Dunhill et Craven A dans le capharnaüm de la Fosse Noire !

1.
La dernière fois que je le revis enfin, ce fut sur un écran de télé.
Elle en avait des arrières-goûts de phlébites sans fin et sans but, cette Dunhill que Razko Kaphrium, dans ses vêtements de ski tout schuss couleur canari, fumait dans son placard à balais… en glissant du côté du monde onirique des crocodiles de la fosse noire Croix-Roussienne, cette cigarette, dans son contexte bizarroïde de magie noire, avait essayé d’envoûter l’apprenti sorcier, en dernier cycle d’études à Poudlard par une séquence de bouts amovibles de clés USB (des vidéos des bûchers de la Saint Con) abîmés dans leur algorithme.

C’était fini, de remonter les couloirs souterrains, avec comme gardiens aux airs bouddhistes, des pharmaciens candides, des passionnés de taxidermie découvrant une espèce naissante. (Extraterrestre évidemment.) Et maintenant, à cet instant précis, elle passait bien avec la respiration fiévreuse qui planchait dès le réveil, après le café noir du petit matin.

En tombant dedans moi aussi dans l’addiction tabagique, par la suite allumant ma deuxième clope, elle en avait des arrières-goûts de planctons sauvages et très méchants, récoltés par les émissions radiophoniques, cette Craven A qu’on brûlait à l’aide d’une pince à épiler, en pompant fortement dans nos poumons, parfumés doucement, naïvement des crinières des canassons, des privilèges planants des dents des crocodiles.

Des émissions radiophoniques musclant cette faune sous la ligne de flottaison de la fosse noire, parmi les fumées de sapin vert, je récoltais aussi, dis-je, les fumeurs noirs de la fosse des Mariannes, les bandes dessinées de Titeuf lues mystérieusement alors que notre poitrine gonflait et se dégonflait, en nous transformant de personnages mornes et las, en pesant les défauts, les failles et les crash d’un perfectionnement au sabre laser, en Jedis de Star Wars.

Sous l’effet de la nicotine aux hésitations nuisibles, mais ô combien aux années légitimes, j’avais un mal de chien qui campait entre mes deux tempes, tandis qu’ils dépliaient leurs queues, ces crocodiles dans un amalgame de polarisations préhistoriques, de poissons-anges et de poissons-lunes lors de la récolte des fumeurs noirs de la fosse des Mariannes.

En ramant à l’intérieur des veines de Kaphrium, alimentées d’archipels de l’Océanie, les additifs, comme ces lieux étranges où nous nous trouvions (la Polynésie française était située, on en était convaincus, sous la Fosse Noire) l’onirisme de ces bestioles reptiliennes contenait du polyphénol et des tortures polysynthétiques ; l’une d’elles fit voler en éclats les apparences quelconques de son espèce à sang froid, aux organismes en souffrance : dans le canal qui se déversait dans la Sainte Fosse Noire Croix-Roussienne, ces spécimens présentaient des apparences d’espèce innocente en fait quand ils avaient assez de fumées cotonneuses dans leurs trachées et ainsi devenaient pragmatiques, une fois le quota, la valeur et le pouvoir de l’imagination assouvis.

Et poussivement, après le paquet fini, un texte était publié, racontant comment cette espèce protégée par nos soins, avait fraîchement traversé les vertes prairies, à dos d’hommes ou de mules, les vertes et les rudimentaires prairies de Pré-Au-Lard, en touriste nocturne et désabusé.

Et les rats de laboratoire auxquels nous soumettions aussi des expériences alcoolisées, avaient tout ce pragmatisme serein, volé aux mammouths servant aussi de cobaye avant de leur injecter de l’héroïne.
Dans le récit et dans leur corps en souffrance, il y avait de la gangrène et des idées de Saint Con Zonarde : à cette époque des années X qui avaient cette nette distinction d’installer dans les cerveaux des prédilections pour dessiner aux traits fins, dans la caverne du médium, les supplices de ces rats de laboratoire.
Ainsi, Kaphrium s’en emparait de ces prédilections, assoiffé de connaissances et de cancans au sujet des statistiques du nombre de mort de la Saint Con de l’année prochaine ou passée…

2.
Des sentiments de Love Buzz amoureux, entre ses mains, se concrétisaient, mus par quelques pointes de flèches du paléolithique, du love buzz grunge et du vomissement plein de goudrons nuisibles.
Se transformaient aussi en Craven A ou en Dunhill, par un sortilège changeant même l’eau vaseuse de la fosse noire en vins miraculeux, les mégots des maroccos qui traînaient par terre, fumés par ces savant fous de la fosse noire.
C’était du vin comme du porto donnant des visions de portraits-robots de grands criminels, avec, à leurs suites, les serpentins de leurs braies et cottes de mailles en lambeaux.

Avec, aussi, des mots de passe d’identifiant Apple stockés sur iCloud, ainsi que des poignées de soleil vert dérobés aux guerriers de la matrice et sous ce célèbre soleil vert, les ombres rasaient fugitivement les murs.
Ces portraits-robots ? Des poussahs adulés comme des idoles aux yeux noirs compatissants, aux cheveux de papier peint perpétuel, le dos collé aux murs mérovingiens de la fosse noire…

Pour conclure, sur le lit à baldaquins où il y avait des cendriers posés, vertigineux, j’improvisais, avec l’odeur du tabac froid défilant dans la parade des cotonneux saphirs et leurs symboles avant-coureurs de maladie vénérienne, une scène de théâtre antique.

L’un des savants fous, aiguillé par mes recherches sur Google, terminait une improvisation d’un rôle de médium cabotin ; et quand il mêlait de prestigieux sorts dans son chaudron magique avec les herbes médicinales du Sahara Occidental ou de l’Afghanistan, une défonce aux graphismes maléfiques de Tamagotchi, par les vapeurs de la marmite au feu entretenu et censé rééduquer et sauvegarder les données de mon iPhone 8, prétextait d’explosives tâches à accomplir comme le travail interne à se faire voyant, à se rendre voyant, d’un Tamagotchi confectionné par d’artefacts, d’authentique culte barbare.

En effet, les données de ce dérèglement de tous les sens, d’après la lettre du Voyant d’Arthur Rimbaud se combinant monarchiquement aux poèmes surréalistes et visionnaires des Illuminations, discutaient entre elles au sujet de leur sauvegarde, quand, tristement, de mon côté, je plongeais dans leurs danses fantasmatiques qui se prêtaient mal aux jeux de la logique et de la réalité objective, lançant dans tous les azimuts des coups roués de prestidigitateurs philistins, ignorant tout sur le sujet.

Ensuite, j’avais lancé dans tous les azimuts des S.O.S pour sortir de ce nid de créatures solitaires mais dévergondées. Elles ne manquaient pas, quand elles étaient à la terrasse d’un bar pour cramer du tabac et pour écrire sur des bouts de papier de la prose poétique, de laisser un pourboire généreux de monnaies napoléoniennes et, sous la pourpre romaine des filles qui passaient devant cette animalerie étrange et incongrue, elles imaginaient des dessous affriolants quoique pourris par l’humidité de ces îles polynésiennes, françaises, cachées à l’emplacement solaire de cette Fosse Noire.

3.
Pourquoi alors les regardaient-ils, ces cyborgs aux visages d’anges mécaniques avec un désir naissant, sales comme des pourceaux alors qu’ils avaient une femme les attendant à la maison, une belle ténébreuse comme les fiancées russes crânant dans le Tyrol ?

Les poussières du pollen afghan acheté la veille en sous-main, proposaient la fin d’une filmographie d’antan, en noir et blanc. Est-ce que, celle-ci, tolérait les clés USB 3.0, les disques durs aux vaisseaux sanguins périnataux forcés d’obtempérer et toutes les machines expropriées comme tout autre appareil trimbalant des informations contradictoires ?

La réponse à toutes ces questions ?
La première des réponses était froide comme l’éclairage crémeux du laboratoire où les nombreux ordinateurs rejetaient de l’urine sur les murs et des plumes de poussins s’affirmant, insensés volatiles, en martelant avec leurs ailes de pierre polie les mélancoliques départs en vacances.
Sa seconde réponse était à trouver dans une usine oubliée, où les marteaux et les haches laissés par des ouvriers, sa seconde réponse, dis-je, était à chercher dans un système de ballades sur les quais ou dans les forêts du domaine de Vallin. Ce Seigneur, sur son fief, débranchant les organes de mon corps venant d’une autre transplantation avec un cobaye, connaissait la troisième réponse qui était encore à présumer.
Leurs présomptions à tous ces indices, en morse dans les contacts de mon iPhone huit, me répondaient d’aller me faire foutre tandis qu’elles s’’inséraient, de déclic en déclic, dans mon oreille droite.

C’était pourtant la seule chose valable, irréprochable que je pouvais enlever tel un furoncle à la place des tiques habituelles !

Une fusion mortelle s’ensuivit en me tirant de ma léthargie ; de l’encens se répandait dans l’air et dans les tonneaux de la cave où le sang mûrissait patiemment.

4.
Tourmenté, ce sang d’une opacité dense, contaminait les autres univers : des amas de galaxies tombaient avec leur appareil génital au fond de mes chaussettes ! De l’uranium disparaissait dans le grand tourbillon en jouant son dernier big-bang !

Il endommageait les toits de la ville et il répartissait aux enfants turbulents la structure du soleil vert dans un brouillard à couper aux couteaux.

La Voie lactée brûlait en valsant du côté des raisonnements binaires.

Elle se vantait de faire partie à présent de la classe des amphibiens cette ampoule de salon qui avait éteint la Voie lactée. En envoyant de la vapeur d’eau, toutes les théories quant à son extinction finissaient sur la toile virtuelle ; le réalisme dans l’art tourmentait alors les goules et leurs tympans : un type d’exténuation programmée !

Une présence malsaine, incongrue et sournoise. Un champ de gravitation arithmétique qui ne laissait nul espoir envers le monde à venir.
C’était un existentialisme si beau et si terrifiant.

La lune tombait juste à travers l’ouverture d’une plaque d’égout, le sang giclant dans ma bouche.

5.
Des mercenaires, à la solde de la fosse noire, remontaient le temps à deux cents kilomètres à l’heure, l’été.

Il y avait aussi, sur notre chemin, les débris de trois tristes bouteilles de vodka qui clignaient de l’œil devant le pain complet ; la question étant de prendre de l’aplomb de ces chiens vivants dans leur frénésie du futur.

Le futur continuait longtemps comme ça, longtemps jusqu’au moment où la frange d’Alice tombait à terre, épuisée par ces serpents sifflants sur sa tête… Et dans le terrier du lapin blanc, un indice, typiquement répugnant, aidait Alice, la jeune nymphette de moins de dix huit ans, à sortir nue de son lit.

Son lit à baldaquin où le souffle matriciel inspirait à Alice la plus grande idée jamais imaginée ! Les conceptions du monde de demain, envahi par les déchets de la Fosse Noire !

Suicide à l’antique

Les espèces poïkilothermes, écrivant sans l’aide de leur main leur genèse d’un récit à venir, se tailladaient les veines en pensant à la poésie de Charles Baudelaire dans leur bain chaud et profond, dans la vase fédérant toute personne sensible autour des kamikazes en danger de mort imminente, à vocation littéraire. Une rivière, un fleuve de sang noir comme effluves fictives qui espèreraient ardemment les contrées réjouissantes de l’au-delà.

Les plis de leur peau accueillaient les blessures qui pleuraient dans le jardin d’éden de Sophia leur sang bourbeux et, dirigés par leurs cortex qui avaient le mal de vivre, philtrés par les ultimes effets de la vodka, cette ivresse de la veille furieusement incarnée en un seul tampon imbibé du précieux liquide, ils mourraient lentement mais sûrement comme à l’agonie d’une mort nonchalante, d’une chronique morbide annoncée.

Des plis qui ressemblaient aux formations montagneuses lorsque les autres se perdaient en vérification de leurs e-mails, de leur coup d’œil sur le mur de leur profil Facebook, suivi de quelques tweets, de leur rafraîchissement de leur page web préférée, pour la énième fois, de leur page d’accueil de leur site d’infos favoris ; des plis, dis-je, qu’on vendait dans le commerce avec la vente des cyborgs scotchés à leur poste de télévision et des humains fêlés aux doigts de calcaires hallucinés et de marnes corrosives laissant leur empreinte sur les parois de leurs baignoires installées en pleine nature.

En continuant d’extirper sur la Toile ce qu’ils jugeaient nécessaire pour leur projet actuel, c’est à dire leur suicide bien senti, leurs écrits n’étaient pas réservés aux pleutres mais à la fois assignés aux stress pétroliers et aussi aux angoisses du café matinal, aux plocs sanguins des scarifications dont la spécificité étant de remanier de nombreux films en noir et blanc pour les compiler à leur compte en un clip propagandiste qui était expressément téléchargé sur Youtube.

Sans se douter que Sophia errait parmi les grands philosophes, l’ombre de ces créatures à sang froid était déjà désignée pour un suicide à la romaine ou à la Grèce antique comme Socrate, Platon ou Aristote qui donnaient des cours de philosophie définitive pour les vacances du mois de juillet. Mais ce n’était pas des couples de juilletistes comme les autres, au lieu de s’accrocher sur la plage comme des furoncles, ils s’étaient fixés une véritable programmation cinématographique pendant leurs congés payés pour analyser par la suite les sculptures en marbre du musée du Louvre.

Alors que de nombreux cartons contenant une filmographie délirante et des livres de philosophie de la vie objective et de la mort subjective, attendaient encore dans le coffre de leur bagnole, Sophia, elle, envisageait d’accompagner les pensées de ces créatures célestes d’un autre monde par la télépathie et les illuminations semblables à un long goutte-à-goutte à l’héroïne : l’euphorie des grandes questions existentielles se dispersait déjà et leur accroche dans les textes philosophiques avait ce triste désavantage de ressembler davantage et ridiculement aux pendaisons des nains de jardin ; ces philistins aux souffles occultes et odieux d’un autre temps envisageaient rarement la pendaison et ne corrigeaient pas leur faute, leur péché originel en mourant dignement.


« Dans leur bain aux pourtours mal définis comme un mauvais remake de science-fiction, comme cette putain de bouteille de vodka, pourquoi s’acharnaient-ils sur leurs veines avec un couteau ou un silex bigrement bien aiguisés ? » s’écriait Sophia. Et aussitôt, la réponse fusait dans son crâne et lui indiquait que leur vie, cette désillusion au goût amer, cette poussive envie de vivre, ne leur convenait pas du tout mais qu’elle leur inspirait malgré tout, à tous ces poètes maudits, de poussiéreux grimoires de magie noire, formellement déconseillés aux âmes sensibles ! 


Erreur ! Echec ! Alors que Sophia dégueulait, sale comme la femelle d’un pourceau, dans le lavabo, les inventeurs du moteur existentiel qui marchait à l’envers et dont le Projet Initial avait l’air parfaitement innocent au départ, avait perdu le sens de leur vie, sans Sophia à leurs côtés. La nuit s’annonçait à la fois blanche et noire, un peu comme cette bile épaisse qui s’engouffrait dans la tuyauterie de la salle de bain, sous les grands pourpiers aux parfums de sang versé.
En ne comprenant pas ce qu’il se passait, se répandaient et poussaient comme les bubons de la peste noire des chaleurs effrayantes, propice aux délires de tous genres, quand ils se tailladaient les veines en imaginant une Suite Interdite et controversée des films, créant des problèmes d’aliénation mentale.

Une suite aussi après leur mort comme la réincarnation de la cuvette des toilettes, avant l’au-delà… jouant tantôt un drôle de synopsis où ils passaient brusquement, comme une sorte de prolongation, d’un genre cinématographique à un autre, et d’autres fois absent, indifférent à la réalité extérieure, un phylactère, entourant leur tête représentait un dessin que Sophia tenait fébrilement entre ses mains, paraissait tout droit sorti d’un asile psychiatrique.

Représentation aussi de New-York sous les eaux inondée à cause de la photosynthèse des plantes arctiques : on pouvait sans mal et sans être médium la ranger dans la collection de cet Art Brut qui prévenait du danger d’un littoral disparaissant, noyé comme ces cités d’or de jadis ; et cela sereinement sans risque de se tromper sur son attribution.

Avec plus ou moins de vigueurs et de précisions, lorsqu’elle avait été seule dans la chambre après la déchirure des tendons de leur poignet, Sophia, redoutait le courroux du ciel et de la planète ; en observant bien les nuages radio chimiques de la pollution phrygienne, était dessinée là-haut une famille d’échidnés romantiques balançant leurs émissions de gaz photosynthétique. Curieusement, les animaux se déplaçaient debout sur leurs deux pattes arrières, tout comme les humains s’affairant tôt le matin pour rejoindre les divers lieux de leur profession, mais aussi, et là constituait l’épine du problème, on pouvait les voir, sur le papier ou dans les nuages, courir et arpenter un mystérieux souterrain. Et cet étrange détail n’était pas du tout du goût de Sophia, ça l’avait vraiment rendu furax lorsqu’elle était revenue dans la chambre, nue avec seulement une serviette autour de la taille et la clope au bec.

Ayant inventé le goudron des clopes et les additifs néfastes, mais aussi les portraits-robots des grands criminels par simple coïncidence, les architectes de ce souterrain où se cachait la Communauté des scarifiés avaient été découverts par les profanes archéologues aux autoportraits décorant la Secte de ces morts-vivants.

Mais il fallait agir vite et bien : dans la nuit, toutes ces méthode de saignées et de tortures languissantes dont Sophia allait être soumise, envisageaient de convoquer aussi les pharaons et les travailleurs dans les champs de cannes à sucre avant leur mise à mort.

Soudain, bottant en touche la majorité des personnes condamnées à mort, leur physionomie changeait et était restée la solution du feu : les flammes du bûchers les transformaient en bornes de télé-paiement ou en particules chargées de migraine, attisées sûrement par les prémices de leur pensée suicidaire et par le déferlement médiatique des rayons cathodiques aux quatre coins du monde…

Pour que la température du bain soit bonne et dilate les veines photoélectriques, ils devaient monter enfin leur clip propagandiste sur de nouveaux ordinateurs aux oscillations qui doutaient des théories d’Archimède.

Rejetant en plus la physique des maladies psychiatriques, maintes fois censurée sur Youtube et devenue insignifiante, de quoi seront-ils capables la prochaine fois quand ils reviendront sur terre nous hanter ?

Les cendres de Marilyn Manson et d’Arthur Rimbaud !

En décrivant l’enfièvrement emblématique de la nouvelle génération des romanciers français de l’imaginaire, Marilyn Manson avait jugé bon d’effectuer une ellipse narrative à la moon-walk pour revenir sur cette douloureuse et incongrue crémation qui s’était déroulé quelques heures plus tôt avant leur arrivée sur la Place du Village.

Pendant une fraction de secondes, Manson et Rimbaud connurent une effervescence de nerfs tassée entre les muscles. Puis ils se ressaisirent et le tout, dans sa globalité organique, fut couronnée d’une guérison soudaine, induite par la compréhension du mécanisme végétal quand White Rabbit explosa au sein de la playlist : sa Majesté la Marie-Jeanne fastueusement n’aimait s’entourer que de ses précieux et fidèles sujets.

Ces troubadours et l’Herbe s’enrichissaient mutuellement par cumul d’effets métriques ; ainsi l’Intelligence Végétale elle-même jouait harmonieusement les notes de ces partitions vouées à son culte éternel et épanouissait tout autant le mélomane que l’amateur de son registre musical… autrement elle sévissait et vilipendait violemment l’imprudent qui avait commis une terrible faute de goûts.

Voilà, comment ils furent sauvés ! Etonnamment, amoureusement, pédagogiquement sauvé par l’Incroyable Intelligence Végétale…

Sur l’un des textes des exécuteurs, écrit par Manson et Rimbaud, on pouvait lire : Majeures et anales sexy label, décevant. Churros à trois euros à la foire. Dépenser plutôt en Marie-Jeanne.

Cela m’avait vraiment inquiété, non pas parce que je savais qu’ils avaient trouvé le moyen de perdre connaissance, en l’associant avec l’alcool cette intelligence végétale, mais parce que j’avais un jour demandé à Dieu de me libérer et de les libérer de ces toxiques.

Je m’étais donné une page et un temps déterminé (environ jusqu’à 7h30) pour écrire sur ce sujet, en jonglant de temps en temps avec un autre texte où je tentais de faire croire aux lecteur que cette préciosité littéraire était tout droit sortie d’un carnet de moleskine retrouvé dans les poches d’un grand écrivain voyageur, avalée par l’immense jungle brésilienne.

L’immense jungle brésilienne, à présent, dégueulait sous les baobabs une lumière jaune citron : ce fut la proclamation d’un nouveau Reich, du moins c’était ainsi qu’on susurrait la rumeur dans les abbatiales, non loin du village où Manson et Rimbaud s’étaient égaré.

Abattus, désorientés par le THC et l’alcool, ils écrivaient malgré tout leur histoire inspirée où ils racontaient que, dans les gueules des démons, s’engouffraient les âmes des fous superstitieux, au porte-bonheur ne procurant que désarroi, et les rails brûlantes de cocaïne ne donnant que des visions de pigeon mort sur le trottoir.

Réaliser ses rêves poétiques ?

Les acteurs se déboutonnent et sortent leurs instruments pédagogiques, et la jeune fille les regarde avec de grands yeux humides, puis regarde leurs visages avec une innocence troublée et un désir naissant.

Puis la caméra s’éloigne, quittant la plage de Nice, se perd un plus loin, avec du sable dans ses chaussures pour le caméraman enveloppé dans son manteau Zadig et Voltaire. La vapeur de toutes ces transpirations de tous les participants, avec, parmi elle, Claire Castel, la scandaleuse libertine, qui brûle d’impatience et de ferveur, traque son esprit jusque dans ses replis les plus intimes, jusque dans ses fantasmes les plus malsains.

Elle apporte enfin la guérison du corps et de l’esprit. Les perversités d’un film pornographique aussi, dès l’aube levée. Les courbes de ces femmes qui jouent comme actrices dans ce film classé X, sillonnées d’orgueil et d’arrangement las, ouvrent la voie : la traversée des ténèbres que toutes les actrices présentées ici dans ce film (gangbang pour garce) ont connu comme les longues séances de photographies couvertes de sperme ; à Claire Castel on lui a promis un selfie mémorable après l’instant crucial, avec beaucoup d’argent à gagner et avec tout le confort qu’on réserve à une actrice connue, mais cela ne l’intéresse pas pour le moment : elle veut prendre le large, faire une virée clandestine en train et arriver dans cette ville où le monde est hostile.

Puis elle quittera les sentiers battus pour se diriger en pleine nature, plonger une tête dans un lac de la couleur du curaçao ou d’un bleu foncé et, ensuite en se séchant au soleil, respirer l’air libre et serein d’une randonnée au Château de Crussol, affublée de vêtements de luxe qui préfèrent fastueusement la persuasion, la participation des communautés poétiques.

Comme ce Roger Gilbert-Lecomte, le poète au centre de toutes les cabales et cavales, et qui évoque dans son poème Deuil d’azur, un « masque de perles. » Mais ce masque si on le porte et dont il parle mystérieusement, ce masque qui a malgré tout perdu son éclat est réservé aux condamné à mort, au chant des mouches, aux enseignements surnaturels des sorciers en dernier cycle. Avec ce masque, la starlette doit apprendre à découper la viande des caribous fraîchement tués et prendre le risque de les désorienter, ces programmateurs de chaîne coquine pour adultes.

Quant à moi, je suis parti avec le caméraman et maintenant tout ce que je vois, ressens, foisonne de détails synonymes de trémolos lyriques ; même lorsque je regarde un film X où Claire Castel, sous un masque de perles, passe de la succion du vide à la sodomie « obscure absurde et verticale » résonne en moi une envie de délaisser tout ça.

Parmi les autres poèmes retrouvés dans le coffre du poète, j’ai pu remarquer, à la lecture, qu’il n’y a aucun danger de contagion, aucune source de panne à lire sa prose poétique, peut-être devient-elle aussi abjecte que l’informe pseudo-poète ; mais Claire Castel ne rejoindra plus les studios de cinéma, dorénavant six pieds sous terre, pour baiser la forme tant des crinières déhanchantes que de l’air raréfié des cryptes souterraines.

Écrire, et s’enterrer peu à peu sous une existence monacale parce que l’on se fait trop vieux, ici, dans cette vie, voilà ce que le poète veut et il prendra la mesure de chaque chose, nagera à contre-courant des hommes singuliers quittant le monde des illusions, la vérité des montagnes anxiogènes, les pathologie comme le travail du deuil ou de la dépression… Alors pourquoi ne pas écrire sur Roger Gilbert-Lecomte, sur sa « contagion bestiale » qui rêve sous le soleil des chemins menant aux cités d’or, aux perceptions nomades, à Dieu et à sa résurrection comme l’interminable fleuve des initiations dans les bas-fonds de la lumière.

Ainsi, la mémoire de son ordinateur est saturée de fichiers inutiles, plus tard il décidera alors d’utiliser tout ce champ lexical qui a macéré pour écrire un nouveau texte sacré. Par dépit, avant de le jeter dans la poubelle, il se dirige vers la cuisine, et dans un recueillement d’église plein de voix chuchotantes, il mange un yogourt et il songe malgré tout à cet étrange rituel du thé, qui clôt toute malchance et ainsi recrache alors quelque chose de sordide.

Complétement anéanti depuis le départ de Claire, depuis bientôt six grands mois, il patiente, n’utilise pas l’extraordinaire découverte qu’il a inventé lors d’une nuit blanche et s’attarde sur la photo de son fils naturel sur l’écran de son ordinateur.

Il ignore tout des procédés d’un hacker qui lui cache la vérité, ce pirate ayant remplacé l’image de son enfant quand il allume son PC et alors il laisse tomber sur l’appareil un verre de houblon, cette pisse dont l’invention est disputée par tout un tas de patries, aussi inconséquentes que cette action, quand il aperçoit les chiffres indéchiffrables de la matrice mère.

Après cet accident, il retrouve pour les raisons qu’il avait pressenties en laissant l’actrice porno partir de son appartement, le médiocre résultat qu’il y aurait à tirer à écrire un poème à sa dulcinée ; il imagine, tout en haut de la maison, dans une pièce, ou plutôt une cellule solitaire, séparée des autres appartements par une galerie et un escalier, se nicher son atelier d’artiste où il travaille sur ses créations immondes. A force de trop écrire, on devient abject.

A force de tremper ces kilomètres de proses poétiques dans un vin de Xérès qui fait de grandes taches rouge sur la nappe de la table, de l’autre côté de la planète, un autre poète prend en vidéo-selfie Harry Potter avalant l’antidote magique pour se transformer en actrice nue prenant sa fessée sous un ciel verdi par le gaz, reprenant fastueusement tout ses sens après la correction.

Les lignes auparavant écrites comme des hiéroglyphes quand les deux poètes éloignés de plusieurs kilomètres s’aventurent du côté de La Zone, le site de littérature dissidente, forment un titre qu’ils espèrent accrocheur, mais, tellement surpris par leurs vieilles habitudes de scribes pervers qui reviennent au galop, ils ne peuvent jouer qu’à l’écrivain, ils écoulent leur stock de mots « aux éclairs de phosphore » et le « vaisseau vide immergé » de leur récit sombre « sous les larges baies rondes, encadrées d’or. »

Une cicatrice barre leur lèvre supérieure, attirant le regard sur leurs dents noircies. Leur ouvrage brocante l’émotive narration, usurpe la qualité des textes hindouistes et asexués, et là l’horreur absolue : la webcam s’allume et ainsi fait apparaitre une jeune fille, et son sonnet lesbien à Louise, deux vers entrelacés de manque vaginal et de larmes indolentes au creux des rochers universels d’une plage des Seychelles.

L’étrange et extraordinaire selfie des grands singes du Brésil

Sur l’un des textes des exécuteurs, on pouvait lire, éclairé aux néons jaune citron : Si tu prends une photo de toi, tu perds un morceau de ton âme, c’est grâce aux exemples des grands singes du Brésil qu’on sait ça.

Dans l’obscurité enfouie et susurrée des souterrains de ces questionneurs, cela m’avait vraiment inquiété, non pas parce que mon regard distrait s’attardait sur l’inquisiteur photographe aux colliers porte-bonheur, mais parce que de fortes bourrasques soufflaient maintenant dans les cheveux de l’homo Selficus me représentant, avec leur parfum sibérien et superstitieux alors qu’il m’avait pris en photo. Un selfie répugnant qui m’avait refroidis dès le matin, avec, en noir et blanc, nos deux gueules où s’engouffraient les réponses sans question d’un grand singe du Brésil.

Je m’étais donné une page et un temps déterminé (environ jusqu’à 7h30) pour écrire sur ce sujet, en jonglant de temps en temps avec un autre texte où je tentais de faire croire aux lecteur que cette préciosité littéraire était tout droit sortie d’un carnet de moleskine retrouvé dans les poches d’un grand écrivain voyageur, avalée par l’immense jungle brésilienne. Une jungle où je remarquais que les grands singes du Brésil perdaient leur langage religieux au profit de météorologiques colères divines tombant du ciel et leur spoliant le selfie qu’on avait tous ensemble entrepris de faire, dans son avilissante globalité.

Les cendres de l’utopie

Une foule en mouvement et des aveux sous la lumière jaune citron qui révèlent une multitude de rues et de nombreux canaux comme panorama synonyme de chaos et l’horripilante vérité, qui ne doivent bien sûr pas vous faire perdre la foi.

Et des éminences grises intergalactiques comme tant d’autres doctrinaires qui prêchent le silence dans les abbatiales, qui surprennent par leur évocation du christ comme vague icône, par leur porte-bonheur trahissant leurs rêves, leur essence originelle.

Les poésies écrites à minuit telles des peintures murales comme des murmures superstitieux, préoccupant et s’épanchant dans la tasse de café avec le sucre et l’évangile des épaules épurées, du tabac froid inspiré !

Des épaules épurées comme les claies des Oranges Mécaniques, cette troupe de SS lancée sur ses pas. Vidées de leur rêve compliqué, les rollers aux pieds, dans la chambre dix d’un hôpital psychiatrique, les claies, dans une course-poursuite avec le casse-gueule des échecs amoureux, coincent ce type et la plupart des marabouts sibériens s’arrêtant brutalement en se frappant le front. Vendu sur les marchés humains et cyborgs comme esclaves, le fil de sa trajectoire parade, en portant son mobile à l’oreille : des cerceaux cloutés et une Matrice Hitlérienne se refermant comme des griffes, où l’on a jamais vu autant de drapeaux nazis claquer aux fenêtres et à chaque fois la correction de la course pour lui échapper.

Les plus étonnés sont les cyborgs eux-mêmes. Quelques heures plus tôt, ils prononçaient partout le nom d’une guerre pour le pétrole comme le Kippour ; un hacker ayant réussi à extraire données et mots de passe informatiques du réseau des Oranges Mécaniques.

Haïkus et Poèmes

Haïkus et Poèmes avaient transformé la plèbe en une armée nomade, assoiffée de vengeance suite à la diffusion médiatique de mes fables ; leurs regards tournés vers l’intérieur de ma charpente osseuse j’étais sur le point de m’échapper de ce guet-apens lorsque l’obscurité de leurs mots susurrés tomba soudain en pluie à mon oreille. 

Ce fut si intense que mon corps tout balafré, avant qu’il puisse coller ses stigmates sur la bande audio de l’enregistrement, fut enveloppé d’une camisole de force. Etreignant tout type de surfaces corrosives ou auditives, le Capitaine de cette armée nomade le charcutait si bien ce corps lynché qu’il ne restait déjà de la camisole que des guenilles, et de mes organes éparpillés sur le sol qu’un trouble accolant le fichu de paille de Madame Carnaval, avec moi sur les braises incandescentes.

Les atrocités avaient commencé comme un film dissident et s’immisçant comme une propagande déviante au sein d’une bobine classiquement conventionnelle, hâtivement leurs résidus d’images stellaires s’étaient subliminalement implantés sur le Grand Ecran, pour vanter la puissance de ce réseau prosélyte ; ce furent ensuite, sur ces cendres méthodiquement profanées, qu’ils percèrent l’ouverture des fameuses mines aurifères, indispensables à la survie des Haïkus et Cie. 


Palpitant ses mystères en une forme d’hululement, il lui suffisait d’une seule goutte de poison pour que le Capitaine mette le feu au centre de la place publique et que les vilains festoient de ce bûcher, encore peu rassasié de la fureur des éradicateurs. Ils jetaient sans cesse les poèmes des autres fabulateurs, soit pour alimenter le feu, soit pour invoquer leurs dieux et l’attiser ainsi à une vitesse de croisière frénétique.

Tant de révélations sur le but de la vie furent rapportées de cette parade sauvage !

Ainsi, au cœur de ce remue-ménage, à l’heure où tout allait s’enflammer au Carnaval de la Grande Comédie, nous vîmes Esméralda et sa chèvre Djali danser sur un tas d’ordure. Les passants, tout comme les soldats, la langue pendante, admirait ce striptease qu’elle effectuait parfaitement, et à mesure qu’elle se dénudait, le Grand Inquisiteur Clopin Trouillefou qui avait mené le cortège courroucé devant le Bûcher dressé pour l’occasion, perdait peu à peu son latin. Installé confortablement dans son écrin de velours, depuis sa Chaire ecclésiastique, Monseigneur Le Cardinal Frolo scrutait les moindres mouvements et formes généreuses d’Esméralda. 

Tandis qu’au centre de la place publique, j’offrais avec Madame Carnaval ma chair suppliciée, attachée à un lourd carcan hérissé de pointes métalliques ; Esméralda détourna l’attention des Haïkus&Cie, tous ces gueux à l’origine déterminés à affranchir notre peine capitale. Ce fut ainsi que Quasimodo Del Paris, son complice, nous détacha des instruments de torture et nous guida vers une plaque d’égouts, seule issue pour s’échapper des Fanatiques.

Phoebus, l’autre Capitaine des Gardes du Roy, qui était aussi notre complice, facilita Esméralda dans sa fuite en emportant les féroces guerriers dans une impasse. 
Le Capitaine Had’Oc Buboc rugissait de colère mais il était trop tard : notre petite bande sous l’égide d’Esméralda était en cavale dans les souterrains de Paris.
Nous devions nous retrouver extra-muros sous la lanterne d’un bordel, au 22 Rue du Chat qui Pelote. Les retrouvailles s’annonçaient joyeuses…

Laissant un drôle de goût bigrement inorganique de fête gâchée et inachevée, la Saint-Con, même si ce n’était pas Manson qui allait sonner son glas, avait été bel et bien escamotée cette année : La Compagnie Haïku, pour autant, ne voulait pas la sceller sur cette triste histoire, elle s’était déjà élancée sur les pas des rescapés, désirant une fois de plus une revanche !

Serpentant autour du trou de la bouche d’égout laissée ouverte, quelques arabesques d’hémoglobine fraîche avaient été décelées par la Horde ; et la course-poursuite s’était engagée à peine la stupeur retombée.


Frolo avait cette chance inouïe et surnaturelle de posséder un orbite dilaté et surtout clairvoyant dans l’obscurité ; ce fut donc, en toute logique, qu’il entraîna la troupe derrière lui. N’arrivant pas à colmater le sang qui s’échappait de mes horribles balafres, il était aisé pour eux de me suivre à la trace. Ils commençaient à nous rattraper, leurs hurlements sauvages étant de plus en plus distincts à travers les tuyauteries, lorsque soudain un don du ciel nous parvint : peu de temps après avoir dépassé la planque des Tortues Ninjas, Victor Hugo en personne nous interpella pour nous proposer un raccourcis dans ce dédale nauséabond ; il revenait de faire des courses (pour ses potes ninjas d’ailleurs) et de son cabas, il tira un plan pour nous montrer le fameux raccourcis. 
« Troisième porte après l’ascenseur, tapez la lettre C et le chiffre 3 pour le code, et tout de suite à votre gauche, arrivez dans un hall d’immeubles (où il y a encore quelques squatteurs fumeurs de haschisch qui ont pas dégagé depuis la descente musclée du Cardinal Frolo dans cette zone de salgoins) et prenez la première porte devant vous : vous êtes dans la Rue du Chat Qui Pelote ! »

Le Projet Blaireaux : Danse avec les Ombres !

Les résultats et conséquences de son approche étant facilement à deviner, l’auteur emblématique de la nouvelle génération des romanciers français de l’imaginaire, avait jugé bon d’effectuer une ellipse à la moon-walk pour revenir sur cette douloureuse et incongrue crémation qui s’était déroulé quelques heures plus tôt avant leur arrivée sur la Place du Village. 
Mais l’auteur, avait-il cramé la fin de son histoire ?


Ce dernier épisode, d’après le manuscrit retrouvé dans les décombres fumants du Château de Crussol, traitait malheureusement de la genèse de ce récit que quiconque ne voudrait jamais écrire ni lire. L’auteur, un consultant pour les montres Hermès, avait inventé deux personnages : Taylor et Charles Manson ainsi que le regretté Tréfonds Tournesol, alors qu’il revenait d’une randonnée sur sentiers sableux. De retour dans sa chambre d’hôtel à Saint-Péray, où il se plaignait, penché sur son ordinateur aux bourdonnements déconcertants, des brûlures causés par le soleil, préludes avant sa crémation certaine.

Il avait soif.
L’alcool, ce liquide psychotrope contenu dans les bouteilles de vin blanc, avait fait son chemin, il avait perdu littéralement, mais peut-être l’avait-il déjà perdu bien auparavant, sa raison.

Et ses multiples blessures solaires n’arrangeaient rien, il était devenu ce « porc grillé, trop salé » comme dans cette chanson si personnelle de Julien Doré qu’il aimait écouter lors de ses cuites.

Le Projet Blaireaux n’avait pas non plus de mémoire. Il n’y avait plus rien à faire : le disque dur et la carte mère de son ordinateur avait été noyés suite à cette tasse de café renversée et depuis son crâne la suite géniale avait été jetée aux oubliettes des tréfonds de l’esprit.
C’était pourtant un très bon café, provenant des hauts plateaux de l’Éthiopie, mais l’ordinateur n’avait vraiment pas apprécié.

L’auteur avait cherché toute la nuit à trouver une solution, jonglant de temps en temps avec le film « Taking 2 big Dicks » qui passait sur une chaîne porno et ses carnets de moleskine, désespérément vides.

Au-dessus du Château de Crussol, qu’il voyait depuis la fenêtre de sa chambre, les étoiles restaient immobiles et contractées au fond de leur fièvre, avec leur aveu et l’horreur de ne pouvoir imaginer une suite avec lui à ce triste récit…

Il allait soulager sa vessie lorsqu’il entendit, du fond des ténèbres oubliées, les hurlements du châtelain de Crussol se répandre hors des ruines, ces murailles qui l’avaient protégé pendant son règne maléfique. Ces cris, colportés par le vent qui l’étranglait en pensées contradictoires, l’invitaient à le rejoindre au sommet du donjon abandonné pour une danse macabre avec les ombres défuntes du Moyen-Âge.
Cet appel ténébreux du Châtelain de Crussol l’avait étreint et ce fut ainsi qu’il sortit furieusement de l’hôtel, guidé par ces voix d’outre-tombe.

De cette obscurité, il ne garderait peut-être rien.

Quatrième et dernier épisode !

Les rumeurs d’ici disaient que le fantôme du Châtelain avait toujours existé et qu’il existerait toujours, observé en cachette en des immensités lointaines ou en ces lieux obscurs situés sur les hauteurs du château de Crussol, en attendant le moment où l’on élèverait de sa sombre demeure le Bûcher des Ombres Fantastiques et réduirait à nouveau la terre à sa merci. 

Nul ne pouvait plus entendre, aujourd’hui, ses hurlements, seul l’auteur de ce récit avait été l’heureux élu pour transmettre le rituel psalmodié de la Saint-Con. La mélopée signifiait simplement : « Dans sa demeure de Crussol le Sieur De La SchwarStich rêve et attend. »

Roi, il régnait aux premiers temps de la cité. Prophète, il avait prédit sa fondation et sa fin. Ectoplasme, il pleurait les cons du passé en des nécropoles depuis longtemps réduites en poussière.

L’auteur parvint aux escarpements et fut un peu surpris de remarquer que la clarté trompeuse de la lune leur donnait une apparence subtile qu’il n’avait pas notée auparavant -dans cette curieuse lumière, ils paraissaient moins éperons naturels que ruines de remparts cyclopéens et titanesques, jaillis de la pente de la montagne. L’auteur s’arracha avec difficulté à cette hallucination et ayant atteint le plateau, il hésita un instant avant de s’engouffrer dans l’obscurité inquiétante des bois jouxtant les ruines du château.

Après quelques heures de marches effrénées, il arriva au sommet où le grand donjon abandonné se dressait de toute sa hauteur, redoutable, imprenable de tous les côtés. Un coup d’œil jeté sur sa montre lui révéla que minuit approchait. L’auteur luttait contre la somnolence, mais le sommeil le gagna pourtant ; le donjon parut se balancer, danser, se déformer étrangement sous son regard, puis il s’endormit.
Il rouvrit les yeux et tenta de se relever, mais il y renonça aussitôt, car une poigne glaciale paraissait s’être posée sur lui et l’avoir réduit à l’impuissance. Une grande frayeur s’empara de lui. La cour du donjon n’était plus déserte. Une foule silencieuse, étrange, s’y pressait et formait un vaste cercle autour de lui et attaquait une sorte de mélopée -gloire et longue vie au Saint Con de l’année ; tous les regards étaient tournés vers l’auteur, qu’ils paraissaient invoquer.

Au centre de la cour du donjon, une sorte de brasier brûlait et il s’en élevait les tourbillons d’une abominable et nauséabonde fumée jaune. Il était nu, allongé et attaché fermement à côté du brasier. De l’autre côté du feu, se détachant nettement de la foule par ses somptueux habits, le Châtelain ordonna, aux rythmes des tambours, la mise à mort tant attendue de l’auteur qui avait osé participer et souiller ainsi le rituel de la Saint-Con. Les fidèles, hurlant, écumant, se précipitèrent sur le corps du jeune auteur innocent, et l’attaquèrent avec les ongles et avec les dents, en une passion aveugle de bestialité, avant de lui fracasser le crâne contre une pierre et de laisser une tache horrible sur la sombre surface. Ainsi la forme rouge et déchiquetée du corps du pseudo écrivain fut jetée dans le brasier ; sous une pluie cramoisie de flammes et de fumées, le Con brûlait tandis que les brutes en folie hurlaient sans fin le Nom du Con de l’année prochaine…

L’enfiévrement

Décrivant l’enfiévrement d’une étrange machine qui bluffait tout le monde sur le campus et pour s’enfuir par les trous fatigués d’une planche dégringolant des terres sacrées d’Afrique, cette nouveauté chimique avait un goût de papaye et de faunes démasqués sur le littoral où nous étions pour pique-niquer avec un millier d’enfants.

Et Connie qui se déhanchait dans les tasses de café noir ce matin, arrachait de ses mains osseuses la Grande et la Petite Ourse de leur sommeil sans fond. Décrivant aussi l’enfiévrement de ses propres pensées, pourfendeuses d’armées battues en retraite, l’étrange machine, avec certainement un peu d’espoir, révélait un écran pourpre symbolisant le flot de la tequila qu’on buvait avec les Aztèques du coin.

Des boîtes de films qui traînaient dans leur bobine des planctons rebelles et des torpilles vanillées contenaient des morpions se consolant en désobéissant aux jeteurs de déhanchés et de déhanchements sorciers. Chaque jour, comme une voix off mais à bon escient, l’ancien monde des extraterrestres s’emparait des boîtes de films pour protéger les intérêts des messages laissés aux poètes.

Et poétiques et mystiques étaient aussi ces nids de malandrins, nomades par essence, qui scellaient tous les poèmes du monde.

La violence de la scie !

Univers boudin et compote, sans commune mesure à chaque rentrée d’argent, à chaque structuration génétique ; et sans commune mesure aussi, il y avait aussi du chewing-gum collé sur le dessous du siège de cette entreprise locale où j’écrivais. Une structuration génétique qui essayait d’échapper à la violence de la scie, aux pigmentations bizarroides de ces dessous de siège.

En clouant sur la porte des cabanes au fond du jardin ou perchées en haut des cèdres de pauvres ailes de moineaux et les pages du livre d’un virtuose de la poésie, fastueusement, le moral se raccordait à la violence de la scie ; chaudement et mollement retournée dans les cerveaux criminels, la violence de la scie, partiellement électronique, partiellement organique, était gauche quand leur élascticité glaciale, remplaçable traçait des lignes entre la dictée des textes enchanteurs de Jules Verne.

Et le souffle irrationnel exaltait leur pigmentation et leur idée directrice comme une kyrielle proprette d’alcoolémie sanguine ! L’unique monocle du chimpanzé, relié à un câble ou au yo-yo habituel des trois nuances du goudron et leurs enveloppes télépathiques, se noircissait lors de ses montées d’adrénaline : des portaits à la Dorian Gray habitant dans l’une des cabanes de la forêt mystérieuse, au-dessus de l’arche perdue ; l’arche perdue qui contenait alors, à travers les représentations des jeux d’osselets tourmentés sur les toiles, l’antiquité de leurs plantes et qui allait bientôt tomber en désuétude, avant de tremper à nouveau, de s’étourdir et de s’évanouir sous des tonnes de ketchup.

Orange Mécanique : chapitre trois

Les anges mécaniques le traînaient inlassablement dans le fiacre métallique du désespoir.

Les instruments chirurgicaux du personnage du nouveau roman Orange Mécanique, sur la scène des anges mécaniques, ne servaient pas aux opérations d’Alex DeLarge s’avachissant dans son canapé, obsédé par une grave dépression et cette tenace envie d’écrire sa noirceur. Ce qui le bloquait, ce n’était pas leur incessante vadrouille à l’intérieur de son appartement ou leurs examens intergalactiques, sombres comme des pierres tombales, qui faisaient loi sur son territoire grouillant de vices. Ce n’était pas non plus, dans son quartier, les manifestations des gilets jaunes en les regardant par la fenêtre, planqué dans sa tour d’ivoire, ni les girandoles des flics qui s’allumaient de toutes les couleurs à chaque échauffourée.

Commençons par une évidence afin de couper court à tous les malentendus : il était obnubilé par des films pornographiques où l’on voyait de jeunes filles aux ailes d’anges mécaniques lécher les couilles de connards comme vous et moi… En effet, visionnant dans leur très grande majorité des vidéos classées X, il était, ce personnage du roman Orange Mécanique, sur le point à chaque fois d’éjaculer quand l’ange disparaissait sous des tonnes de foutre anticoagulant : à chaque scène de gangbang qui demeurait assez bourbeux et occulte, son pénis se lubrifiait et l’envie de dégourdir sa bite silencieusement dans le noir devenait plus pressante.

Mais bref, ne nous attardons pas sur ces détails sordides. Comme décor : des murs avec des photos avaient brisé la magie des lieux : des photos de son ex, Angela qui était trop vieille pour lui. Vingt ans d’écart, imaginez.
Cette nuit, il était comme aimanté par le vide sidéral qui s’offrait à lui, par cette nuit où toute liberté se retrouvait piégée dans une toile d’araignée : en effet, il n’avait plus assez d’argent pour voir les putes.

Pendant ces heures qui semblaient d’éternelles contrefaçons pornographiques, il avait écouté à la porte d’entrée de son appartement tout en observant la vieille qui était affichée sur les murs du couloir.
Au bout d’un moment, il avait entendu sa voix brisée, la voix brisé d’Angela qui lui disait qu’elle était complètement perdu sans lui.
Encore une énième tentative de son esprit imaginaire qui lui jouait des tours pour comprendre l’obscurité naissante de ce vide sidéral.

Il était retourné dans la pénombre de sa chambre, pour implorer repentir et pénitence aux anges mécaniques.
Dans sa déchéance, il avait commencé à lire les carnets de Leonard de Vinci qui cachaient, il en était convaincu, des secrets épouvantables.
Des bouquets d’idées vagabondes et furieuses l’accompagnaient tout au long de sa lecture.
Sur le premier carnet, il y avait, difficilement déchiffrables, des écritures illisibles ou des hiéroglyphes. Un travail obstiné pour disperser toute compréhension.

Entre ses mains moites, il tenait quelque chose d’absolument moderne, la littérature était morte : tout le monde le savait.

L’écrivain savant avait également reproduit sur le papier griffonné à la hâte une serrure assortissant une lourde poignée… avec, des poinçons mélancoliquement superposés évoquant ses instruments de chirurgie ; était dessinée, enfin, avec le même souci de précision inquiétante la porte qui devait abriter l’antre d’un monstre difforme comme ces anges mécaniques.

Orange Mécanique. Chapitre deux

A peine nubiles et libres de leurs mouvements, les jeunes filles surveillaient de près leur quota de bites dans la chatte ; à cette époque aussi, on voyait des pantins bourgeois aller en carrosse, en chaise à bras ou, selon leurs moyens, à dos de cheval, de mule… et d’homme. Pourquoi de tels voyages ?

Tout simplement parce que les multinationales de l’automobile avaient fait faillite, leurs milliards de dollars hackés par notre simple et petit ordinateur noir qui contenait aussi secrètement des centaines de dédicaces de Johnny Hallyday, le dieu des bistrots comme le PMU de vos quartiers populaires. Des dédicaces scannées alors, moyennant finance par PayPal, aux mères de famille, surtout des ménagères de cinquante à soixante ans qui n’avaient en réalité aucune idée de nos objectifs punk-alternatifs.

En effet, naviguant sur les plates-formes virtuels des chanteurs décédés comme Johnny, et par effet de mimétisme avec l’univers des prolos, nous chapardions leurs données pour nous offrir, prochainement, une milice de mercenaires prêts à en découdre avec le monde moderne. Car leur monde avait un défaut majeur, leur monde avait un goût de liberté sexuelle qui ne nous convenait pas. En rétablissant la burqa pour toutes les femmes en âge de procréer, nous espérions faire tomber les masques des libertins, rétablir l’immaculée conception même chez les hippies ou les nomades hétérosexuels ou homosexuels.

En ce qui concernait notre mode de vie, nous nous enfermions dans un souterrain, à l’abri des regards, avec des barreaux noirs qui laissaient innocemment passer un éparpillement de lumière jaune citron, à l’entrée d’une ouverture telle qu’une plaque d’égout. Nous étions sous la surface de la ville et l’on entendait la nuit des mots susurrés au-dessus de nos têtes : une rumeur racontant que les pensées négatives se cachaient encore dans l’obscurité de notre tanière.


Nos activités nocturnes consistaient à se hasarder dans les ruelles pour remplacer, à la place des écritures des panneaux publicitaires, le savant tracé d’un pentacle et le dessin torturé des symboles draconiques. Les gens superstitieux, le matin à l’aube, ouvraient de grands yeux écarquillés, surpris de voir l’ordre de Satan survivre encore. Mais nous n’étions pas satanistes, juste des personnages inspirés, je dirais.

Un soir, il y eut alors une explosion aveuglante et silencieuse, et tout prit fin. Lorsque l’on put de nouveau y voir dans la crypte, notre ordinateur, qui n’avait jamais été nettoyé de tous ces algorithmes lugubres, avait pris feu ; il était en cendre à présent mais la mort prématurée de notre machine ne devait pas nous attrister. La vie reprit bientôt dans le souterrain, en même temps que les quémandeurs de la publicité s’étaient réincarnés en casaques rouges en éloignant le spectre des pentacles et des symboles draconiques. Bien sûr, ils avaient gagné la guerre comme à chaque fois, les doctrinaires de la débauche bienheureuse également.


Le Projet Blaireaux

Ils étaient les intrus qu’on veut oublier. Voilà pourquoi La Saint-Con, cette année-là, fut en quelque sorte escamotée. Selon Charles Manson, à qui Taylor reconnaissait un langage de plus en plus ironique, c’était tous les jours, La Saint-Con. Mais cette fois, une fois pour toute, ils allaient sonner le glas de cette fête pitoyable.

Ils avaient roulé toute la nuit dans une Renault Scenic de troisième zone, avec des poules qui n’arrêtaient pas de glousser à chaque blague vaseuse de Manson. On entendait aussi, provenant du coffre, un son étouffé : tantôt un couinement ou un gémissement, tantôt une plainte aiguë, une complainte revigorante pour leurs deux cœurs transis : Charles Manson et Taylor avaient capturé le roi et la reine de la Saint-Con et ils comptaient les ramener chez nous, en piteux état, dans notre bourgade où se déroulait annuellement la célèbre Saint-Con.


Au petit matin, alors que Charles Manson gara la Scenic sur le parking de la place du village, Taylor commença à exulter à l’idée de se voir enfin en haut du podium, la Golden Cup à la main et le sourire vainqueur. Pétrifiée par son maquillage extravagant, l’une des poules atténua son ardeur en esquissant une moue qui en disait long. Selon le rapport de son dernier psychiatre, Taylor était aussi mégalomane que le sieur Ramsès II, ses idées les plus loufoques jaillissaient directement de sa sentinelle cérébrale ; raison pour laquelle il affectionnait Age of Mythology, ce jeu lui donnant l’illusion qu’il possédait « un génie stratégique » selon ses propres mots.


Quant à Charles Manson, frustré d’un lointain amour filial, ses projets d’éducation se résumaient à la vivisection de petites têtes blondes ou brunes ; à cette heure d’ailleurs, trempant à moitié dans l’eau ensanglanté, ses grumeaux se mélangeaient aux lubrifications vaginales d’une merdeuse qu’il avait affligé, formant des décalcomanies étonnantes sur les parois de sa baignoire. À sa mémoire, Manson baptisa sa nouvelle œuvre d’art du nom d’une actrice hindoue de Bollywood dont le maquillage indien, en particulier ce bindi (ou troisième œil de Shiva), seyait si bien avec ses tenues affriolantes. Il aimait débattre de longues heures sur ce sujet à vif lors de ces repas de famille, toujours bien arrosés de ce bon sens œnologique (ce bon sens œnologique qui avait parcouru les époques et les strates des divers sociétés, de la petite paysannerie du Moyen-Âge jusqu’à la Grande Noblesse de nos jours). C’était un véritable supplice, ces repas de famille, longs comme un interminable déballage intestinal, pour Kurt Cobain son ado de fils qui utilisait les substances et traitements adaptés pour s’endormir avant le dessert et ainsi rater le fameux « nivellement par le bas » thème propre à sa classe sociale.

« Pingouins dans les champs, hiver méchant » avait prédis Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village ; celui-ci vivait dans une semi-huttes de palmes, dans une marmaille accidentelle de pieds, pénis et nombrils, morves et rires, et cherchait maladroitement à se faire aimer de ses semblables en lançant ses prédictions à la cantonade tous les matins de bonne heure sur la Place du Village. Ce fut ainsi qu’il croisa la route de Taylor et Manson en train de décharger du coffre de la bagnole le roi et la reine de la Saint-Con. A force de gueuler dans tous les azimuts, cette espèce d’illuminé allait les repérer, ils seraient alors pris en flagrant délit d’enlèvement ; Manson eut un haut-le-corps, des secousses de répulsion, face à cet individu incontrôlable puis il se ravisa, il fallait garder la tête froide : il prit le manche de pioche qui trainait à l’arrière de la bagnole et commença à avancer en direction de Tréfonds qui ne le voyait pas arriver, perdu à travers les ténébreuses absences du flux et du reflux de son harangue onirique (probablement à cause de cette ingestion d’étranges pilules quelques heures plus tôt.)


A suivre !

Orange Mécanique. Premier chapitre

A cette époque, ce n’était pas la peine de sortir de polytechnique pour savoir quel temps nous allions subir le lendemain. Sa majesté le Soleil n’était plus là, nous étions plongé dans une quasi-obscurité ; la pollution avait enfin réussis à voiler le ciel au point qu’on se demandait combien de temps il nous restait avant que la terre soit complétement dépeuplée.

Pourtant, loin de m’attrister, cette situation avait fait naître en moi une folle envie de vivre mes derniers jours intensément. Ainsi, le matin, je m’étais habillé comme Alex DeLarge, le sociopathe et personnage central dans le film Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Je portais fièrement le knickers, cette culotte serrée que j’avais acheté sur eBay avec l’ensemble vestimentaire.


J’avais délaissé mon stock de vidéos X ; et pour cette journée qui allait sûrement être la dernière, j’étais sorti dans la rue afin de satisfaire mes pulsions bestiales comme dans le film.
Cependant, la plèbe masculine avait eu la même idée que moi : il y avait à tous les coins de rues des viols collectifs qui étaient tout aussi sordides les uns que les autres.
Frustré qu’on puisse me voler cette idée géniale, j’étais rentré chez moi et j’avais attendu la fin du monde en dormant presque paisiblement.

Cependant, au deuxième jour, tout était déjà rentré dans l’ordre : on avait pardonné aux violeurs leurs erreurs, l’épais nuage de pollution s’était dissipé et le soleil brillait à nouveau au-dessus de nos têtes joyeuses. Mais le monde à peine remis de ses émotions, les astrophysiciens nous apprirent qu’une météorite géante allait percuter la planète et provoquer ainsi l’apocalypse.
Cette fois, j’allais vraiment profiter de cette ultime et extraordinaire journée : j’avais délaissé les préliminaires, j’étais sorti à poil dans la rue ; à peine sur le trottoir, je vis, horreur absolue, le facteur et la voisine en tenue d’Adam et Eve, forniquer.

En réalité, la seule chose qui nous rapprochait, ce n’était qu’une tenue.
Et puis, à l’époque où se déroulait le récit, le monde avait oublié le chef d’œuvre de Kubrick.
D’ailleurs, le monde semblait baigner dans une apparente béatitude fraternelle où la violence, qu’elle soit psychologique ou physique, avait été soigneusement écartée.

Toutes les sociétés, occidentales comme orientales, étaient passées sous le joug du bien-être bouddhiste, de la félicité zen, et d’autres conneries satisfaites.

Ce fut ainsi, dans ce contexte, que je quittais ma chambre d’hôtel, un Ibis qui avait partagé l’engouement et la mode actuelle en proposant une salle dédiée à la méditation.

J’avais décidé de rejoindre mes compagnons, deux frères paumés au milieu de ces bisounours ; j’étais monté spécialement sur Paris pour les voir, et bien sûr finaliser notre projet d’attentat, lorsque j’appris à la dernière minute qu’ils avaient été arrêtés pour trafic d’armes.

Nous étions considérés comme des malandrins qui mettaient le pays à feu et à sang alors que nous en étions encore qu’aux balbutiements ! Les médias exagéraient toujours, même aseptisés ils nous décrivaient comme des fléaux programmant de futures hécatombes.

A suivre !

Crocodiles noirs !

Dans la gueule du crocodile, étreignant la largeur comme la longueur de sa mâchoire : une centaine de mètres polaires à parcourir pour hypnotiser l’immobilité elle-même. Des brins de soleil qui sprintent comme des toussotements d’un autre monde et nous deux dedans. Nous deux dedans sans véritablement les liquéfier, les deux gencives altérées et végétales du crocodile noir !

Mais aussi, du venin à foison qui macule l’arbre cure-dents en déclenchant du haut de ses branches des avalanches à l’ouest des quinquagénaires. Et puis des crins de flaques d’absinthe discriminant la perspicacité soucieuse des étayages fossilisés. Fossilisés comme si grassement les monosyllabes de la faune se recueuillaient après le départ de la fusée.

L’unique troll dans la vulve du crocodile rejoint les eaux saumâtres à l’origine des voyages matriciels et des sentiments de love buzz amoureux, alors, crissent sur le début du papier, traînant à leurs suites des serpentins, des scintillements et des lambeaux de fleuve noir ; enfin des poignées de soleil vert à la place des pertes de vitesse onirique !

La bible des églises fantastiques

Pour faire trempette dans l’appareil digestif, les cabotines gouttes de pluie déstructurées qui courent sur le comptoir en ivoire de l’impératrice jusqu’à l’exténuation. Pour crapahuter dans la montagne, entourée de caméras, de saignées argentées et d’ombres chinoises, une triplette de rois stéréotypés qui escalade les falaises à mains nues. Pour prendre la poudre d’escampette, de tumultueuses et tragiques forces obscures qui vacillent à la lecture d’une bible pour églises fantastiques.

Le bien et le mal comme racines de bananiers à utiliser en potions magiques. De canoniques conceptions qui encouragent la criminalité des cités d’or et la débâcle des positions de défense contre les forces du mal occulte. En wi-fi ou en réseau, l’écume des vagues qui arrosent les edelweiss : des puces implantées sous la peau qui se dressent sur leurs ergots, finissant le paragraphe de J. K. Rowling.

Un mal aux origines des raffinements les plus orientales qui culbute les technologies à la pointe. Cependant, au fonds des puits séduisants, des propositions de rachat des soieries précieuses soufflent, en venant des alpages, des stratus sucrés !