Une soupe noire à la Gainsbourg !

Pour décharger les pièces manquantes, les câbles rompus et pour décoder aussi le monde dans lequel il se trouve : des programmes informatiques qui énumèrent tous ses appels téléphoniques en les vérifiant par delà les chemins et les rivières encaissés.

Pour déchirer tous ces changements qui se produisent dans sa vie, un goût de fils électriques, partiellement organiques, qui lui confère une intelligence analogue à l’intelligence humaine et qui cherche à jaillir directement des limbes où il a été fabriqué ; d’inévitables répressions pour rafistoler son coeur brisé, cassé, toujours corrompu mais épuré cette fois et affranchi !

Afin de parvenir au point de non-perception et pour meubler le vide immense, des hauts-fonds caillouteux et de dionysiaques silhouettes qui meurent dans les flammes d’un feu ; les répliques d’un vieux film d’aventures maritimes et une sensation de brûlure acide et creuse mais comique.

En se compromettant jusqu’à très tard avec un clair de lune taoïste, des clowns épicuriens, comme des divinités, propres comme des sous neufs mais sans un brin de jugeote, qui embrasent ce clair de lune taoïste et des massacres à la tronçonneuse !

Et pour tenir la distance, ce clair de lune, aussi taoïste que médiéval, dès qu’il touche le sol, enchaîne, entre les pages d’une bible pour églises fantastiques, des fins de siècle somptueuses… son territoire délimité par la nuit.

Pour achever le niveau Z, toujours au sous-sol, des exercices de pédagogie qui rêvent d’illuminer ces percées informatiques, sublimées de génération en génération, et des moteurs qui augmentent leur puissance en secouant leurs crinières incendiaires.

Pour anticiper la mort des combattants, il y a aussi, sur les épaules des femmes fumantes comme des gouttes d’eau, larmoyantes comme des veillées noires, un revers corrigeant les secousses d’une caméra d’amateurs et des filles de bains qui bavardent ; une brune en jupe mandarine qui envoie son courrier et les pauvres baraques qui explosent sous le choc, anticipant d’autres échecs, d’anciennes détresses, sans un seul battement de cœur.

Sous les gravats, il y a du pétrole et deux pendus pantelants ; de pharaoniques immeubles en ruine qui épousent la courbe de l’horizon et un univers sale qui cherche toujours de nouvelles connaissances ; dans un lieu désert, nos lunettes orangées d’aviateurs, réfléchissant les romanesques cathédrales voûtées, laiteuses et sanguines et des liftières qui fouettent le dos des monstres de la pluie !

Par solidarité avec le 13 novembre sinistre, on voit aussi de picaresques décors de théâtre et nos brelans d’as ; il y a aussi, des poux qui hibernent et leurs failles secouées par les cimes stimulantes : leurs failles mnémotechniques qui ne peuvent échapper aux changements de trajectoire et aux attaques des chevaliers mérovingiens… et leurs sourires inexpressifs tombent en poussière !

Pour échouer au fond de la voie lactée, des prétextes qui guérissent, prenant les mots de passe sur place, et des intempéries qui se préparent avec les mercenaires. Ces mercenaires tâtonnant dans le noir pour chercher le saint sépulcre et des cendres qui rejaillissent conviant le feu à tout reprendre pour entrer dans les grandes familles des fictions bâclées sur le papier.

Des châteaux hantés où le vent, au prétérit, a chassé la neige pour chercher la bonne humeur des geôliers et une larme d’un bleu translucide qui réfléchit la lumière, les radiations, le son et qui aime se focaliser sur les pratiques obscurantistes des cours d’assises !

Pour aller d’un point A à un point Z, dans le sanctuaire où l’on s’est réuni pour prier, une équipe de tournage qui retourne sur les lieux du crime et nos pensées répétitives qui commencent à affoler la panse des consommateurs ; la science des pierres précieuses qui réplique et leur incontrôlable utopie à réaliser une odyssée.

La neige qui tombe et les similaires extrémités d’un crabe qui avance l’heure du sommeil par une étroite ouverture vandalisée !

L’intervention du rêve, infaillible, sans obstacle, avec, dans le voisinage, des animaux nocturnes pour venir à bout d’une communauté Alien.

Pour désamorcer cette situation et pour serpenter dans les sentiers, il y a, dans ce monde onirique, parmi les slogans scandés par les manifestants, une femme agenouillée : une énième tentative perdue mais une situation stratégique pour le mystère de la vie !

Les protestations de la rue disposent en cellule souche leurs créations folkloriques.

Enfin, pour connaître l’intrigue de cette histoire, malgré la chute du plâtre de notre plafond, et un marasme qu’on ne peut mettre à bout sans pacifier la zone, le rituel des frères Karamazov, des déchirements de tambour et la voie du tao qui finit par s’évanouir dans le black-out d’une soupe noire à la Gainsbourg !

Elephant Man Syndrome

Avant-propos.

Quelque chose se contracte au fond de son terrier.

Nous avons tellement étudié la genèse des textes de Razko Kaphrium ces derniers temps ! Nous avons passé tant de nuits blanches à raturer d’annotations ces manuscrits !

Aujourd’hui, le projet Kaphrium peut enfin voir le jour.

Nous sommes vivant, je crois qu’à partir de là, cela nous dispense de juger.

La dissidence est pour d’autres, pas pour nous, elle est réservée à une petite caste qui vit dans l’irréalité.

La lumière du jour, lorsque nous sortons enfin du souterrain, nous apparaît jaune citron.

Les carnets de Razko Kaphrium racontent que le monde du dessus est bientôt prêt à nous appartenir, tant il sent la désolation et la mort.

Première partie. La Matrice de L’Elephant Man

C’était le premier à naître hors de la fosse noire – les apprentis de la Fabrique, en assemblant le contenu des divers presse-papiers sur l’écran de leurs ordinateurs, l’avaient engendré sous les néons aux mémoires photovoltaïques. Quelle prouesse technologique !

Jeté au fond de la fosse noire et affleurant presque de l’obscurité par sa hauteur, l’Elephant Man des égouts amorçait selon ces artisans de la fiction un nouveau genre littéraire, inspiré des années X où il avait vécu sa longue gestation avant de voir le jour.

Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération : confortablement assis dans un bon fauteuil anglais tandis que les hommes-taupes de la Fabrique essayaient, d’après les indications de ses carnets de moleskine, d’inventer ce qui était jugé irréalisable, Kaphrium attendait patiemment. Son imagination, un peu comme à l’intérieur d’un œuf, avait généré l’exponentielle croissance de cet étrange Elephant Man.

Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité les balbutiements du Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les Apprentis chercheurs allaient trouver enfin ce qu’ils cherchaient depuis des lustres.

Deuxième partie.

Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?

J’avalais mon café et je me souvenais de cet homme sanglé et allongé sur un lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eus avec le Razko Kaphrium des années X.

Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.

Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains. Il avait gangrené tous les domaines, toutes les sociétés, toutes les civilisations et pourtant la période actuelle ne lui laissait aucune chance pour réaliser son odieux projet.

Troisième partie

Je l’avais un jour croisé dans le couloir d’un hôtel, cet Elephant Man ; il rampait comme un reptile au fond d’un plateau de moules-frites pas vraiment fraîches, mais plus rien n’avait d’importance.

Il avait prospéré sur un monde en ruines. A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, il comparait l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette étrange perception, on pouvait le qualifier de poète impressionniste. Mais la poésie, pour lui, s’arrêtait là : il n’avait aucune honte et aucun mal à être grossier, à se montrer rustre et dégoûtant en toute occasion.

De retour dans ma chambre d’hôtel, le silence s’était installé insidieusement alors que j’étais penché encore sur les manuscrits de Kaphrium. Il avait bien essayé de trouver pour ce révolutionnaire, pour cet homme-taupe une motivation personnelle de se battre contre le système qui l’avait exilé au fond des égouts. Mais il n’avait pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à sa progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique littérale de ce qu’il prétendait être, ce pseudo poète. Littéralement, il n’avait pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, il avait muté en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’il surgisse à tout moment hors d’une plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

Quatrième partie.

Il n’y avait aucune solution contre les pensées morbides.

J’étais resté de longues heures les yeux braqués sur un écran où défilaient à la fois des photos en noir et blanc sur le côté gauche et, sur le côté droit, tous ces mots copiés instantanément dès qu’ils correspondaient aux champs lexicaux établis à l’avance pour produire un gonzo littéraire. Quelque chose commençait cependant à émerger du souterrain.

Il fut exactement dix-sept heures lorsqu’un stagiaire m’apporta un café ; un peu plus bas encore on entendait les bourdonnements de la Cora-Hummer 7 qui continuait à fonctionner. L’activité de cette machine qui reliait les différents cut-up pour une meilleure cohésion textuelle, n’avait jamais été stoppée, même aux années les plus sombres où la méthode du cut-up de William Burroughs semblait dénuée de tous horizons.

Mais la conscience dévastée avait repris ses droits.

Panorama cahotant

Le Tibet et le taoïsme ainsi que la vallée de la mort pour virer à l’aigre !
La toute-puissance du patriarche et un torrent sur le qui-vive ; des torches qui brûlent à chaque rentrée d’argent et une tringle qui tombe.
Un scarabée sur son épaule, un tramway qui entre dans le tunnel et des gazons verdoyants ; un panoramique cahotant avec caméra à l’épaule, des taillis boisés, des fleurs sauvages, et le ciel d’un bleu spectaculaire. En détresse, la tornade et des détritus et des pauvresses sans tonus ; un chemin pierreux quand le tonnerre s’en va vandaliser la vieille abbatiale d’art roman !

Un vin de xérès qui a une amorce tropicale et une marquise qui prend ses trompes utérines pour le nouveau eldorado ; un trois-mâts qui vogue au large de l’île transibérienne, un labyrinthe que l’on transpose sur une feuille du baccalauréat et un massacre comme un coup de Trafalgar !

Un système de fils électriques et organiques reliant Angela à ce monde en silicone noire, aux naïades fantasmagoriques utilisées comme carburants. Une muselière et des toxiques en pagaille ; des tournesols et un présage !

Un brin trop affective, cette Angela qui apparait d’un côté du cadre vacillant, disparait de l’autre. Des toasts dans le solarium et des gargouilles comme trophée ; des tropiques qui grouillent et d’impeccables triangles qui se juxtaposent en transformant les espèces trébuchantes en mosaïque romaine ! Des tortures et des projets ; des tombes comme des danseuses qui toisent les échappées.

Le scarabée sur son épaule s’estompe lui-aussi dans le flou et laisse place à ce système de fils électriques et organiques qui la fait pisser jaune ; des moudjahids dans la tranchée qui parlementent avec les manchots et une tradition qui perdure dans l’oreillette des animateurs télé et, en s’approchant toujours plus près des immensités galactiques, Angela, son ombre prostrée, presque ossifiée par tous ces embrasements de diable lampiste, replonge au fond de ma tasse de café ébréchée et offre sa tâche : elle incorpore les superstions que ce système de fils électriques a fait naître, elle incorpore les superstions inhalées, les contradictions de  cette force occulte, elle les incorpore à son intestin grêle en emportant la seule clé de ce poème si énigmatique ! Et notre Buick démarre alors au quart de tour !

Une toile et un toboggan qui s’envolent au pays des titans ; un envoûtement et de facétieux tirs à l’arc qui changent le graphisme de ton iPhone !

Les êtres en question !

Partant d’une excitation de nerfs téléphoniques, des pensées qui célèbrent les pluies diluviennes. Les feuilles mortes du chêne qui commencent à pourrir.

En avançant, en bringuebalant des notions mathématiques dans tous les azimuts, le téléphone qui fait fermenter les anciennes conversations ; des membranes muqueuses s’épuisent à récompenser le donneur.

Une terrible confusion douloureuse et lascive, familièrement colportée par la sève de l’arbre. Et puis, des perches, un tableau noir et des testicules qui palpitent. Un rayon de lumière écaillé qui se métamorphose en panneau publicitaire. Des nuits blanches qui luttent avec le vide et un clin d’oeil ; ici aussi, des dents blanches qui étincellent, et là, des paillettes mélangées avec les autres probabilités.

La rigueur hivernale et le côté gauche de l’écran qui organise des émeutes ; un drôle de goût organique, des petits pieds qui glissent et un galimatias aigu de salutations inversées. Des effluves indécises, des orgasmes, une bouteille de vin vide et les allées latérales du jardin.

En adaptant à leurs usages l’étrange syndrome, les Êtres en question. Ici, un moment explosif, et là, les gênes de cet essaim. Leur espace : le centre alternatif d’un cercle traversant des ruines ou des systèmes graphiques japonais. Un dégel, des miroirs au-dessus du lavabo et des entrailles pour bouillonner dans les limbes de l’oubli. Une anticipation.

Des nymphes qui s’agglutinent et leurs proies et leurs victimes. Face à la froide lumière, des fesses lisses et blanches et, enfin, des comètes fatiguées sur un matelas taché et défoncé.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Chapitre 3

Message complémentaire : Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Troisième chapitre !

Voici la suite de la nouvelle publiée sur

https://notesmatcom.wordpress.com

(Entre temps 1.0 Brusquement 2.1 Et Ensuite 0.0)

Le narrateur, dans cette deuxième partie du récit, évoque le second défi imaginé par les hommes-taupes ayant muté en hommes-rats à la suite des années X.

Le second défi consiste à retrouver Kaphrium qui est dans une maison de retraite. Une étrange station de métro qui débouche directement sur la chambre médicalisée de Kaphrium (le fondateur du mouvement des hommes-rats)

L’un des deux frères est un ivrogne notoire, l’autre envisage une histoire d’amour avec une pauvre dévotchka qui se trouve à une autre station de métro.

Les deux frangins qui cherchent à pirater informatiquement, par l’intermédiaire de Kaphrium, la civilisation humaine, vont-ils parvenir à leurs fins ?

Quatrième chapitre à suivre prochainement !

 

1.

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Sahara Occidental

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, j’écris et la pluie ne tombe pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne. J’arpente de haut en bas les icebergs et les banquises en fumant religieusement mes Craven A sans me soucier des lettres des anciens d’Algérie qui empiètent sur le bureau.

Je regarde des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier.

La famille est au complet dans ce bureau où je me suis isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec des années lumières pour le rejoindre dans sa thébaïde ténébreuse !

Je marche sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prends pour des serpents. Rêveusement, j’affiche toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine des pythons noirs déborde en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.

J’écris pour lazone.org avec l’idée de déverser des flots de pétales sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi.

Et de la divinité, il y en a dans ce bureau transformé en drakkars viking.

C’est la mécanique des cyborgs organiques qui m’a poussé là, à écrire pour Oscar Wilde et son odieux portrait. En déversant des wagons-citernes sur un incendie annoncé, j’anticipe la Théologie du Feu et la porte du crime à l’air libre donne sur la ville entière.

De mon côté je me suis réfugié dans un village rupestre avec des vaches qui s’injectent un méchant venin : l’ennui. À l’instar de Charles Baudelaire ; les yeux chargés de larmes ou de lames de couteaux et de sabres.

Pour ouvrir les enveloppes je sabre aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploite au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle.

À l’entrée du mausolée – je veux dire ce bureau qui donne sur le jardin directement – des prophètes me surveillent d’un œil. Je suis ces conquistadors d’un genre nouveau dans leur drôle de périple.

Aujourd’hui il y a cette absence de tube de colle et de ciseaux pour faire un collage digne de Burroughs alors j’écris automatiquement. Les idées me venant d’un seul élan.

En haut des escaliers de la maison, il y a cette matrone qui vient me déranger sans cesse. Pour me demander de remplir la cuve à mazout par exemple.

Ce soir je prendrais des médicaments pour dormir en attendant la visitation de la Vierge qui ne passe pas, qui rêvasse dans son coin, qui a perdu son domicile céleste…

Enfin bref, qui n’est plus en échec à présent !

La maturation de mes idées se fait comme la maturation des larves d’une mouche. Des larves qui vocalisent toutes les voix du vent dans ce cocon que je me suis créé.

Comme autant de crachats sinistres, il y a mes pages d’écriture qui vont brûler pour le bûcher de la Théologie du Feu.

Si vous lisez actuellement des romans d’aventure, il se peut très bien qu’ils se changent en traités de médecine. Ces traités revenant tranquillement dans les tiroirs du bureau sans jamais me compromettre.

J’écris pour les hackers, les dissidents, les fins de zones, les débuts de banlieue rose et mauve, pour les écoliers qui en ont marre de l’école. Mais sans jamais les inciter à faire l’école buissonnière.

Mon public est jeune et laisse des commentaires que je ne comprends pas sous mes textes. Mon livre de chevet, c’est un bouquin tombé en désuétude : Les aventures de Lucky Pierre de Robert Coover. Si jamais vous tombez dessus, vous aurez du cut-up à fournir en jouant votre va-tout avec les différents chapitres coupés en morceaux dans vos tiroirs qui végètent : du soleil vert par poignée et du spleen par brouettés.

L’écriture du roi des vikings reste indépassable et je le prends pour un maître d’échec qui sait bâtir des fondations solides dans ses phrases.

Et les phrases ont besoin de démêlant aujourd’hui tant le jour est triste.

Théologie du feu !

Pour commencer, à côté de la villa au bord de la mer, les rouleaux des vagues comme ultime poésie. Plus loin, dans la ville, les utilisateurs d’une étrange station de métro et le décompte de Noël qui bouillonne ; de bonnes résolutions à venir qui se dégonflent et, sur le zinc d’un vieux bistrot, des vacanciers qui rejettent de l’urine sur les murs !

Une pression bien fraîche qui ne vaut rien et les arômes du café qui engagent une conversation avec Dieu, de la lumière divine découpée dans les vitraux de l’église ; une couverture qui enveloppe Johnny Colère et la nouvelle éthique de ces vers de mirliton qui s’embourbe pendant un instant dans leurs quartiers de lumière soyeuse, incapable de respirer. Une mobylette qui descend la pente et cette nuit enneigée qui requinque.

Face à ces mercenaires sanguinaires bien planqués quelque part dans le cosmos, et, dès son signal, des dessins qui reprennent à la hâte le plain-chant de l’univers et les nerfs de cette théologie du feu ; la tangible ivresse s’élançant depuis la plate-forme de la station d’Oji Kick qui rappelle à l’ordre, comme pétrifiée à l’idée de connaître sa réputation malfamée.

Plus loin, en quittant les quais de cette station de métro pour remonter à la surface, des cosmonautes perdus qui voyagent à la vitesse de la lumière et une sortie dans l’obscurité qui rayonne parmi les rouleaux des vagues.

Un petit conte de Noël qui annonce les engrenages à venir de la nouvelle année et un chaton qui dort près du feu de la cheminée ; un millésime qui se dévoue à glisser au fond du gouffre et des hominidés qui deviennent des impérialistes. Une imagination raccommodant le vide envahissant et des embryons d’histoire. Des embryons d’histoire qui grandissent et le positivisme des bières entre amis qui hibernent !

Des hésitations qui inventent un nouveau monde, un site virtuel qui démarre comme un feu de paille et des textes qui décrivent les démarches d’une corporation. Une inspiration dénudée et de petits commentaires très artificiels qui dégoûtent ; des ténèbres qui bavardent et qui s’amusent comme de petits fous mongoliens.

Des indigènes qui se bagarrent et un jeu débile qui accomplit sa révolution ; le potentiel d’un auteur qui abandonne l’élu et la matrice qui craint les bugs informatiques et les anomalies. Une matrice qui corrige ses crashs et qui demeure vierge ; des textes qui dénoncent les erreurs de la matrice et qui éclairent les auteurs référencés. Des pirates informatiques qui dépouillent les gens de lettres et une toile virtuelle déstructurée qui s’emploie à éliminer les intrus.

Enfin, une cité médiévale épargnée par la guerre !

L’île d’Ouessant

Sur l’île d’Ouessant, un jour  je voudrais être, pour créer un environnement propice à l’écriture. La poésie pour entendre le vent gémir. 

L’inspiration tout en buvant un bon café le matin et fumer sa première cigarette alors que le vent ne fait que souffler… Une force ésotérique soulève les vagues, et, dans la bibliothèque, un rayon infrarouge passe en sifflant.

Voir l’océan Atlantique à travers sa fenêtre et, la nuit, le subconscient qui travaille. La journée, dans une chambre bien propre, écrire de la poésie surréaliste. Et puis s’accorder des promenades sur l’île d’Ouessant entre les séances d’écriture, en emportant une orange dans son sac à dos pour pique-niquer parmi les rochers et l’herbe folle.

Faire marcher le poêle ou la cheminée pendant l’hiver, détecter une présence dans la bibliothèque alors qu’il n’y a personne. Après un bain japonais, me reposer dans mon lit en listant toutes les provisions sur un carnet. Pour tenir un bout de temps sur l’île d’Ouessant. Attendre le lendemain matin pour voir la rosée se déposer sur chaque feuille. Un extérieur aussi à cultiver et découvrir les spécificités de l’île.

Et puis, comme un cadeau de la vie, toi qui viendrais me retrouver un hiver rugueux. Nous serions heureux de nous retrouver enfin et on fêterait ça, dans le salon, avec un bon thé en vrac ou un bon café. Tout dépend de l’heure de nos retrouvailles et puis mille autres secrets que je partagerais avec toi à Ouessant !

La gamme anglo-saxonne

Tout d’abord, les cinq consonnes et les deux voyelles de la gamme anglo-saxonne pour anticiper une timeline défilante, une timeline cachée parmi les fêlures du béton et une enveloppe pleine de photos. Ensuite, à l’extrémité du câble nord, diffuse et disjointe, étendue au sol, la photosynthèse des électrons qui reçoivent une décharge électrique.

Puis, des moignons et des onomatopées inondées, baba nu et en l’air, sans jamais imaginer les ténèbres, les émissions huileuses.

Enfin, parmi les jaillissements classés selon leurs impuretés, sa petite culotte en coton pour désigner un référent.

Ça commençait comme ça : une équation à double inconnue vandalisait la voix lactée en allumant le ventilateur de notre chambre torride, insérant son déclic et son impact émotionnel radical, chauffé par ces images floues. Un impact émotionnel radical qui correspondait chronologiquement aux liasses de billets froissés se hâtant bêtement d’atterrir dans sa poche.

Un atterrissage pour enrichir son imagination, un dimanche de Pâques, bercé dans l’air, parmi des odeurs sèches et nostalgiques de starlette assemblant par liste impaire leurs disciples, portant l’uniforme des collégiennes.

Et alors, en trémoussant ses fesses sur une chanson de Bashung, l’univers était né : la colère en première ligne pour la succession de cet embryon et la guérison ultime de son karma comme dernier script avant d’esquiver le professeur de musique que j’avais autrefois incarné dans une filmographie pornographique.

Une montagne d’or avait été déposé à ses pieds par un océan d’inconnus, conformément à ses indications ; indications qui affectaient sa stricte éducation d’antan en tirant un trait définitif sur ses serviteurs la secondant jadis !

Entre temps, brusquement et ensuite…

1.

Ils étaient sous la terre, avec un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Des larves jaunâtres d’orang-outan !

En se risquant du côté des montages en boucle superposés pour imiter le vacarme du cosmos, en traînant aussi sur le comptoir en ivoire comme la photosynthèse d’un jaune d’or très pâle fouillant une anémone de mer, je sirotais mon thé au jasmin qui s’infusait, qui pénètrait les narines, qui ressemblait à la peine ou à une phobie quelconque.

Je sirotais aussi mon café du Kenya qui me laissait perplexe, qui débordait, ou qui engageait une conversation avec Dieu.

La caméra continuait à filmer, sauvegardant les oracles de Béryl, sur un terrain balayé par la pluie ; et toujours cette anémone de mer qui, à la manière d’une araignée, sacrifiait sa toile au plafond pour se perdre, enchevêtrée dans toutes ces voies lactées !

Pour faire monter l’arôme de ces gouttes de pluie sans tain, Béryl se frayait un chemin parmi les vieilles lanternes au rythme syncopé qui rougissaient comme elle, réchauffant le soir nos larves jaunâtres d’orang-outan !

Le carnet de moleskine

Dans le carnet de moleskine, à la page cent, il écrit la poésie d’une poche d’un kangourou, la noirceur d’un vent glacial qui se cramponne éperdument aux épis de blés, le maniement du sabre de samouraï qui frémit, le crayon à papier sur le carnet de moleskine qui écrit tout seul.
Dans le carnet aussi, il y a, à la page quatre vingt dix sept, la description des sanctuaires bouddhistes. On peut observer la même chose, écris à la craie contre les rochers de la rivière en contrebas. Et, à la page sept, il y a la vivacité du pastel qui entreprend une odyssée.
Glissant brusquement avec ses deux seaux d’eau, il y a aussi Supertramp le vagabond qui envoie de la vapeur dans le ciel d’hiver de l’Alaska !

À la page neuf, il y a, accroché à la verticale, l’espace d’une page blanche qui se recueille avec les autres bestioles et des petits bateaux qui gisent dans le seau d’eau troué.
À la page dix-huit, il y a le compte rendu des marchands de tableaux qui rangent leur matériel, l’installation d’une douche non conventionnelle et le planning des exercices physiques pour éviter la nuit d’user des narcotiques, pour fatiguer le corps et lui apprendre à se passer des médicaments.

Il y a encore le moteur absent du van qui refroidit pendant l’écriture.
Dans ses lettres, il palabre avec son père sur la direction à suivre à l’avenir et, dans le disque dur de son ordinateur qui continue de transférer des informations contradictoires, il y a l’étude de la linguistique à l’état sauvage.

Depuis les moindres recoins épiphaniques de son cocon, des femmes extatiques se massent autour de lui en imagination et rêvent de se rafraîchir comme lui sous une douche glacée, à l’air libre du petit matin !

Un poêle à bois, à la place du radiateur, qui chauffe le van pendant les longues nuits à écrire sur les martyrs djihadistes disparus.
Des martyrs qui ont jadis fait la une des journaux des kiosques, pendant qu’il tirait sur le mégot de sa cigarette de chanvre, quand il était encore adolescent, en craquant parfois une allumette pour la rallumer.

Et, emballé précieusement dans le papier kraft, la silencieuse complexité d’un bonnet tricoté main par une amie de passage pour tenir tête aux nuages et ramené ici en Alaska pour sa grande aventure en pleine nature.
Il y a aussi un ciel transmettant seulement des informations aux vivants et une lueur rougeoyante diffuse à la place du soleil d’hiver qui annonce les prémices du printemps.
Il y a le matériel du trappeur dans son sac à dos d’esthète voyageur en quête de communion avec le cosmos, à la recherche de sa véritable identité dans les ténèbres.

Il y a le mouvement du crayon à papier sur le carnet de moleskine à la page neuf, la piste du trappeur qui s’éclaire à la lumière de sa loupiote et tout ce qui résonne avec les chants sacrés de la nature : les mécanismes perturbateurs des grands serpents, le bruit de l’eau provenant de la rivière et ces mercenaires qui attisent les forces, en espérant calmer un peu le jeu ; ces mercenaires qui font grossir un travail de sape kafkaïen en échangeant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune nation démocratique avec d’autres données issues de la guerre du Kippour.

Dans le carnet de moleskine, toujours à la page neuf, pour graver dans leurs sillons une élégance d’ensemble impéraliste, les jaillissements d’une carte comme le joker ; un joker qui classe selon leurs impuretés alchimiques toutes les lames de la première page.

À la page cinq, s’endormant sur ses lauriers, la description d’un film de Stanley Kubrick qui vérifie les appels manqués en ballottant dans la cheminée ; et, dans le carnet de moleskine, à la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltre le plancher en arrachant les lacets de la route. Toujours à la page trois, Il y a Cassandre qui lit le parchemin sanguin de Jack Kerouac en le découpant sans supprimer ses messages.

Dans le carnet de moleskine à la page quatre, en allumant la télévision en noir et blanc, il y a des ratures qui font moisir un jeu éducatif, il y a les chiens du désert lapant la jarretière de cette femme nue ; le hurlement de ces chiens ressemble à la peine.
À la page trois, il y a le mur qui mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes. Et à la première page, le récit d’un film d’horreur très kitsch qui emprunte sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste.

Et, à la page huit, pour désigner un référent, apparait l’expression kabyle, incandescente, livide, à l’heure la plus froide de la nuit, et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif.

À la page sept, en se référant au système adverse, il y a une kyrielle d’injures alchimiques. Et, dans le labyrinthe de la page sept, le kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fait apparaitre les premières hésitations : une alternance de forme et de style qui sera relégué au sein du navigateur chaque fois qu’ils hésitent.

Dans le carnet de moleskine à la page sept, à plusieurs reprises, il y a leurs juvéniles arborescences philosophiques qui détachent les feuillets du livre de Job et qui engendrent, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées.

À la page six, il y a cette eau de Javel fossilisée qui ondoie comme le karma des chamanes de Sibérie ; et leur tradition orale qui flotte, comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, en procurant des profits juteux.

À la page dix il y a une grande variété d’humanoïdes extraterrestres qui délivre ses joules ; ses joules qui ballonnent leur exosquelette et qui survivent aux outrages du temps. À la page dix, étrangement, les os de leur thorax ont éclaté. Leur parenté avec notre espèce s’arrête là.

Dans le carnet de moleskine à la page neuf, il y a la fulgurance de la pensée logique et judiciaire qui ébauche leur progression filmée par la caméra ; cette fulgurance qui se hisse hors de son huis-clos d’origine pour revenir à l’assaut et, bien malgré elle, elle s’incarne dans les jantes des roues motrices qui sont clouées latéralement.

À la page dix, il y a l’étape du perfectionnement : le sabre de samouraï et le lasso du cow-boy pour imaginer la fin de ce testament aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de l’Empire fraîchement établis.