Tout d’abord, un étrange ordinateur : en s’appuyant techniquement sur les données des Sociétés de Géographie maritime du XVI et XVII siècles au lieu des algorithmes devenus désuets et incompréhensibles, les trucs en caoutchouc et en cuir de son disque dur, façonnés à la spatule et au fusain, émigraient d’un monde à un autre, d’une toile virtuelle à une autre.

Son disque dur ? Un processeur effectuant des calculs compliqués qui s’ajoutaient  automatiquement aux blocs-notes des salles occultes du Mah-Jong ; ces feuillets s’étirant en règles formalisées alimentaient la gloutonnerie de Gargantua qui glissait des vêtements d’hermine de ses épaules.

Un processeur qui captivait les lèvres surchauffées d’excitation de Gargantua et qui configurait les aventures de Lucky Pierre sans le faire broncher ; et une toile virtuelle où des odeurs incendiaires d’entrejambe interrogeaient les auspices.

Pour voir des corps s’assemblant dans la douleur et pour inventer un nouveau genre à travers un interface nouveau, devant l’écran de l’ordinateur, les sièges de la chambre d’hôtel, où il y avait cette étrange machine, étaient arrachés et, sur l’écran de télévision, il y avait les faisceaux des labours chapardés dans les cinémas saccagés.

Il y avait aussi, dans les yeux de Lucky Pierre, la pureté et l’éclat du diamant qui inondait de lumière cette nuit synthétique. Et, dans le coffre de la voiture en bas de l’hôtel, il y avait un extraterrestre qui versait des larmes des planctons incendiées.

Vaguement humanoïde, sa parenté avec notre espèce s’arrêtait là. Et, sur l’écran de l’ordinateur à présent, on voyait un sourire suggestif qui commençait à arquer les lèvres de Gargantua. Un sourire suggestif après les larmes tremblotantes de l’alien alors que la caméra approchait de la foule autour de la voiture, lançant des éclairs photovoltaïques au milieu des tambours, des trompettes et des tronçonneuses ; des éclairs photovoltaïques qui ravitaillaient les larmes toutes dégoulinantes de l’extraterrestre tandis que la caméra générant des photographies enguirlandées de boucles blondes, renvoyait la silhouette mélancolique de Lucky Pierre dans les profondeurs de la fosse noire !

 

Après un montage délicatement éclairé par les projecteurs, une colonie d’insectes et d’hommes-scarabées élargissait l’ouverture de la fosse noire en forçant le monde actuel, complexe, à changer. En déguisant les diagrammes des manuels d’éducation sexuelle, cette colonie d’insectes et d’hommes-scarabées croulait sous le poids de mes valises et regrettait déjà d’être sorti de la fosse noire.

Comme décor : à quelques centaines de mètres sous terre, des administrateurs ivres en costume de carnaval blasphémaient les refuges bouddhistes qui giclaient de rayons ultraviolets.

Et comme contexte politique : une vraie femme de peine des champs, au commande de l’intelligentsia aristocratique, descendait de la voiture noire, garée en bas, laissant apparaître son ombre prostrée, nue et froide à travers les fenêtres de l’hôtel où je l’attendais. Il ne restait maintenant que la porte d’entrée de cet hôtel underground à franchir ; elle était comme guidée par une force occulte qui, en couvrant les murs de fastueuses parures, s’éteignait déjà une fois au premier étage de l’hôtel.

Sur l’écran de télévision, une scène classée X concluait sur le passage des traîneaux de chiens en Alaska et ces chiens, qui lapaient dans leur gamelle l’infusion au tilleul que j’avais préparé, nous conduisaient au château de Gargantua où des noces d’orfèvres étaient annoncées. Je suivais la cérémonie officielle en décrivant l’amer chagrin de Lucky Pierre qui avait dissipé les lois gravitationnelles du monde de la surface.

Enfin rejoignant la femme de peine des champs dans ma chambre d’hôtel, une belle dame en robe claire associait à chaque ligne des blocs-notes une couleur disparue et alors, dans nos veines, coulaient les platitudes vulgaires des toiles exultantes.

Sur les toits, Gargantua, qui était monté à l’aide d’une échelle, se fit hussard et ainsi contrôlait les allées et venues partant de la réception de l’hôtel, une couronne noire tressée avec de vieux films en cellulose sur la tête.

En tolérant la noirceur de l’aube, des trous et des roues vertigineuses qui trinquaient à la santé du timonier, les chiens qu’on avait vu sur l’écran, dans un va-et-vient incessant, se matérialisèrent et la lumière couleur mimolette qui tombait des néons de l’hôtel nous enivrait alors !

En triant ses souvenirs dans le journal à tenir chaque jour via Day One, l’application pour iPhone, je finissais cette journée en effaçant les strideurs étranges du disque dur et en les remplaçant par les truculentes données des sociétés de géographie maritime…  Et, alors,  en fin de compte, Gargantua me regardait, ébahi, étendu sur le bureau, trop surpris pour bouger et je songeais alors à la tunique des rois blancs qu’il faudrait repasser !

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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