Cela fait trois ans que j’ai largué les amarres, je suis un enfant perdu sans port d’attache ; par moment furieusement vivant, d’autre fois un corps mouvant abrutis, je passe de longues insomnies à chercher un phare, à l’instar de ces matelots à la dérive.

Sincèrement je préfère la littérature à ce salaire de dix sous que j’ai quitté dans la lumière joyeuse. Mais la liberté a un prix, elle s’achète pour une poignée de main mais c’est la folie ou la mort que vous tenez. Un jour de fête macabre en quelque sorte.

Aujourd’hui je suis toujours sur les routes, dans le crâne la solitude, les mouettes, du verre brisé et dans le sac carnets et stylo pour tenter d’attraper l’impératif poétique : à nouveau dans cette ville mystérieuse, j’arpente les bars déserts ; pourtant je ne te cherche plus.

Il ne reste que le sectionnement de la prose. Les mots comme un cercueil avant l’heure. Pour combler la parole burlesque qui afflige les bavards et se nourrir du burlesque silence qui abolit les muets.

Bien sûr la tentative est vaine mais lorsqu’il s’agit de la nécessité, le poète doit sortir de son sommeil léthargique mais suis-je vraiment parti pour ça ?

Pour toi peut-être, mon héroïne qui donne du sens à ma vie, que je ne connaîtrais jamais sans doute. Pourtant il y avait une certaine familiarité entre nous ; nous étions les seuls procréateurs de cette bête immonde qui venait de naître.

L’animal, à cette heure, mendie son vin sur les chaussées parisiennes, autant dire qu’il ne vaut pas mieux qu’un pigeon mort sur le trottoir. Comme son père, il a la rage de tous ces chiens abandonnés, comme sa mère il ne croit plus au sauvetage, vomissant la fin des illusions, des féeries et de toutes ces conneries censées apaiser la douleur de ce monde.

Ce matin je décide de partir, d’aller au moins jusqu’à l’embouchure de ce fleuve interminable, au pays des sexagénaires qui parlent une langue inconnue. Je marche longtemps, jusqu’à l’épuisement, ragaillardi par la victoire de ces serpents à face humaine. Arrivé sur les lieux, je commencerais par l’écriture d’une nouvelle pensée ; celle-ci, au cœur du nid, cherchera une langue furieuse, plongée dans le vitriol des mots hypertrophiés.

Un raisonnement d’écrivain par moment furieusement vivant, d’autres fois un corps mouvants abrutis, passant les insomnies comme une pénitence.

Un poker branlant pour seul sauvetage ; à trois heures du matin encore accoudé au comptoir sans as dans la poche, sans le sou, je plonge dans le graillon de toutes ces errances urbaines.

Goutte après goutte, pour combler la parole burlesque qui afflige les bavards et boire jusqu’à la lie ce burlesque silence qui abolit les muets.

Sincèrement je préfère cette vie de misère à ce salaire de dix sous qu’on me promettait comme un rêve, cette routine que les gens ordinaires acceptent bon gré mal gré.

Mais il arrive qu’en chemin, on ne voit plus les étoiles, on rêve toujours de luttes ouvrières et étudiantes qui paralyseraient le pays, mais on n’arrive plus à se libérer des clichés ; on rentre alors au bercail, c’est la noce des pantins de bois, l’abrutissement au nom de la soumission réglementaire.

L’écriture comme l’élégance reste peu lisible au cœur, repliée, entaillée par le vide, souillée jusqu’à l’os, elle couve pourtant de sombres révoltes, des idées naissantes à l’orée de l’insoumission.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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