En l’an mille avant notre ère

C’était une époque qui ne me souriait pas vraiment. Une époque de bile si l’on admet que ce liquide jaunâtre est une entité poétique à part entière, une excitante complainte qu’on pouvait crachoter avec Isidore Ducasse ou comme Marylin Manson exposant son corps famélique et torturé dans les clips MTV.

Cette époque, c’était une liste de fantasmes liés chevilles aux corps, poursuivie à travers les siècles. Une liste de fantasmes planqués comme des bigorneaux ou des bestioles dans les boiseries. Sa raison de vivre : le délabrement moral des autres.

Et le ciel était triste et flasque comme la cervelle des néo-poètes qui attendaient encore que les Signes soient propices pour commencer à écrire ; à coup de burin, ils perçaient l’insaisissable réalité alors que toi, tu tentais de décoder les actions impersonnels des silhouettes dégoulinantes tombant du haut de ton balcon.

Et pourtant tu étais un peu leur ange gardien : si tu fermais les yeux, ils s’éteignaient. C’était des ombres comme toi, intégrés déjà au papier peint, qui noircissaient les larmes.

Des ombres comme toi dans la cellule d’à côté, des ombres comme des taches de soleil ; des ombres qui en avaient assez de vivre parmi les obscurantistes !