dans mon ancien appartement. Merde et merde et encore merde !

VI.
Un jour, alors que j’étais encore gamin, les immeubles en béton de la Sucrière s’étaient effondrés sous nos yeux. Quelques mois plus tard, un nouveau chantier s’ouvrit. Maubeuge, mon grand frère, aimait traîner avec moi dans cette zone de décombres proche de notre voisinage, quand les ouvriers étaient partis. Lorsque nous ne dévalions pas les pentes de la Croix-Rousse avec nos vélos pourris et sans frein, on cherchait toujours quelque chose à inventer, une histoire imaginaire au milieu des gravats ou un jeu débile comme monter jusqu’au sommet d’une grue mécanique, et ce fut ainsi, un matin pendant les grandes vacances, qu’on découvrit l’antre des Cora-Hummers 7 ; le trou était large et très profond, aussi nous eûmes du mal à passer à l’acte : il fallait descendre une échelle métallique et rouillée, qui s’enfonçait dans les profondeurs. La dynamite placée soigneusement aux endroits stratégiques avait laissé un cratère affaissé ; mais comme nous étions désoeuvrés ce jour là, nous avions bravé le danger et ce fut le coeur battant qu’on s’engagea, le souterrain devait recéler tellement de secrets !
Sous les néons aux mémoires photovoltaïques qui jetaient sur nos visages des aplats brusques de masque mortuaire, nous fûmes guidés par le son d’une brosse à dent électrique et le tremblotement d’une lumière au fond du tunnel emprunté. Ainsi, nous étions tombé sur une famille étrange que nous avons appelé par la suite Les Cora-Hummers.
Elle vivait dans les profondeurs et nous étions arrivé alors qu’elle se lavait les dents. Ils nous avaient tout de suite adopté : le père, la mère, la fille, le fils et le chien-marteau. Dès le début, leurs tics de langage nous avaient beaucoup amusé : ils inséraient dans leurs phrases de nombreux adverbes même quand ce n’était pas nécessaire :
« Papa ! Entre temps ma bouche a rendu caoutchouteument du sale dans l’évier, pouah anticoagulement dégueulasse… Igor, brusquement rallume la bougie ! On n’y voit lubrifiquement rien ! Je dois aristocratement me faire belle et ensuite sortir ce soir. »
A partir de ce jour, nous prîmes la résolution de leur rendre visite quotidiennement, au moins jusqu’à ce que l’école reprenne. Cependant, ce bonheur dura peu ; un événement funeste pointait déjà à l’horizon.

VII.
Une nuit, les sirènes des pompiers retentirent, tout le quartier s’était levé pour voir l’attraction : nous arrivâmes à nous débattre pour apercevoir enfin les portes grandes ouvertes des ambulances où des myriades de passants, pressés les uns contre les autres, pouvaient voir les victimes qui allaient être transportées en urgence à l’hôpital.
Il fut exactement onze heures dix-sept lorsque le charme de l’enfance prit fin. Je me souviens comme si c’était hier : on poursuivit la dernière ambulance avec nos vélos jusqu’à la perdre de vue… Qu’était-il arrivé de si grave à cette si gentille famille qui nous avait chaleureusement accueillis ?
Le lendemain, aucun titre des journaux ne mentionnait ce drame, rien à la télé, et à la radio, le néant absolu. Personne n’avait rien remarqué cette nuit. Avec le temps, la raison prit le dessus sur notre chagrin : on avait rêvé à force de fabuler voilà tout !
On regagna bientôt nos bicyclettes pour bousculer les gens autours des terrasses et dans la rue ; souvent un serveur en déséquilibre lâchait de son plateau un café brûlant sur la gueule du client ; et même parfois, affalé dans un hamac au fond du jardin, on bouffait des carambars qu’on avait volé chez le marchand d’à côté… Bref l’enfance avait repris ses droits sous cet éblouissant soleil d’été.

Dans les joncs, dans les canalisations les bourgeons ! 

Dans les joncs, dans les canalisations, à une époque, troublée donc favorable, ou en pendouillant en haut de la version babylonienne, les points d’exclamations font soupirer les doigts du voyageur exentrique et instrumentalisent leurs caillouteux taoïsmes et les invraisemblables juxtapositions massicotées de leurs nerfs optiques.
On retrouve l’étape zéro des bourgeons qui jonche la sombre chaîne de l’ADN ; chaîne d’un mètre permettant de remonter du royaume des morts…

En déséquilibrant bout à bout et au hasard l’arborescence de leurs fichiers et de ce capharnaüm corrompu, les sauveurs naissent tous les mille ans de cette semence préservée dans les roseaux ; jadis ils présidaient à toutes les manifestations liées à la sexualité, ces bourgeons pleins d’imagination et de malice : ils incorporaient le plomb mortel, incontrôlable, ingérable, fantomatique, dans leur recette fantaisiste, comme un gâteau au chocolat ou une soupe à l’oignon, pour dissoudre les taches sur les vêtements ; leur signe, leur mot de passe parcourant les voies téléscopées afin de nous transmettre la consigne donnée. 

Sous le dôme ecclésiastique de leurs silencieuses faunes célestes, et même dans les égouts, leurs domiciles : un interstice de mangrove palpitant sous le fouet des sauveurs et frissonnant comme de la semence de tapissier, comme un tapis de fleurs cendreuses qui sabordait les contemporaines sources de cristal, ces Merveilles du Vide recourbé. 

Et dans leur moteur : du rhum profanateur, éprouvé dans sa morphologique décomposition ; décomposées étaient aussi leurs formalités spirituelles, leurs lignes de codes générées automatiquement sous les braises antiques, façonnées à la spatule, au fusain. En les ajoutant à l’amalgame de leurs courbes, à leurs formules mathématiques les serpentins de leurs braies et cottes de maille en lambeaux étudiaient l’humeur d’un thé noir, cette nuit, pour en faire des quartiers d’oreille coupée. 

Des quartiers d’oreille coupée qui jetaient encore des sentiments dénaturés dans le combiné cramoisi du téléphone. Des sentiments dénaturés pour un gel d’image embryonnaire, pour faire valdinguer les chaussures, pour déraciner les montagnes afghanes, et pour se débarasser enfin de leurs bulles polaires de comic-strip.

En catimini ces bulles polaires de comic-strip furent associées au non-sens, en entraînant sur leur passage les règlements de la bibliothèque daarjeling, offrant des scènes toutes de nuances essentielles, semant ses ressources libres d’associations, essoufflant leurs flonflons insoumis dégoulinant sur les branches de l’arbre cure-dent ! 

Chapardée par grand vent, il y avait aussi leur lueur ambrée et frissonnante qui, comme une intersection de coton, vint blêmir le papier jaune de la tapisserie jusqu’à nous mener à travers d’autres chambres noires : le plan de leurs Kaléidoscopes qui, à force de joindre la Force au monde de la conscience, absorbait toutes lumières, et même leurs lacunes et cellules grises… 

Nausicaa

Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Nos dialogues, très courts, étaient alternés par de longs moments silencieux.
 Nausicaa fit un mouvement pour allumer une clope, me dévoilant un étrange tatouage qui représentait un scarabée sur son épaule. 
Je mis le contact, et la Buick démarra au quart de tour. J’aurais pu rouler un millier de kilomètres comme ça, sans m’arrêter… Mais, vers midi, Nausicaa me signala qu’elle avait faim.

Au royaume sombre de l’absurde et des rats, je voulais comprendre ce qui motivait Nausicaa dans cette aventure farfelue. Pour ma part, j’espérais secrètement fouiner dans son passé.
 Découvrir tous ses secrets les plus intimes. Ou écrire à partir de mon journal de bord un livre sur le cas Nausicaa… Ou peut-être les deux.

Ainsi, je m’interrogeais toujours sur l’origine de ce symbole pharaonique, le tatouage aperçu sur le corps de Nausicaa. Perdu au cœur de son agréable coloriage noir, il était pour moi une sorte de labyrinthe.

Quand nous sommes repartis, Nausicaa semblait se recueillir ou somnoler. Elle avait la tête presque courbée et la chaleur à l’intérieur de la Buick qui était pourtant une vraie soupière, ne la dérangeait visiblement pas.

Le jour de notre départ, elle avait insisté pour voir L’Autoportrait au Gilet Vert de Delacroix. Nous avions donc filé au musée… Mais pourquoi avait-elle tenu à faire ce détour ? Pourquoi ?

Chercher une réponse à toutes ces énigmes, ce ne serait pas raisonnable… L’être vivant harnaché à la vérité, perd son temps en pure perte. 

Nausicaa défie la raison de tout enquêteur, il faut se pencher du côté des sensations et ressentir seulement la dimension imaginative de son monde, de chacune de ses actions.

Cahier d’écolier !

Cahier d’écolier dégueulasse, océan horizontalement délimité par la pluie, j’avais été expulsé de ma classe de futurs zonards : j’étais hors-jeu en parcourant la scène cendreuse de Moon-Walk, en démystifiant les litanies de Charles Baudelaire ; j’étais aussi hors-jeu lorsque furtivement j’avais ouvert les cartons  à l’entrée du grenier.

C’était le temps retrouvé : cet interminable jacassement entre les miroirs de bordel qui réfléchissaient le sommet de l’iceberg. Un iceberg que j’avais appâté à l’aide d’un hameçon particulièrement meurtrier pour surprendre mes assaillants, pour jouer dans la cours des grands en provoquant des esclandres sanglantes, et enfin pour apporter un nouveau élément déterminant sous le capot de ma Rolls Royce : des perceptions qui s’esclaffaient de n’appartenir à personne, de n’avoir aucune signification ; des perceptions liées comme des ligaments au baril de cognac qui s’étaient détachées du cou de mon Saint Bernard.

C’était la chienlit, les heures et les minutes sans structure : la présence de cet halo au-dessus de ma tête ; ce fut aussi le début d’une aventure farfelue ! un relevé de compte aux matrices décroissantes ! l’acuité d’un poème décourageant, humectant et humecté par les ombres, les morsures du soleil et les autres fantaisies indénombrables.

Au galop, ces fantaisies fuyaient la grêle, les averses, la galle ou la peste ; comme pourchassées par des dragons. Leur fin fut vraiment brutale. Je crois que l’inquiétude me gagnait…

Le Rêve

Lançant des corn-flakes et des strass sur les grands chemins, en humectant les ombres de la grammaticale limite délimitée par la pluie, s’entraînent là-haut des alpages noirs de craie et de surprises synthétiques… la lumière par petits paquets de rayons, paraît enamourée d’un suçotement de bleuet nostalgique, ces silhouettes de craie et de fusain plongent en s’immobilisant en bas :

Là où sa jupe mandarine, en tombant, a dessiné des associations dans la neige froide et presque ossifiée par tant de guerres acharnées ; des zigzags sous le poids de leur pénombre se surprennent aussi à osciller du côté du vide : c’est un abîme d’une blancheur brûlante, où le noeud du chignon de la soubrette s’hérisse de pincées d’herbe !

 

L’existence suit un tracé logique, le rêve, lui, semble aimanté par le vide sidéral et chaotique.

 

Des faisceaux crépusculaires d’abord altérés, comme momifiés par leur descente vertigineuse, nous enveloppent d’un parfum subliminal jusqu’à sentir leurs doigts tresser des perspectives poétiques sur les stèles de marbre rose (d’une minéralogie douteuse cependant)

 

Nous regardons la mer s’effondrer comme de la viande cokéfiante dans une gamelle pleine d’échos silencieux. Des voix nous parviennent d’une idée lumineuse : dehors l’aventure farfelue continue sur la route, sur ce chemin arrosé par la récente averse où nous espérons secrètement fouiner aux revers des hivers brûlants.

 

Du plus profond des limbes de ces miroirs de bordel, la fin de saison appelle la neige à envahir l’asphalte et le goudron des réalités statiques.

 

C’est l’instant des poches vides, le paroxysme du monde de la force où la foudre vient toucher nos blessures audibles ! De pitoyables existences alvéolées remontent à la surface et, tandis que les étoiles filantes paradent, nous ressentons alors la présence d’un neutron hostile, et en même temps un grand vide s’ouvre devant nous…

 

Des tourbillons énigmatiques se glissent autour de nos deux corps immergés : de véritables et authentiques louanges pour leurs si belles lumières ; mais elles ne reprendront jamais vie !

 

Le monstre responsable de ce carnage ? Le fond du lavabo où s’écoule à présent la pénombre fringante ; une finitude interminable où rien ne bouge : seule sa syntaxe suinte sur les murs de notre prison. Quelle journée !

 

Nous sommes devenus des chiens corrompus, à l’échine cassée. Des chimères bien trop ancrées dans l’imaginaire. Des épouvantails consumés et perdus cette nuit. Des singes de l’espace, suspendus par-dessus le parapet rouillé de l’autoroute.

 

Malgré tout, le cauchemars prendra fin, à l’aube quand la délicatesse des autres corps cotonneux, enveloppée sous les sac de couchage, viendra nous étreindre.

Le Navigateur

Une vieille maison au fond d’un jardin, couverte d’une vigne folle, à sa droite quelques pommiers desséchés, à gauche un enfant isolé (c’est moi) comme un spectre dans le brouillard ; il essaye d’imaginer ce qui lui est arrivé et s’aperçoit qu’il a une image très vive de ce qui s’est passé, certainement son imagination qui dépasse son expérience, comme quelqu’un -sans doute le Navigateur- l’en a prévenu.
Enroulée dans un drap, et accrochée aux rideaux de la chambre par trop de vacillants et farfelus kilomètres de vers, ainsi m’est-elle apparu, étrange et douce comme cette vallée que je vais tenter de décrire : l’horizon rouge de tous les jours, somnambule qui se cache à l’orée d’un bois escarpé, a tout d’abord tracé de la cannelle et du sucre roux sur mon carnet de moleskine.
Puis, après des heures de ratures : un coup d’oeil à la fenêtre au kilomètre trente trois, poursuivant d’autres horizons qui passent et s’accumulent en désordre sur mon bureau ; doucement, c’est un espace se transformant en huis-clos et qui se continue en l’écho d’un huis-clos.

Au delà du frou-frou guilloché des billets de banque, monnaie trop affligée pour servir aux sauvages à la mélopée du bonheur, s’étend un chemin plus lumineux et tranquille, et pourtant encerclé tout autant d’une multitude d’iniquités, pour ainsi dire une simple suggestion de chemin : tantôt définis le chemin mène à cette vallée, plus claire à son médian et sur ses sommets que le long de ses pentes ; l’évocation là peut-être d’une végétation : un bosquet de pins ensevelis sous la neige comme un cornet de frites sous des tonnes de ketchup. Près de moi, trois nuances de goudron, cachées parmi les fêlures du béton, sont étudiées avec attention, avant d’apercevoir les roues du Magic Bus…

En s’efforçant de reproduire le plain-chant des tourbillons, et l’enlacement des feulements, lancés dans la vallée lugubre comme une veuve affligée, c’est dans cet état que je me suis réveillé, le combiné du téléphone mal replacé alors que des impacts de balle avaient étrangement criblé le mur de mon bureau ; Générés par des lignes de code incohérentes, tous les jours de ma vie commencent ainsi : une collection de fragments binaires tombant comme de la neige et perçant par sa seule opacité, une séquence d’images cryptées douloureusement précises où le vent du nord règne ; des infinités de millénaires décuplés continuent à pleurer la cité solitaire.
Au loin, on aperçoit un lotissement de maisons encore plus isolé : les chambres du haut donnent l’impression d’être inhabitées ; ignorant les illuminations graduelles de la ville, toutes les cours et tous les jardins sont déserts. Les portes semblent closes. Pourtant des mains sales s’agrippent à leurs poignées et finissent par délivrer les âmes sombres en captivité. Mais ce n’est qu’un pis-aller, une embouchure béante qui passe par un éparpillement de voix souterraines, un étroit défilé qui court jusqu’à son radical.
Et ce prélude feutré joue aujourd’hui avec les fricatives d’un vent glacial, dehors, et emporte déjà la couleur de cette journée vers des dimensions aussi oniriques que dangereuses.
On ne peut les inventer ou les choisir. Elles sont l’oeuvre de quelqu’un d’autre, elles encombrent les rayonnages d’une trop vaste bibliothèque, et quand elles émergent, elles se transforment en taches dénuées de sens, en genèse cafardeuse d’un texte toujours à réécrire, et je me souviens alors de cet enfant traumatisé qui a donné naissance à l’adulte que je suis. Pourtant, on ne peut les effacer, malgré cette volonté d’oublier leur expression troublante, souvent négative et macabre.

Très loin, les lotus éclatés de la terre meuble comme une serrure qu’on crochète pour éviter la pétrification, le silence animal, ne sont que des directives suivies au pied de la lettre, dans l’obscurité, alimentées par un enchevêtrement de fils électriques et téléphoniques, comme le matériel informatique de mon bureau. Et on se demande qui mène la danse, qui enregistre tous les scories de nos vies ; je maudis ces contrefaçons en cire sanglante qui s’enfuient des gouffres éparpillées, qui décrochent et subtilisent à l’homme soûl le fameux black-out ; à cette extraordinaire performance, s’ajoute le contrôle autoritaire de toutes nos pensées garrotées par l’historique du Navigateur.

Dans la poussière des greniers, le Navigateur forme les anneaux rouges de cette nuit de rosée naufragée, comme ensorcelé par cette rêverie stricto sensuelle : elle doit provenir d’une formule ésotérique d’un grimoire… S’est formé aussi le nœud coulant de la magie blanche ou noire du Navigateur. Le Navigateur : celui qui s’est niché à la place du cerveau. Traditionnellement et sans jamais remettre en cause cette assertion, nous pensons être seul propriétaire de nos hémisphères cérébraux. Le cogito cartésien ne tient cependant pas la route. C’est que nous ne tolérons pas la moindre fêlure ; pourtant celui qui ose interférer à l’intérieur de cette machine de guerre s’aperçoit que la propriété intellectuelle n’est qu’une chimère.
Ce jour de lucidité, les abîmes s’ouvrent et les fauves s’échappent de leurs cages. Ce jour-là, le positionnement tactique -et pour ainsi dire sain et vital- du départ est mis en échec, cela crée un déséquilibre interne : il annonce la terrible disparition d’un monde enveloppant, confortable ; il symbolise la négation crépusculaire d’une joie de vivre factice.
La magie blanche ou noire du Navigateur jette une poignée d’enfants fragmentés et reste immobile, en attendant qu’un monde vierge fleurisse. Elle veut percer à jour les mystères d’un nouveau lieu onirique, c’est une ambition démesurée.

Je me retrouve, après bien des débandades, dans un lit qu’un vent de coton fait blêmir : danseuse rouge, ou mirage de chair !

Mon rêve ? Une sorte de film qui replie à l’infini le dispositif initial de son scénario ; ainsi replié et mortifié par les visions qu’il a engendré, cette journée-de-ma-vie est foutu, incompréhensible. Tout simplement parce qu’elle est trop crypté par le Navigateur ; par synesthésie, celui-ci détériore les chemins d’accès aux bases de données intemporelles : l’ordinateur s’éteint, redémarre, et en vibrant frénétiquement, fait s’envoler la poussière de mon bureau. Pourtant je sais.

Je sais, comme tout bon hacker, m’introduire frauduleusement dans le système informatique du Navigateur et en exploiter les faiblesses. Lugubrement, j’attends : il y a sans doute, dans le Temple en Stuc où réside la matrice mère de toutes les matrices, le Suc oppressant d’une faille de sécurité…

L’Acropole

Cette Acropole, c’était la réconciliation de toutes les acropoles, l’ardeur vitale et cachée de tous les venins qui coulaient dans nos veines : oh ! quelle inaccessible parabole ! pourquoi tant d’affectivité pour sa géographie ! pourquoi écrire en sanskrit cette harmonie fragile et menacée alors que le quatre quart devenait purée sous les pas de nos pachydermes !

Pachydermes qui avaient rattrapé l’armée des singes mercenaires. Il y avait du sang craché dans leur tasse ébréchée, il y avait au fond des rétines de ces singes un hominidé parfum qui partait tôt à l’usine tôt le matin. Il y avait comme des fleurs terrifiantes le long du chemin royal menant à l’Acropole, il y avait comme des souvenirs se développant sous la forme d’un tweet lorsqu’on colorait la rivière en contrebas de produits toxiques.

Ainsi, je respirais l’essence de leur fabrication, réanimais toutes les valses mélancoliques sous l’acropole qu’on avait construit en vibrant sur notre tige. Cette tige qui langoureusement baignait dans la nappe phréatique la plus profonde.

Au centre du rectangle de l’acropole, il y avait des kilomètres d’encensoir ; il y avait aussi au centre du rectangle des icônes qui se recueillaient, s’évaporaient à chaque embardée sexiste. Leurs idées luisaient comme des ostensoirs, se noyaient généreusement dans leur sang satanique.

Chamboulant toutes leurs définitions dans la poussière des greniers, un vent de coton vint blêmir la machine à écrire : c’était une ébauche admirable d’une odyssée, c’était enfin le spleen sapant les colonnes corinthiennes de l’Acropole.