Réaliser ses rêves poétiques ?

Les acteurs se déboutonnent et sortent leurs instruments pédagogiques, et la jeune fille les regarde avec de grands yeux humides, puis regarde leurs visages avec une innocence troublée et un désir naissant.

Puis la caméra s’éloigne, quittant la plage de Nice, se perd un plus loin, avec du sable dans ses chaussures pour le caméraman enveloppé dans son manteau Zadig et Voltaire. La vapeur de toutes ces transpirations de tous les participants, avec, parmi elle, Claire Castel, la scandaleuse libertine, qui brûle d’impatience et de ferveur, traque son esprit jusque dans ses replis les plus intimes, jusque dans ses fantasmes les plus malsains.

Elle apporte enfin la guérison du corps et de l’esprit. Les perversités d’un film pornographique aussi, dès l’aube levée. Les courbes de ces femmes qui jouent comme actrices dans ce film classé X, sillonnées d’orgueil et d’arrangement las, ouvrent la voie : la traversée des ténèbres que toutes les actrices présentées ici dans ce film (gangbang pour garce) ont connu comme les longues séances de photographies couvertes de sperme ; à Claire Castel on lui a promis un selfie mémorable après l’instant crucial, avec beaucoup d’argent à gagner et avec tout le confort qu’on réserve à une actrice connue, mais cela ne l’intéresse pas pour le moment : elle veut prendre le large, faire une virée clandestine en train et arriver dans cette ville où le monde est hostile.

Puis elle quittera les sentiers battus pour se diriger en pleine nature, plonger une tête dans un lac de la couleur du curaçao ou d’un bleu foncé et, ensuite en se séchant au soleil, respirer l’air libre et serein d’une randonnée au Château de Crussol, affublée de vêtements de luxe qui préfèrent fastueusement la persuasion, la participation des communautés poétiques.

Comme ce Roger Gilbert-Lecomte, le poète au centre de toutes les cabales et cavales, et qui évoque dans son poème Deuil d’azur, un « masque de perles. » Mais ce masque si on le porte et dont il parle mystérieusement, ce masque qui a malgré tout perdu son éclat est réservé aux condamné à mort, au chant des mouches, aux enseignements surnaturels des sorciers en dernier cycle. Avec ce masque, la starlette doit apprendre à découper la viande des caribous fraîchement tués et prendre le risque de les désorienter, ces programmateurs de chaîne coquine pour adultes.

Quant à moi, je suis parti avec le caméraman et maintenant tout ce que je vois, ressens, foisonne de détails synonymes de trémolos lyriques ; même lorsque je regarde un film X où Claire Castel, sous un masque de perles, passe de la succion du vide à la sodomie « obscure absurde et verticale » résonne en moi une envie de délaisser tout ça.

Parmi les autres poèmes retrouvés dans le coffre du poète, j’ai pu remarquer, à la lecture, qu’il n’y a aucun danger de contagion, aucune source de panne à lire sa prose poétique, peut-être devient-elle aussi abjecte que l’informe pseudo-poète ; mais Claire Castel ne rejoindra plus les studios de cinéma, dorénavant six pieds sous terre, pour baiser la forme tant des crinières déhanchantes que de l’air raréfié des cryptes souterraines.

Écrire, et s’enterrer peu à peu sous une existence monacale parce que l’on se fait trop vieux, ici, dans cette vie, voilà ce que le poète veut et il prendra la mesure de chaque chose, nagera à contre-courant des hommes singuliers quittant le monde des illusions, la vérité des montagnes anxiogènes, les pathologie comme le travail du deuil ou de la dépression… Alors pourquoi ne pas écrire sur Roger Gilbert-Lecomte, sur sa « contagion bestiale » qui rêve sous le soleil des chemins menant aux cités d’or, aux perceptions nomades, à Dieu et à sa résurrection comme l’interminable fleuve des initiations dans les bas-fonds de la lumière.

Ainsi, la mémoire de son ordinateur est saturée de fichiers inutiles, plus tard il décidera alors d’utiliser tout ce champ lexical qui a macéré pour écrire un nouveau texte sacré. Par dépit, avant de le jeter dans la poubelle, il se dirige vers la cuisine, et dans un recueillement d’église plein de voix chuchotantes, il mange un yogourt et il songe malgré tout à cet étrange rituel du thé, qui clôt toute malchance et ainsi recrache alors quelque chose de sordide.

Complétement anéanti depuis le départ de Claire, depuis bientôt six grands mois, il patiente, n’utilise pas l’extraordinaire découverte qu’il a inventé lors d’une nuit blanche et s’attarde sur la photo de son fils naturel sur l’écran de son ordinateur.

Il ignore tout des procédés d’un hacker qui lui cache la vérité, ce pirate ayant remplacé l’image de son enfant quand il allume son PC et alors il laisse tomber sur l’appareil un verre de houblon, cette pisse dont l’invention est disputée par tout un tas de patries, aussi inconséquentes que cette action, quand il aperçoit les chiffres indéchiffrables de la matrice mère.

Après cet accident, il retrouve pour les raisons qu’il avait pressenties en laissant l’actrice porno partir de son appartement, le médiocre résultat qu’il y aurait à tirer à écrire un poème à sa dulcinée ; il imagine, tout en haut de la maison, dans une pièce, ou plutôt une cellule solitaire, séparée des autres appartements par une galerie et un escalier, se nicher son atelier d’artiste où il travaille sur ses créations immondes. A force de trop écrire, on devient abject.

A force de tremper ces kilomètres de proses poétiques dans un vin de Xérès qui fait de grandes taches rouge sur la nappe de la table, de l’autre côté de la planète, un autre poète prend en vidéo-selfie Harry Potter avalant l’antidote magique pour se transformer en actrice nue prenant sa fessée sous un ciel verdi par le gaz, reprenant fastueusement tout ses sens après la correction.

Les lignes auparavant écrites comme des hiéroglyphes quand les deux poètes éloignés de plusieurs kilomètres s’aventurent du côté de La Zone, le site de littérature dissidente, forment un titre qu’ils espèrent accrocheur, mais, tellement surpris par leurs vieilles habitudes de scribes pervers qui reviennent au galop, ils ne peuvent jouer qu’à l’écrivain, ils écoulent leur stock de mots « aux éclairs de phosphore » et le « vaisseau vide immergé » de leur récit sombre « sous les larges baies rondes, encadrées d’or. »

Une cicatrice barre leur lèvre supérieure, attirant le regard sur leurs dents noircies. Leur ouvrage brocante l’émotive narration, usurpe la qualité des textes hindouistes et asexués, et là l’horreur absolue : la webcam s’allume et ainsi fait apparaitre une jeune fille, et son sonnet lesbien à Louise, deux vers entrelacés de manque vaginal et de larmes indolentes au creux des rochers universels d’une plage des Seychelles.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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