Un plan serré dans la pénombre montre des insectes striduler follement au fond des bois ; mutuellement de leurs regards furtifs un homme et une femme vêtus en tout et pour tout de robes de bure noires alimentent un vaste feu de bois. Elle est à genoux et lui accroupi. De longues échancrures le long des robes révèlent le galbe de leurs jambes nues.

A quelques mètres autour du feu brûlent cinq grands cierges noirs. Un observateur attentif remarquerait peut-être qu’ils ont été disposés à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle mais la caméra ne s’attarde guère sur le plan d’ensemble, lequel souligne en revanche la rondeur d’une lune blanche, l’épaisseur des feuillages à l’arrière-plan et la hauteur des arbres alentour.

La caméra a presque tout perdu de la magie des lieux. La caméra à présent s’attarde sur des gens au supermarché qui vont s’acheter du vin, et, dans le rayon librairie des individus qui lisent de la poésie ; et pour la vertu, pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps, on n’a pas trouvé d’acteurs ; on a quasiment tout pris à ce cher Charles Baudelaire…

La caméra ne s’arrête pas en si bon chemin, elle filme à présent un cercle d’alcooliques anonymes partageant leurs nouvelles expériences, bonnes ou mauvaises, en cercle assis sur des chaises…

De mon côté, je suis au fond de la fosse noire, hospitalisé par des chimpanzés qui veulent apaiser ma souffrance. Pourtant, je ne souffre pas. Je passe mon temps à chercher de grosses pierres à peu près plates pour construire mon abris.

Les gens autour de moi sont fascinés par la mort, s’enivrant sans trêve et leur sang suinte noir et épais de vin, de poésie ou de vertu, bref tout ce qui me manque. J’ai leurs têtes courbées face à ma porte, ils me jurent fidélité en tant que vassaux et j’ai, sous les yeux et sans rien faire, une horrible armée de mercenaires sur le point d’en découdre pour moi seul.

Ensuite, je suis debout avec des airs d’ibis sur une patte, je mets fin à leurs supplices et aucune goutte de sang n’est versé ce jour là. L’industrie du vin est morte, la poésie inexistante et la vertu oubliée dans les oubliettes.


Je réalise que nous produisons tous le même rêve et que nous ne sommes pas éveillé, un peu comme dans la matrice. La nuit va se dissiper heureusement. La fosse noire va connaître les premiers rayons du soleil, et, se rapprochant petit à petit, il vient tout balayer l’océan infini de l’amour inconditionnel.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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