Haïkus et Poèmes avaient transformé la plèbe en une armée nomade, assoiffée de vengeance suite à la diffusion médiatique de mes fables ; leurs regards tournés vers l’intérieur de ma charpente osseuse j’étais sur le point de m’échapper de ce guet-apens lorsque l’obscurité de leurs mots susurrés tomba soudain en pluie à mon oreille. 

Ce fut si intense que mon corps tout balafré, avant qu’il puisse coller ses stigmates sur la bande audio de l’enregistrement, fut enveloppé d’une camisole de force. Etreignant tout type de surfaces corrosives ou auditives, le Capitaine de cette armée nomade le charcutait si bien ce corps lynché qu’il ne restait déjà de la camisole que des guenilles, et de mes organes éparpillés sur le sol qu’un trouble accolant le fichu de paille de Madame Carnaval, avec moi sur les braises incandescentes.

Les atrocités avaient commencé comme un film dissident et s’immisçant comme une propagande déviante au sein d’une bobine classiquement conventionnelle, hâtivement leurs résidus d’images stellaires s’étaient subliminalement implantés sur le Grand Ecran, pour vanter la puissance de ce réseau prosélyte ; ce furent ensuite, sur ces cendres méthodiquement profanées, qu’ils percèrent l’ouverture des fameuses mines aurifères, indispensables à la survie des Haïkus et Cie. 


Palpitant ses mystères en une forme d’hululement, il lui suffisait d’une seule goutte de poison pour que le Capitaine mette le feu au centre de la place publique et que les vilains festoient de ce bûcher, encore peu rassasié de la fureur des éradicateurs. Ils jetaient sans cesse les poèmes des autres fabulateurs, soit pour alimenter le feu, soit pour invoquer leurs dieux et l’attiser ainsi à une vitesse de croisière frénétique.

Tant de révélations sur le but de la vie furent rapportées de cette parade sauvage !

Ainsi, au cœur de ce remue-ménage, à l’heure où tout allait s’enflammer au Carnaval de la Grande Comédie, nous vîmes Esméralda et sa chèvre Djali danser sur un tas d’ordure. Les passants, tout comme les soldats, la langue pendante, admirait ce striptease qu’elle effectuait parfaitement, et à mesure qu’elle se dénudait, le Grand Inquisiteur Clopin Trouillefou qui avait mené le cortège courroucé devant le Bûcher dressé pour l’occasion, perdait peu à peu son latin. Installé confortablement dans son écrin de velours, depuis sa Chaire ecclésiastique, Monseigneur Le Cardinal Frolo scrutait les moindres mouvements et formes généreuses d’Esméralda. 

Tandis qu’au centre de la place publique, j’offrais avec Madame Carnaval ma chair suppliciée, attachée à un lourd carcan hérissé de pointes métalliques ; Esméralda détourna l’attention des Haïkus&Cie, tous ces gueux à l’origine déterminés à affranchir notre peine capitale. Ce fut ainsi que Quasimodo Del Paris, son complice, nous détacha des instruments de torture et nous guida vers une plaque d’égouts, seule issue pour s’échapper des Fanatiques.

Phoebus, l’autre Capitaine des Gardes du Roy, qui était aussi notre complice, facilita Esméralda dans sa fuite en emportant les féroces guerriers dans une impasse. 
Le Capitaine Had’Oc Buboc rugissait de colère mais il était trop tard : notre petite bande sous l’égide d’Esméralda était en cavale dans les souterrains de Paris.
Nous devions nous retrouver extra-muros sous la lanterne d’un bordel, au 22 Rue du Chat qui Pelote. Les retrouvailles s’annonçaient joyeuses…

Laissant un drôle de goût bigrement inorganique de fête gâchée et inachevée, la Saint-Con, même si ce n’était pas Manson qui allait sonner son glas, avait été bel et bien escamotée cette année : La Compagnie Haïku, pour autant, ne voulait pas la sceller sur cette triste histoire, elle s’était déjà élancée sur les pas des rescapés, désirant une fois de plus une revanche !

Serpentant autour du trou de la bouche d’égout laissée ouverte, quelques arabesques d’hémoglobine fraîche avaient été décelées par la Horde ; et la course-poursuite s’était engagée à peine la stupeur retombée.


Frolo avait cette chance inouïe et surnaturelle de posséder un orbite dilaté et surtout clairvoyant dans l’obscurité ; ce fut donc, en toute logique, qu’il entraîna la troupe derrière lui. N’arrivant pas à colmater le sang qui s’échappait de mes horribles balafres, il était aisé pour eux de me suivre à la trace. Ils commençaient à nous rattraper, leurs hurlements sauvages étant de plus en plus distincts à travers les tuyauteries, lorsque soudain un don du ciel nous parvint : peu de temps après avoir dépassé la planque des Tortues Ninjas, Victor Hugo en personne nous interpella pour nous proposer un raccourcis dans ce dédale nauséabond ; il revenait de faire des courses (pour ses potes ninjas d’ailleurs) et de son cabas, il tira un plan pour nous montrer le fameux raccourcis. 
« Troisième porte après l’ascenseur, tapez la lettre C et le chiffre 3 pour le code, et tout de suite à votre gauche, arrivez dans un hall d’immeubles (où il y a encore quelques squatteurs fumeurs de haschisch qui ont pas dégagé depuis la descente musclée du Cardinal Frolo dans cette zone de salgoins) et prenez la première porte devant vous : vous êtes dans la Rue du Chat Qui Pelote ! »

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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