La scène du monde

Pour faire choir des arbres faisandés et pour prendre la chandelle, un herbier, un hérisson se retrouvant sans la moindre transition sur la haute plate-forme des buildings, dans un terrible blizzard, et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs ; pour inventer du savon, une collecte et pour sortir du terrier une énigme et un code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.

Pour recouvrir la plage et pour crapahuter dans la montagne, il y a, ici et là, de la couleur du curaçao, un objet et une faux, le cœur rafistolant les sentiments les plus spectaculaires ; à haute altitude, la marine qui monte la garde devant la porte du parc, un feston, de l’oxygène et un engrenage qui respire l’air frais, curviligne de la pleine nature ; une excursion de jeunes filles innocentes pour chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes et des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile. 

Des éclatements de fleurs humides et rubescentes qui pleuvent sur le chemin, quelques spécimens grossiers taillés à la main et un œuf en gestation ; des coquelicots et des modèles primitifs qui mélangent les plumes des flamands roses avec du goudron, un éden et des nerfs appartenant à Supertramp le vagabond. 

Une fronde et un puits de pétrole crachotant des gouttelettes galbées qui allument un feu de camps flasques ; un manifeste et un présage colmatant des galaxies à l’aide des têtes gonflées.

En fixant d’impeccables uniformes de trappeurs, une multiplication dans la matrice pour nommer et pour régénérer la spartéine, de pauvres êtres humains qui s’inclinent et qui luttent comme des lombrics ; une pagaille, un terrible blizzard qui rafraîchit l’atmosphère et un paysage ou un stigmate. En partant en reconnaissance dans le pressoir, des pythons qui succombent à la tentation, des montagnards un tantinet roublards et une steppe vidée de son suc et de son prépuce ; de psychédéliques univers lors d’une nuit de juin qui se clôture par des images floues et un tir à l’arc. Une réaction, un bourdonnement bas et extatique qui augmente lentement en chargeant les données de l’ordinateur et une fontaine dansante ; un vautour, des étincelles pittoresques qui cicatrisent le silence de cette nuit et un renard.

Des voix de femme qui dégénèrent les souvenirs encyclopédiques, une nymphe et, dans le paddock, une nage papillon, la tête au dessus de la fontaine, la scène du monde qui déstructure les gazons verdoyants et une pervenche ; un mystère, un panoramique cahotant avec caméra à l’épaule et le stick d’un rouge à lèvres. Un chat siamois, un astronaute qui dévoile un taillis boisé sur une planète perdu et de mystiques fleurs de cabales pour un système solaire désinvolte ; une mutation, des taillis boisés qui se rassemblent avant de vous laisser à demi ébauchés et des stalactites qui tombent. Une station service se rapprochant des comètes, des fleurs sauvages qui sabordent les centrales nucléaires et un taureau instinctif ; un buffle, des fenêtres ouvertes qui transforment le ciel d’un bleu spectaculaire et une tortue terrestre géante. 

Un totem, une installation, des vaches qui paissent près des ruisseaux bouillonnants, un tracteur agricole et un tutu long ou court ; d’insoumis veaux d’or et de vertigineux trognons de pommes qui apparaissent d’un côté du cadre vacillant. Un geste qui encourage la verticale du vide et une vidange ; un géranium et un visa. Le zéphyr et le justicier qui apporte de fastidieux devoirs d’école. Une lance et une masse ; un mot et la fatalité niaise. Une arête de poisson, un boa qui fait tomber les potences et enfin de la couture borgne pour les pieds nus des condamnés !

Le carnet de moleskine

À la page neuf, le laser qui éclaire les mécanismes perturbateurs de ce grand serpent et ses labours qui attisent les forces, en espérant calmer un peu le jeu ; ses labours qui font grossir un travail de sape kafkaïen en échangeant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune nation démocratique avec d’autres données issues de la guerre du Kippour.

Dans le carnet de moleskine toujours à la page neuf, pour graver dans leurs sillons une élégance d’ensemble impéraliste, les jaillissements d’une carte comme le joker ; un joker qui classe selon leurs impuretés alchimiques toutes les lames de la première page.

À la page cinq, s’endormant sur ses lauriers, un film de Stanley Kubrick qui vérifie les appels manqués en ballottant dans la cheminée ; et dans le carnet de moleskine à la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltre le plancher en arrachant les lacets de la route. Toujours à la page trois, Cassandre qui lit le parchemin sanguin de Jack Kerouac en le découpant sans supprimer ses messages.

Dans le carnet de moleskine à la page quatre, en allumant une grosse flambée d’amanites qui fait moisir ce jeu éducatif, en lapant la jarretière de cette femme nue : le mur qui ressemble à la peine.

À la page trois, le mur qui mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes. Et à la première page, un film d’horreur très kitsch qui emprunte  sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste.

Et à la page huit, pour désigner un référent, apparait l’expression kabyle, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif. 

À la page sept, en se référant au système adverse, une kyrielle d’injures alchimiques. Et, dans le labyrinthe de la page sept, le kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fait apparaitre les premières hésitations : une alternance de forme et de style qui sera relégué cependant au sein du navigateur chaque fois qu’ils hésitent.

Dans le carnet de moleskine à la page sept, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques qui détachent les feuillets du livre de Job et qui engendrent, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées.

À la page six, une eau de Javel fossilisée qui ondoie comme le karma des chamanes de Sibérie ; et leur tradition orale qui flotte, comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, en procurant des profits juteux.

À la page dix : une grande variété d’humanoïdes extraterrestres qui délivre ses joules ; ses joules qui ballonnent leur exosquelette et qui survivent aux outrages du temps. À la page dix, étrangement, les os de leur thorax qui ont éclaté et qui confondent leur jugement. Leur parenté avec notre espèce s’arrête là.

Dans le carnet de moleskine à la page neuf, la fulgurance de la pensée logique et judiciaire qui ébauche leur progression filmée par la caméra ; cette fulgurance qui se hisse hors de son huis-clos d’origine pour revenir à l’assaut et, bien malgré elle, elle s’incarne dans les jantes des roues motrices qui sont clouées latéralement. 

À la page dix, l’étape du perfectionnement : le sabre de samouraï et le lasso du cow-boy pour imaginer la fin de ce testament aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de l’Empire fraîchement établis. 

 

Le sang !

Pour faire trempette dans l’appareil digestif, l’impact des gouttes de pluie qui courent sur le comptoir en ivoire jusqu’à l’exténuation. Pour crapahuter dans la montagne, entourée de caméras, de perches, de projecteurs et d’ombres chinoises, une triplette de rois qui escalade les falaises à mains nues. Pour prendre la poudre d’escampette, de tumultueuses forces obscures, enveloppées par la lumière qui se reflète sur son écran et qui chasse les rois de la grande famille et qui turlupine les feuillaisons d’automne.

Des duels à l’épée et tutti quanti dans ce pays où seul le Bouddha a échoué avant d’étendre l’épidémie et déloger les vandales là où il n’y a plus d’herbe : c’est pourtant le même monde, ce monde qui se concentre uniquement sur l’arôme déplaisant, épicé de son chewing-gum surprenant… Un hommage aux sacs à dos pour les novices de la route qui ressemblent aux bruissements des étoiles et qui traversent les égouts avant de déambuler ou de vadrouiller dans les rues de la ville.

Des chemins de fer qui suspendent les vallonnements du paysage dans le vide en suivant les buttes à l’extérieur de la citée. Des macchabées qui mangent des cookies au gingembre et qui innovent en écrivant de la fiction ; de magnifiques poésies comme une haleine fétide, comme les sonates de Beethoven ou comme le typhus qui contamine le mental flou et leur destinataire !

Franchissant à cette heure un terrain vague désolé pour parler le mandarin, Beethoven, en tâtonnant dans le noir, qui décompose l’univers et qui meurt avec de poussives étoiles crémeuses comme les rouages d’une machine cassée.

Tout ça afin de lancer un nouveau djihad de l’autre côté des portes des hôpitaux psychiatriques référencés et former des amas de galaxies. Enfin il y a un cobra qui serpente entre les blessures et des échappées belles parmi les voix lactées : une saisissante supernova qui récidive en envoyant en morse les données de l’ordinateur ; pourquoi dans cette machine démesurée la nuit de l’orient est-elle alimentée à la morphine et à l’urine alors qu’il n’y a que des étendues d’articles synthétisés et pas le moindre sens mnémotechnique ?

Le sang qui se familiarise avec les cures de désintoxication en crevant les tympans des junkies. Le sang des vampires qui se décompose dans la tisane aux thyms ; le sang qui a la trique et qui décroche une enfilade de trucage.

Le sang dans sa marée haute et sa marée basse qui impose le tutu comme costume de la danseuse ! Le sang dans un tuyau qui s’enfouit sous la terre vaginale ; le sang et son empire quand les trompes utérines forment des vallonnements efféminés !

Le sang qui devient muet à l’aide d’un typhon ; le sang qui lève une armée uniforme pour faire la guerre aux hydes fabuleuses. 

Le sang se déplace comme le ruissellement d’une pluie rouge qu’emporte le vent, comme l’intensité de cet amour qu’elle lui porte. Le sang qui tutoie dans un duel l’épée et le fleuret et tutti quanti.

Le sang et les vainqueurs de la guerre du golfe en effervescence et en échec depuis que la tulipe a enlevé sa fleur et sa tige ; le sang à grande échelle qui débouche sur un boulevard en tuant les péripatéticiennes.

Le sang dans sa tunique qui panique et qui a une typographie panoramique !

Le sang fortuné qui s’enfonce dans un tunnel ; le sang qui évoque l’urbanisme d’une ville ancienne d’Italie, ensevelie sous les cendres du Vésuve. Le sang tzigane qui se concentre sur son discours avant d’écraser une mouche tsé-tsé. Dans sa toge le sang qui chemine en direction des traces de particules ; le sang dans la trachée qui fait barrage à la respiration ! Le sang dans un fatras absurde de préjugés qui fascine les fleurs tubéreuses ; le sang qui se destine aux gens valides et qui se détache d’une valve à une autre !

Le sang gicle comme un canard barbotant dans la boue ; le sang et ses tractations dans l’arche de Noé, le sang qui électrifie les valeurs des buildings et qui se blesse au contact des vantardises. Et dans ma tête, en lançant des corn-flakes et des strass qui dérobent les rougeurs et les suppurations d’un paiement cash, le sang gicle comme l’hémisphère d’un cerveau endolori mais bouillonnant ! Le sang transparent dans une nébuleuse en trinquant à la santé des mercenaires.

Le sang qui a du blé hébété et qui s’unit avec les technologies de pointe.

Le sang faussement menuisier qui travaille le bois mais surtout la porcelaine des tirelires !

Le sang qui désoriente l’univers tridimensionnel au péril de sa vie en hissant les crocs du froid engourdissant, le sang d’une pauvre poupée qui flambe au cours d’un rite disciplinaire : le sang comme un hommage aux gens titrés ; le sang iconographe dans un tonneau où il mûrit patiemment et un prolongement mathématique sacrifié à cette occasion. Le sang qui endommage le moteur des tire-fesses ; le sang qui dévalise dans un musée les toiles de Toulouse-Lautrec et qui fait le tour de son duché. 

Le sang sous les ongles quand tu escalades une falaise à mains nues. Le sang coincé dans la flûte des morts qui fait sa tournée aux pays des détecteurs de mines ; le sang et son détail qui trahit les capucins et qui capture la trame de ce récit ! 

Le sang à tribord qui peut être monnayé ; le sang qui s’indispose en tricotant des crachotements, le sang qui aime tronçonner les intellects. Le sang et les urines qui envoient en morse un message codé ; le sang et la morphine dans une usine qui répare les cyborgs.

Le sang qui troue par son acidité des idylles et qui harcèle les tropiques ; le sang extensif qui fatigue les culottes trouées !

Les bretzels des pendus

Un jeu décorant la pièce de quelques spécimens grossiers taillés à la main par des paysans et une hotte garnie d’un modèle féodal ou primitif abîmé ; en dérobant des bretzels aux pendus, des joueurs, le stick d’un rouge à lèvres et le fauteuil en spartéine du savant. 

En crachotant des gouttelettes galbées et longilignes, Supertramp le vagabond relève dans la liste des courses du soir des univers cicatrisés et vidés de leurs sucs et de leur prépuce !

En prospectant le terrain, vingt-quatre notes flûtées qui attendent d’être jouées et la vieille affiche d’un film, un remix de Blair Witch qui a dévié maladroitement de son thème principal ; une affiche collée religieusement sur le tronc d’un arbre, un collectionneur qui s’impose parmi les cinq consonnes et les deux voyelles, pendu au-dessus des premières branches.

Le premier bretzel, qu’on trouve dans la poche de deux frères siamois pendus tête-bêche l’un contre l’autre et toute la gamme anglo-saxonne qui prospecte du côté de la butée ; ses cheveux gelés qui raccourcissent en longueur et nos boîtes de sardines en fer-blanc. Le bretzel suivant, sous la barre du trapèze, et une interférence qui aveugle ; la poche d’un étudiant qui a été bizuté, si bien qu’on voit son sourire comme un rictus, ma fois, un peu vexé et le clown clochard qui raconte des histoires !

Des échelles verticales qui rallongent le temps et le dernier bretzel qu’on a soutiré cette nuit à un pendu solitaire, très isolé du groupe de ses semblables, et un puits sauvage infesté d’anarchisme et de sédition qui soupire. 

La lumière d’un réverbère qui ressemble à un bec de gaz, l’heure la plus froide de la journée qui traverse les nuages détachés et cette collecte cynique de bretzels.

Des lambeaux de papier journal pour gribouiller mon aventure, d’inaccessibles poèmes et ma femme qui me dévisage de son regard demeuré à mon retour au foyer conjugal.

Un murmure mélancolique qui flotte sur la plaine labile ; une scène vide qui obscurcit les nébuleuses et la neige noircie par le trafic qui ravage les prairies. Des ordures qui font régner une odeur putride et des automobiles qui battent en retraite devant les plaques de verglas. 

Il y a aussi d’autres silhouettes qui cuisent au soleil, des équipes de tournage qui débarquent, des gants épais qui caressent les comètes, des allumettes qui communiquent des énoncés scientifiques, des fleurs qui recherchent une congère, des grogs qui se boivent en réconfortant le noyau cérébral, des oies qu’on gave en les remplissant de cuir noir canonique…

Il y a enfin une guêpe qui ronge les bras menottés de Lucky Pierre !

Africanisme

Rapidement, se fermant à contre-courant et issue d’une équation à peine résolue, nous liant pour toujours aux jacinthes kafkaïennes, elle nous avait bien requinqué la digitalisation de ces corps de femmes nues, imaginées pour nous comme des silhouettes d’origine africaine. Ces jeunes filles expérimentaient à l’orée du bois d’autres existences entre leurs cuisses enfantines réunissant les feuillages des ombres noires autour de nous.

Autour de nous aussi, des insectes, qui tout en pétrissant nos testicules, brûlaient nos oreilles-coupées et nos pipes d’opium ! Pour coudre nos paupières, ils mélangeaient, en éventrant la gueule d’un crocodile, une centaine de friandises polaires, des brins de soleil, un monde d’orties et nous tous dedans ; nous tous dedans comme dans une cité légendaire menacée d’extinction et pourtant hors de portée des rats ou comme coincés entre les deux gencives altérées de ce crocodile calcifié !

Un crocodile des tropiques qui, en montant à la cime d’un arbre cure-dents déclenchant du haut de ces branches des avalanches, embrasait sa perspicacité soucieuse comme si il se recueillait après le départ de notre fusée, brûlant à nos dépends son jeune âge opalescent !

L’un de nous, ce troll de Scentless, sous l’éclairage crémeux du schiste argileux de son dentifrice, décodait pour nous les vagues matricielles provenant et s’échappant hors de notre mental, vulgarisait pour nous le langage ubuesque d’étranges musiques chuchotées : un véritable enseignement !

Mais quelque chose clochait dans notre fusée : une nouvelle divinité, en exploitant selon nos diverses techniques africanistes son ovoïde organisme chaud comme le punch, cascadait les plates-formes de notre domicile céleste ; une lueur sacrée entourant ses hélices sur son crâne en manque d’outil étymologique !

Et de surcroît, en scarifiant nos paupières chloroformées désormais, en débouchant aussi nos bouteilles de vodka chromées avec un tire-bouchon, la divinité de cette nuit nous avait transféré par un branchement électrique, grégorien, aussi obsédant que sobre, dans la gueule de ce crocodile changeant les glouglous de nos alcools par le chant d’un ténor scandinave crucifié jadis comme le Christ !

Une soupe noire à la Gainsbourg !

Pour décharger les pièces manquantes, les câbles rompus et pour décoder aussi le monde dans lequel il se trouve : des programmes informatiques qui énumèrent tous ses appels téléphoniques en les vérifiant par delà les chemins et les rivières encaissés.

Pour déchirer tous ces changements qui se produisent dans sa vie, un goût de bretzel qui lui confère une intelligence analogue à l’intelligence humaine et qui cherche à jaillir directement du sol ; d’inévitables répressions pour rafistoler son coeur brisé, cassé, toujours corrompu mais épuré cette fois et affranchi !

Afin de parvenir au point de non-perception et pour meubler le vide immense, de hauts-fonds caillouteux et de dionysiaques silhouettes qui meurent dans les flammes d’un feu ; les gestes d’u vieux film d’aventures maritimes et une sensation de brûlure acide et creuse mais comique.

En se compromettant jusqu’à très tard avec un clair de lune taoïste, des clowns épicuriens, comme des divinités, propres comme des sous neufs mais sans un brin de jugeote, qui embrasent ce clair de lune taoïste et des massacres à la tronçonneuse !

Et pour tenir la distance, ce clair de lune, aussi taoïste que médiéval, dès qu’il touche le sol, enchaîne, entre les pages d’une bible pour églises fantastiques, des fins de siècle somptueuses… leur territoire délimité par la nuit.

Pour achever le niveau Z, toujours au sous-sol, des exercices de pédagogie qui rêvent d’illuminer ces percées informatiques sublimées de génération en génération et des moteurs qui augmentent en puissance en secouant leurs crinières incendiaires.

Pour anticiper la mort des combattants, il y a aussi, sur les épaules des femmes fumantes comme des gouttes d’eau, larmoyantes comme des veillées noires, un revers corrigeant les secousses d’une caméra d’amateurs et des filles de bains qui bavardent ; une brune en jupe mandarine qui envoie son courrier et les pauvres baraques qui explosent sous le choc, anticipant d’autres échecs, d’anciennes détresses sans un seul battement de cœur.

Sous les gravats il y a du pétrole et deux pendus pantelants ; de pharaoniques immeubles en ruine qui épousent la courbe de l’horizon et un univers sale qui cherche toujours de nouvelles connaissances ; dans un lieu désert, notre sincérité, trop prompte pour être froide, réfléchissant les romanesques cathédrales voûtées, laiteuses et sanguines et des uniformes de liftières qui fouettent !

Par solidarité on voit aussi de picaresques décors de théâtre et nos brelans d’as ; des poux qui hibernent et leurs failles secouées par les cimes stimulantes ; leurs failles mnémotechniques qui ne peuvent échapper aux changements de trajectoire des chevaliers mérovingiens et leurs sourires inexpressifs.

Pour échouer au fond de la voie lactée, des prétextes qui guérissent prenant les mots de passe sur place, et des intempéries qui se préparent tâtonnant dans le noir ; des cendres qui rejaillissent conviant le feu à tout reprendre pour entrer dans les grandes familles des fictions bâclées sur le papier.

Des endroits où le vent, au prétérit, a chassé la neige pour chercher la bonne humeur des geôliers et un bleu translucide qui réfléchit la lumière, les radiations, le son et qui aime se focaliser sur les pratiques obscurantistes des cours d’assises !

Pour aller d’un point A à un point Z, dans le sanctuaire où l’on s’est réuni pour prier, une équipe de tournage qui retourne sur les lieux du crime et nos pensées répétitives qui commencent à affoler la panse des consommateurs ; la science des pierres qui réplique et leur incontrôlable utopie à réaliser.

La neige qui tombe et les similaires extrémités d’un crabe qui avance l’heure du sommeil par une étroite ouverture vandalisée !

L’intervention du rêve infaillible, sans obstacle, avec, dans le voisinage, des animaux nocturnes pour venir à bout d’une communauté Alien.

Pour désamorcer cette situation et pour serpenter dans les sentiers, il y a dans ce monde onirique, parmi les slogans scandés par les manifestants dans la rue, une femme agenouillée : une énième tentative perdue mais une situation stratégique pour le mystère de la vie ! Les protestations de la rue disposent en cellule souche leurs créations folkloriques !

Enfin, pour connaître l’intrigue de cette histoire malgré la chute du plâtre de notre plafond et un marasme qu’on ne peut mettre à bout sans pacifier la zone, le rituel étant parfaitement organisé autour des frères Karamazov, des déchirements de tambour et la voie du tao qui finit par s’évanouir dans le black-out d’une soupe noire à la Gainsbourg !

Le Projet Kaphrium !

1. Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour. 

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle. 

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats. 

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres. 

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Haute couture

Pour faire choir des arbres faisandés et pour prendre la chandelle, un herbier, un hérisson et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs ; pour inventer du savon, une collecte et pour sortir du terrier une énigme et un code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.

Pour recouvrir la plage il y a, ici et là, de la couleur du curaçao, un objet et une faux ; à haute altitude, la marine qui monte la garde devant la porte du parc, un feston, de l’oxygène et un engrenage ; une excursion de jeunes filles innocentes pour chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes et des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile.

Quelques spécimens grossiers taillés à la main et un œuf en gestation ; des coquelicots et des modèles primitifs, un éden et des nerfs appartenant à Supertramp le vagabond.

Une fronde et un puits de pétrole crachotant des gouttelettes galbées ; un manifeste et un présage.

Une multiplication dans la matrice pour nommer et pour régénérer la spartéine ; une pagaille et un paysage ou un stigmate. En partant en reconnaissance dans le pressoir, une steppe vidée de son suc et de son prépuce ; de psychédéliques univers et un tir à l’arc. Une réaction et une fontaine dansante ; un vautour et un renard.

Une nymphe et, dans le paddock, une nage papillon, la tête au dessus de la fontaine et une pervenche ; un mystère et le stick d’un rouge à lèvres. Un chat siamois et de mystiques fleurs de cabales pour un système solaire désinvolte ; une mutation et des stalactites qui tombent. Une station service et un taureau instinctif ; un buffle et une tortue terrestre géante.

Un totem, une installation, un tracteur agricole et un tutu long ou court ; d’insoumis veaux d’or et de vertigineux trognons de pommes. Un geste qui encourage la verticale du vide et une vidange ; un géranium et un visa. Le zéphyr et le justicier qui apporte de fastidieux devoirs d’école. Une lance et une masse ; un mot et la fatalité niaise. Une arête de poisson, un boa et enfin de la couture borgne !

Un traitement de texte fabuleux !

Venant des profondeurs de son appareil Kodak et en décorant la pièce de quelques spécimens grossiers ou de modèle féodal ou primitif abîmé, l’amoureux fou farfouillait dans les options de son traitement de texte qui crachait, à travers l’écran de l’ordinateur, des gouttelettes galbées et longilignes.

Pour projetter des ondes à partir de son ordinateur, le stick de son rouge à lèvres, appartenant à Supertramp le vagabond, partait en reconnaissance dans les univers cicatrisés et vidés de leur suc et de leur prépuce ; une fontaine dansante, qui se précipitait tête-bêche dans le caniveau, crachotait les larmes de cet Inuit.

De mon côté, j’écrivais à la hâte : l’écriture automatique glissait le long des briques tonitruantes des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires en avançant et en réduisant cette infime distance entre la verticale du vide et la fontaine dansante. Les larmes de cet Inuit, qui étaient les reines des gouttelettes galbées et longilignes, regrettaient le temps passé, les ripostes manquées dominant l’horizon, la science des labyrinthes et des chemins de fer antique ; ces larmes nées dans la poussière narcotique, redevenaient poussière narcotique en observant la tapisserie jaune de la chambre d’hôtel.

Il y avait aussi des photos en noir et blanc évoquant une scène libidineuse classée X et des stripteases pour un haïku aussi ésotérique que hermétique ! Elle secouait l’arbre cure-dents mouillé en opposant sciemment son solstice d’hiver cette stripteaseuse qui utilisait des mots tels que requêtes ou échardes !