Les anges mécaniques le traînaient inlassablement dans le fiacre métallique du désespoir.

Les instruments chirurgicaux du personnage du nouveau roman Orange Mécanique, sur la scène des anges mécaniques, ne servaient pas aux opérations d’Alex DeLarge s’avachissant dans son canapé, obsédé par une grave dépression et cette tenace envie d’écrire sa noirceur. Ce qui le bloquait, ce n’était pas leur incessante vadrouille à l’intérieur de son appartement ou leurs examens intergalactiques, sombres comme des pierres tombales, qui faisaient loi sur son territoire grouillant de vices. Ce n’était pas non plus, dans son quartier, les manifestations des gilets jaunes en les regardant par la fenêtre, planqué dans sa tour d’ivoire, ni les girandoles des flics qui s’allumaient de toutes les couleurs à chaque échauffourée.

Commençons par une évidence afin de couper court à tous les malentendus : il était obnubilé par des films pornographiques où l’on voyait de jeunes filles aux ailes d’anges mécaniques lécher les couilles de connards comme vous et moi… En effet, visionnant dans leur très grande majorité des vidéos classées X, il était, ce personnage du roman Orange Mécanique, sur le point à chaque fois d’éjaculer quand l’ange disparaissait sous des tonnes de foutre anticoagulant : à chaque scène de gangbang qui demeurait assez bourbeux et occulte, son pénis se lubrifiait et l’envie de dégourdir sa bite silencieusement dans le noir devenait plus pressante.

Mais bref, ne nous attardons pas sur ces détails sordides. Comme décor : des murs avec des photos avaient brisé la magie des lieux : des photos de son ex, Angela qui était trop vieille pour lui. Vingt ans d’écart, imaginez.
Cette nuit, il était comme aimanté par le vide sidéral qui s’offrait à lui, par cette nuit où toute liberté se retrouvait piégée dans une toile d’araignée : en effet, il n’avait plus assez d’argent pour voir les putes.

Pendant ces heures qui semblaient d’éternelles contrefaçons pornographiques, il avait écouté à la porte d’entrée de son appartement tout en observant la vieille qui était affichée sur les murs du couloir.
Au bout d’un moment, il avait entendu sa voix brisée, la voix brisé d’Angela qui lui disait qu’elle était complètement perdu sans lui.
Encore une énième tentative de son esprit imaginaire qui lui jouait des tours pour comprendre l’obscurité naissante de ce vide sidéral.

Il était retourné dans la pénombre de sa chambre, pour implorer repentir et pénitence aux anges mécaniques.
Dans sa déchéance, il avait commencé à lire les carnets de Leonard de Vinci qui cachaient, il en était convaincu, des secrets épouvantables.
Des bouquets d’idées vagabondes et furieuses l’accompagnaient tout au long de sa lecture.
Sur le premier carnet, il y avait, difficilement déchiffrables, des écritures illisibles ou des hiéroglyphes. Un travail obstiné pour disperser toute compréhension.

Entre ses mains moites, il tenait quelque chose d’absolument moderne, la littérature était morte : tout le monde le savait.

L’écrivain savant avait également reproduit sur le papier griffonné à la hâte une serrure assortissant une lourde poignée… avec, des poinçons mélancoliquement superposés évoquant ses instruments de chirurgie ; était dessinée, enfin, avec le même souci de précision inquiétante la porte qui devait abriter l’antre d’un monstre difforme comme ces anges mécaniques.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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