Descendant à travers bois, au milieu d’un nuage de neige, j’imaginais le bruit du train passé, les Esquimaux à l’intérieur de ses wagons et leurs faces de pleines lunes envenimées de leur hectowatt lubrique !

En fermentant, leur hectowatt évaporait les seins de leurs femmes à travers les traînes orageuses, hélicoïdales du système ferroviaire. L’une d’elles avait même trouvé le contenu phénoménal d’une invocation ; et le train comme désorienté par cette découverte avait alors été câblé selon les battements de cœur de cette femme. Et la neige en longeant la route ressemblait à sa fourrure d’hermine négligée ou à son visage sillonné de fines rides grimaçantes.

Comme elle, en partant de notre havre pour échapper aux enfants pâles, maigres, vêtus de loques, qui chantaient à tue-tête, on allait se saouler chez des amis au cognac ou au mazout ; ce mazout qui avait fait tourner les hélices de nos étranges machines de jadis.

Machines dont l’engrenage s’allégeait au fur et à mesure de notre progression, sous le halo des lampes incohérentes. Sous le halo des lampes incohérentes, on fumait des joints, lentement, en se demandant si les enfants pâles avaient claqué. Il faudrait que l’oxygène alimentant leur hémoglobine souffle notre fumée, frappée à la vodka.

En entendant leurs voix, leurs voix fluettes de petite filles, nos étranges machines couinaient comme des souris quand, creusant encore et encore, encore et toujours davantage, sans trêve, sans rêves, au bord de l’évanouissement, la douleur suraiguë des esquimaux séparés de leur femme vibrait dans les tréfonds de mon être brisé. Au point de me faire oublier le sang qui coulait indéfiniment de mes mains meurtries, au point de porter mon esprit jusqu’à cette frontière où les cyniques entités se perdent dans l’obscurité des gouffres de l’oubli. Ma psyché se mit à tourner comme une toupie.

Mes globes oculaires se retournèrent dans leur orbite me présentant la vision de mes propres ténèbres… quelque chose prit forme dans ce noir… un couloir s’étendant à l’infini, parsemé des portes du train des esquimaux.

D’un pas tremblant j’avançais dans ce corridor, les multiples portes défilaient de chaque côté de ma trajectoire inconsciente…

Ma main se posa sur la poignée de l’une d’elle, pourquoi celle ci plus qu’une autre, me demanderez vous… Probablement les impénétrables caprices du hasard . La porte s’ouvrit sur une brume légère, j’y pénétrais tandis qu’au bout une lumière grandissait, jusqu’à me recouvrir… Où étais-je ?

Grelottant comme une gentille madone, déjà elle me gonflait cette jeune fille accoudée au comptoir de la voiture bar du train. Je gobais deux vodka caramel en la regardant traîner son cul du côté des esquimaux en minaudant, se bâfrer à côté de tous ces ploucs, en faisant mime de rire à leurs blagues de putes en manque de sexe, confondue dans les pets, dans les rots, sachant seul dans son coin que des crimes allaient être commis, continuant sa journée de merde à bouffer du cercle polaire et le soleil de minuit reparti à l’horizon, dans le cambouis de leur machine sophistiqué, rêvant d’un bureau chauffé par leur diesel encéphalographique.

Comme un hyène, elle attendait dix-sept heures trente pour arriver à destination, foutre le camp dans sa caisse de merde, à crédit, qui pue, mais qui sent salement l’effort et la prise de tête des synapses analysé par l’encéphalogramme.

Écoutant de la zik de merde sur NRJ ou RTL, peu importe, pareil à ces esquimaux maudissant la mort cérébrale de ces petits branleurs islandais qui avait placé les électrodes de l’encéphalogramme sous leur string en dentelle.

Rentrant dans son taudis de quarante mètres carrés, elle avait chialé devant la télé, en silence et sans trace de mouchoirs, en regardant une émission sur les risques mortels des cancers du côlon, s’apercevant qu’elle aussi avait un cancer du sein en le palpant tout en fumant une clope.

Les bienfaits de leurs faces de pleine lune lui donnaient une voix rauque et douce ; la divinité de leurs faces de pleine lune buvait de la mauvaise orge ; et sur cette infinie route noire et terreuse qu’elle avait tracée en train avec les esquimaux, on les retrouvait, ces hommes abattus, grelottants, assis à nouveau dans les wagons du train fou et perdu, le corps tyrannisé de froid au point qu’on s’étonnait que leur cœur puisse encore y battre et pourtant il battait, petit tambour courageux défiant le désarroi, la faim et la mort elle même.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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