Orange Mécanique. Chapitre deux

A peine nubiles et libres de leurs mouvements, les jeunes filles surveillaient de près leur quota de bites dans la chatte ; à cette époque aussi, on voyait des pantins bourgeois aller en carrosse, en chaise à bras ou, selon leurs moyens, à dos de cheval, de mule… et d’homme. Pourquoi de tels voyages ?

Tout simplement parce que les multinationales de l’automobile avaient fait faillite, leurs milliards de dollars hackés par notre simple et petit ordinateur noir qui contenait aussi secrètement des centaines de dédicaces de Johnny Hallyday, le dieu des bistrots comme le PMU de vos quartiers populaires. Des dédicaces scannées alors, moyennant finance par PayPal, aux mères de famille, surtout des ménagères de cinquante à soixante ans qui n’avaient en réalité aucune idée de nos objectifs punk-alternatifs.

En effet, naviguant sur les plates-formes virtuels des chanteurs décédés comme Johnny, et par effet de mimétisme avec l’univers des prolos, nous chapardions leurs données pour nous offrir, prochainement, une milice de mercenaires prêts à en découdre avec le monde moderne. Car leur monde avait un défaut majeur, leur monde avait un goût de liberté sexuelle qui ne nous convenait pas. En rétablissant la burqa pour toutes les femmes en âge de procréer, nous espérions faire tomber les masques des libertins, rétablir l’immaculée conception même chez les hippies ou les nomades hétérosexuels ou homosexuels.

En ce qui concernait notre mode de vie, nous nous enfermions dans un souterrain, à l’abri des regards, avec des barreaux noirs qui laissaient innocemment passer un éparpillement de lumière jaune citron, à l’entrée d’une ouverture telle qu’une plaque d’égout. Nous étions sous la surface de la ville et l’on entendait la nuit des mots susurrés au-dessus de nos têtes : une rumeur racontant que les pensées négatives se cachaient encore dans l’obscurité de notre tanière.


Nos activités nocturnes consistaient à se hasarder dans les ruelles pour remplacer, à la place des écritures des panneaux publicitaires, le savant tracé d’un pentacle et le dessin torturé des symboles draconiques. Les gens superstitieux, le matin à l’aube, ouvraient de grands yeux écarquillés, surpris de voir l’ordre de Satan survivre encore. Mais nous n’étions pas satanistes, juste des personnages inspirés, je dirais.

Un soir, il y eut alors une explosion aveuglante et silencieuse, et tout prit fin. Lorsque l’on put de nouveau y voir dans la crypte, notre ordinateur, qui n’avait jamais été nettoyé de tous ces algorithmes lugubres, avait pris feu ; il était en cendre à présent mais la mort prématurée de notre machine ne devait pas nous attrister. La vie reprit bientôt dans le souterrain, en même temps que les quémandeurs de la publicité s’étaient réincarnés en casaques rouges en éloignant le spectre des pentacles et des symboles draconiques. Bien sûr, ils avaient gagné la guerre comme à chaque fois, les doctrinaires de la débauche bienheureuse également.


A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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