En cherchant des têtards

En cherchant des têtards qui gobaient le soleil du nouvel an, étreignant le végétal comme le minéral, nous avions câblé par triste corrélation cette pataugeoire de roseaux et de joncs en fleurs.
Des joncs rafraîchissants et brutes comme ces rouleaux sur la palissade du corral, et sous les joncs, dans la mare aux diables une silhouette fiévreuse, hérissée de motifs polaires, sauvée comme une vieille poupée abandonnée gisait et grésillait tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. Son esprit instrumentalisé qui brûlait de toutes ces perceptions, qui fit osciller sa charpente osseuse, cet Esprit qui bramait des parodies de fouilles archéologiques ; cet Esprit était comme un accroc entre mes tempes, un pastel de watt canonique ininflammable qui crépitait sur mon mufle, imprégnant la pièce en restant attaché à son chevalet.

Et puis il y avait cet étrange syndrome : le Syndrome de l’Opiacée, suggestion en silicone noir, qui repoussait les frontières, il avait connu son âge d’or en se muant en mousson asiatique latéralement tranchante et galvanisée.

Une lascive vision qui allait retomber dans la Fosse Noire, en laissant grimper puis perdre pieds la perspicacité des mots, et pour chaque verbe les démantibuler de leur douceur originelle. C’était pourtant le même monde, ce monde où de fastueux échos voulaient s’approprier quelque chose de neuf.

Ainsi, en se bonifiant comme une lymphe fripée d’expérience, s’étendait face à moi un chemin lumineux et tranquille, et pourtant encerclé d’une multitude d’iniquités, pour ainsi dire une simple suggestion de chemin où je glissais sur l’asphalte rugueux, à la lueur d’un DeepKiss de série B. L’humble frou-frou guilloché des billets de banque se répandit à cet instant hors de mes poches. J’avais affligé la monnaie de pensées très tendres ; je me tenais raide comme le cierge d’un court-métrage revisité.

Béryl

A une époque, troublée donc favorable, Béryl était étendue sur son lit à la racine du mot fin, comme agrafée et happée par une éblouissante lumière et taillée dans la mie de pain des machines hertziennes ; instrumentalisant les caillouteux gribouillages de mes nerfs optiques, elle portait une robe Sandro qui parcourait les recoins vides de la chambre et qui fit tourbillonner l’arborescence de ce capharnaüm corrompu.
Dans le bleu du ciel, elle égrénait les signes, les mots de passe de ces machines incontrôlables, ingérables, et pour tout dire fantomatiques, afin de me transmettre à la prochaine détonation, au prochain crack, la consigne à respecter.
Sa présence démoniaque, en harponnant au passage les jours où tout était encore innocent, riait parfois, grignotait un sandwich, buvait du thé que j’avais fait infuser pour elle. Elle me racontait que le mur de la Neuvième Porte était de marbre blanc, et bas et massif : il contenait, à souhaits et bien planqués, là dans cette tour d’ivoire, des cascades opulentes, oui des cascades de chevelure ruisselante de rhum, instantanément filtrés dans un gracieux négligé. Et là, dans cette tour d’ivoire, laissant des miettes de gommes sur le bois des écoliers prisonniers, subsistait le froid automne gris d’une planète inconnue qui avait été vendu pour une poignée persistante d’échardes opaques à sa demande.
A sa demande aussi, en raccordant son sourire si malicieux à chaque opération mentale et en montrant à la face du monde virtuel son absence de sens, je couchais sur une table en formica les fabuleux poèmes racontant tous les matins sa vie triste et ennuyeuse.
Des poignées écumantes de fils électriques, des fils électriques que j’avais coupé au ras de leurs pulsions, en restant attachés à son chevalet, me conduisaient ou plutôt me traînaient dans la semoule de ces femmes aux édifiantes toisons de têtes de cerfs, comme un raccordement dionysiaque d’air vicié et de nos airs tout aussi vicieux.

Froid et creux panorama

En rafraîchissant cent fois une obscurité sidérée par une explosion épiphanique d’éclats de lumière, la Cora-Hummer 7 qui commençait à se poser des questions existentielles de plus en plus douloureuses, collectionnait les interfaces permettant d’intercepter toutes les connaissances induites par prémonition.
Leur irréphénsible semence d’escargots tapissiers avait jaillis d’un appel téléphonique débridé claquant au fond du terrier à cent pieds de profondeur sous la terre noire qui n’acceptait pas ces turbulences.
La Cora-Hummer se rétablissait avant tout, en mêlant dans ses vaisseaux sanguins des résines grises de panorama post-apocalyptique aux phénomènes sismiques, préparait son grand retour en se perçant les oreilles jusqu’à faire saigner la dernière passe d’une putain encore inégalée.
Les reliefs du paysage au-dessus s’effondrèrent en prenant le firmament aux teintes organiques en otage, les reliefs du paysage enjambèrent les projets décalés de la machine mercenaire… et les principales images de son idéologie disparurent, bercées par la chaleur humide qui régnait ici ; des reliefs haletants qui avaient hacké toutes les lignes consensuelles en représentant l’intérieur d’un Soap Opera dans le souterrain de la Cora-Hummer 7.
Il y avait aussi, sur la tapisserie couverte de Pat Benatar et de Kurt Cobain, en poussant les poutres et les bûches de Noël dehors, ses larmes de plancton grelottant dans le vent silencieux, émettant des pensées mystiques assez pernicieuses, ce qui déterminait la direction fiévreuse à suivre : son domicile céleste, à savoir en haut d’une branche de saule pleureur qui piaillait sans limite, cette nidification aux origines hérissées d’épines, harnachées au punch et aux mille fléaux noirs laissés à la postérité. Postérité qui rejeta de l’urine, du sang menstruel et sa matière fécale lorsque l’étrange machine, en commerçant d’incalculables équinoxes, tenta de ranimer des fossiles matriciels de météore.

Les larmes d’un Inuit

Montagne de scrupules examinés sans perdre patience et divers raccourcis avariés pour raccorder la rose noire déchue de mes pensées ; ce raccordement fait partir la morve en la séchant tandis je cueille d’autres raccourcis, leurs formes sont tristes, goulues mais ils ne veulent pas en démordre. 

Séchement incarnés par ce mauvais endroit, ils noircissent les hauts plateaux de l’Éthiopie qui se sauvent, se cachent dans le tiroir de ma table de nuit, ainsi que toutes ces blessures et tous ces chagrins alignés à perte de vue.

Pour se soustraire aux profondeurs de mon appareil Kodak, les larmes d’un Inuit se laissent glisser le long des briques des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires ; ces larmes qui se déroulent, en dominant l’horizon, le long du chemin de fer antique : ces larmes nées dans la poussière narcotique, et qui redeviendront poussière narcotique.

Ces mêmes maisons où sont piégés les Nouvelles Combinaisons, les mots de passe, les bleus vifs de ces larmes ont sapé leur amalgame de sables et d’exaltation sinistrement verrouillée ; exaltation aussi de jeunes pousses de loupiotes qui veulent réconcilier l’Inuit avec quelque chose d’encore trop flou, toutes ces abstractions qui continuent de glisser en sourdine avec les larmes au pied des chagrins d’amour de l’Inuit… en emportant toutes les lumières, leurs lacunes ne sont que les bornes invisibles du cosmos, ce quasar glacial, schéma alchimique d’écorces et de kouglof, où se mêlent la rosée du matin, la rosée d’un monde chatoyant, et le chavirant poison d’une nuit sans dormir…

J’ai entrevu aussi ce fameux soir à minuit une lueur jaunâtre, typique de l’art baroque, venant se poser sur les vitraux que l’Inuit a récupéré des ruines d’une ancienne cathédrale.

Enroulé dans un drap, j’ai interféré dans la base de donnée de ces vacillants et farfelus kaléidoscopes : des travellings postaux, sanguinaires, en clonant ici ou là des virtuosités ridicules et alors, venu de nulle part, un chien perdu s’est approché de l’homme Inuit en pleurs.

De rouge crépusculaire, dans toutes les enveloppes ses larmes ont été dissociées : ce sont des bases de données matricielles, sans noms. Le chiffre qui volatilise leurs vies antérieures, disparaissant progressivement pour laisser place à une photo sous cadre, se reproduit pourtant à l’infini sur des feuilles libres : c’est ce qu’on appelle la transmission spirituelle.

Sous la loupiote inculte

En examinant sans scrupule et sans perdre patience ces tessons chiffrés à l’excès, ces bavures extrêmes, l’arbre cure-dent ploie sous ce fouillis de coquillage marin qui appuie sa dialectique sur une ex bouteille brisée confortablement expansive ; en secouant un suçotement de bleuet taillé dans la guêpière des crins de chevaux alezans, le désir, le soleil de Minuit presque blanc et comme frangé de noir projetant synthétiquement la glorification en faveur de maître Yoda.

Et, sous sa loupiote et dans sa thébaïde, l’inculte mène une guerre acharnée par moult voies de carême.  Soudain, leurs mèches au grand galop viennent d’atteindre nos ombres prostrées, presque ossifiées par tous ces embrasements de diable lampiste… en ne pouvant aligner les chiffres bien tassés, sans les rendre ces bribes de zigzags et de sensations saccadées, qui se volatilisent ailleurs et germent dans les tasses ébréchées en offrant leur tâche. J’incorpore aussi leur méconnaissance et leur raccourci automatique sans me douter qu’une seconde d’intervalle puisse compenser leurs calamités.

Sanctuaires

Ombres noires, vies antérieures, mystères des temples osseux, monticules érigés comme des sanctuaires et pour tanner le cuir sombre de l’aurore à venir et ses reflets de braises vivement hâlés, le pain de seigle.

Au delà d’un plain-chant s’élevant à l’unisson, à travers les chambres venteuses de la nuit en mesurant leur progression, les énormes feuilles du bananier se désincarnaient et les fleurs septentrionales bambochaient en mettant en ligne les miroirs et en doublant la pointe de l’île où tout était recouvert par la savane.

Quelques temps auparavant, nous en avions obtenus des couleurs écorchées à l’aide de nos appareils photographiques, des couleurs pour engendrer de l’or ; sur notre passage, même les montagnes se désagrégeaient et seules quelques notions d’échanges suffisaient à combler nos notes. Nous venions de mettre au rebut les espèces blanches contenues dans les yeux des singes fossiles : une véritable désolation qui se trouvait à quelques milles au large de l’embouchure de la Plata.

Elle dormait toujours, j’étais encore assis sur un rocher lorsque les réalisations charnues firent jonction comme un prolongement d’histoires fantasmagoriques ou comme la queue d’un jeune crocodile !

Des kyrielles de prodiges

En valsant, la lumière tremblotante, la lumière de ce monde en silicone noir, après des bornes extensibles et toutes ces correspondances approximatives, était âpre ; âpre comme cette blonde à la taille de guêpe floconneuse et à la peau toute en écorce frénétique.
Et cet espace criard : un iceberg ou un bocal, un jeu de l’oie désaxé ! Espace quantique jetée aux oubliettes, où l’on pouvait s’ébattre et aiguiller des kyrielles de prodiges sur des avenues aux ailes de diesel safran.
Et cette blonde toujours open, comme un verre d’eau inaltérable ou une incarnation mensongère, avait fait toute la différence. Ah ! Quelle jouissance !

Dans l’obscurité, doucement, l’historique de mon navigateur hésitait encore : des sites virtuels, avilissants, venaient se perdre au milieu de tous ces algorithmes générés par l’étrange logiciel. En éteignant pour de bon la machine, j’aperçus la chandelle oubliée, cachée, puis retrouvée, en l’honneur des défunts, qui zappait entre les plans fixes, perpendiculaires et délavés, tantôt visibles, tantôt perdu à nouveaux, de la bobine 5 : un remède à l’antique initié par les symboles sorciers.

J’ouvris alors le tiroir de mon bureau et trouvais aussitôt une enveloppe contenant un tirage de photos floues, en noir et blanc ; des photos qui se savaient prédestinées à briller entre parenthèses, cherchant une étendue de récit encore vierge. Leur texture haletante devenu « impure » glissa lubriquement et dangereusement sous le vent affligé et persistant.

Tout d’abord, cette nuit-là ressemblait à une plante, à de la rhubarbe gigantesque : son parfum qui était acidulé tombait comme des baisers à nos pieds.

Le train

Descendant à travers bois, au milieu d’un nuage de neige, le bruit du train passé envenimait de son hectowatt lubrique le lambeau clair du ciel arrivé malgré tout à bon port chez nous !

En fermentant, son hectowatt avait bâtis un empire de fumée où les seins des femmes lançaient sur nous leur traîne hélicoïdale. L’une d’elles s’était même immiscé par dessous l’encadrement de la porte, cette porte donnant sur des étages phénoménaux ; et le train comme désorienté revenait enfiler la fourrure d’hermine qui appartenait à cette femme ; et la neige en longeant la route ressemblait à une équation à une seule inconnue…

Comme elle, en partant de notre havre, on enfourchait nos bécanes et comme elle on allait se saouler chez des amis au cognac ou au mazout ; ce mazout qui avait fait tourner les hélices de nos étranges machines de jadis. Machines dont l’engrenage s’allégeait au fur et à mesure de notre progression, sous le halo des lampes incohérentes.

Il y avait aussi, sur notre chemin, des faubourgs où la femme marchait sur tant de pieds avant de regagner le coffre de notre voiture : le monde allait bientôt riposter, ouvrir sa gueule de vide-ordures et jeter ses doux parfums d’hématomes.

Alors, en s’enveloppant énergiquement d’un heaume, nous partions à la guerre et de guerre lasse le bruit du train revenait empoisonner le silence où l’on entendait parfois des sanglots : ici, les indigènes devaient fêter noël et dans son coin noël crevait doucement, sans empressement.

Chambre noire !

Des méandres de chaussettes, diverses trouée de sous-vêtements avariés et remuglants jusqu’au gaspillage ; rose noire déchue, alors que mes pensées cognent, elle essuie la morve en blablatant de tout autre chose tandis je pioche sous son matelas une hallucinante quantité de sachets. Encore une aventure, une orchidée de ballons multicolores, les formes sont tristes, goulues mais elle ne veut pas en démordre. 

Je lui montre la ligne droite, ne perdant pas le nord et enjoint l’envers des Palaces et des arrière-cours, voilà de quoi émettre un son, de quoi sentir la mer tourner. Tous les réveils me consternent, incarnés par ce mauvais endroit ; les hauts plateaux de l’Éthiopie se sauvent, se cachent dans le tiroir de sa table de nuit… Ainsi que toutes les blessures et tous les chagrins que nous n’avons pas eus ensemble.

 

Venant des profondeurs de son appareil Kodak en crachotant, les larmes d’un Inuit qui glissent le long des briques des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires ; ces larmes qui se déroulent, en dominant l’horizon, le long du chemin de fer antique : ces larmes nées dans la poussière narcotique, et qui redeviendront poussière narcotique.

Ces mêmes maisons où sont piégés les Nouvelles Combinaisons, les mots de passe, les bleus vifs de ces larmes ont sapé leur amalgame de sables et d’exaltation sinistrement verrouillée ; exaltation aussi de jeunes pousses de réminiscences qui veulent réconcilier l’Inuit avec quelque chose d’encore trop flou, toutes ces abstractions qui continuent de glisser en sourdine avec les larmes au pied des chagrins d’amour de l’Inuit… en emportant toutes les lumières, leurs lacunes ne sont que les bornes invisibles du cosmos, ce quasar glacial, schéma alchimique d’écorces et de kouglof, où se mêlent la rosée du matin, la rosée d’un monde chatoyant, et le chavirant poison d’une nuit sans dormir…

J’ai entrevu aussi ce fameux soir à minuit une lueur jaunâtre, typique de l’art baroque, venant se poser sur les vitraux que l’Inuit a récupéré des ruines d’une ancienne cathédrale.

Enroulé dans un drap, j’ai interféré dans la base de donnée de ces vacillants et farfelus kaléidoscopes : des travellings postaux, sanguinaires, en clonant ici ou là des virtuosités ridicules et alors, venu de nulle part, un chien perdu s’est approché de l’homme Inuit en pleurs.

De rouge crépusculaire, dans toutes les enveloppes ses larmes ont été dissociées : ce sont des bases de données matricielles, sans noms. Le chiffre 9 de leurs Vies Antérieures, disparaissant progressivement pour laisser place à une photo sous cadre, se reproduit pourtant à l’infini sur des feuilles libres : c’est ce qu’on appelle la Transmission Spirituelle.

 

 

Les Cavaliers

Sous le poids atroce d’une illusoire culpabilité, une faveur insigne et le plafond au-dessus de nous brusquement se fend : un long zigzag qui fait pleuvoir du plâtre sur nos cheveux. Au sommet d’un col, les Cavaliers déferlent à la surface comme les vagues d’un océan sans fin, créant ce séisme encore inégalé. 

La peinture, en prenant des teintes organiques et représentant les principales images de notre idéologie, commence à peler et à se décoller des murs. Elle enfle en masquant l’entrée de notre refuge souterrain où la foule, à grandes enjambées, s’est engouffré à l’intérieur afin que leurs chiens ne parviennent jusqu’à nous.

A présent, dans cette pièce qui ressemble à une sphère, nous sommes plongé dans l’obscurité qui a tout engloutis. Le Pacte est brisé : les Cavaliers viennent de Pologne et sont tous fugitifs, comme nous, traqués par une armée bien plus puissante, montée sur des pachydermes aussi voraces que hargneux.

 

Les Ordres de la Nuit

Première partie 

A 3 h 30 du matin la nuit du 5 juin 1992, la saturation ; en s’efforçant de recoller pour la énième fois une page déchirée couverte de caractères noirs avec de la pâte préparée sur un fourneau rouillé…

Aussitôt l’organisme plié, révulsé de douleur, vide ce qu’il reste des tripes ; douleur.

Le long du Chemin de Fer, je sais qu’elle m’attend ; sa figure disparaît de l’écran tandis que des bandes de papier se déploient, jonchées de chiffres, elles débordent parfois jusque sur le parquet… Pénuries de neurones.

Sous mes yeux, le Livre s’ouvre, des hommes dans la trentaine, chauves aux quatre cinquième et à la chemise blanche sont décris dans ce récit ; je mémorise leurs plaques minéralogiques en tripotant les boutons de l’étrange ordinateur.

Quelques heures auparavant, j’ai placé dans la chambre de Némésis de hautes et solides étagères dans lesquelles j’ai entrepris de ranger selon un ordre réfléchi les antiques Tomes pourrissants.

J’ai aussi rangé la vaisselle dans des cartons et couvert les meubles de housses blanches et fantomatiques. Car cette nuit, cette nuit Les Ordres de la Nuit vont débarquer.

 

Deuxième Partie

Moi-aussi j’ai fait un rêve. 

J’étais sur le lit, au milieu d’une montagne de chaussettes et diverses trouées de sous-vêtements avariés et remuglants ; je voyais, perdu dans mes pensées, une lumière rouge qui fumait, une lumière horrible. Et pourtant je ne pouvais m’empêcher d’avancer vers elle.

J’avais eu une sœur autrefois. Némésis. Némésis, dans mon rêve, essuyait sa morve en blablatant de tout autre chose et j’en profitais pour piocher sous son matelas une hallucinante quantité de sachets. Némésis était à elle-seule une orchidée de ballons multicolores, ses formes étaient tristes, goulues ; elle grogna d’une voix ensommeillée qu’elle avait besoin elle-aussi besoin de drogues pour favoriser ses visions.

De ces Ordres de la Nuit, on ne voulait pas en démordre. 

 

Charles Peigne-Cul ressemblait à la gravure de la Première Page, il était vêtu de manière démodé, avec un feutre large, le genre artiste montmartrois.

Il était venu chez nous pour vendre cette sorte de bible satanique, suffisamment insoucieux pour s’aventurer par ici, dans cette maison loin de tout où les Choses s’étaient déroulés si lugubrement. Jadis.

Le Livre avait longtemps été caché dans le tiroir de la table de nuit de Némésis…

Même totalement junkie, on avait quand même peur après tout ce qu’il avait dit. 

Correspondances approximatives

La lumière tremblotante, la lumière de ce monde en silicone noir, après des bornes extensibles et toutes ces correspondances approximatives, était âpre ; âpre comme cette blonde à la taille de guêpe et à la peau toute en écorce frénétique.
L’espace : un iceberg ou un bocal, un jeu de l’oie désaxé ! Espace jetée aux oubliettes, où l’on pouvait s’ébattre et aiguiller des kyrielles de prodiges sur des avenues aux ailes de diesel safran.
Et cette blonde, comme un verre d’eau inaltérable ou une incarnation mensongère, avait fait toute la différence. Ah ! Quelle jouissance !

La Machine noire

L’espace, après des bornes extensibles, était si surprenant, si dégoulinant ici : une sorte de désolation à exalter en distribuant à travers la valve de cette étrange machine l’incontestée, l’impropre consécration.

L’espace était investi par notre enseignement du jour, sans que les indigènes s’en rendent forcément compte, afin de créditer des « Airs » ou des « Hères » à l’intérieur de la machine ; je lui avais donné vie et une morale civilisatrice. Et pourtant, en incendiant tout ce qui bougeait aux alentours, hors de sa curieuse épiphyse, elle sécrétait aussi les règles d’un nouveau jeu très instructif : massacrer les pauvres passants dans la rue ; ces rues collantes et ces avenues s’octroyant ses ailes de cachemire de safran, qui se déplaçaient d’elles-mêmes. Leurs excentricités noircies, cintrées d’un théorème destructeur, enchérissaient les atrocités ; la fade technologie de mes contemporains.

La Bibliothèque de Babel

Du dépouillement zen d’un vieux torrent japonais jusqu’à cet enchevêtrement souterrain de fils électriques et téléphoniques qui alimentent, sous ses doublures, d’informations les internautes, la Bibliothèque de Babel symbolise aussi la négation. La seconde avant la seconde. Ou la couleur grenat…

Le travail des assistants de la bibliothèque de Babel ? Dans une vieille bicoque, sur leur écran, des alignements frénétiques de chiffres et de lettres déambulent sans cesse, au fur et à mesure que l’infinité de possibilités décroît, ce labeur perdurant cependant jusqu’à la fin des temps.

Et pour le texte encore à inventer ? A partir d’une succession de généralités coûtant pourtant la peau du cul, d’épopées imitant le génome humain, mais aussi à l’aide de nombreuses combinaisons, le récit de ces serfs, malgré tout libres, est ciselé par des fragments déjà écrits et stocké dans les greniers : ainsi, une impression discrète de déjà-vu jaillit de cette conception pourtant complexe. Et même si elle souffre d’un déséquilibre interne, la Conception replie son dispositif sans jamais décevoir le monde qui continue de s’engouffrer dans cette grande bibliothèque.

Bien qu’elle soit amorcée, l’émeute se voile sans vraiment s’exprimer fermement : les barreaux de la prison sont solidement fixés.

En Orient et face à la houle !

Une étroite trouée entre deux immeubles, petite brèche qui oscillait sa lumière d’un jet cérébrale : une averse d’aiguilles de pin qui ruisselait de la place centrale jusqu’à cette trouée où le chant de la pluie peuplé de songeries floues se perdait au loin.

Les ventes de Tamagotchi à la sauvette étaient enfin clôturées et ses yeux, en amande, exécutaient des tours de passe-passe idéologique, représentaient pour moi un système astucieux !

Le scénario avait été écrit en une nuit, suivant le sillon et la pente d’une obscurité distillée au fond de la période fin dix-neuvième, en plongeant dans l’exégèse, qui, d’écueil en écueil, progressait avant de tout découper aux ciseaux distinctement : une explosion épiphanique d’éclats de lumière pour effacer toutes les pistes !

Et soudain la Mouche, tombant sur ses appuis par trop d’ennui, avait sombré elle-aussi : Adieu ! Adieu ! Ainsi, lui dis-je, filant dans l’obscurité comme une comète avant de faire lovely-love dans le brouhaha noir des Carnavaliers.

En Orient et face à la houle, j’avais choisis pour domiciles célestes de silencieux hologrammes, de profondes et blondes chevelures tandis que la saison des mondes celtes tire-bouchonnés s’assurait un chemin parmi les calligraphies à l’encre chancelante. Sur des feuilles libres, et tout le monde le savait, les années excitantes du monde du X n’étaient qu’un tas d’allumettes imaginaires et prêtes à prendre feu dans les archives : en restant toujours aussi insensées pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais, on resserrait les écrous.

Ensuite, filmée par la caméra, une progression à la Vilnius Poker : s’automatisèrent alors instantanément les pages du livre à coups de marteau nietzschéen ; pages clouées sur la cabane au fond du jardin avant de pressentir la nausée à venir…

Le Jardin où l’on venait de brûler Monsieur Carnaval en plein air, n’était qu’un tapis de fleurs semé de coing. Puis les zébrures dans le ciel sonnèrent la mort des baleines, bien trop loin : au-delà de nos cités mystérieuses, géométriques et massives comme des labyrinthes avec ses ruelles médiévales, s’emmêlaient sur les plaies disjointes de tous les Vilnius Poker ; le noir s’alliant aux auto-stoppeuses pluvieuses, aux actualités guerrières suffisamment audacieuses pour chialer au creux de nos oreilles.

Une étrange bibliothèque

Tout d’abord, des symboles avant-coureurs qui circulaient en nous, en respirant d’un rythme monotone et qui venaient d’une lointaine galaxie dynamitée où, lors du négoce, les faunes discutaient entre eux au sujet de notre retour.

Soudain, tristement mus par quelques danses fantasmatiques et leur voyage depuis le néant, les faunes qui correspondaient au feu du désir, à la liberté aussi, lancèrent dans tous les azimuts et les visions d’ailleurs des S.O.S aussi confus que les poèmes de Stéphane Mallarmé.

Aussitôt tapé dans le moteur de recherche de leur bibliothèque de Babel : notre chiffre fétiche quand leurs algorithmes reprirent le train en marche, pesant sous le poids du chiffre suivant, sans pouvoir donner de réponses cohérentes.

Pour échapper aux faunes qui suivaient nos directives consolantes à partir de leur base de données, on crachait toutes ces lignes de code qui avaient construit la bibliothèque de Babel ; on fit apparaître comme dans un rêve un nouveau caractère dans leur barre de recherche : à l’angle de l’allée numéro deux, se présenta alors, libre comme l’air malgré le milieu hostile d’ici, l’enfance de Jorge Luis Borges.

Elaborant le cours d’une vie ordinaire, de vagues réminiscences regroupant tous les livres publiés et futurs dans cette bibliothèque apparaissaient aussi, en ouvrant de nouvelles fenêtres dans notre navigateur web : ce fut une succession de contes de fées qui menait à leur totem, le grand serpent cosmique arpentant l’espace… mais comment trouver dans ce dédale de fictions ce que l’on recherchait ?

Une polysémie de mots-clés, dans les débris, jusque là mornes et sombres, de ce décor cérébral nous aidaient à la recherche : leurs listes classées par voyelles se développaient à chaque clic, en calculant la distance qui restait entre nos kaléidoscopes cinématographiques et d’autres systèmes solaires innovants. Les kaléidoscopes en tournant et en suivant de près la couture incarnée par leur disque dur, anticipaient les néologismes à créer du langage en perpétuel évolution, se heurtant volontairement à un écueil : le blocus aussi bien virtuel que réel établis par ces faunes.

Aiguillonnées par l’éditeur de texte qui les insérait automatiquement et sans aucune intervention humaine, les données de la bibliothèque de Babel s’appuyaient, comme la plupart des réseaux sociaux, sur une timeline ; mais c’était une timeline d’expérimentation intellectuelle très grillagée : autrement dit, ces internautes suivaient bien davantage qu’une linéarité temporelle surdéveloppée, une linéarité de fictions littéraires amenée de leurs laboratoires, décantée sous tous les angles par le Creative Writing d’un auteur criblé de dettes.

Funeste, intense, foutu reboot de cut-up à l’extrémité du câble nord !

Funeste, intense, foutu reboot de cut-up à l’extrémité du câble nord ! Un véridique choc numérologique, l’imagination du poète ! Un vrai lot anaphylactique formant un monde très cinématographique, tâche que les dignes descendants de Burroughs remplissent à merveille en acidifiant aux quatre coins du monde leurs représentations mentales amovibles : elles-aussi imaginaires, toutes emmaillotées dans leur réceptacle de métro moite, incohérentes par leur éloignement, ces représentations reflétent la moyenne du quotient intellectuel kilométrique de tous les défauts, de toutes les failles et de tous les crashs de leurs disques durs, internes comme externes.

Au milieu de la nuit, le sol jonché de bouteilles vides, ils regardent l’existence suivre un tracé logique, ce cheminement qui remonte depuis les limbes neuronaux, excursion spéléologique inversée et déjà bien entamée, avant d’entamer un requiem aux lettres mortes. Le suc oppressant d’une faille de sécurité alternative commence à saigner sur les pages alchimiques de leurs carnets de moleskine ; pliant, comme chaque soir leurs listes, sous les coupoles illuminées de leur terrier, leurs lacunes viennent s’effondrer comme des morceaux de banquise, dans la trop vaste bibliothèque.

La bibliothèque ? Des voies lactées gargantuesques, toutes enchevêtrées entre elles, et vidées de leur utilité qui passent d’un agréable coloriage noir au latin ténébreux de la matrice mère de toutes les matrices. Les carnets de moleskine ? Un monde de défunts zébrant les entonnoirs de cette force cauchemardesque et qui monopolisent leurs mondes…

Et la faille de sécurité alternative ? Une structure aléatoire où de jeunes pousses de réminiscences sont alimentées par un enchevêtrement de fils électriques et téléphoniques, comme le matériel informatique de mon bureau. Se contractant comme des pensées garrotées au fond de notre arabica, ces souvenirs, lugubrement, transmettent à la matrice mère, toutes les scories entrées automatiquement au sein du Navigateur.

Tressant des schémas mystérieusement disparus et en inversant leurs cours qui s’affaissent, replié et mortifié par les visions qu’il a engendré, le Navigateur, par synesthésie scientifiquement intemporelle, détériore à lui-seul les chemins d’accès donnant sur les bases de données de la matrice mère : l’ordinateur s’éteint, redémarre sans cesse ; de son spirituel avancement, ont jaillis les hideuses corporations, leurs formalités irréelles aussi.

En s’approchant d’une toile vierge de Pierre Soulages et en un clin d’oeil, son humeur change et sécrète quelque chose d’étrange dans l’obscurité. Alors j’imagine que, dans ma tasse, le café se mue en poison. Regardez bien : une multitude de minuscules portes s’ouvrent sur un très haut plongeoir et, dans cette piscine en contrebas, une naïade nue s’ébat en nageant ; et sa robe alternant entre la lumière et la couleur noire, sa robe tombe au fond de l’eau et c’est le black-out qui s’annonce, mû par quelques sentiments de love buzz amoureux.

En rasant fugitivement mais vivement les murs, depuis la grisaille d’un sommeil sans rêve, la toile observe les clients dans ce musée des Beaux-Arts de Lyon, je connais son visage, une ou deux histoires véridiques ou inventées la concernant mais est-ce suffisant pour affirmer que je la connais vraiment ? L’ordinateur alors rame.

Homère (page trois cent trente huit) et hibou à partir d’un abécédaire zonard

Aussitôt gueulées à l’aide d’un mégaphone d’étranges visions

Dansent à l’intérieur ; je les soupçonne d’appartenir

A un mouvement terroriste… Mais leur cinématographie est si vieille !

C’est un théâtre pour Vaudeville converti datant des temps préhistoriques

Je me retrouve sans la moindre transition sur de hautes plates-formes

En éteignant pour de bon leurs machines aussi undergrounds que sophistiquées

Dans un terrible blizzard devant une foule réunie, à la page deux cent quatre vingt six

Son uniforme d’étudiante infirmière, à une sage femme borgne, appartient.

Et tout en haut de la maison, dans une pièce, ou plutôt une cellule solitaire

Séparée des autres par une galerie et un escalier, se nichent d’immenses

Paysages ondulés par son corps étendu. L’atelier où je travaille à mes immondes créations.

Mais quel est le lien entre ces différents paysages ?

Sans sourciller, personne ne répond…

A Maubeuge, une mémoire saturée. Et pourtant

Mûs par quelques sentiments de love buzz amoureux

En rasant fugitivement mais rondement les murs

Des symboles avant-coureurs circulant en nous et

Venant d’une lointaine galaxie dynamité, discutaient

Entre eux au sujet de leur retour, quand, tristement

De mon côté, mû par quelques danses fantasmatiques

J’avais lancé dans tous les azimuts et les visions

D’ailleurs des S.O.S pour sortir de ce nid de vipères

Aux lueurs plaisantes malgré tout.

Nul besoin de technologie à la pointe lorsqu’on

Dispose de soleil vert à volonté.

Aussi profondes qu’elle puissent paraître, ces années X

Où tout avait commencé, où tout était enfouie

Sous l’hachis parmentier des grandes surfaces

Estampillaient à mauvais escient dans les wagons

Et compartiments neuronaux grillés, leur souvenir

Difforme, fragmentée. Et qui ne donnaient qu’à notre

Fabrique Croix-Roussienne, sous l’autorité d’un seul

Homme : Razko Kaphrium, qu’un effet boeuf.

Sur le visage du patron courait abjectement une fente distendue.

Oh ! La sanglante pâture prémonitoire !

Dans la gueule du crocodile

Dans la gueule du crocodile, un autre monde et nous deux dedans ; mais aussi une autre sorte d’arbre cure-dents déclenchant du haut de ces branches des avalanches, discrimant la perspicacité soucieuse comme si elle se recueillait après le départ de notre fusée.
Et ce troll de Scentless décodait pour nous les vagues matricielles provenant et s’échappant hors de notre mental, vulgarisait pour nous le langage ubuesque des arrêts de bus : un véritable enseignement !
Dans la gueule de l’africanisme, comme la tumescence d’une gencive altérée au fond de nos pupilles, chaude comme le punch, comme une yé-yé malsaine en manque d’outil éthymologique, en la scarifiant et en la débouchant avec un tire-bouchon, la veine de cette nuit sanguine qui avait été transférée dans la gueule d’une ténor scandinave, mimait la monolithique baleine, élaborait son effet boeuf, sa pluie fine, ses automnes prémonitoires. Quant à moi, alors sans le sous, je mimais l’alchimiste moyen-âge encore pendu au cordon ombilical des fils d’Artaud.
Ce fut préjudiciable : en dépendant du jeu de l’oie auquel nos serveurs locaux appartenaient, nous fûmes promus en tant que techniciens de surface au rang des pestiférés.
Mais quelque chose papillotait à l’intérieur, en les brouillant encore plus d’ondes cérébrales, ces serveurs locaux, alors qu’on croyait avoir vraiment touché le fond cette fois ; quelque chose mal oxygénée qui voulait percer hors de ces ovoïdes organismes : cette chose sataniste, pubescente à Walker Bay (la plage isolée où nous aimions errer sous les chênes verts) cette chose, dis-je, vivait à nos dépends.
Ces pointilleuses lignes de code qui se formaient sur nos écrans d’ordinateurs, lancèrent alors leur attaque : une véritable phagocytose ! Et ces lignes de code remportèrent l’unique dollar de la victoire et fixèrent sur la plus belle branche de l’arbre cure-dent la corde à laquelle nous hissions le dévoué Culte. Culte volé lors de ce rassemblement aux vitraux de la nef basse voisine.
Ces lignes de code n’étaient, par définition, de ce remue-ménage que d’infinitésimales déclinaisons avant l’apocalypse !

Carnet de Poésie : Scentless !

Sous-système d’un sous-système d’un sous-système s’écoulant à colin-paillard le long des icebergs déstructurés comme l’Ajax WC qui joue le Scentless de Kurt, notre programme d’enseignement du jour nous avait mené loin, très loin, trop loin ; jadis à contre-courant, maintenant désaccordé, cru, grenu, je gueulais des « Go Away » en perpétuel mouvement, eux-aussi à contresens ; en embaumant la sauvage amertume du plancher ciré et en me pressant contre de hautes fenêtres sales jusqu’à attendre l’acquiescement du Patron : soudain la confusion qui tintinabula jusqu’à me rouer de coups de tatanes dégueulasses ; j’étais aussi bien en tant que précurseur un ensemble autant qu’une sous-partie. Le germe démocratique d’un seul organisme unifié pourtant. 

Des murs traçant des 8 en anticipant sur ce qui allait bouger, se prostituant en longs corridors frénétiques et crépitants, et le seul et unique dollar sectionné par des courants d’air refroidissant au soleil. Comme les bananes, les médiums ou le Scentless de Kurt.

Scentless au grand gabarit qui nous récompensa d’une séquence d’actions impersonnelles, oscillantes le long de la corde fixée sur la première branche de l’arbre cure-dent. Des forces biologiques innées, natives de la braise osseuse, ou des scènes d’architectures fantastiques, diffuses et disjointes, en nous séparant de leurs nuances essentielles, dans la neige, remportèrent haut-la-main l’unique dollar.

En dépendant du jeu de l’oie auquel j’appartenais, il émanait, en produisant un bourdonnement déconcertant mais grandiose, de nos programmes scolaires, et à chaque fois que je le sacrifiais cet unique dollar survivant, des kyrielles de femmes dégingandées réunies en cabales, presque organiques, vivaient de cette pichenette sanguine, et à chaque fois que je revenais, blême et sans le sou, dans mon immeuble par la porte tambour phonétique, le Scentless décodait pour moi mon absence de fraîcheur, ma trop maigre satisfaction et alors minuit sonnait et soudain le doute me basculait dans un autre monde, un monde aux lignes de code en grand deuil qui se débrouillait très bien sans moi.

Une faille

Tout d’abord une faille courant jusqu’à son radical : la mort de l’empereur grinçant et couinant contre l’arbre cure-dent ; ainsi, les carnets de Kaphrium, en exploitant la faille, racontent que le monde du dessus est bientôt prêt à nous appartenir, tant il sent la désolation et la mort.

La désolation et la mort quand les fixations des supports movibles comme amovibles ne peuvent plus se matérialiser ; précipitamment désamorcés, proposant entre leurs lignes de longues listes extrasensorielles, ces carnets aussitôt informatisés ont conçu les différents niveaux de ce nouveau monde qui occulte toutes les informations manquantes.

Dans le cendrier de Kaphrium, se consume sa dernière cigarette. Tic-tac tic-tac ! 

L’Arbre Cure-Dent !

Sur l’arbre cure-dent, en le dénudant de ces fils électriques qui reliaient de pléthoriques idées en copeaux, désuettes, une séquence d’actions phonétiquement et administrativement délirantes nous farfouillait l’intérieur obscur des oreilles afin de nous dégotter de nouvelles fonctionnalités féminines.
En haut de ses plus hautes branches, il y avait – je me souviens encore – cette neige d’ivoire formant pour plus tard la gadoue alchimique des concepts.

Entre-temps… Brusquement, Et ensuite !

C’était une enveloppe pleine de photos. Des photos floues, en noir et blanc où l’on devinait vaguement une scène classée X.

Pour cette scène nous incombait le pilotage des serveurs locaux ; une faille profanant leurs disques durs, nous vidions la substance des autres composants dissociés permettant à cette scène d’ourler blanc sur les pages déchirées d’un carnet de moleskine d’une pietà italienne.

Ah quel capharnaüm psychologique et quelle étendue de récit encore vierge !

La famille Addams

En entrant presque fugitivement sans toc-toc comme un goujat plié et lié chevilles aux corps, comme empaillé par le cri obscur et rouge d’une forêt de sapin aux origines fulgurantes, en entant dis-je dans la dynamique hackée de leurs fichiers vieillissants, aux vioques je lançais le cordon ombilical de la lampe foetale encore branché au courant et crac ! Alors tout s’effondra.

Ainsi par la porte encore entrebâillée, aussi rapidement que l’escampette de ce flash-back qui rendait ses longs zigzags temporels, je les vis massacrer -les vioques- à leur tour et à la tronçonneuse une garde-robe de toute beauté appartenant à la Famille Addams ; de mon côté, avec ce qui restait je débroussaillais maille par maille la fine lingerie de la mère Addams !

Oh ! le magnifique cul black sur white que je vis apparaitre après cette opération délicate ! Oh quel chapeau et quel crépuscule gonflé à bloc, harnaché aux aiguilles de sa montre Hermès ! Son tic-tac pixelisé et brillant comme un saphir à l’intérieur du mécanisme de la montre m’avait littéralement cloué sur place : j’étais pris aux pièges, seul un électrochoc pouvait me faire décoller.

Il tournait sur lui-même, en spirales confuses, Jack -l’un des vioques- et en visionnaire de l’écriture fendit l’air avec ses ailes de papier pour bloc-notes ; ces ailes de papier qui, en s’ébattant, offraient du haut de la branche d’un saule pleureur des cotillons en poudre, des pin’s de Woodstock. Pin’s émaillés tout en nuances improvisées comme ces virées chez les Addams…

La famille de Popeye

Des visages impressionnistes flottant dans ma conscience, hissant leur poudre noire sur les murs de l’église, instrumentalisaient, à partir des meurtières dans un tourbillon qu’ils n’arrivaient plus à suivre depuis longtemps, les douleurs poignantes.

En déséquilibrant leur totem pour l’élever en haut de ce capharnaüm corrompu ou pour en faire du sirop, le sang tourbillonant aussi s’autoadministrant leur couleur noire semblable aux mouvements rapides, générés par le silex, j’avais transmis leur consigne, arpentais le blizzard qui pétillait comme du champagne, à la recherche de leur corps déclinant.

Les visages firent soudain chavirer le beurre hors des épinards de Popeye comme un tapis d’acifiant éléphantin lapant des airs pensifs d’ibis debout sur une patte, et alors ? Alors je vis ce sapin de Noël grelotter sur ce tapis illuminé, tellement illuminé qu’il vint éclairer leur domicile : un interstice d’autoroute qu’ils improvisèrent une fois la nuit tombée.

En les suivant, ce sapin tremblotait, il flétrissait, il était câblé et joint à leur malentendu romanesque ; leurs lacunes et cellules grises firent alors des galipettes et le sapin perdit ses guirlandes et ses boules ! On l’avait pris pour une image étoilée qui courait et rougissait, à mesure que ces visages retournaient d’où ils venaient !

Oh quelle silencieuse faune céleste ! En la pliant, cette image perfora tous les crânes, comme furieuse d’être tournée à son désavantage, et amalgama ainsi toutes les bases de données corrompues, singulières, photovoltaïques de nos compteurs à zéro.

Le voyage en Montgolfière !

Eperdument, afin de lui soulever gravement mon chapeau, j’ai suivi la contemporanéité de Marmeladov en échafaudant tout un roman dans la nacelle en carton de la montgolfière en suspension. Montgolfière qui avait décollé par trop d’associations d’idées, de labeur aléatoire.
Le mécanisme de ma vieille montre exhibé, je renforçais la luminosité graphique des cieux ; cieux qui monarchiquement se combinaient avec les illusions purement émissives de cette montgolfière !
A présent à mi chemin, en jeune hussard informatique ou en navigateur internet maniéré, j’exerçais sur les faisceaux sanguins des poux rencontrés à mille mètres d’altitude une pression lacrymogène multipliant les glissements, les exodes intemporelles, les uppercuts vannés de la bagarre. Une bagarre qui, dans la neige froide comme une contusion, une rescapée ou une survie dans la jungle, aurait creusé ses infiltrations existentielles sur son visage, son corps démembré, sur cette Beauté soulevée à la hussarde. Une pure fiction émotionnelle cette Beauté se disposant en poudre sur les rangées des tuiles faîtières du toit de mon immeuble, comme le sucre ou la neige !

Le Faussaire étymologique

Il y a, tout d’abord, une multitude de notes dans ce journal de bord, du chewing-gum collé sur le dessous du siège, et par un câble partiellement électronique, partiellement organique, le corrigé de la dictée miroitant les textes enchanteurs de Jules Verne : entrés dans la base de données de la Cora-Hummer 7, ce sont des rapports, des versions restaurées et colorisées peu avant la majestueuse fécondation aussi bien virtuelle que réelle, noircissant les intérieurs comme la tumescence d’un milk-shake dans un night-club.

L’oligarchie miséricordieuse qui était autrefois aux commandes de la Cora-Hummer 7, a perduré librement mais ses représentants ont souffert d’un sabotage qui a ainsi limité les connexions entre leurs réseaux à présent métaphoriques.
En repartant de zéro, à partir des rafistolages du Faussaire, l’imagination a été rétablie dans toutes ses parties ! Quelque chose de maternelle s’est formé sur les écrans des ordinateurs comme une pièce de rechange étymologique, activé par une technologie linguale, ajusté par les jonctions intranets du Faussaire.
Ah quelle épiphanique gaspillage de petits détails implicites ! Tout cela a formé un paisible îlot d’ignorance prenant le pas sur la révélation pourtant tant souhaitée ! Quel gargantuesque décor de foire à la place des panneaux publicitaires ! Véritable ligne de force ésotérique qui est pourtant d’une netteté parfaite ! Mais quelle déception à l’arrivée !
En glissant vers la sophistication de l’ouvrage, on a en effet tenté le diable mais il reste des choses à regarder dans les cartons du Faussaire, comme cette carte géomagnétique qui offre bien des solutions aux problèmes : déambulant comme des chenilles le long des lézardes, des cataractes, un tronçon de fils électriques à l’intérieur de la Cora-Hummer 7 s’est flétri en s’accroissant comme une nouvelle étendue osseuse !
En donnant dans le paranormal, la Cora-Hummer 7 abaisse son écran d’ordinateur et on entend, en voix off, quelque chose sans vraiment l’identifier : l’obligation, peut-être, d’une mise en arrêt définitive.

L’haletante clé de son univers

On les baptisa d’une nouvelle constellation, ces courants d’air !

En se remplissant fondamentalement d’un café bien frappé, la complexité sombre et austère des astres voulait trouver un job rien qu’à elle ; les étoiles m’épaulèrent pour mener l’enquête en démoulant la cornée des escaliers hindoues mais par malheur elles restèrent toutes médusées quand, du haut de leur atout, j’emmenais Béryl dans un coin pour l’embrasser, pour l’enlever sur des chevaux babéliens. Sur des éléphants chargés de bois doré, de mâts et de toiles bariolées.

Je me souviens qu’il y avait l’haletante clé de son univers, un indicatif téléphonique qui courait entre les distances mnémotechniques des enfants et un farfadet aux alentours de minuit. J’avais mis le morceau de Bobby Lapointe en jetant hors d’un mardi-gras fantomatique, hors de l’histoire mais dans le creux des vagues occultes ce vieux pied nickelé qui perdait sa chaussette dans le ventre des sapins en mutation – ou en suspension.

La Présence

A l’intérieur d’une canne en bambou où elle résidait cette idée, inondée par des émissions huileuses, dégueulant le fond du Rio Negro d’une planète encore inconnue, j’avais confié sa timeline minée par les poux à ce veilleur de nuit : une sorte de Présence qui, en agrandissant nos libations vivifiantes, exécrait dans son redoutable cocon cahotant, inédit les humains.

La Présence représentait à elle-seule un assaillant fantomatique pour ces ours en peluche ne pouvant s’empêcher de chavirer dans le sommeil ; et lorsqu’elle éteignit alors la lampe halogène et l’odeur rouge, mélancolique qu’elle exhalait,  oh mon dieu ! sa réflexion très synthétique fut accrochée aux harnais des sorcières du dimanche après-midi… puis s’éloignant le long du canal, avec le tac-tac de ses talons aiguilles, Adieu ! Adieu ! elle s’assura un chemin parmi les calligraphies à l’encre chancelante tout en épluchant cette longue intimité avec le sel, le poivre, le parmesan, ou l’origan des stations de métro.

Dans les jardins botaniques de la ville, et dans son cerveau où aucune information inutile ne filtrait, en remontant l’ensemble des disques durs comme le mécanisme d’une vieille montre, ça sentait l’obscurité spirituelle et esthétique, ça fleurait aussi un sentiment d’étrangeté lorsque, en détachant mes feuillets du bloc-note, la Présence éclairait le fond de ces grandes profondeurs…

Sa lumière ? Un monde larvaire, alchimique, qui rendaient de l’huile de vidange, où j’aimais me tapir parmi les autres Innocents accrochés à la Cora-Hummer 7 comme des boucles d’oreilles, comme des chaînettes autour d’une cheville.

Alors réfugiés dans sa confortable thébaïde, nous jetions les gemmes et les éclats des pensées crépusculaires conçues par cette Présence comme des carences affectives, nous les jetions du haut d’une plate-forme arctique, et leur rituel de purification en s’élevant au-dessus des champs de maïs alchimiques, s’écrasait comme un mégot, générait aussi des regards inquiets en direction des Serveurs Locaux ; Serveurs, qui en arrosant la terre déjà humide de notre immense terrier, perdirent leur hébergeur où siégeait le sein froid de la surréalité.

En tournant dans la brise et les courants d’air zonard comme les mécaniques ailées d’un moulin, alors que la Présence tambourinait à cette heure les portes de l’hôpital psychiatrique le plus proche, toutes ces machines réinventées en profanant sans cesse le graphique délicat de ce texte d’origine, dans les braises qu’un ciel zébrait selon un modèle de cendres cauchemardesques, elles brûlaient à présent comme un bon feu !

La Cora-Hummer 7

Tout d’abord, filmés par la caméra, d’immenses univers de vie inconnue ruisselant vers la chaise où le professeur Angell est branché à des appareils scintillants ; appareils scintillants qui se détachent nettement de la lumière blafarde des néons ; un je-m’en-foutisme sauvage traîne par ici.

Un système de fils électriques et organiques reliant Angell aux naïades fantasmagoriques du bouquin, comme une opacité saccadée qui lance ses parpaings de watt canonique, ses fantasmes et son métal sans issue, ainsi que le mental de ses lames ; ses lames qui refroidissent le soleil vert par son abîme alvéolé, hypnotique ; système qui lustre et fusionne cette nouvelle vie sans commencement ni fin : univers qui soupirent et fusent sur les prédateurs impies en harcelant leur esprit pissant jaune et en s’approchant toujours plus près du soupirail de la vieille maison. Le larçin alors revendiqué, succombe le programme informatique de la Cora-Hummer 7 en se précipitant dans le vide.

Chauffé à un degré providentiel, en effet le vide s’est plaqué contre l’appendice de la Cora-Hummer 7 mais s’interrompt brutalement à l’entrée des greniers en incarnant alors les monnaies napoléoniennes cachées dans les malles jusqu’à maintenant dépréciées ; dépréciation effondrant comme des morceaux de banquises ses idées hautement et heureusement convertibles !

Les larmes des Planctons

Tout d’abord, un étrange ordinateur : en s’appuyant techniquement sur les données des Sociétés de Géographie maritime du XVI et XVII siècles au lieu des algorithmes devenus désuets et incompréhensibles, les euphorisants de son disque dur générés automatiquement, façonnés à la spatule, au fusain, exerçaient leurs effets sur la toile.

Son disque dur ? Des terriers de rongeurs cahotant le latin de mes blocs-notes où l’on avait diversifié les feuillets saouls des salles occultes du Mah-Jong ; ces feuillets s’étirant en règles formalisées alimentaient la gloutonnerie de Gargantua.

Des lèvres surchauffées d’excitation, de ferveur sanglante, mâchant la noirceur des aventures de Lucky Pierre ; en pataugeant dans la gadoue pour interroger les auspices : des douleurs et un interface nouveau cahotant l’écran de l’ordinateur : entre les faisceaux des labours assemblant la pureté et l’éclat du diamant et dans tous les azimuts, leur nuit synthétique où se logent les larmes des planctons qui sont incendiées au cours de leur tentative d’extraction, ces larmes tremblotantes alors que s’emboite l’oeil photovoltaïque des tronçonneuses ; des larmes toutes dégoulinantes générant les photographies du sud, ce sud qui parait si mélancolique à présent !

L’Aneurysm fauve des jouets

Suivant le sillon d’une obscurité sidérée par une explosion épiphanique d’éclats de lumière, je démontais ses jouets en les recréant, en pinaillant leurs points de suture, leur semblant d’illusions silencieuses.

Ma langue de bois exigeait un goût de cendre encyclopédique, des appels téléphoniques débridés claquant au fond du terrier, à cent pieds de profondeur sous la terre noire pour retrouver la mystérieuse inconnue.

Les jouets étaient révoltés, mais ils virent leurs rangs s’agrandir. Leurs résines grises crisser sur le gravier comme des ongles sur un tableau noir, leurs voix se mêler aux jouvences des bloc-notes mercenaires aussi… et les principales images de leur idéologie disparurent, bercées par la chaleur humide qui régnait ici.

Des pin’s émaillés s’effondraient en prenant leurs teintes organiques et en les enjambant après des travaux de cuir et de sciage ; des pin’s haletants qui avaient hacké toutes leurs lignes. Terrassés, les jouets rejetaient de l’urine, du sang menstruel et leur matière fécale par le nez ; ce nez qui, pantelant et huant, fit perler leur préhistoire comme un écho.

Il y avait aussi leurs larmes de plancton grelottant dans le vent silencieux, émettant une pensée mystique anisée bleu, ce qui déterminait la direction fiévreuse à suivre : leur domicile céleste, à savoir en haut d’une branche de saule pleureur qui piaillait sans limite, cette nidification aux origines hérissées d’épines, harnachées au punch et aux mille fléaux noirs laissés à la postérité.

En commerçant leur semence pernicieuse d’escargots tapissiers, les jouets préparaient Noël en se perçant les oreilles jusqu’à faire saigner la dernière passe d’une putain encore inégalée.

La tapisserie couverte de Pat Benatar et de Kurt Cobain, en poussant les poutres et les bûches de Noël dehors et en représentant l’intérieur d’un Soap Opera passif, avait commencé à peler et à se décoller des murs.

La face B de Pat Benatar

Un système de fils électriques et organiques, après le sac des rivières feuillues, en ruisselant alphabétiquement, siphonnait leurs gueules de vide-ordure ; des parfums montaient au ciel comme des serpents cosmiques en remplaçant la face B de Pat Benatar. Cette face B de Pat Benatar en tombant sur le béton des stations de ski alpin devenait notre décor vénitien en fin de saison. 

J’avais installé à Venise mon observatoire en lançant une restauration fantasmagorique dans une coupe de sycomore : langoureusement elle avait le souffle haletant du voleur en cavale, après s’être chauffé au contact de cette encyclopédie de carnavaliers en liesse.

La face B de Pat Benatar léchait toujours l’intelligence émotionnelle de nos tasses à café, fervemment liée chevilles aux corps, comme empaillée par le cri obscur et rouge d’une forêt de sapin. Elles se déversaient, en initiatives confuses, ces notes de musique que la face B crachait, comme arrachées et enlevées par un autre substitut davantage fiévreux, en dévoilant une impression de cathédrale.

Dans le miroir ovale fixé au vieux bureau de chêne, j’avais mon reflet et mon image qui jouait de l’ocarina ; ocarina qui envoyait des réponses inadaptées étreignant la largeur comme la longueur, le fond comme la surface de sa mémoire, tandis que Béryl, dans un grand cahier, dessinait des silhouettes presque sanguines, espacées et surchauffées d’excitation, de ferveur sanglante comme des îles pourpres, pour interroger les auspices.

La face B de Pat Benatar était une écervelée qui rasait avec des baguettes en hickory et les silhouettes de craie et de fusain regardaient faire en séchant au soleil marinier.