La fin des civilisations

Dans l’obscurité, dans la brume aussi, une pluie blanche comme crème lui ruisselle sur le visage et les seins. Les gouttes de pluie font naître le malaise ; il y a aussi des flaques de sang, aussi noires que les derniers survivants, qui traversent un épisode dépressif à l’état vif. Un goût à la fois amer et acide.
Des chaussures d’hommes, des talons de femmes, des orteils de chameaux, des pattes de chiens et des griffes de tigres naissent de cette fin de civilisation s’en allant à vau-l’eau. En s’efforçant de stabiliser son regard séminal, cette fin, coupée de toute temporalité, bascule du côté obscur de la force sans que personne ne réagisse.

Comme une scie circulaire, une faille surnaturelle infiltre le plancher, s’octroie un tracé logique en allumant une grosse flambée onirique, en parcourant ses veines violettes. Des balles de golf striées de veines rouges roulent au fond de ce gouffre abyssal et noir comme du charbon !

Des larves de reptile en mutation !

En s’égarant dans des considérations poétiques, du côté orientale, en définissant comme lieu précis un souterrain, une enveloppe pleine de photos, d’aneurysm fauve : leurs lignes comme les zèbres quittant les quais du métro et s’autoadministrant la couleur noire semblable aux mouvements rapides, générés par le silex, j’avais enfoui sous l’écurie en ruine des génisses traîtresses, leurs versions polaires.

J’avais aussi semé leurs larves de reptile en mutation, comme un monde en silicone noir où flottait déjà le sirop d’érable, comme les anneaux rouges des codes générés automatiquement sous les braises antiques, façonnés à la spatule, au fusain ; comme ces troupeaux de hyènes qui s’embourbèrent et amoncelèrent des oursins désagrégés, comme le libre arbitre des SMS, ou comme la fragrance des moteurs à l’arrêt cinématographique : un calembour kitsch ? De la poudre de Kopeck lapée avec des airs pensifs d’ibis debout sur une patte ?

La face B de Pat Benatar

Transitant par un système de fils à la fois électriques et organiques, en pièce de charpente après le sac des rivières feuillues, en ruisselant alphabétiquement, je les avais définitivement perdu de vue ces serpentins de strings élastiques qui grimpaient sur l’échelle sans l’aide de leurs mains.

Retirant l’échelle en brouillant leurs représentations, jusqu’à délier le Sanskrit de leur récepteur, je détachais aussi leurs ceintures de sécurité pour ceindre les parfums du vide qui se battaient dans les profondeurs et qui finissaient toujours par monter au ciel comme des serpents cosmiques ; ces parfums du vide, en remplaçant la face B de Pat Benatar par ces serpentins de strings élastiques, s’agglutinaient le long de ma perche.

D’une tortuosité comique et éthérée, cette perche, oscillant lentement leurs ombres, en tombant sur le béton des stations de ski alpin, s’ébrouait parfois, comme un vieux cheval de kermesse, dans un décor vénitien en cette fin de saison !

Les mouvements migratoires

Sur un mur de marbre blanc, un coefficient de viscosité se terminant en impasse et puis ce mental inanimé, hérissé d’épines, s’efforçant de la recoller pour la énième fois cette page déchirée.

Inspiré par le Tube, ce mental avait élevé d’étranges visions, de migratoires mouvements qui recherchaient un vide immense pour s’épanouir. En cartonnant dans tous les azimuts jusqu’à défaillir, le mental qui suçait délicatement le Tube et qui déplaçait le sac de frappe sans jamais se compromettre.

En écrasant au sol des lustres napoléoniens, une succession vertigineuse de miroirs, créée par le seul mental qui, pour la perspicacité d’une meilleure passe, parcourait ses veines violettes, s’épanouissait à l’aube, discernait une lente pulsation, ordonnait selon un ordre réfléchi la nudité de cette poupée de porcelaine et sa profane tranquilité, et ses yeux, alors, gouttaient des larmes d’absinthe. Des larmes d’absinthe sous ses paupières de nacre.

En occultant d’anciennes fournaises qui empruntaient alors secrètement à cette originale Joconde ce vide, cette succession vertigineuse de miroirs venait vérifier ses appels manqués dans la cheminée ; le Tube descendant cette cheminée et la fumée l’entortillant de pensées mystiques, Cassandre effaçait, supprimait ses messages en allumant la perspicacité de cette passe !

Pour s’élargir le Tube supportait très mal la nuit, mais il propageait quand même de splendides graines de pollen en raccomodant, pour les rendre flexibles, les sachets de séminal changeant la consistance des cerceaux de cette strip-teaseuse fantasmatique !

Dans la senteur des palmes et des chat-rooms en réseau !

Quand se levaient au ciel les grandes voûtes, dans la senteur des palmes et des chat-rooms en réseau, le soir hurlaient les singes sur les rames immenses et sombres. Et le soleil crevait doucement, asphyxié par l’ombre, en ouvrant le ciel avec de vilaines fumées jaunes et fuyantes comme si de la lumière en coulait.

Elles se déplaçaient tout comme des nuages, puis fatiguées alors d’avoir dévoilé tant de bruit et de délires visuels, elles s’effondraient, retombaient en pluies de munitions rouges. Inopinément la troupe des singes s’introduisait sur la piste.

J’avais les mains moites quand les cris des enfants firent trembler la nuit. Ainsi la nuit trembla quand les enfants virent les singes surexités glisser et s’élever – donnant au Cercle les combustibles pour brûler efficacement – le long d’une corde. Une corde comme comme insérée dans le script ; ce script qui nous attirait tous vers le fond et qui ne connaissait pas la suite, qui nous avait mis au pied du mur.

Quand s’étaient levées au ciel les grandes voûtes, dans la senteur des palmes et des chat-rooms en réseau, nous avions allongé les kilomètres ; des kilomètres de râles tandis que des flèches parfumées au lys pénétraient le Cercle. Un cercle qui suturait la scène à la manière d’une insensible aiguille brûlante.

Dans la senteur des palmes et des chat-rooms en réseau, ils mourraient chacun de leur côté sans vraiment attirer l’attention. En façonnant, au fond, la non-violence de ce monde imaginaire, ils ne pouvaient s’échapper, ne pouvaient que s’enfoncer. Et perdre pied. Maintenant, le soleil brûlait à en noircir la terre ocre ; le black-out du sud était un lieu-dit qui se brisait en crawl !

Bonnie

Bonnie : un dossier qui a été donné en enflammant les puits de pétrole du Koweït ; Bonnie le soir qui repose sur les seuls contrastes, les discours sous-jacents ou le temps quand il est à la neige et au froid.
Bonnie couche tard et ses vieilles fringues. Bonnie comptoir et la ruelle qui relève un coin de sa bouche en la lavant, en la régénérant probablement aussi avec l’air du soir. Bonnie les bars avec tous ces gens là-bas, sans un kopeck ; avec tous ces gens là-bas qui la refoulent.
Bonnie perdue comme un mouchoir mentholé quand on n’a pas vraiment besoin d’elle. Bonnie la rue la rasée de Kyoto. Bonnie qui scande comme la vodka, la tequila en se remettant entièrement au hasard.
Bonnie boulevard Bonnie trottoir qui alors fête son jubilé et fait disparaitre l’oppression.
Bonnie chantier lacustre qui est toujours là pour boire. Bonnie tes yeux Bonnie à dieu hors du huis-clos. Bonnie la méprise nous deux, que moi-même je ne comprends pas. Bonnie les gares, Bonnie s’égare et le rédempteur qui rogne du côté des menteurs.
Bonnie la nuit ébauche qui repère les sites riches en les ravageant de l’intérieur. Bonnie bonsoir Bonnie mental de figurante qui monte à pas faibles vers le col en raccourcissant toutes les latitudes.
Bonnie l’hiver dans ses paupières Bonnie hymen légendaire. Bonnie pas chère qui vend sa chair Bonnie système adverse. Bonnie à un moment quelconque de la nuit s’en débarrasse en réunissant toutes les raides et emmêlées voies lactées.

Bonnie blessure il faut que du sang soit versé, ce sang qui rétablit un certain laisser-aller, mais toujours en profondeur. Bonnie sanglot qui gonfle les lèvres et qui rééquilibre l’affection ; Bonnie cyanure, l’impératif ou la pensée d’un papier kraft.
Bonnie qui aime pas trop quand ça dure, Bonnie la peur nue qui recouvre une ville rasée ; Bonnie en cure. Bonnie le méprisable voyage sinueux.
Dans la voiture Bonnie biture ; en se rangeant du côté de Bonnie, Bonnie dans l’mur avec une poupée de ce genre. Bonnie j’te jure. Bonnie m’a laissé la facture ; Bonnie tu te rebelles dans ta cellule.

Bonnie alcool. Bonnie l’oppression. Bonnie t’es folle. Bonnie qui m’viole quand elle est molle. Bonnie catastrophiquement échouée, catastrophiquement martelée. Bonnie dans l’cul symbolisant l’art et l’histoire mentalement. Bonnie sait plus tous les trains qui lui passent dessus. Bonnie sauvant la ville de l’autodestruction mercantile.
Bonnie voyou, Bonnie loulou. Bonnie triste suite de mésintelligence ainsi que tout ce qu’elle contient. Bonnie la braise Bonnie la baise. Bonnie cette périphérie périlleuse qui se risque du côté de la Joconde.

Bonnie qui aime bien les balèzes Bonnie Jersey qui rattrape le temps perdu en atteignant cet endroit. Bonnie tu t’marres. Bonnie le joyau qui se cambre sur la civière.
Bonnie reviens, la peau d’chagrin en revenant des éditions de minuit. Bonnie tu sais ça sert à rien. Bonnie sans jamais la ressentir brisée, hagarde.
Bonnie la bière Bonnie la nuit, Bonnie la civière qui s’immobilise au centre de l’arène.
Bonnie ta mère Bonnie qui fuit Bonnie qui se rafraîchit avant l’âge !

 

De 1 à 10 : trash out Kubrick !

Dans les langes de la page neuf et jusqu’au moindre recoin épiphanique de ce cocon qui collectionne les journaux des kiosques : la silencieuse complexité des kouglofs transmettant des informations aux vivants ! 

Dans les langes de la page neuf, le laser qui éclaire les mécanismes perturbateurs de ce grand serpent et ses labours qui attisent les forces, en espérant calmer un peu le jeu ; ses labours qui font grossir un travail de sape kafkaïen en échangeant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune nation démocratique avec d’autres données issues de la guerre du Kippour.

Dans les langes de la page neuf, pour graver dans leurs sillons une élégance d’ensemble impéraliste, les jaillissements d’une carte comme le joker ; un joker qui classe selon leurs impuretés alchimiques toutes les lames de la première page.

Dans les langes de la page cinq, s’endormant sur ses lauriers, un film de Stanley Kubrick qui  vérifie les appels manqués en ballottant dans la cheminée ; et dans les langes de la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltre le plancher en arrachant les lacets de la route. Dans les langes de la page trois, Cassandre qui lit le parchemin sanguin de Jack Kerouac en le découpant sans supprimer ses messages.

Dans les langes de la page quatre, en allumant une grosse flambée d’amanites qui fait moisir ce jeu éducatif, en lapant la jarretière de cette femme nue : le mur qui ressemble à la peine.

Dans les langes de la page trois, le mur qui mord les lattes en envoyant des gros bouillons de lacunes. Et dans les langes de la première page, un film d’horreur très kitsch qui emprunte  sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste.

Et dans les langes de la page huit, pour désigner un référent, apparait l’expression kabyle, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif.

Dans les langes de la page sept, en se référant au système adverse, une kyrielle d’injures alchimiques. Et, dans le labyrinthe de la page sept, le kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fait apparaitre les premières hésitations : une alternance de forme et de style qui sera relégué cependant au sein du navigateur chaque fois qu’ils hésitent.

Dans les langes de la page sept, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques qui détachent les feuillets du livre de Job et qui engendrent, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées.

Dans les langes de la page six, une eau de Javel fossilisée qui ondoie comme le karma des chamanes de Sibérie ; et leur tradition orale qui flotte, comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, en procurant des profits juteux.

Dans les langes de la page dix : une grande variété d’humanoïdes extraterrestres qui délivre ses joules ; ses joules qui ballonnent leur exosquelette et qui survivent aux outrages du temps. Dans les langes de la page dix, étrangement, les os de leur thorax qui ont éclatés et qui confondent leur jugement. Leur parenté avec notre espèce s’arrête là.

Dans les langes de la page neuf, la fulgurance de la pensée logique et judiciaire qui ébauche leur progression filmée par la caméra ; cette fulgurance qui se hisse hors de son huis-clos d’origine pour revenir à l’assaut et, bien malgré elle, elle s’incarne dans les jantes des roues motrices qui sont clouées latéralement.

Dans les langes de la page dix, l’étape du perfectionnement : le sabre de samouraï et le lasso du cow-boy pour imaginer la fin de ce testament aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de l’Empire fraîchement établis. 

Les poupées de porcelaine

En s’efforçant de recoller pour la énième fois une page déchirée, hérissée d’épines, le mental qui gémit en cartonnant dans tous les azimuts, le mental qui déplace le sac de frappe sans jamais se compromettre. Le mental qui, pour la perspicacité d’une passe, ordonne selon un ordre réfléchi la nudité de ces poupées de porcelaine et leur profane tranquilité.

En occultant d’anciennes fournaises, en se risquant du côté de ces originales jocondes ou du côté de cette vigne qui bourgeonne et entortille ses pensées mystiques monochromes, elle se cache sous l’humus froid des forêts noirs de craies et de chewing-gum synthétique, la perspicacité de cette passe ! En la déséquilibrant et en fragmentant sa cervelle altérée par des ténèbres d’outre-tombe, j’ai réussi à stratifier son sens canonique et son odeur habituelle, musquée et frémissante ; son sens canonique qui ressemble à un appareil à raclette approvisionné en électricité par les jeunes pousses imaginaires du réseau local.

Le réseau local ? Une pointilleuse table de montage qui supporte très mal la nuit, mais qui propage quand même de splendides graines de pollen en raccomodant, pour le rendre flexible, le cerceau de ces strip-teaseuses fantasmatiques !

Le comptoir en ivoire

En traînant sur le comptoir en ivoire comme la photosynthèse d’un jaune d’or très pâli fouillant une anémone de mer, le thé au jasmin qui s’infuse, qui pénètre les narines, qui ressemble à la peine ou à une phobie quelconque. Puis le café du Kenya qui laisse perplexe, qui déborde, ou qui engage une conversation avec Dieu.

Il y a toujours ce vent qui balaye la pluie sur l’herbe jaune des nazis et toujours cette anémone de mer qui, à la manière d’une araignée, fait sa toile au plafond ; traînant aussi sur le comptoir en ivoire, des pâtisseries lactées pour vieillir pessimiste, pour faire monter l’arôme de ces gouttes de pluie sans tain, pour se frayer un chemin parmi les vieilles lanternes qui se réchauffent comme elles peuvent, qui s’allument le soir. La fragilité de l’existence tient dans leurs larves jaunâtres.

Une bonne ou une mauvaise fortune !

Une bonne ou une mauvaise fortune sur un canapé, gris clair, avec cinq ou six coussins à la mode anglaise, le chic cosy des Windsor pour faire jaillir une seule et même idée ; une bonne ou une mauvaise fortune, en son for intérieur à moitié opérationnel, pour reconnaitre la fourche du diable ou tout simplement sa paroisse.
Un canapé où j’ai pris l’habitude de rouiller et un abonnement à une sombre paroisse afin de vivoter intellectuellement et extérieurement, afin de le parer de vieux mouchoirs fraîchement mouillés ou encore s’examiner d’un peu plus près. La parure de ces vieux mouchoirs quand on déplie un accordéon de cartes postales au lieu de vivre sa vie et quand la nuit demeure…