Seconde partie.
En bas, le quai du métro dans la pénombre est aussi vide que les rues au-dessus. Tout le monde est rentré à la maison. Tout le monde sauf lui.

Ses mains sont tachées d’encre : pendant trois mois consécutifs, il a écrit toutes les nuits. Cette nuit se déroule comme toutes les autres, à la différence que sa tête est secouée de visions, de fragments de phrases hargneuses, de mauvaises pensées… Le tout oscillant du côté d’une autre proie à trouver. Personne n’a découvert pour l’instant son meurtre à l’heure où le récit se déroule.

Ce matin, il avait l’impression que la sonnerie du réveil se servait de sa matière grise pour carillonner entre ses tympans. Et en fin de matinée, lorsqu’il arriva en ville, les rues n’étaient que des tunnels labyrinthiques, cauchemardesques.


Ici, la délimitation ordinaire du centre-ville avec sa périphérie ne voulait plus rien dire. Et toujours ces « rues » qui paraissaient maculées de sang ; des flots de sang empoisonnant jusqu’à la plus petite ruelle. Quelques heures auparavant, avant de se rendre en ville, il avait retrouvé cette femme enfiévrée d’excitation sous sa voilette, avait démarré la voiture, avec elle assise sur le siège passager. Une rivière de diamants tombant en pluie sur sa poitrine, cette femme avait une fragrance magnifique ; elle était tellement bien entretenue malgré les escarres sur sa peau !

Contrairement à son épouse défunte, son héroïne mythique connaissait toutes les choses de la vie.
Toutefois, il découvrit trop tard qu’elle logeait toute une ménagerie vicieuse à la place du cœur : elle s’était dissipée comme une évanescence, le laissant seul face à ses responsabilités.

Troisième partie.
Hôpital psychiatrique sous haute surveillance. Secteur criminel.

Il dort. Le Cercle redevient amorphe, et le rire de cette jeune femme disparue, du verre coupant. On lui raconte ici qu’il ne fait que salir la mémoire de ses aïeux. On raconte aussi qu’il y a là-bas, dans la grande maison à présent vide, un labyrinthe de pièces et de couloirs peints en couleurs vives ; mais les couloirs -sa première victime le sait trop bien- ne sont que des impasses qui dégagent une impression terrifiante d’effroi et de non-sens.

Récemment son psychiatre référent lui a laissé miroiter qu’il pourrait sortir prochainement et il se demande si ce n’est pas un piège.
Dans sa chambre, quand il ne dort pas, sa main s’active frénétiquement en jetant, chaque fois qu’il arrive à supporter le cocktail de neuroleptiques et d’anti-psychotiques, une prose expérimentale sur le papier. Toujours accompagné par un lugubre chant funéraire qu’il est le seul à entendre. Une lamentation murmurée de façon presque audible alors que les odeurs fétides de la salle de bain lui reviennent en mémoire.


Généreusement embrasé de l’intérieur par une lueur rougeoyante, il sait que son cauchemar prend naissance dans la réalité même.


A suivre.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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