Tout d’abord, en parlementant avec elle dans le noir absolu de la fosse noire, sans discernement, la décantation d’une énième poche de kangourou. En ruisselant alphabétiquement au fond de la fosse noire dans un grand crevettier, des diligences peaufinaient leurs migratoires mouvements.

Certes les jours s’en allaient dans le matin froid, mais les poèmes que lisais fervemment me versaient des souvenirs gais, me laissaient un parfum d’enfance égrainée le long de la route. Un peu plus tard, la ville ressemblait à une grande baignoire chauffée par le soleil, je pensais à cette jeune fille qui devait être à cette heure dans son taudis, fascinée par mes écrits, elle me demandait pourquoi je ne voulais pas devenir écrivain.

En général, je ne répondais rien et pour tout vous dire sur le sujet, je regardais hilare mes textes comme si il s’agissait de vaisseaux fantômes ne transportant rien d’autre que des mots bigrement futiles et impermanents.

La veille, j’écrivais malgré tout un poème qui avait le parfum de l’été, un autre qui ronflait du froid, fourneau glacé oblitérant les douleurs du mendiant ou encore un autre qui parlait de ses paysans dépossédés de leurs terres.

J’avais l’impression que depuis mille ans, je lisais, je marchais, je dormais, parfois je dormais même éveillé et plantais, à l’insu de tous, des névroses virtuelles.

Le long du boulevard que je traversais, s’étirait infiniment et je contemplais les vitrines des magasins, les casinos  où l’on devait perdre beaucoup d’argent, les cafés branchés et les salles de billard flambant neuves mais comme je n’avais pas de sous je n’entrais pas et maudissais parfois cette vie de misère.

Mais la pauvreté avait aussi ses avantages, ainsi je traçais ma route comme on fait la conquête de l’espace avec une vitesse de croisière qui me convenait et tout l’attirail sidéral : carnets et stylo.

Il y avait des jours où l’ennui me prenait et plantait ses clous de lumière sur mes jeunes années.
Je me retrouvais alors dans un lupanar le front fiévreux avec une gueule de bois et une cravate de pendus autour du cou.
La fosse noire ne s’appelait pas Jacob mais et quand mes yeux s’arrêtaient de voir, l’officier de la fosse noire en casaque rouge jetait une poignée de cailloux en l’air.
Il disait aux soldats mercenaires que la mort avait un but éducatif.
Et d’un mouvement leste, il gonflait sa poitrine, s’allumait une cigarette.
Avec l’enthousiasme glacial de ses jeunes années, un soldat osa l’interrompre dans sa rêverie. Ils étaient tous épuisées par des sensations de déjà-vu en cette fin de saison vénitienne.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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