Dans le carnet de moleskine, à la page cent, des messages cryptés comme de terribles et funestes beautés, comme la poésie d’une poche d’un kangourou, comme la noirceur d’un vent glacial qui se cramponne éperdument aux épis de blés, comme le maniement du sabre de samouraï qui frémit, comme le crayon à papier sur le carnet de moleskine qui écrit tout seul.

Dans le carnet aussi, il y a, à la page quatre-vingt-dix-sept, la description des sanctuaires bouddhistes et le silence des plaies bleues et des portes qui claquent. On peut observer la même chose, écrit à la craie contre les rochers de la rivière en contrebas : la douleur, le vacarme des ruines qui peuplent la mémoire des chauve-souris. Et, à la page sept, il y a la vivacité du pastel qui entreprend une odyssée.

Glissant brusquement avec ses deux seaux d’eau, il y a aussi Supertramp le vagabond qui envoie de la vapeur dans le ciel d’hiver de l’Alaska !

À la page neuf, il y a, accroché à la verticale, l’espace d’une page blanche qui se recueille avec les autres bestioles et des petits bateaux qui gisent dans le seau d’eau troué.

À la page dix-huit, il y a le compte rendu des marchands de tableaux qui rangent leur matériel, l’installation d’une douche non conventionnelle et le planning des exercices physiques pour éviter la nuit d’user des narcotiques, pour fatiguer le corps et lui apprendre à se passer des médicaments.

Il y a encore le moteur absent du van qui refroidit pendant l’écriture.

Dans ses lettres, il palabre avec son père sur la direction à suivre à l’avenir et, dans le disque dur de son ordinateur qui continue de transférer des informations contradictoires, il y a l’étude de la linguistique à l’état sauvage qui participe au sauvetage des hippocampes suicidaires.

Depuis les moindres recoins épiphaniques de son cocon, des femmes extatiques se massent autour de lui en imagination et rêvent de se rafraîchir comme lui sous une douche glacée, à l’air libre du petit matin : des diseuses de bonne aventure qui se perdent dans le trou noir de la dépression !

Un poêle à bois, à la place du radiateur, qui chauffe le van pendant les longues nuits à écrire sur les martyrs djihadistes disparus.

Des martyrs qui ont jadis fait la une des journaux des kiosques, pendant qu’il tirait sur le mégot de sa cigarette de chanvre, quand il était encore adolescent, en craquant parfois une allumette pour la rallumer.

Et, emballé précieusement dans le papier kraft, il y a la silencieuse complexité d’un bonnet tricoté main par une amie de passage pour tenir tête aux nuages et ramené ici en Alaska pour sa grande aventure en pleine nature et des souffleurs d’étoiles de mer.

Il y a aussi un ciel transmettant seulement des informations aux vivants et une lueur rougeoyante diffuse, à la place du soleil d’hiver, qui annonce les prémices du printemps : des sirènes qui chantent les hymnes du zodiaque.

Il y a le matériel du trappeur dans son sac à dos d’esthète voyageur en quête de communion avec le cosmos, à la recherche de sa véritable identité et, dans les ténèbres, des soleils qui ne sont plus que le reflet de nos souvenirs.

Il y a le mouvement du crayon à papier sur le carnet de moleskine à la page neuf, la piste du trappeur qui s’éclaire à la lumière de sa loupiote et tout ce qui résonne avec les chants sacrés de la nature : les mécanismes perturbateurs des grands serpents, le bruit de l’eau provenant de la rivière et ces mercenaires qui attisent les forces, en espérant calmer un peu le jeu ; ces mercenaires qui font grossir un travail de sape kafkaïen en échangeant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune nation démocratique avec d’autres données issues de la guerre du Kippour et des barques qui ouvrent leurs gueules aux sous-marins.

Dans le carnet de moleskine, toujours à la page neuf, pour graver dans leurs sillons une élégance d’ensemble impérialiste, les jaillissements d’une carte comme le joker ; un joker qui classe selon leurs impuretés alchimiques, toutes les lames de la première page, et la géographie de leur voyages célestes.

À la page cinq, s’endormant sur ses lauriers, la description d’un film de Stanley Kubrick qui vérifie les appels manqués en ballottant dans la cheminée et leur histoire ; et, dans le carnet de moleskine, à la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltre le plancher en arrachant les lacets de la route et la volupté des pieuvres-solfège. Toujours à la page trois, Il y a Cassandre qui lit le parchemin sanguin de Jack Kerouac en le découpant sans supprimer ses messages, à la page trois aussi, il y a la chasteté des mers souterraines.

Dans le carnet de moleskine à la page quatre, en allumant la télévision en noir et blanc, il y a des ratures qui font moisir un jeu éducatif, il y a les chiens du désert lapant la jarretière de cette femme nue ; le hurlement de ces chiens, dégorgeant leur misérables trésors, qui ressemble à la peine.

À la page trois, il y a la parole aux naufragés, le mur qui mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes et l’existence des pieuvres-solfège. Et à la première page, le récit d’un film d’horreur très kitsch qui emprunte sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste et des coffres ouverts dans les fonds marins.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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