Djihad !

Elles donnaient, leurs fenêtres, sur une place, ou sur le toit du monde, ou bien encore sur une nouvelle ville sainte. Ils battaient, leurs cœurs, au rythme du blues des bas-fonds ; elle inventait des canulars, la geisha, à faire mourir de rire les princesses au perruque de poils bronze et rêche. Il s’éteignait à petits feux, le célèbre carburateur Zénith de leur jeep à qui ils vouaient tant de chevauchées.

Il en avait du chien, le langage de la geisha à la dérive, et, dans sa loge de star dévasté, il exécrait tous les humains l’islamiste Kaphrium qui avait écrit un manifeste et toutes les histoires d’effondrement de civilisations, comme un leitmotiv certes un peu macabre.

Et il ranimait le spectre des Années X, le magnétophone qu’il avait laissé à la geisha, avant de mourir. En l’allumant, la bande sonore énumérait une longue liste d’offensives islamistes quand le monde de la surface serait bientôt prêt à leur appartenir.

Elles en avaient sillonné des territoires celtes, leurs chevauchées fantastiques, quand la jeep les emmenait aux confins de la folie. Elle l’avait lu, le bouquin Vilnius Poker, la Geisha qui patientait à présent en attendant la fin du monde tant annoncée. Ils en pinçaient tous pour la geisha, les hommes rencontrés lors de leur périple quand la ville était encore endormie.

En promettant des scénarios pas très folichons pour leurs mondes celtes, le manifeste de Kaphrium suintait le souffre et elles en étaient imprégnés, les pensées mélancoliques de la geisha ; de mon côté, en traversant les mers tempétueuses pour rejoindre la geisha, je me démenais pour libérer Kaphrium de prison, et sciemment je récupérais le mouvement qui avait fait sa renommé, fasciné par mes proies occidentales.

Plus tard, sous la lune, les vautours s’occuperaient de leurs cadavres, se perdant dans la nuit.

Les forces spirituelles guidaient mes pas, je savais que je franchirais un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, je n’avais plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent ; et soudain j’entendis le cormoran des limbes appeler mon nom…

Au cœur de ce remue-ménage, à l’heure où tout allait s’enflammer, les troupes de Kaphrium allaient s’immiscer entre les lignes ennemies ; le Djihâd allait commencer pour de vrai : c’était une authentique théologie du feu et des drames !

Elles éructaient des injures, les créatures de cette étrange station de métro et les esprits s’échauffaient au décompte de Noël qui devait sonner le glas de leur civilisation pitoyable ; les bonnes résolutions à venir allaient vite se dégonfler sur le zinc d’un vieux bistrot qui rejetait de l’urine sur les murs.

Informatique

Venant des profondeurs de son appareil Kodak, les données de son iPhone sauvegardé émettaient quelques notes de blues consolateur, en dirigeant sur des sites aux processeurs féodaux. Des processeurs qui effectuaient leur mise à jour, en agaçant la glotte de leur créateur, tandis que je farfouillais dans les options de ce traitement de texte. Des options qui plagiaient le contenu du carnet de notes de Kaphrium et, sur l’écran de l’ordinateur maintenant, un traitement de texte qui avait capturé, à l’aide d’une clé USB, des photographies de jeunes filles galbées et longilignes.

Pour étudier les fluctuations du marché boursier, à partir de mon ordinateur, je devais brancher cette clé USB qui ressemblait au stick d’un rouge à lèvres et qui appartenait à Supertramp le vagabond. Plus tard, dans le métro, le réseau gangrenait des univers cicatrisés et vidés de leur suc et de leur prépuce ; un réseau qui téléchargeait d’immenses agrandissements photographiques. Sur ces photos, on voyait les promoteurs numériques se précipiter tête-bêche dans le caniveau, en crachotant des spermatozoïdes pacifistes.

De mon côté, je gribouillais à présent sur mon bloc-notes : une caméra filmait les mouvements saccadés de l’écriture automatique, symbolisée par cette petite babiole de disque dur. 

Synthétisées lors de ce transfert, des partitions musicales célébraient les films scénarisés montrant des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires ; en avançant l’heure locale et en réduisant cette infime distance entre le décor photographique et les faux raccords, ces partitions musicales bourdonnaient comme le disque dur de cet étrange ordinateur.

Les hackers s’accociaient pour riposter et s’engouffrer dans les failles virtuelles, lançant une restauration du système et, de l’autre côté des portes de l’hôpital, on s’intéressait alors à la science des labyrinthes et des chemins de fer antique.

Des hackers qui assistaient, impuissants, à la révolution informatique de la poussière narcotique, tombant sur les ordinateurs obsolètes.

De la poussière narcotique qui redevenait poussière narcotique tandis que j’observais la tapisserie jaune de la chambre d’hôtel.

Il y avait aussi, parmi cet amas de nouvelles technologies, des photos en noir et blanc évoquant une scène libidineuse classée X. Des photos représentant des stripteases aussi ésotériques que hermétiques pour ces pirates informatiques ! 

Elle rassemblait l’immense foule des corsaires informatiques, en décuplant leur force lors de ce solstice d’hiver, cette stripteaseuse qui utilisait des mots tels que requêtes ou échardes !

Et cette clé USB qui ressemblait au stick d’un rouge à lèvres, ouvrait Twitter et Facebook sur l’écran de mon iPhone préhistorique, par l’intermédiaire d’applications qui aimantaient les publications scientifiques.

Il y avait aussi, parmi les fils électriques alimentant l’étrange ordinateur, des prises de téléphone qui effaçaient automatiquement les dernières conversations. Il y avait ensuite de laiteuses et nuageuses opératrices qui recyclaient l’obsolescence des ordinateurs et d’extravagantes ferveurs populaires en résultaient.

Il y avait aussi, dans la confusion la plus totale et sur tous les écrans de cinéma, l’histoire et les genèses possessives des grandes meurtières et des publicités tropicales.

Des publicités tropicales qui zèbraient la timeline de Twitter d’orgasme dévastateur ; des meurtrières qui vomissaient des pluies aussi mornes que diluviennes tandis les autorités tentaient de mater par la répression la résistance héroïque des peuples. 

Il y avait des hélicoptères qui atterrissaient sur des pistes psychédéliques et je les regardais, le cœur serré, glacé jusqu’aux os, mitrailler les foules méditerranéennes.

Il y avait aussi les pachydermes qui s’essoufflaient en courant après les voleurs de reliques ; des voleurs qui galopaient en modifiant la structure de leur squelette.

Leur squelette ? Une stimulante armature de pièces volées aux cyborgs pendant les métrages perdus. Des cyborgs qui contrôlaient et qui maintenaient la vitesse des trains à vive allure. Les autorités, peaufinant leurs discours, préparaient le retour des rois capricieux qui luttaient, de chaque côté du gouffre, pour ne pas disparaître.

Enfin, depuis l’instauration de ce nouveau régime, leur cerveau brassait d’insolubles forces obscures et, en bas de mon hôtel, des manifestations se soldaient par des échecs sanglants.

Alors, s’autoadministrant la couleur noire des inséminations semblables aux mouvements rapides, générés par le silex, le disque dur de mon ordinateur transmettait leur consigne insomniaque pour hanter les nuits de ces rois corrompus. 

En arpentant les champs de ces humains enfermés, les machines de la matrice, dans un blizzard criard, partaient à la recherche de ces esprits encyclopédiques, aussi insolents que déclinants.

L’État vit soudain apparaître des émeutiers aussi forts que Popeye, de nouvelles technologies à la puissance photovoltaïque hautement chargées de drogues acidifiantes.

Une énergie photovoltaïque qui jaillissait des matières minérales apportées par l’eau et le vent : des dépôts nourrissant les sapins de Noël et les bornes d’autoroutes qui serpentaient dans la région.

En les convertissant en piles électriques, les guirlandes de ces sapins de Noël s’allumaient après avoir inséré cette clé USB bizarre ; les cellules grises des émeutiers étant récupérées pour fortifier le courant alternatif des foyers qui se perdaient dans les vallées encaissées.

Des serpentins de pellicules tire-bouchonnée s’aggloméraient soudain aux silencieuses robes célestes des opératrices. Pour ajouter, la nuit, des images de banderoles survoltées sur les écrans de cinéma, d’autres disques durs, gorgés de sang, configuraient les données éthérées, singulières, photovoltaïques de leurs compteurs à zéro dans cette salle de bain aux miroirs de bordel étincelants !

Un drôle de zèbre

C’était un drôle de zèbre ; il arpentait les quais du métro en récupérant la couleur rouge des tickets TCL pour en faire des confettis. Un drôle de zèbre avec des pupilles semblables aux puces copulant rapidement pour arriver à une pléthorique armée de mercenaires, avec une intelligence générée par le silex et avec une imagination se cramponnant aux prises vertigineuses, aux plongées verticales des disquettes cinématographiques.

Il y avait tout un monde à découvrir à l’intérieur de ces vieilles disquettes, par exemple il y avait la playlist de Nirvana qui doublait la capacité de stockage lorsqu’on débranchait les clés USB aux sillons trop labourés.

Il y avait aussi, dans les méandres et sous-dossiers de ces disquettes, des photos en noir et blanc qui dépensaient jusqu’au gaspillage une énergie considérable ; pour les ouvrir une centrale nucléaire n’aurait pas suffi.

Son cerveau chuintait des pensées porcines ; des pensées monstrueuses aux fils électriques dénudés, des pensées avec de la morve noire comme du pétrole.

Je recueillais les lignes droites, ne perdant pas le nord, et les raccourcis claviers des disquettes surréalistes avec du tabac à priser, devant mon bol de café venant des hauts plateaux de l’Éthiopie. Et toujours le matin, en sauvant les apparences, des lettres prométhéennes se cachaient dans le tiroir de la table de nuit alors qu’il était éclairé par la lueur irradiante de l’écran de l’ordinateur, réunissant les ombres des profondeurs de son appareil Kodak.

Transformant le contenu de ces disquettes à chaque rentrée d’argent sur son compte, le drôle de zèbre avait gagné des napoléons, de la monnaie sonnante et trébuchante.

Et l’aube, avec ses larmes d’Inuit qui glissaient le long des briques des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires, lui apportait la fortune tant espérée ; ces larmes qui suivaient, en dominant l’horizon, le chemin de fer antique… ces larmes nées dans la poussière narcotique, et qui redeviendraient poussière narcotique.

Ces mêmes maisons, où étaient piégés les Nouvelles Combinaisons, les mots de passe, le bleu vif de ces larmes, avaient sapé leur amalgame de sables et d’exaltation sinistrement fiévreuse.

Love Buzz

Matérialisant quelques sentiments de love buzz amoureux avec un ancien téléphone cramoisi à fil élastique, qui était assorti aux draps du lit, je décuplais la force des serpentins de leurs braies et de leurs cottes de mailles en lambeaux. Il y avait aussi une mallette d’échantillons d’aphrodisiaques, un jeu de cartes à l’ancienne mode, des poignées de soleil vert rasant fugitivement les murs.

La vieille moquette rouge usée sécrétait les symboles avant-coureurs d’une lointaine galaxie dynamité.

En troublant leurs graphismes maléfiques et en combinant monarchiquement les romances prescrites d’usage, ils discutaient entre eux au sujet de leur retour, quand, tristement, de mon côté, plongeant dans la faible lumière de leurs danses fantasmatiques, j’avais lancé dans tous les azimuts des S.O.S pour sortir de ce nid de créatures solitaires mais dévergondées.

Il y avait encore ces années X, où tout avait commencé, et cette vierge qui rampait  aux pieds des hommes-hippocampes neuronaux, il y avait toujours ces souvenirs  difformes, fragmentés. Il y avait aussi la Fabrique Croix-Roussienne de Razko Kaphrium ; sur le visage du patron courait abjectement une fente distendue corrigeant en un millième de seconde, quand on l’observait, leur sanglante mais bien-aimée psyché prémonitoire !

Le nord d’Harlem !

Tout d’abord, en bois d’ébène, il y a ces yeux clos et amovibles qui paraissent chuinter au fond de mes tempes creuses ; des yeux qui appartiennent à la reine noire et son inextensible clair-obscur.

Et chaque jour, oubliés selon l’usage traditionnel, il y a les lambeaux de sa temporalité qui augmentent la dose de méthadone jusqu’à une cuillérée à soupe.

Et chaque jour, lapée par un reptile en provoquant une accoutumance de nouvelles couleurs, il y a encore la gaine-culotte de son Honneur tendue entre ses cuisses et les revers de son pantalon mordillés par les rats, tandis qu’apparaissent des extraits olfactifs d’ecchymose et de perspicacité instantanée : une préparation d’horizons amalgamés, unique en son genre, irriguant le velours des rideaux qui se referment.

Cependant pour la première fois, j’ai connu un repos total et un sommeil paisible en inhalant instantanément le souffle de ses hélices délimitées par la pluie alors mêlées de strates similaires, en pêchant aussi les morceaux de gomme de la célèbre barre de recherche. Là, j’ai lancé la restauration des huit pistes de Bleach en poursuivant inexorablement mon avance, comme pour réorienter la respiration languide du cyborg.
Il y a aussi des steppes d’immobilité pré-emballée et une fusée se pilotant machinalement comme une transmission éclair.

Au vingt-neuvième sous-sol, entre mes tempes sciées par le rythme visuel d’un film, en revenant de loin, s’étend comme l’huile violâtre et silencieuse des banquises, un iceberg de craie sans lumière et j’ajoute sur son piton de nouveaux vaisseaux sanguins et électroniques.

Il y a aussi d’autres cyborgs brûlant leur charbon cérébral, excessif dans la vase d’un étang rouge.

La plateforme fantasmagorique d’Oji Kick évide tous les sarcasmes du Nord d’Harlem et toute la mélancolie que la drogue peut provoquer au fin fond de la cervelle qui s’épaissit : l’électrisante station de métro, située au dernier sous-sol de la catacombe, incarne l’esprit des cathédrales ossifiées et le paradoxe du bocal de verre bleu où elle se réfugie, en définissant comme lieu précis un souterrain avec un enthousiasme fiévreux.

Après l’installation, quittant les quais du métro, les larmes aux yeux et en s’autoadministrant nerveusement le soliloque du clown sur un banc à la surface, les créatures de la station peuvent survivre et donner naissance à ce soleil vert combinant monarchiquement des cauchemars matriciels.

 

Un étrange ordinateur

Tout d’abord, un étrange ordinateur : en s’appuyant techniquement sur les données des Sociétés de Géographie maritime du XVI et XVII siècles au lieu des algorithmes devenus désuets et incompréhensibles, les trucs en caoutchouc et en cuir de son disque dur, façonnés à la spatule et au fusain, émigraient d’un monde à un autre, d’une toile virtuelle à une autre.

Son disque dur ? Un processeur effectuant des calculs compliqués qui s’ajoutaient  automatiquement aux blocs-notes des salles occultes du Mah-Jong ; ces feuillets s’étirant en règles formalisées alimentaient la gloutonnerie de Gargantua qui glissait des vêtements d’hermine de ses épaules.

Un processeur qui captivait les lèvres surchauffées d’excitation de Gargantua et qui configurait les aventures de Lucky Pierre sans le faire broncher ; et une toile virtuelle où des odeurs incendiaires d’entrejambe interrogeaient les auspices.

Pour voir des corps s’assemblant dans la douleur et pour inventer un nouveau genre à travers un interface nouveau, devant l’écran de l’ordinateur, les sièges de la chambre d’hôtel, où il y avait cette étrange machine, étaient arrachés et, sur l’écran de télévision, il y avait les faisceaux des labours chapardés dans les cinémas saccagés.

Il y avait aussi, dans les yeux de Lucky Pierre, la pureté et l’éclat du diamant qui inondait de lumière cette nuit synthétique. Et, dans le coffre de la voiture en bas de l’hôtel, il y avait un extraterrestre qui versait des larmes des planctons incendiées.

Vaguement humanoïde, sa parenté avec notre espèce s’arrêtait là. Et, sur l’écran de l’ordinateur à présent, on voyait un sourire suggestif qui commençait à arquer les lèvres de Gargantua. Un sourire suggestif après les larmes tremblotantes de l’alien alors que la caméra approchait de la foule autour de la voiture, lançant des éclairs photovoltaïques au milieu des tambours, des trompettes et des tronçonneuses ; des éclairs photovoltaïques qui ravitaillaient les larmes toutes dégoulinantes de l’extraterrestre tandis que la caméra générant des photographies enguirlandées de boucles blondes, renvoyait la silhouette mélancolique de Lucky Pierre dans les profondeurs de la fosse noire !

 

Après un montage délicatement éclairé par les projecteurs, une colonie d’insectes et d’hommes-scarabées élargissait l’ouverture de la fosse noire en forçant le monde actuel, complexe, à changer. En déguisant les diagrammes des manuels d’éducation sexuelle, cette colonie d’insectes et d’hommes-scarabées croulait sous le poids de mes valises et regrettait déjà d’être sorti de la fosse noire.

Comme décor : à quelques centaines de mètres sous terre, des administrateurs ivres en costume de carnaval blasphémaient les refuges bouddhistes qui giclaient de rayons ultraviolets.

Et comme contexte politique : une vraie femme de peine des champs, au commande de l’intelligentsia aristocratique, descendait de la voiture noire, garée en bas, laissant apparaître son ombre prostrée, nue et froide à travers les fenêtres de l’hôtel où je l’attendais. Il ne restait maintenant que la porte d’entrée de cet hôtel underground à franchir ; elle était comme guidée par une force occulte qui, en couvrant les murs de fastueuses parures, s’éteignait déjà une fois au premier étage de l’hôtel.

Sur l’écran de télévision, une scène classée X concluait sur le passage des traîneaux de chiens en Alaska et ces chiens, qui lapaient dans leur gamelle l’infusion au tilleul que j’avais préparé, nous conduisaient au château de Gargantua où des noces d’orfèvres étaient annoncées. Je suivais la cérémonie officielle en décrivant l’amer chagrin de Lucky Pierre qui avait dissipé les lois gravitationnelles du monde de la surface.

Enfin rejoignant la femme de peine des champs dans ma chambre d’hôtel, une belle dame en robe claire associait à chaque ligne des blocs-notes une couleur disparue et alors, dans nos veines, coulaient les platitudes vulgaires des toiles exultantes.

Sur les toits, Gargantua, qui était monté à l’aide d’une échelle, se fit hussard et ainsi contrôlait les allées et venues partant de la réception de l’hôtel, une couronne noire tressée avec de vieux films en cellulose sur la tête.

En tolérant la noirceur de l’aube, des trous et des roues vertigineuses qui trinquaient à la santé du timonier, les chiens qu’on avait vu sur l’écran, dans un va-et-vient incessant, se matérialisèrent et la lumière couleur mimolette qui tombait des néons de l’hôtel nous enivrait alors !

En triant ses souvenirs dans le journal à tenir chaque jour via Day One, l’application pour iPhone, je finissais cette journée en effaçant les strideurs étranges du disque dur et en les remplaçant par les truculentes données des sociétés de géographie maritime…  Et, alors,  en fin de compte, Gargantua me regardait, ébahi, étendu sur le bureau, trop surpris pour bouger et je songeais alors à la tunique des rois blancs qu’il faudrait repasser !

Une étrange timeline !

D’abord une timeline défilante, une timeline cachée parmi les raccourcis claviers, qui dirige sur des sites dissidents, crocodiliens.

Ensuite, les fêlures du béton et une enveloppe pleine de photos en noirs et blancs ou cramoisis. Puis, à l’extrémité du câble nord, diffuse et disjointe, étendue au sol, la photosynthèse des électrons cryptée par la timeline.

Il y a aussi les moignons des femmes aux décolletés plongeants et des onomatopées divins, des écouteurs qui autorisent le décollage de la fusée, et, dans les ténèbres, des organes qui projettent des émissions huileuses.

Il y a encore, parmi les jaillissements classés selon leurs impuretés, sa petite culotte en coton pour désigner un référent taoïste.

Ça commence comme ça : une équation à double inconnue vandalise la voix lactée en allumant le ventilateur de notre chambre torride qui suinte d’odeurs taurines.

Insérant son déclic et son impact émotionnel radical, chauffé par ces images floues, la timeline est jumelée avec l’enveloppe pleine de photos. Un impact émotionnel radical qui correspond chronologiquement aux liasses de billets froissés se hâtant bêtement d’atterrir dans la poche des équilibristes.

Au bout du fil, un atterrissage termine la fresque et, pour enrichir l’imagination des équilibristes, les gargouilles de la cathédrale Notre-Dame vomissent, un dimanche de Pâques, des images intéressantes pour la suite du texte. Parmi les odeurs sèches et nostalgiques des starlettes assemblant par liste impaire leurs disciples, portant l’uniforme des collégiennes, il y a des queues de kangourou qui prospectent à l’intérieur des organes.

Et alors, en ranimant les chansons de Bashung, l’univers est né : la colère en première ligne pour la succession de cet embryon et la guérison ultime de son karma. En raflant les salaires répugnants des mercenaires, il y a, comme un dernier script, une cascade de dollars qui regagnent la poche des équilibristes.

Après ce rafle, les équilibristes rencontrent des difficultés quand ils scient dans le vent glacial les branches des arbres grotesques : sous les bûches grouillent des vers révoltés ; je décide de les ferrer à un hameçon avant d’esquiver le professeur de musique que j’ai autrefois incarné dans une filmographie pornographique.

Enfin, en étant la risée du voisinage, les équilibristes déposent une montagne d’or aux pieds d’un inconnu, conformément à ses indications ; indications qui affectent sa stricte éducation d’antan en tirant un trait définitif sur ses serviteurs le secondant jadis !

Les cendres d’Angela

Quand se levaient au ciel les grandes voûtes rapprochant les fleurs humides et rubescentes entre elles, dans la senteur des palmes et des fauvettes de mai, le soir, les lions relevaient leurs crinières et le soleil crevait doucement.

Il y avait aussi une belle blonde qui parlait du Tibet et du taoïsme comme on parle d’amour étrange ; ses lunettes de soleil étincelaient au fond de la vallée de la mort, et, dans la Jeep, je n’engageais pas la conversation de peur qu’elle vire à l’aigre à cause de la chaleur !

J’avais grandi dans la demeure familiale avec la toute-puissance du patriarche et elle était féministe !

En traversant un torrent, je demeurai vigilant, sur le qui-vive quant aux choix des mots que j’allais prononcer ; nous étions partis en vadrouille après avoir encaissé mon chèque d’un montant faramineux, c’est ce que nous faisions chaque fois à chaque rentrée d’argent. Au loin, le soleil s’éteignait comme une tringle qui tombe brusquement.

Au campement, j’admirai un scarabée sur son épaule ; nous venions de planter la tente sur un gazon verdoyant et le ciel, qui était cette après-midi d’un bleu spectaculaire, devenait soudain sombre. Une tornade s’annonçait et le vent emportait déjà les détritus du camping ; on ne le savait pas encore mais la tornade  allait vandaliser la vieille abbatiale d’art roman qui montrait ses tours carrées quand nous sortions de la tente.

Pour dîner ce soir, il y avait un vin de xérès qui nous accompagnait ; à la fin, un peu ivre avec cette belle blonde, je lui racontais que des mygales m’avaient parcouru l’échine dorsale quand je m’aventurais jadis sous des latitudes tropicales. Elle prît ses airs de marquise et je dûs changer de sujet.

Pourtant l’eldorado n’était pas loin pour nous deux ; nous possédions déjà un trois-mâts qui voguait au large de San Francisco et la fortune nous souriait mais nous étions encore loin d’imaginer qu’elle nous écarterait à jamais des coups de Trafalgar !

Angela, par le choix de ses livres, rêvait d’un monde en silicone noire, aux naïades aussi fantasmagoriques que guerrières ; un univers aux champs de tournesols immenses et infinis !

De vin, de poésie ou de vertu !

Un plan serré dans la pénombre montre des insectes striduler follement au fond des bois ; mutuellement de leurs regards furtifs un homme et une femme vêtus en tout et pour tout de robes de bure noires alimentent un vaste feu de bois. Elle est à genoux et lui accroupi. De longues échancrures le long des robes révèlent le galbe de leurs jambes nues.

A quelques mètres autour du feu brûlent cinq grands cierges noirs. Un observateur attentif remarquerait peut-être qu’ils ont été disposés à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle mais la caméra ne s’attarde guère sur le plan d’ensemble, lequel souligne en revanche la rondeur d’une lune blanche, l’épaisseur des feuillages à l’arrière-plan et la hauteur des arbres alentour.

La caméra a presque tout perdu de la magie des lieux. La caméra à présent s’attarde sur des gens au supermarché qui vont s’acheter du vin, et, dans le rayon librairie des individus qui lisent de la poésie ; et pour la vertu, pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps, on n’a pas trouvé d’acteurs ; on a quasiment tout pris à ce cher Charles Baudelaire…

La caméra ne s’arrête pas en si bon chemin, elle filme à présent un cercle d’alcooliques anonymes partageant leurs nouvelles expériences, bonnes ou mauvaises, en cercle assis sur des chaises…

De mon côté, je suis au fond de la fosse noire, hospitalisé par des chimpanzés qui veulent apaiser ma souffrance. Pourtant, je ne souffre pas. Je passe mon temps à chercher de grosses pierres à peu près plates pour construire mon abris.

Les gens autour de moi sont fascinés par la mort, s’enivrant sans trêve et leur sang suinte noir et épais de vin, de poésie ou de vertu, bref tout ce qui me manque. J’ai leurs têtes courbées face à ma porte, ils me jurent fidélité en tant que vassaux et j’ai, sous les yeux et sans rien faire, une horrible armée de mercenaires sur le point d’en découdre pour moi seul.

Ensuite, je suis debout avec des airs d’ibis sur une patte, je mets fin à leurs supplices et aucune goutte de sang n’est versé ce jour là. L’industrie du vin est morte, la poésie inexistante et la vertu oubliée dans les oubliettes.


Je réalise que nous produisons tous le même rêve et que nous ne sommes pas éveillé, un peu comme dans la matrice. La nuit va se dissiper heureusement. La fosse noire va connaître les premiers rayons du soleil, et, se rapprochant petit à petit, il vient tout balayer l’océan infini de l’amour inconditionnel.