Un périple inachevé ?

À Berlin et jusqu’au moindre recoin épiphanique que j’apprivoise silencieusement : la magnifique complexité des quartiers de la finance transmettant et amplifiant des séquences d’images sur ordinateur.

À Bruxelles, un raconteur qui entremêle les histoires et qui éclaire alors les mécanismes perturbateurs de mon cerveau encore endormi. Puis un ciel de jade qui devient noir et qui attise les forces, en espérant quand même calmer un peu le jeu ; un ciel de jade et des cours d’éducation sexuelle qui font grossir un travail de sape kafkaïen.

Contournant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune mais déjà légendaire nation démocratique, de vieux films en accéléré, issus de la guerre du Kippour, qui font jaillir le souvenir d’un bouquet de roses !

À Bristol, pour agglomérer dans la ville une élégance d’ensemble impérialiste, des hémisphères synthétisés comme une mélodie qui s’éternise ; une mélodie qui s’affranchit des impuretés alchimiques. Des tas de glace et de neige qui entravent toutes les lames muettes de la première page.

À Londres, un film de Stanley Kubrick qui précède un appel manqué et des murmures précipitant la jolie description d’une kermesse. Mais je préfère m’intéresser au parchemin caché de Jack Kerouac en le découpant sans me préoccuper du message et de cette horloge accrochée au plafond.

À Edimbourg, un jeu éducatif qui s’efforce d’explorer la fange. Et une jeune femme nue qui s’empresse de chercher sa jarretière dans son panier de fortune.

À New-York, un étrange restaurant : lorsque je rentre dans le restaurant la tension est au max. Comme une bouteille à la mer, un petit souffle comme une plume cellulaire, quelques minutes auparavant, alors que les fadasses voitures filent dans la nuit, en bord de mer, entre le Bronx et la cinquième avenue de New-York, je laisse éclater ma colère au téléphone : impulsive, soudaine et brève comme un dictateur d’un Paris bu jusqu’à la lie. De ces colères qui ne se dominent pas, une colère brute et barbare de taureau dans l’arène : un authentique culte barbare qui ferme vite le bouchon de la bouteille.

À Singapour, pour m’aérer enfin les poumons, je traîne du côté des esquimaux qui côtoient et craignaient les dealers de Goran Pritska parce qu’ils ne lui connaissent aucune limite. Ils ont déjà ratatiné plusieurs cancres sur des mouvements d’humeur dans leur apprentissage du sabre laser. Ils baisent leurs serveuses dans la remise du club et dérouillent les videurs. Goran Pritska est un impulsif qui aime se la donner et qui, dans le bouillant de l’action, ne sait plus se retenir. Je n’ignore rien de ce tempérament. Il conduit la voiture de tête quand les haillons en argent, froids comme le côté droit de l’iceberg et sa base de données, pleurent des larmes de pluie diluvienne. L’aiguille du cadran de vitesse dérape vers la droite si les haillons d’argent, qui ont tant de peine, vont dans le temps divisé, inconnu, pareil à un drame d’espoir sanglant.

À Hong-Kong, dans la solitude de ma chambre d’hôtel, j’écris un texte qui est une incitation à la haine dans une vallée ouverte. C’est pourtant un texte dont le contenu n’est pas choquant mais je n’ose aborder cette fille rencontrée un soir à l’aéroport avec ce poème méchant, fou, qui porte la promesse malgré tout la cascade d’un nouveau monde où l’on attend la pluie et son eau désaltérante. Voyez, devant vous, c’est un texte ancien ne comportant aucun des mots suicide, mort violente, viol ou esclavage, qui s’affichent sur mon ordinateur dans la vive clarté de l’hiver.

À Pékin, dans son enfer polaire, des coups de béliers infatigables et lourds, entrepris par des hommes traitant leur mère de pute, promettant mille souffrances du côté de Sodome qui aime les tendres cœurs.

À Tokyo, en fait posé sur ses genoux, mon front de lecteur obstiné cogite le chant des rivières, sans pour autant chercher ouvertement à la dénigrer.

À Doubaï, dans les rues et leurs sens cachés qui prêchent la destruction, les parfums de la négligence ne font pas frissonner les narines des passants croisés. Abattu sur leur beauté, l’ombre et les limbes de ses mots, suspend entre les lignes d’un roman en souffrance, le début de sa vengeance personnelle.

À Sydney, enfin, terrassée par la tuberculose, l’auteur de ce texte, souvent sur la montagne, tristement s’assied au sommet de ces mondes blanchis, religieux comme la cloche qui sonne ; ni charme, ni bonheur, d’un œil indifférent je n’attend rien des jours, ne demandant rien à l’immense univers que tout âme désire en son for intérieur comme une incitation à la haine, à la violence et à la destruction, emportée par l’orageux aquilon.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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