Les matrices des cyborgs

D’abord, sur l’écran de l’ordinateur, il y avait une timeline défilante de matrices binaires, une timeline cachée parmi les raccourcis claviers de cette étrange machine, qui dirigeait sur des sites dissidents, aux processeurs crocodiliens.

Ensuite, en admirant les fêlures du béton du mur d’en face, il y avait cette femme qui sortait, de la poche de son manteau, une enveloppe pleine de photos en noirs et blancs ou cramoisis. Des photos évoquant une scène classée X, baignée dans une douce et diffuse lumière crépusculaire, avec  un cadavre, étendu au sol, pour avoir tenté de remplacer la photosynthèse des électrons cryptée de la timeline par des tweets macro-organiques.

Il y avait aussi, dans cette chambre d’hôtel, des miroirs réfléchissant des femmes aux décolletés plongeants qui ne parlaient qu’en onomatopées, avec cet air divin, propre aux marquises de leur genre. Dans la pièce aussi, posés sur une table, il y avait des écouteurs qui autorisaient le décollage d’une fusée de la NASA, et, dehors, dans les ténèbres, des cyborgs aux organes projetant des émissions huileuses.

Il y avait encore sur le lit cette fois, parmi les chemisiers à fronces, sa petite culotte en coton blanc et un maillot de corps à minces bretelles ainsi qu’un livre organisé selon les principes taoïstes.

Et puis, le vent hurlant dans les brèches et les gouffres de la ville, des fragments de papier déchiqueté tombaient comme de la neige : des papiers représentant des équations à double inconnue, impossible à résoudre. Mais déjà le monde entier vandalisait les appareils ravitaillant en kérosène les fusées perdues dans la voix lactée.
Je ne savais plus très bien ce que je devais faire, allumant et éteignant de suite le ventilateur de notre chambre torride qui suintait d’odeurs taurines.

Disparaissant au milieu des ombres profondes de la chambre, je jumelais les composants de la timeline avec l’enveloppe pleine de photos que cette femme mystérieuse me tendait. Mes mains, tâtonnant et cherchant des liasses de billets froissés dans l’obscurité, se hâtaient bêtement de retourner mes poches, fébrilement comme un numéro d’équilibristes.

Pour en revenir aux écouteurs, au bout du fil, il y avait un correspondant qui réclamait un atterrissage d’urgence, et pour terminer la fresque, je vis par la fenêtre un avion survolant de près les gargouilles de la cathédrale Notre-Dame vomissant les pluies diluviennes de la veille.
Parmi les odeurs sèches et nostalgiques des lattes du plancher fraîchement ciré, mon héroïne s’en alla et je remarquais alors, à ce moment précis, l’arrivée des cyborgs en bas de mon hôtel, avec d’étranges queues de kangourou prospectant le bitume froid de la rue.

Je me jetai sur ma chaîne hi-fi ranimant une playlist des chansons de Bashung, et allumais une cigarette. Même si je partais au fin fond de l’univers on me retrouverait : je savais que la colère des cyborgs, arnaqués et piratés par ma timeline, ne ferait pas de pitié.
Cependant, avant de me capturer et peut-être de me torturer, tapant sur le clavier de mon ordinateur portable, je désignais un successeur sur la toile virtuelle qui, avec un bon karma, ferait mieux que moi.


En raflant les salaires répugnants des mercenaires cyborgs par un piratage sophistiqué, j’avais flambé ces derniers jours une cascade de dollars me permettant d’acheter ce matériel informatique sophistiqué et volé à l’armée américaine.

Après ce rafle, tous les autres pirates informatiques rencontraient des difficultés quand ils voulaient percer le système bancaire des cyborgs. Ils avaient renforcé la sécurité des matrices binaires et des algorithmes : tout effort était devenu grotesque.

Le carnet de moleskine

Dans le carnet de moleskine, à la page cent, des messages cryptés comme de terribles et funestes beautés, comme la poésie d’une poche d’un kangourou, comme la noirceur d’un vent glacial qui se cramponne éperdument aux épis de blés, comme le maniement du sabre de samouraï qui frémit, comme le crayon à papier sur le carnet de moleskine qui écrit tout seul.

Dans le carnet aussi, il y a, à la page quatre-vingt-dix-sept, la description des sanctuaires bouddhistes et le silence des plaies bleues et des portes qui claquent. On peut observer la même chose, écrit à la craie contre les rochers de la rivière en contrebas : la douleur, le vacarme des ruines qui peuplent la mémoire des chauve-souris. Et, à la page sept, il y a la vivacité du pastel qui entreprend une odyssée.

Glissant brusquement avec ses deux seaux d’eau, il y a aussi Supertramp le vagabond qui envoie de la vapeur dans le ciel d’hiver de l’Alaska !

À la page neuf, il y a, accroché à la verticale, l’espace d’une page blanche qui se recueille avec les autres bestioles et des petits bateaux qui gisent dans le seau d’eau troué.

À la page dix-huit, il y a le compte rendu des marchands de tableaux qui rangent leur matériel, l’installation d’une douche non conventionnelle et le planning des exercices physiques pour éviter la nuit d’user des narcotiques, pour fatiguer le corps et lui apprendre à se passer des médicaments.

Il y a encore le moteur absent du van qui refroidit pendant l’écriture.

Dans ses lettres, il palabre avec son père sur la direction à suivre à l’avenir et, dans le disque dur de son ordinateur qui continue de transférer des informations contradictoires, il y a l’étude de la linguistique à l’état sauvage qui participe au sauvetage des hippocampes suicidaires.

Depuis les moindres recoins épiphaniques de son cocon, des femmes extatiques se massent autour de lui en imagination et rêvent de se rafraîchir comme lui sous une douche glacée, à l’air libre du petit matin : des diseuses de bonne aventure qui se perdent dans le trou noir de la dépression !

Un poêle à bois, à la place du radiateur, qui chauffe le van pendant les longues nuits à écrire sur les martyrs djihadistes disparus.

Des martyrs qui ont jadis fait la une des journaux des kiosques, pendant qu’il tirait sur le mégot de sa cigarette de chanvre, quand il était encore adolescent, en craquant parfois une allumette pour la rallumer.

Et, emballé précieusement dans le papier kraft, il y a la silencieuse complexité d’un bonnet tricoté main par une amie de passage pour tenir tête aux nuages et ramené ici en Alaska pour sa grande aventure en pleine nature et des souffleurs d’étoiles de mer.

Il y a aussi un ciel transmettant seulement des informations aux vivants et une lueur rougeoyante diffuse, à la place du soleil d’hiver, qui annonce les prémices du printemps : des sirènes qui chantent les hymnes du zodiaque.

Il y a le matériel du trappeur dans son sac à dos d’esthète voyageur en quête de communion avec le cosmos, à la recherche de sa véritable identité et, dans les ténèbres, des soleils qui ne sont plus que le reflet de nos souvenirs.

Il y a le mouvement du crayon à papier sur le carnet de moleskine à la page neuf, la piste du trappeur qui s’éclaire à la lumière de sa loupiote et tout ce qui résonne avec les chants sacrés de la nature : les mécanismes perturbateurs des grands serpents, le bruit de l’eau provenant de la rivière et ces mercenaires qui attisent les forces, en espérant calmer un peu le jeu ; ces mercenaires qui font grossir un travail de sape kafkaïen en échangeant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune nation démocratique avec d’autres données issues de la guerre du Kippour et des barques qui ouvrent leurs gueules aux sous-marins.

Dans le carnet de moleskine, toujours à la page neuf, pour graver dans leurs sillons une élégance d’ensemble impérialiste, les jaillissements d’une carte comme le joker ; un joker qui classe selon leurs impuretés alchimiques, toutes les lames de la première page, et la géographie de leur voyages célestes.

À la page cinq, s’endormant sur ses lauriers, la description d’un film de Stanley Kubrick qui vérifie les appels manqués en ballottant dans la cheminée et leur histoire ; et, dans le carnet de moleskine, à la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltre le plancher en arrachant les lacets de la route et la volupté des pieuvres-solfège. Toujours à la page trois, Il y a Cassandre qui lit le parchemin sanguin de Jack Kerouac en le découpant sans supprimer ses messages, à la page trois aussi, il y a la chasteté des mers souterraines.

Dans le carnet de moleskine à la page quatre, en allumant la télévision en noir et blanc, il y a des ratures qui font moisir un jeu éducatif, il y a les chiens du désert lapant la jarretière de cette femme nue ; le hurlement de ces chiens, dégorgeant leur misérables trésors, qui ressemble à la peine.

À la page trois, il y a la parole aux naufragés, le mur qui mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes et l’existence des pieuvres-solfège. Et à la première page, le récit d’un film d’horreur très kitsch qui emprunte sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste et des coffres ouverts dans les fonds marins.

Sautez dans l’urinoir !

Avant je n’étais qu’un plancton

J’étais méchant, très très méchant.

Je vais prendre le train pour Marseille Saint Charles c’est le train 5323 j’arrive à 19 heures 31.

Mon train est sur la voie H.

Cette vie sauvage que je regrette, peut-être la retrouverais-je ; l’autre vie n’en vaut pas la peine.

Je me suis cogné la tête devant les grands édifices qui font office de miradors à l’entrée.

J’ai vu les fous se baigner dans le graillon ordinaire, se terrer dans des TGV ou des TER et sillonner la France à la recherche d’un cirque d’hiver. Mais c’est vrai, moi aussi j’ai payé mon billet, direction la prochaine névrose.

A la porte d’Aix, j’ai trouvé la lumière si belle que je suis devenu pour quelques temps un acteur de kabuki. Auparavant j’étais un personnage de Céline partant en vacances.

Longtemps poursuivi, cette nuit, inlassablement si chaude, m’a dévoilé sa nudité alors que je brillais comme un miroir de bordel, c’est pas grave j’aime bien qu’on me repère. Elle et moi, on a échangé nos vies bien sages contre un peu de malheur.

Des flics, des espions ou des esclaves en muselière m’ont demandé de rester tranquille, je suis alors retourné dans mon cercueil de pas grand chose.

Si je dois dire toute la vérité, rien que la vérité, je sais très bien que Dieu protège les poètes, fait les courses et prépare toujours de très bons gigots. Mais je n’irais pas dans une église, encore moins dans un monastère.

L’idée d’avaler mon Risperdal avant la soupe du soir suffit à me calmer, camisole chimique, qui me protège des dérives sans lendemains.

Demain je rentrerais chez moi, retapé, prêt à affronter le monde avec mes graffitis néo-réaliste

Genre :

AVOCAT

CANNABIS

04 74 31 30 16

SAISIE

VINGT KILOS

Le Projet Blaireaux : Danse avec les Ombres ! (3 et 4/4)

Les résultats et conséquences de son approche étant facilement à deviner, l’auteur emblématique de la nouvelle génération des romanciers français de l’imaginaire, avait jugé bon d’effectuer une ellipse à la moon-walk pour revenir sur cette douloureuse et incongrue crémation qui s’était déroulé quelques heures plus tôt avant leur arrivée sur la Place du Village.

Mais l’auteur, avait-il cramé la fin de son histoire ?

Ce dernier épisode, d’après le manuscrit retrouvé dans les décombres fumants du Château de Crussol, traitait malheureusement de la genèse de ce récit que quiconque ne voudrait jamais écrire ni lire.

L’auteur, un consultant pour les montres Hermès, avait inventé deux personnages : Taylor et Charles Manson ainsi que le regretté Tréfonds Tournesol, alors qu’il revenait d’une randonnée sur sentiers sableux. De retour dans sa chambre d’hôtel à Saint-Péray, où il se plaignait, penché sur son ordinateur aux bourdonnements déconcertants, des brûlures causés par le soleil, préludes avant sa crémation certaine.

Il avait soif.

L’alcool, ce liquide psychotrope contenu dans les bouteilles de vin blanc, avait fait son chemin, il avait perdu littéralement, mais peut-être l’avait-il déjà perdu bien auparavant, sa raison.

Et ses multiples blessures solaires n’arrangeaient rien, il était devenu ce « porc grillé, trop salé » comme dans cette chanson si personnelle de Julien Doré qu’il aimait écouter lors de ses cuites.

Le Projet Blaireaux n’avait pas non plus de mémoire. Il n’y avait plus rien à faire : le disque dur et la carte mère de son ordinateur avait été noyés suite à cette tasse de café renversée et depuis son crâne la suite géniale avait été jetée aux oubliettes des tréfonds de l’esprit.

C’était pourtant un très bon café, provenant des hauts plateaux de l’Éthiopie, mais l’ordinateur n’avait vraiment pas apprécié.

L’auteur avait cherché toute la nuit à trouver une solution, jonglant de temps en temps avec le film « Taking 2 big Dicks » qui passait sur une chaîne porno et ses carnets de moleskine, désespérément vides.

Au-dessus du Château de Crussol, qu’il voyait depuis la fenêtre de sa chambre, les étoiles restaient immobiles et contractées au fond de leur fièvre, avec leur aveu et l’horreur de ne pouvoir imaginer une suite avec lui à ce triste récit…

Il allait soulager sa vessie lorsqu’il entendit, du fond des ténèbres oubliées, les hurlements du châtelain de Crussol se répandre hors des ruines, ces murailles qui l’avaient protégé pendant son règne maléfique. Ces cris, colportés par le vent qui l’étranglait en pensées contradictoires, l’invitaient à le rejoindre au sommet du donjon abandonné pour une danse macabre avec les ombres défuntes du Moyen-Âge.

Cet appel ténébreux du Châtelain de Crussol l’avait étreint et ce fut ainsi qu’il sortit furieusement de l’hôtel, guidé par ces voix d’outre-tombe.

De cette obscurité, il ne garderait peut-être rien.

Quatrième et derniers épisodes !

Les rumeurs d’ici disaient que le fantôme du Châtelain avait toujours existé et qu’il existerait toujours, observé en cachette en des immensités lointaines ou en ces lieux obscurs situés sur les hauteurs du château de Crussol, en attendant le moment où l’on élèverait de sa sombre demeure le Bûcher des Ombres Fanatiques et réduirait à nouveau la terre à sa merci.

Nul ne pouvait plus entendre, aujourd’hui, ses hurlements, seul l’auteur de ce récit avait été l’heureux élu pour transmettre le rituel psalmodié de la Saint-Con. La mélopée signifiait simplement : « Dans sa demeure de Crussol le Sieur De La SchwarStich rêve et attend. »

Roi, il régnait aux premiers temps de la cité. Prophète, il avait prédit sa fondation et sa fin. Ectoplasme, il pleurait les cons du passé en des nécropoles depuis longtemps réduites en poussière.

L’auteur parvint aux escarpements et fut un peu surpris de remarquer que la clarté trompeuse de la lune leur donnait une apparence subtile qu’il n’avait pas notée auparavant -dans cette curieuse lumière, ils paraissaient moins éperons naturels que ruines de remparts cyclopéens et titanesques, jaillis de la pente de la montagne. L’auteur s’arracha avec difficulté à cette hallucination et ayant atteint le plateau, il hésita un instant avant de s’engouffrer dans l’obscurité inquiétante des bois jouxtant les ruines du château.

Après quelques heures de marches effrénées, il arriva au sommet où le grand donjon abandonné se dressait de toute sa hauteur, redoutable, imprenable de tous les côtés. Un coup d’œil jeté sur sa montre lui révéla que minuit approchait. L’auteur luttait contre la somnolence, mais le sommeil le gagna pourtant ; le donjon parut se balancer, danser, se déformer étrangement sous son regard, puis il s’endormit.

Il rouvrit les yeux et tenta de se relever, mais y renonça aussitôt, car une poigne glaciale paraissait s’être posée sur lui et l’avoir réduit à l’impuissance. Une grande frayeur s’empara de lui. La cour du donjon n’était plus déserte. Une foule silencieuse, étrange, s’y pressait et formait un vaste cercle autour de lui et attaquait une sorte de mélopée -gloire et longue vie au Saint Con de l’année ; tous les regards étaient tournés vers l’auteur, qu’ils paraissaient invoquer.

Au centre de la cour du donjon, une sorte de brasier brûlait et il s’en élevait les tourbillons d’une abominable et nauséabonde fumée jaune. Il était nu, allongé et attaché fermement à côté du brasier.

De l’autre côté du feu, se détachant nettement de la foule par ses somptueux habits, le Châtelain ordonna, aux rythmes des tambours, la mise à mort tant attendue de l’auteur qui avait osé participer et souiller ainsi le rituel de la Saint-Con. Les fidèles, hurlant, écumant, se précipitèrent sur le corps du jeune auteur innocent, et l’attaquèrent avec les ongles et avec les dents, en une passion aveugle de bestialité, avant de lui fracasser le crâne contre une pierre et de laisser une tache horrible sur la sombre surface.

Ainsi la forme rouge et déchiquetée du corps du pseudo écrivain fut jetée dans le brasier ; sous une pluie cramoisie de flammes et de fumées, le Con brûlait tandis que les brutes en folie hurlaient sans fin le Nom du Con de l’année prochaine…

Le Projet Blaireaux ou Préparatifs avant la Saint-Con (1 et 2/4)

Ils étaient les intrus qu’on veut oublier. Voilà pourquoi La Saint-Con, cette année-là, fut en quelque sorte escamotée. Selon Charles Manson, à qui Taylor reconnaissait un langage de plus en plus ironique, c’était tous les jours, La Saint-Con. Mais cette fois, une fois pour toute, ils allaient sonner le glas de cette fête pitoyable.

Ils avaient roulé toute la nuit dans une Renault Scenic de troisième zone, avec des poules qui n’arrêtaient pas de glousser à chaque blague vaseuse de Manson. On entendait aussi, provenant du coffre, un son étouffé : tantôt un couinement ou gémissement, tantôt une plainte aiguë, une complainte revigorante pour leurs deux cœurs transis : Charles Manson et Taylor avaient capturé le roi et la reine de la Saint-Con et ils comptaient les ramener chez nous, en piteux état, dans notre bourgade où se déroulait annuellement la célèbre Saint-Con.

Au petit matin, alors que Charles Manson gara la Scenic sur le parking de la place du village, Taylor commença à exulter à l’idée de se voir enfin en haut du podium, la Golden Cup à la main et le sourire vainqueur.

Pétrifiée par son maquillage extravagant, l’une des poules atténua son ardeur en esquissant une moue qui en disait long. Selon le rapport de son dernier psychiatre, Taylor était aussi mégalomane que le sieur Ramsès II, ses idées les plus loufoques jaillissaient directement de sa sentinelle cérébrale ; raison pour laquelle il affectionnait Age of Mythology, ce jeu lui donnant l’illusion qu’il possédait un génie stratégique selon ses propres mots.

Quant à Charles Manson, frustré d’un lointain amour filial, ses projets d’éducation se résumaient à la vivisection de petites têtes blondes ou brunes ; à cette heure d’ailleurs, trempant à moitié dans l’eau ensanglanté, ses grumeaux se mélangeaient aux lubrifications vaginales d’une merdeuse qu’il avait affligé, formant des décalcomanies étonnantes sur les parois de sa baignoire. À sa mémoire, Manson baptisa sa nouvelle œuvre d’art du nom d’une actrice hindoue de Bollywood dont le maquillage indien, en particulier ce bindi (ou troisième œil de Shiva), seyait si bien avec ses tenues affriolantes.

Il aimait débattre de longues heures sur ce sujet à vif lors de ces repas de famille, toujours bien arrosés de ce bon sens œnologique (ce bon sens œnologique qui avait parcouru les époques et les strates des divers sociétés, de la petite paysannerie du Moyen-Âge jusqu’à la Grande Noblesse de nos jours). C’était un véritable supplice, ces repas de famille, longs comme un interminable déballage intestinal, pour Kurt Cobain son ado de fils qui utilisait les substances et traitements adaptés pour s’endormir avant le dessert et ainsi rater le fameux « nivellement par le bas » thème propre à sa classe sociale.

« Pingouins dans les champs, hiver méchant » avait prédit Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village ; celui-ci vivait dans une semi-huttes de palmes, dans une marmaille accidentelle de pieds, pénis et nombrils, morves et rires, et cherchait maladroitement à se faire aimer de ses semblables en lançant ses prédictions à la cantonade tous les matins de bonne heure sur la Place du Village. Ce fut ainsi qu’il croisa la route de Taylor et Manson en train de décharger du coffre de la bagnole le roi et la reine de la Saint-Con. A force de gueuler dans tous les azimuts, cette espèce d’illuminé allait les repérer, ils seraient alors pris en flagrant délit d’enlèvement ; Manson eut un haut-le-corps, des secousses de répulsion, face à cet individu incontrôlable puis il se ravisa, il fallait garder la tête froide : il prit le manche de pioche qui traînait à l’arrière de la bagnole et commença à avancer en direction de Tréfonds qui ne le voyait pas arriver, perdu à travers les ténébreuses absences du flux et du reflux de son harangue onirique (probablement à cause de cette ingestion d’étranges pilules quelques heures plus tôt.)

A suivre !

Kerouac

Cela fait trois ans que j’ai largué les amarres, je suis un enfant perdu sans port d’attache ; par moment furieusement vivant, d’autre fois un corps mouvant abrutis, je passe de longues insomnies à chercher un phare, à l’instar de ces matelots à la dérive.

Sincèrement je préfère la littérature à ce salaire de dix sous que j’ai quitté dans la lumière joyeuse. Mais la liberté a un prix, elle s’achète pour une poignée de main mais c’est la folie ou la mort que vous tenez. Un jour de fête macabre en quelque sorte.

Aujourd’hui je suis toujours sur les routes, dans le crâne la solitude, les mouettes, du verre brisé et dans le sac carnets et stylo pour tenter d’attraper l’impératif poétique : à nouveau dans cette ville mystérieuse, j’arpente les bars déserts ; pourtant je ne te cherche plus.

Il ne reste que le sectionnement de la prose. Les mots comme un cercueil avant l’heure. Pour combler la parole burlesque qui afflige les bavards et se nourrir du burlesque silence qui abolit les muets.

Bien sûr la tentative est vaine mais lorsqu’il s’agit de la nécessité, le poète doit sortir de son sommeil léthargique mais suis-je vraiment parti pour ça ?

Pour toi peut-être, mon héroïne qui donne du sens à ma vie, que je ne connaîtrais jamais sans doute. Pourtant il y avait une certaine familiarité entre nous ; nous étions les seuls procréateurs de cette bête immonde qui venait de naître.

L’animal, à cette heure, mendie son vin sur les chaussées parisiennes, autant dire qu’il ne vaut pas mieux qu’un pigeon mort sur le trottoir. Comme son père, il a la rage de tous ces chiens abandonnés, comme sa mère il ne croit plus au sauvetage, vomissant la fin des illusions, des féeries et de toutes ces conneries censées apaiser la douleur de ce monde.

Ce matin je décide de partir, d’aller au moins jusqu’à l’embouchure de ce fleuve interminable, au pays des sexagénaires qui parlent une langue inconnue. Je marche longtemps, jusqu’à l’épuisement, ragaillardi par la victoire de ces serpents à face humaine. Arrivé sur les lieux, je commencerais par l’écriture d’une nouvelle pensée ; celle-ci, au cœur du nid, cherchera une langue furieuse, plongée dans le vitriol des mots hypertrophiés.

Un raisonnement d’écrivain par moment furieusement vivant, d’autres fois un corps mouvants abrutis, passant les insomnies comme une pénitence.

Un poker branlant pour seul sauvetage ; à trois heures du matin encore accoudé au comptoir sans as dans la poche, sans le sou, je plonge dans le graillon de toutes ces errances urbaines.

Goutte après goutte, pour combler la parole burlesque qui afflige les bavards et boire jusqu’à la lie ce burlesque silence qui abolit les muets.

Sincèrement je préfère cette vie de misère à ce salaire de dix sous qu’on me promettait comme un rêve, cette routine que les gens ordinaires acceptent bon gré mal gré.

Mais il arrive qu’en chemin, on ne voit plus les étoiles, on rêve toujours de luttes ouvrières et étudiantes qui paralyseraient le pays, mais on n’arrive plus à se libérer des clichés ; on rentre alors au bercail, c’est la noce des pantins de bois, l’abrutissement au nom de la soumission réglementaire.

L’écriture comme l’élégance reste peu lisible au cœur, repliée, entaillée par le vide, souillée jusqu’à l’os, elle couve pourtant de sombres révoltes, des idées naissantes à l’orée de l’insoumission.

Sophistication et remodelage

Des barreaux noirs qui laissent innocemment passer un éparpillement de lumières aliénés et le mauvais œil ; les pieds ensanglantés, une femme en robe noire, d’un teint laiteux, qui descend au fond de la fosse noire. Au-delà de l’asphalte peu rationnel, des défunts qui réapparaissent et un endroit, semblable à l’enfer, qui tombe en ruine ; une douleur supplémentaire, cultivée, des champignons qui enivrent et des fantômes dans le froid polaire.

Sur le marbre de la tombe, des années lumières, des blanches ou des noires, des visions et des charognards sur les toits de chaume. Des hommes sur des jets skis qui s’agitent, des courroies de fixation scotchées aux périphériques comme des clés USB et des disques durs surchauffés.

Des pieds et des plaies ; du sang et des nymphettes qui s’exposent au soleil, sans même l’esprit d’une Reconquista littéraire et le goudron qui s’effondre. Une jeune fille, en plein délire, qui tombe amoureuse d’un orfèvre, un rat mort qui traque un esprit morbide, la noirceur d’une chanson réaliste. Des plaintes désespérées, rauques. Des mécréants qui éjaculent le long du couloir de l’hôtel, un orang-outan qui descend l’escalier en bois.

Un oiseau pris au piège et un esprit qui tire sur sa longue pipe d’opium. Au Kinérama, la foule qui boit du Kiravi ; un plain-chant, le rideau rouge du cinéma et un restaurant français au Japon.

Il y a aussi, à trente kilomètres, un gouffre qui exhale de la pourriture. Une boutique de souvenirs qui ouvre prochainement. Là-bas on raconte l’histoire d’un homme qui s’efforce de rejoindre les coureurs cyclistes.

Un regard très négatif qui éclate en exhalaisons dès le matin. La société de consommation qui sombre.

Des ombres et des mystères qui s’abrutissent. Un ghetto ouvrier qui se construit autour d’une usine textile. Il n’y a ni homme ni femme, et pourtant la connexion s’opère, les solitaires débarquent.

Un cycle menstruel qui s’écoule comme un ruisseau, à travers champs ; des roses noires les soirs de requiem… Des hommes nouveaux qui sont promis à un brillant avenir. La pluie inonde les misères de la terre tandis que s’enivrent les masques. Et toujours le mauvais œil.

L’éclat de l’iris qui voudrait reproduire un sillon généalogique dans la boue. Une bombe qui explose, le cœur qui s’emballe et une voie de chemin de fer : une voie qui mène aux masques ; ils se baignent dans l’écume d’une vague verdâtre et promettent une solitude contrainte et forcenée.

Le valet qui descend au quatrième sous-sol et un bled paumé, où brouillards et névroses stagnent l’hiver toute la journée… Là-bas, j’écris des lettres qui se veulent rassurantes. Les masques jouissent d’une impunité spartiate.

Le hussard informatique descend et le soleil vert s’embrase à la première étincelle. Abreuvant les masques qui apparaissent aux sommets des montagnes, une famille émerge d’un rêve très sombre, un visage se dessine dans le noir de la nuit. Et la gorgée de vodka descend comme une larme.

Des murs futuristes m’entourent tel un carcan de ténèbres, les matrices dessinent d’une main de génie des créatures célestes, terrestres ; les adversaires de la liberté libre ricanent. Dehors les carreaux jaunissent, à l’intérieur les draps sont sales. Une journée à t’écrire avec dans les veines un alcool onirique.

Et toujours ce masque oscillant entre l’univers trop distinct et les courbes de l’amour éternel. Mon carnet note : amour, pas d’amour point d’interrogation ; fin de la discussion…

Départ : les chantiers navals de Saint-Nazaire, arrivée : l’Amour, le grand Amour qui vogue au large d’une île espagnole. Une prestation bas de gamme ; et encore, à l’arrivée : des cathédrales, la chaleur froide du soleil, cette mer d’azur, ce ciel si bleu et l’amoureuse qui allume des bougies… Plus tard, un club de gym et des poubelles qui passent d’un bord de mer à l’autre.

Les marées atteignent un village perdu, mais il n’y a plus de commerce, le désert commence à envelopper ces ruines ; au loin vers l’horizon rouge, on aperçoit une fournaise, l’infini d’une nuit blanche au fond d’un cendrier.

Les mégots brûlent des visions d’enfants, une vieille machine à écrire fait ressortir, d’un testament, un détail.

L’amoureuse apparaît dans un silence digne, une mécanique la tire le long des routes ; des nymphes hystériques la suivent, drôle de cortège. Après toutes ces heures d’ennui, le fond des soupirs semble la seule impasse.

Enterré vivant, dans une ville qui a si peu d’allure, il vend ses textes, et de ces histoires, nous ne gardons aucune trace, aucun souvenir. De toute façon, il a des goûts sexuels bien trop étranges pour ne pas détecter la panne de sa machine à écrire.

Munchkin maldonne !

Il y avait une présence éthérée mystérieuse, avec une lumière au front pour éclairer sa pensée latérale. Et, comme enlacé à cette peau de crocodile que j’avais revêtu du haut des immeubles, il y avait cet orang-outang étonnant qui gangrenait les duels des génisses de son manoir.

Mais il y avait maldonne : maldonne d’abord pour ces quatre tours crénelées, où j’avais semé des larves de reptile en mutation, qui s’effondrèrent sous nos yeux ; maldonne aussi pour cette fièvre carabinée qui perpétuait les opérations impaires du dé, de ce jeu aléatoire. Un jeu aléatoire, qui prit feu sous l’effet mathématique de ces cent soixante huit cartes en robe d’araignée hypertrophiée ; maldonne encore pour les courbes des gerbes de fleurs qui relevaient de la sorcellerie.

S’étirant en règles formalisées et réinventées jadis sous la cloche de l’église, nos feuillets, qui finirent en papier toilette, racontaient la prise d’assaut de la fortification aux rires jaunes. Fécondant les cris acérés de nos playlists Grunge, il y avait maldonne enfin pour le dictionnaire électronique qui recueillait les contrastes du jeu de cartes Munchkin, comme un souffle haletant de voleur en cavale.

Au commencement, il y avait cette champignonnière de morpions en liesse. Des morpions qui revenaient de leurs longs chevauchements, en attisant le poêle. Leurs bécanes qui s’éteignaient par trop de distances entre leurs déserts intergalactiques, suintaient la noirceur des Aventures de Lucky Pierre.

Pour les mêler aux nouvelles règles du jeu Munchkin 2.0, des speakerines, sur les écrans de télévision et de cinéma, ranimaient dans la nuit indécise, empêtrée les spectres bouffis de petits bonhommes… Peut-être à cause de cette malédiction hasardeuse, ces drôles de petits bonhommes sécrétaient des fourmillements sous les tonneaux de la cave, à minuit, alors que la ferveur noire du Munchkin esquissait une idée de leur forme.

C’était la veille du jour du D-Day quand les mercenaires morpions tourmentèrent le processeur du disque dur qui talonnait leurs armées liquoreuses, assiégées.

Alors, la nuit étant tombée depuis des lustres sur les sommets silencieux des icebergs, en mandarin, j’entendis le cormoran des limbes appeler mon nom. Ainsi la douce fragrance du Munchkin  avait macéré dans une matrice de glaciers ; même les cartes du jeu avaient été repeintes au rouge sang et zébrées d’esthétiques SMS. Des SMS qui avaient été brouillé par leurs listes de personnage haut en couleur, leurs mouvances cubaines, ensongées, mises au pillage.

Dans les parties les plus sombres du manoir, la contagion d’une kyrielle d’étages silencieux transmettait des mondanités autour de leurs colonnes corinthiennes, irréelles…

En secouant la flamme blanche des bougies sur le papier en sanskrit délavé, ces parties de jeu nocturne martelaient leurs droits d’aînesse et sauvaient nos corps et nos âmes d’une contamination indicible. En rejoignant aussitôt l’amère altitude enfermée dans leur seau d’eau ossifiée, les explosifs morpions se réincarnaient en vagues relents d’hôpital et intellectualisaient la cuvette panoramique d’un glory-hole.

Les êtres en question

Partant d’une excitation de nerfs téléphoniques, des pensées qui célèbrent les pluies diluviennes et qui colmatent la douleur violente, gluante. Les feuilles mortes du chêne qui commencent à pourrir et qui affectionnent la pierre hargneuse.

En avançant, en bringuebalant des notions mathématiques dans tous les azimuts, le téléphone qui fait fermenter les anciennes conversations et qui sécrètent des substituts énamourés ; des membranes muqueuses qui s’épuisent à récompenser le donneur et qui chahute la zone, tête-bêche avec les cordes du chapiteau.

Une terrible confusion douloureuse et lascive, familièrement colportée par la sève de l’arbre, qui désamorce l’hermétisme de la fumée s’élevant de la tente effondrée. Et puis, des perches qui ajoutent aux manigances des clowns renégats les nombres opposés, un tableau noir qui fait déborder les pages, les images de rêve et des testicules qui palpitent.

Un rayon de lumière écaillé qui, pour garder au chaud les revolvers, se métamorphose en panneau publicitaire. Des nuits blanches qui vieillissent et qui luttent avec le vide et un clin d’oeil qui crée un parfum de sapins ; ici aussi, des dents blanches qui étincellent et qui cristallisent des silhouettes se prosternant devant le temple, et là, des paillettes mélangées avec la peau tannée et avec les autres probabilités.

La rigueur hivernale qui combat les tares et les couleurs de la beauté, le côté gauche de l’écran organisant des émeutes et des rapports sexuels ; un drôle de goût organique, des bibliothèques et des peintures ténébreuses, badigeonnées de sirop. Des petits pieds qui glissent et, la baguette de bouleau sur le piano, un galimatias aigu de salutations inversées.

Un système de télécommunications par satellite, des effluves indécises qui accomplissent leurs poussives révolutions et des orgasmes. Une bouteille de vin vide qui blanchit une série d’éléphants en ivoire et les allées latérales du jardin qui courent jusqu’au précipice.

En adaptant à leurs usages l’étrange syndrome, les Êtres en question qui affament les réconfortantes speakerines. Ici, un moment explosif qui cause des additions salées, et là, les gênes de cet essaim qui fécondent leur espace : le centre alternatif d’un cercle, rond comme un écu de cinq francs.

Traversant des ruines et des vagues de hurlements et d’applaudissements ou des systèmes graphiques japonais, les réducteurs de tête qui se réfèrent au scénario solaire. Un dégel, des miroirs au-dessus du lavabo, des tropiques et des entrailles quand, bouillonnant dans les limbes de l’oubli, une fiction d’anticipation épuise tous les vacillements.

Des nymphes pour sceller le pacte entre les proies et les victimes. Face à la froide lumière, des fesses lisses et blanches et, enfin, des comètes psychédéliques et fatiguées qui s’endorment sur un matelas taché et défoncé.

Le clairvoyant Scentless !

Depuis le clairvoyant Scentless : notre corps, une histoire de clair-obscur inouïe, des questionnements ; et des voeux épicuriens qui s’exaucent et s’amorcent en oscillant le jeune parti de la scène, les fissures alpines.

Il y a aussi des numéros de téléphone attribués selon des règles très précises, la photo d’une actrice porno, sous cadre, sourire éblouissant, seins pointant en avant de manière tout à fait classique. Il y a, au-delà de la mémoire photovoltaïque de l’appareil, quelque chose, peut-être un air ou un parfum d’astre mourant comme cette Belgébeuse qui a explosé un soir depuis nos fenêtres.

Il y a une calculatrice taoïste, qui livre la somme de toutes ces potentialités et l’idée ou la simple suggestion d’ériger une matrice onirique.

Il y a, du tréfonds des profondeurs, l’actrice qui revient me hanter, cette nuit alors que je travaille sur le point de départ d’un récit ; il y a aussi la lumière d’un clair de lune taoïste, tombée dans ma tasse de café, en m’apportant un arôme floral. Il y a des lambeaux de tente, mêlés à une vie antérieure, et la caillasse du désert de Trisha Yucca. 
Il y a le carton du lot numéro cinq, avec deux anciens portefeuilles en crocodile avec fermoirs en laiton, un carnet en cuir usagé, rempli de notes écrites en langue étrangère et une bouteille de vin rouge millésimé dont l’étiquette a beaucoup souffert.

Il y a de précieux manuels, des idées stimulantes dans ce carnet ; au milieu du capharnaüm, il y a, entre les pages du carnet, des photographies en noir et blanc numérotées ou portant une lettre.
Il y a la diode de sa lampe de poche éclairant le carton contenant les objets. Il y a des papiers où l’écrivain étudie la prononciation de mots souvent rares et complexes d’une langue encore inconnue pour elle.
Il y a cette liste de mots qui semble tout aussi ésotérique que le reste, renvoyant comme un index, aux différentes pages du carnet. Il y a des noms de pseudos inventés de toute pièce par l’écrivain. Il y a aussi, dans ce carnet, un dialecte de Papouasie.

À la belle étoile

La lumière me blessait les yeux, elle avait commandé un chocolat chaud et le ciel bleu était saturé de point d’exclamation enfiévré. Sous le porche d’une grande auberge donnant sur les espaces vides et les wagonnets de charbon, l’air des montagnes farfouillait dans nos oreilles une séquence d’actions interpersonnelles.

En amazone, elle avait parcouru quelques mois plus tôt, une série de siècles morts, qui avait été le théâtre d’une féroce bataille entre les Dieux de l’écriture automatique et ces paysages compulsés comme des archives.

Tombant en poussière, notre propriété de Santa Barbara en Californie avait été abandonnée, j’imaginais des ombres dérober les derniers meubles qui étaient restés dans la résidence secondaire. On avait gaspillé inutilement notre temps pour décrire cette sensation affreuse d’un danger menaçant, cette appréhension d’un malheur imminent, et pourtant aucun événement négatif n’était apparu.

A l’intérieur de mes poches, les Napoléons sonnaient, je comptais louer les services d’un guide de Haute Montagne avec ce fabuleux trésor : on voulait dormir à la belle étoile sur une crête hantée par le Shasta des neiges mouvantes, cette montagne terrible -avec ses apparitions fantomatiques s’ébattant dans le grand jour bleu sans même attendre la nuit.

Après notre halte, requinqué par des boissons polaires fortifiantes, j’entrepris de demander au tenancier de l’auberge si il connaissait quelqu’un pour s’aventurer avec nous dans ce projet réputé fou.

Deuxième Partie :

Nous étions les anneaux rouges gravitant autour de Maëlys, cette étoile naufragée parmi nous. L’ouragan regardait nos divagations cosmiques s’étreindre en silence, il fit corps avec l’orgie à venir, de fastueux vices plantés comme des fleurs aux parfums bleu pétrole.

A l’intérieur de notre isba, c’était une étuve ; pourtant la jeune étudiante portait crânement une parka avec collerette en renard.

A l’époque, je suivais les conseils de Kerouac pour écrire une prose moderne à la gloire de l’héroïne ; doucement bercé par sa respiration languide, cette moisson photovoltaïque d’inspirations et d’expirations stellaires, j’esquissais un bref synopsis où Maëlys s’amusait à faire des volutes de brunes étincelantes. Plongée dans mon encrier, tandis que son iris absinthe s’évanouissait à travers le nombrilisme des brouillards endoloris, elle avait vu sa chute -à la Lewis Carroll- se désagréger au fil des écritures automatiques et spontanées.

Sur la table, les photos de sa nudité avaient été découpées selon les pointillés d’un monde en silicone noir. Le projet de grimper le Shasta avait été abandonné, mais je gardais précieusement mes Napoléons pour offrir à Maëlys une Shakespeare aux mécanismes en ivoire.

La Shakespeare, c’était comme ça qu’elle s’appelait la nouvelle montre d’Hermès ; une montre au bracelet en alligator, de couleur havane. Mais ce qu’il y avait de plus merveilleux, elle avait appartenu à un astrologue qui se nommait Shakespeare. On le pressentait, mais on ne l’avait jamais vraiment formulé : il y avait toujours des spectres cachés dans le mécanisme d’une montre, ce mécanisme si sophistiqué qu’il avait rendu fou ses inventeurs horlogers. A minuit, l’aiguille de la montre Hermès allongea les secondes, les minutes et les heures d’un orageux romantisme…

Il y avait cependant un défaut de mécanisme dans cette montre Shakespeare : elle reprenait son compte à rebours dès minuit passé et nous étions alors plongé au cœur d’un rêve, où les Cierges le long d’un Requiem nous accompagnaient, en nous courbant le corps sous le poids de leur vive chaleur. Bien trop cintrée à nos respirations courtes et haletantes, la fournaise s’alimentait de l’extraordinaire ardeur du carbone 14 coincée dans nos gorges. Et malgré l’étuve, Maëlys gardait toujours sa parka avec collerette en renard.

Ses yeux de reptile, subrepticement se glissant aux azimuts de toutes les confidences, avaient conçu le début de cette histoire ; mais la fin de ce récit dont j’ignorais l’issue, allait-elle concilier tous ces éléments disparates qui avaient été incorporés pour un odieux mélange ?

En Orient et face à la houle

Adieu ! Adieu ! Ainsi, me dis-je, filant dans l’obscurité comme une comète.

Avant de découper aux ciseaux Les Aventures de Lucky Pierre. J’avais choisis pour domiciles célestes de silencieux hologrammes, de profondes et blondes chevelures. Avant de faire lovely-love dans le brouhaha noir des Carnavaliers.

En Orient et face à la houle, la saison des mondes celtes tire-bouchonnés s’assurait un chemin parmi les calligraphies à l’encre chancelante, et, à la place des boucles d’oreilles traditionnelles, leurs larmes brillaient comme des étincelles de sel, de poivre, de parmesan, ou d’origan.

Sur des feuilles libres, et tout le monde le savait, les années X -des allumettes imaginaires et prêtes à prendre feu dans les archives- restaient toujours aussi insensées pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. Des nuits blanches comme des partitions musicales, des textes contenant des mots.

Eperdument, afin de lui soulever gravement mon chapeau, je suivais Marmeladov dans un long tunnel obscur qui rendait, scrupules après scrupules, sa camelote exosomatique pour rejeter, transformer, échanger l’énergie frémissante de la watt canonique ; sortant d’une longue torpeur évanescente, j’entendais les coups de feu sur Sniper Alley, un bruit à réveiller les morts comme des notes complexes jouées sur un clavecin roué, comme des respirations haletantes, lancées à l’unisson parmi les hurlements de la créature : l’Elephant X.

L’Elephant X, ce monstre évoluant lentement dans la chambre d’Angela, se comparant toujours à ce Marmeladov de Dostoïevski, véritable complainte illuminée ou vengeance personnelle contre son créateur ! Le génie de son créateur penché sous les loupiotes mécaniques ! Entrainé dans les rapides, les démultiplications du langage alors qu’à l’origine ce n’était qu’une rêverie, une promesse ou quelque chose d’irréalisable !

Et qui fit courir sur les routes de son immense domaine des paradoxes mystiques ! Et qui regardait de plus près, de très près sa créature, sans se rendre compte que les Formules de Rimbaud contenues dans le moteur des cyborgs étaient amovibles et découpées selon les pointillés du clairvoyant Scentless ! Ah, quel regard terrassant !

Jumbo, ce savant et cet archéologue interstellaire, s’était hasardé du côté des études obscures et personnels, des magies noires, brûlantes, éprouvantes et d’humeur massacrante. En se penchant sur l’étrange syndrome qui s’était abattu sur une petite planète perdue aux confins de l’univers, il s’était perdu dans les méandres souterrains du Mystère Anselm Kyx, du nom de la planète visitée avec sa collaboratrice Katia.

Il était à présent brisé, désespéré, placé à vie dans un asile psychiatrique et sous mes observations.

De ces notes écrites à la hâte pendant nos entretiens -tant sa parole était volubile et délirante- voici le sombre récit qui suit.

Au coeur du crépuscule flottant, ou entre le chambranle de la porte de droite, comme un blues d’automne froid ou comme une longue nage, il y a sur ce visage le silence prométhéen qui, crescendo, espace et éponge les anomalies, les égrène en rejoigant une sagesse ancienne ou en jetant la confusion.

Ces évènements significatifs sont tous issus du clairvoyant carnet de voyages d’archéolgues interstellaires.

Théologie du feu !


Deux hommes pendus têtes-bêches à l’entrée de la demeure de Satan. Pour que la Théologie du Feu perce au-dessus de la surface, il faut ranimer la braise qu’ils vomissent : Mohamed, comme un fougueux Dieu Inca, essaie inlassablement de faire grandir le Feu en soufflant ; c’est le plus parfait des théologiens du Feu. 

Même dans leur partie la plus inférieure, les limbes infernales qui ont conçu le Shining Project brûlent sans jamais manquer de combustibles : tout est organisé autour du Feu.

Aujourd’hui les lambeaux du Shining Project ont engendré une entrée dans la timeline et déjà Mohamed suffoque, un goût de métal dans son épiphyse… 

Labourant les entrailles de son subconscient comme bercé par la chaleur humide qui régne en son antre, ce goût de métal agit en calmant la douleur, ouvre l’application Twitter, recherche dans les entrailles l’odeur rouge, mélancolique qu’elle exhale… 

Sur le carnet de Mohamed, dessinée au fusain, la représentation d’un enchevêtrement de fils électriques, noués au cou d’un personnage comme une corde, promet d’élégantes révolutions… et la refonte du système en pièce détachée !

Comme cette virée aux Enfers procédant par petits chocs télépathiques, les disques durs accueillent ces élucubrations en les ajustant avec leurs poussiéreuses archives, on retourne soudain à la case départ !

Sur le papier, trempé de chagrin, en suivant les sinuosités des lignes expliquant leur démarche, ces machines infernales font tomber des copeaux de flux migratoires, en éloignant encore davantage Mohamed de son pôle local, de son lieu d’origine.

En dépit de la lumière, dans la nuit, dans ses hémisphères cérébraux parfumés de grand lys royal, les questions s’accumulent, profitant de l’inertie actuelle qui sature bruyamment là-bas.

Retranché dans sa thébaïde, le raisonnement de Mohamed se répand en vaine chaleur, en retrouvant la conception originelle du sens de la vie qui l’avait tant éloigné de la réalité.

Dans ses hémisphères cérébraux aussi, il y a tous ces intrus qu’on veut oublier. Voilà pourquoi, la théologie du feu, cette année-là, est en quelque sorte escamotée. 

La liste des fantasmes

La liste des fantasmes funestes comme un film passé par un projecteur à manivelle ; emmaillotées dans notre cerveau comme un désir impénitent, d’impeccables réactions en chaîne entrelacées. La liste des fantasmes comme du kérosène explosif transportés dans les canalisations fétides.

Une liste de fantasmes comme des courants d’air qui capturent la maladie du vin ; des listes de fantasmes comme des bouddhas pétrifiés, aux intentions absurdes. Une liste de fantasmes comme une photographie des plaines arctiques ou antarticques ; des listes de fantasmes comme des épingles, comme du papier, comme une lune livide qui conserve son prisme crépusculaire et qui descend jusqu’aux grands cèdres dématiéralisés.

Des listes de fantasmes comme la nuit, comme le jour qui suit son cours, sa progression ; une liste de fantasmes comme un bouddha qui associe le rythme endiablé des nuits avec une bande-son ; des listes de fantasmes qui ont paré le lieu, où je cherche encore une idée, d’une aura singulièrement spirituelle.
Des listes de fantasmes comme des courants d’air, comme des balanciers formant un monde très cinématographique. Des listes de fantasmes, correspondant à un numéro lui-aussi imaginaire, comme des bouées emmaillotées ou criblées de lierre. Des listes de fantasmes qui génèrent, dans les cocons, une idée de résistance progressivement évanouie. Des listes de fantasmes qui partagent les mêmes souvenirs déchirants, les défauts, les failles et tous les crashs des disques durs, internes comme externes.

Des listes de fantasmes, dès l’entrée du donjon, qui affectionnent un agréable goût d’encre de Chine. Des listes de fantasmes comme de la poudre noire qui pleut doucement dans les souterrains du métro et qui est comparée aux boursouflures de la vigne. Une liste de fantasmes, chargée de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, perdues comme les brames des liaisons et des lésions maritimes. Une liste de fantasmes comme l’architecture d’un ADN qui bluffe les cendriers, mémorisés par quatre, des écoles occultes ; des listes de fantasmes comme le lieu de toutes les flagellations, comme un pont qui court entre les deux banquises, comme un pont qui, en commençant par l’ouverture d’un tunnel, conduit aux grands phoques.

Une liste de fantasmes qui réinvente le mardi-gras et qui contamine une  représentation mentale. Une liste de fantasmes, placée à fond-perdu, comme un trou dans le mur, comme des listes mnémotechniques qui se débattent dans les Nouveaux Mondes brutes. Une liste de fantasmes comme agraphé maintenant aux capotes anglaises, à la capacité motrice des lumières photosynthétiques. Des listes de fantasmes coulant comme une chandelle oubliée, comme l’embrayage d’un réseau obscur suburbain.

Une liste de fantasmes comme le nouveau monde ethnique, purifié de son prétoire polaire, de ses pythons virtuels et maléfiques et même de ses époques enregistrées en Time Capsule, flambant comme tous ces domiciles célestes !

La fosse noire !

Tout d’abord, la fosse noire où étincèlent les métrages perdus des petites grands-mères malingres. Puis le poil rosâtre, sauvage des forêts sibériennes qui convoquent des raclées et les apprentis de la fiction qui allongent les grands chemins des quartiers d’oreilles coupées. Jetées aux oubliettes, les martyres des céphalées industrielles qui accomplissent leur révolution en suivant de longs travellings d’autoroutes.

Ensuite, délimitée par la pluie, la noirceur des cataractes minérales qui se perdent de chaque côté du gouffre en câblant les projecteurs de cinéma et des suites de visions infinies qui calculent la profondeur résineuse de chaque changement d’altitudes ou de latitudes !


Aux racines saillantes de ces attitudes électrisantes, existent, de côté et d’autre de la fente, des mondes forant et solidifiant toutes ces images creuses et terrestres de moujiks évanouies. Des mondes où la mort imminente éveille des rites disciplinaires ; des rites pacifistes aussi qui décomposent des trachées en silicone noir.

Ensuite, tant annoncés par les médias, les sacrements du fouet qui pâlissent les sens par pure fantaisie et effet mimétique. À force de rattraper le basculement, pragmatique, générateur du sens de la vie, il y a aussi d’irréfutables instants familiers qui programment de sinistres incidents.

 Et tous ces algorithmes, générés par l’étrange logiciel de la fosse noire, retournent à leur état d’angoisse exaltée. Il y a encore des organismes manifestement naïfs qui font chuter à toute vitesse la température au-dessus et en-dessous !

La navigation virtuelle de la fosse noire : un inachèvement ésotérique, électrique ou téléphonique. Et les métrages perdus : de petits paquets de rayon fugace retrouvant les réactions malades, presque mathématiques des plafonds aux yeux brûlés. Et les forêts sibériennes : des plantations qui percent l’humeur tremblotante de nos lampes de poche.

Hésitant entre les grands chemins et les ellipses des sapins, inondés sous les grandes voûtes de leur monde si sympathique, les tropiques des martyrs avilissants se dessinent parmi la seule opacité, le seul instantané de leurs inventaires à la Prévert !

En se vengeant des céphalées industrielles, cette seule opacité et ce seul instantané qui prive les martyrs des vivres nécessaires, relèvent de la sorcellerie, avec leurs braies, leurs cottes de maille en lambeaux. Enfin, entre les bandages des momies zébrées de bronze, se situe la noirceur des cataractes minérales ou des poètes inconnus.

La joie de vivre fastueuse

Des kleenex parmi les calligraphies à l’encre chancelante qu’on vend à moitié prix ; des franges enrubannées et des odeurs de femmes souriant à la douleur et à la panique. Une intuition en mouvement qui disparaît comme une voix off. 

Autrement, absolument, des seins noirs qui dégoûtent et Duke Ellington qui avale une lumière crépusculaire et nos yeux hébétés qui bénissent les sommets ensanglantés. Les diodes de la télé qui échangent des informations contradictoires et, se fermant fastueusement en une équation à peine résolue, toujours nos yeux qui décodent des ecchymoses de fleurs de lotus. 

Un venin foisonnant, dansant dans nos yeux et le corps d’une femme nue qui compose des vers. Glissant et s’épanouissant selon l’humeur du thé, l’énigme des arêtes de poisson qui se clôture sur un malentendu et nos paupières, comme ces nuits d’hiver, comme de grandes communions florales qui hivernent. Soudain, nous arrachant au flux continuel de la vase, la joie de vivre qui invente un nouveau mode de vie et, sur nos cordes à linges, des gargouilles agrippées qui s’égarent au pays de l’oreille coupée : une image fascinante qui bat en retraite dans la tasse face à moi. 

Une rêverie qui regrette le temps passé et une pipe d’opium troublée par des montages cinématographiques. Le métal des petites douleurs qui se voilent et, déambulant le long des teintes noires, blanches, des amazones qui empoisonnent le roi des cités légendaires. Enfin, un narcotique qui hâle le visage.

Mathématiques avancées !

Soit A : un pays de cocagne, les coins et les recoins d’un hémisphère à la tombée de la nuit ; et B : l’idée qui démarre sur un nouveau sujet. Alors, alors seulement C : le fortifiant, obtus et sombre rayon solaire ; et D : le diadème que les malandrins défendent. Alors, alors seulement E : la liste d’une population captive et la catapulte romaine qui attaque les colonies péninsulaires.

Si F est une émergence de mouvements soudains et fringants qui échappent à la raison et G est une embuscade qui réjouit les mercenaires ; alors, alors seulement H est un cube de plastique où se recroqueville un cocon de verdure ou H est une butte moussue qu’on aperçoit par le hublot d’un navire échoué.

Et si I est une méduse hystérique et une becquée qui finit dans la gueule du lion, alors, alors seulement J succède à la nuit endommagée ; et J rythme aussi les playlists des périphériques qui sidèrent les silhouettes d’un autre pays. Et si K est une steppe ou un écrivain qui romance, et si L est la détente d’un ressort pendant que la jeep roule lors des nuits orageuses, alors, alors seulement M répand la terreur parmi les clowns grimpeurs.

Et si N reste dans les chaussons de Pierrot et si O représente la trève des confiseurs, alors, alors seulement les mathématiques avancées sont clôturés.

Des étranglements de craie et de fusain

Chaque jour, dans un grand cahier, le sac des narcotiques sanguins et des établissements espacés et surchauffés d’excitation, de ferveur sanglante comme des possédés silencieux ; des extraterrestres aux instincts meurtriers et des alsaciennes pour interroger les auspices : le sac des ondoiements écervelés, tombant encore davantage au fond des tasses de thé aromatisé au carbone.

Et, sans concurrence, des étranglements de craie et de fusain séchant au soleil demeuré ; des kilomètres défoncés à la colle et à la muselière qui viendront verdir Maître Yoda et sa clique de baba cool herculéen.

Et dans leurs moteurs : un carburant comme du rhum encéphalographique, éprouvé dans sa dialectique décomposition qui alarme la télévision ; des supplications décomposées et leurs formalités spirituelles, leurs lignes de code générées automatiquement lors d’une descente en ski alpin.

En l’ajoutant à l’amalgame de leurs conceptions assistées par ordinateur, l’enthousiasme de cette descente en ski longuement étudiée et le calvaire des lépreux qui, de façon cartésienne, se servent de la documentation de l’homme à l’oreille coupée.

Cet homme à l’oreille coupée, hagard, nous jette encore des sentiments dénaturés dans le combiné cramoisi de son téléphone. Et d’infidèles sentiments dénaturés pour réaliser un travail d’orfèvre embryonnaire, avant de faire valdinguer le jaune crépusculaire du soleil vert au-dessus des montagnes afghanes, et après s’être débarrassé de son blanc polaire, associé à l’engrenage de ces machines.

En catimini, en entraînant sur leur passage une débandade de flonflons corrompus, les machines et leurs narcotiques s’essoufflent et font dégouliner du cognac du haut des branches de l’arbre cure-dent !

Chapardant du grand vent, il y a aussi l’éthique de cette nouvelle catapulte romaine qui, comme une appendicite de tapisserie, engendre la panique parmi les machines, absorbant leur sabre de samouraï et même leurs lacunes et cellules grises…

Au fusain, apparaît bientôt les photos et leurs monceaux de bambou dégradé et flou.

Nos regards se perdent dans un quintal de vallées encaissées et libidineuses.

Au milieu des champs de coquelicots, eux-aussi brossés selon le sens des lieux cardinaux, comme arrachés lors de notre périple, nous ne gardons que les tripes : des mots simples qui mènent aux canopée universelles et à leur dépouille !

Gardées jalousement comme la chasteté des mers souterraines, d’interminables et forcenées équipées de nudistes.

Elles clignent de l’oeil à notre passage et, comme fascinée par leur déhanchement, leur stature languissante, divine mais exténuée, reste dans le réfrigérateur.

Enfin, insensible au roman, toujours en chantier, toujours à taper sur la machine, les nouveaux testaments et leurs psaumes qui surveillent les impitoyables cauchemars !