Il y avait, sur notre chemin, des faubourgs où les femmes arboraient une écriture cunéiforme sur les murs de la ville avant de regagner le coffre de notre voiture : le monde allait bientôt riposter, ouvrir sa gueule de vide-ordures qui s’exclamait sans rancune imputable et jeter ses doux parfums d’hématomes, l’estomac vide.

Alors, en s’armant énergiquement d’un heaume de guerre, nous partions à la guerre couvrant toutes les connexions Internet ; et de guerre lasse l’amovible architecture spirituelle de leurs ordinateurs revenait empoisonner le silence où l’on entendait parfois des sanglots : ici, les indigènes devaient fêter Noël qui les mettaient à l’agonie et dans son coin Noël crevait doucement, sans empressement mais sans interruption, comme une jungle de lianes, de guirlandes clignotantes et d’oiseaux exotiques.

Pour réorganiser un continent tout entier, ensorcelé par les épopées, dans les ténèbres de la nuit, il y avait un van qui ne roulait plus depuis des lustres et dont j’étais le moteur par la pensée, par un effet de synesthésie et son inextensible clair-obscur, jadis ordonné et inventé par la seule pensée latérale, qui raflait tout sur son passage en pénétrant sur leur territoire.

Pour relancer démocratiquement les lignes téléphoniques putréfiées des négociateurs, jetées de façon linéaire, le van en question avait fait de son âme un grand espace que je lapais comme un reptile, comme le sang-froid des plantes tropicales.

Dans le van aussi, il y avait une poupée étrange qui me regardait fixement. Elle était assise sur la commode depuis des jours, et elle me regardait avec ses yeux de verre.

Ses boucles blondes dégueulaient de son crâne de cire avec insolence et défi.

Qu’est-ce qui m’avait pris de garder cette poupée ?

C’était comme une accusation transie, elle seule savait, elle était ma conscience frémissante et ma croix.

En démarrant le van péniblement sur les sentiers de la plaine pâle, la première chose que je remarquais fut un arbre unique qui trônait sur un monticule, taillant l’horizon blême à quelques lieues de là. Je me lançais pour un périple unique, inquiet, avec, dans le rétroviseur, le défilé rocailleux et accidenté d’où je venais. Les heures passées à le franchir s’effaçaient déjà de ma mémoire. C’était comme si le passage se refermait derrière moi, il n’y avait pas de retour en arrière possible. Mais déjà ma fatigue s’évanouissait et mes pieds meurtris cicatrisaient. Le cœur léger, j’avançais, en écoutant le moteur toussoter, sur la plaine striée de lumière blanche et je ne regardais plus dans le rétroviseur poussiéreux.

Dans un silence absolu et par manque d’essence, je coupais le moteur, je descendis et j’entrepris de traverser une mer de hautes herbes couchées par la brise.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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