Suicide à l’antique

Les espèces poïkilothermes, écrivant sans l’aide de leur main leur genèse d’un récit à venir, se tailladaient les veines en pensant à la poésie de Charles Baudelaire dans leur bain chaud et profond, dans la vase fédérant toute personne sensible autour des kamikazes en danger de mort imminente, à vocation littéraire. Une rivière, un fleuve de sang noir comme effluves fictives qui espèreraient ardemment les contrées réjouissantes de l’au-delà.

Les plis de leur peau accueillaient les blessures qui pleuraient dans le jardin d’éden de Sophia leur sang bourbeux et, dirigés par leurs cortex qui avaient le mal de vivre, philtrés par les ultimes effets de la vodka, cette ivresse de la veille furieusement incarnée en un seul tampon imbibé du précieux liquide, ils mourraient lentement mais sûrement comme à l’agonie d’une mort nonchalante, d’une chronique morbide annoncée.

Des plis qui ressemblaient aux formations montagneuses lorsque les autres se perdaient en vérification de leurs e-mails, de leur coup d’œil sur le mur de leur profil Facebook, suivi de quelques tweets, de leur rafraîchissement de leur page web préférée, pour la énième fois, de leur page d’accueil de leur site d’infos favoris ; des plis, dis-je, qu’on vendait dans le commerce avec la vente des cyborgs scotchés à leur poste de télévision et des humains fêlés aux doigts de calcaires hallucinés et de marnes corrosives laissant leur empreinte sur les parois de leurs baignoires installées en pleine nature.

En continuant d’extirper sur la Toile ce qu’ils jugeaient nécessaire pour leur projet actuel, c’est à dire leur suicide bien senti, leurs écrits n’étaient pas réservés aux pleutres mais à la fois assignés aux stress pétroliers et aussi aux angoisses du café matinal, aux plocs sanguins des scarifications dont la spécificité étant de remanier de nombreux films en noir et blanc pour les compiler à leur compte en un clip propagandiste qui était expressément téléchargé sur Youtube.

Sans se douter que Sophia errait parmi les grands philosophes, l’ombre de ces créatures à sang froid était déjà désignée pour un suicide à la romaine ou à la Grèce antique comme Socrate, Platon ou Aristote qui donnaient des cours de philosophie définitive pour les vacances du mois de juillet. Mais ce n’était pas des couples de juilletistes comme les autres, au lieu de s’accrocher sur la plage comme des furoncles, ils s’étaient fixés une véritable programmation cinématographique pendant leurs congés payés pour analyser par la suite les sculptures en marbre du musée du Louvre.

Alors que de nombreux cartons contenant une filmographie délirante et des livres de philosophie de la vie objective et de la mort subjective, attendaient encore dans le coffre de leur bagnole, Sophia, elle, envisageait d’accompagner les pensées de ces créatures célestes d’un autre monde par la télépathie et les illuminations semblables à un long goutte-à-goutte à l’héroïne : l’euphorie des grandes questions existentielles se dispersait déjà et leur accroche dans les textes philosophiques avait ce triste désavantage de ressembler davantage et ridiculement aux pendaisons des nains de jardin ; ces philistins aux souffles occultes et odieux d’un autre temps envisageaient rarement la pendaison et ne corrigeaient pas leur faute, leur péché originel en mourant dignement.


« Dans leur bain aux pourtours mal définis comme un mauvais remake de science-fiction, comme cette putain de bouteille de vodka, pourquoi s’acharnaient-ils sur leurs veines avec un couteau ou un silex bigrement bien aiguisés ? » s’écriait Sophia. Et aussitôt, la réponse fusait dans son crâne et lui indiquait que leur vie, cette désillusion au goût amer, cette poussive envie de vivre, ne leur convenait pas du tout mais qu’elle leur inspirait malgré tout, à tous ces poètes maudits, de poussiéreux grimoires de magie noire, formellement déconseillés aux âmes sensibles ! 


Erreur ! Echec ! Alors que Sophia dégueulait, sale comme la femelle d’un pourceau, dans le lavabo, les inventeurs du moteur existentiel qui marchait à l’envers et dont le Projet Initial avait l’air parfaitement innocent au départ, avait perdu le sens de leur vie, sans Sophia à leurs côtés. La nuit s’annonçait à la fois blanche et noire, un peu comme cette bile épaisse qui s’engouffrait dans la tuyauterie de la salle de bain, sous les grands pourpiers aux parfums de sang versé.
En ne comprenant pas ce qu’il se passait, se répandaient et poussaient comme les bubons de la peste noire des chaleurs effrayantes, propice aux délires de tous genres, quand ils se tailladaient les veines en imaginant une Suite Interdite et controversée des films, créant des problèmes d’aliénation mentale.

Une suite aussi après leur mort comme la réincarnation de la cuvette des toilettes, avant l’au-delà… jouant tantôt un drôle de synopsis où ils passaient brusquement, comme une sorte de prolongation, d’un genre cinématographique à un autre, et d’autres fois absent, indifférent à la réalité extérieure, un phylactère, entourant leur tête représentait un dessin que Sophia tenait fébrilement entre ses mains, paraissait tout droit sorti d’un asile psychiatrique.

Représentation aussi de New-York sous les eaux inondée à cause de la photosynthèse des plantes arctiques : on pouvait sans mal et sans être médium la ranger dans la collection de cet Art Brut qui prévenait du danger d’un littoral disparaissant, noyé comme ces cités d’or de jadis ; et cela sereinement sans risque de se tromper sur son attribution.

Avec plus ou moins de vigueurs et de précisions, lorsqu’elle avait été seule dans la chambre après la déchirure des tendons de leur poignet, Sophia, redoutait le courroux du ciel et de la planète ; en observant bien les nuages radio chimiques de la pollution phrygienne, était dessinée là-haut une famille d’échidnés romantiques balançant leurs émissions de gaz photosynthétique. Curieusement, les animaux se déplaçaient debout sur leurs deux pattes arrières, tout comme les humains s’affairant tôt le matin pour rejoindre les divers lieux de leur profession, mais aussi, et là constituait l’épine du problème, on pouvait les voir, sur le papier ou dans les nuages, courir et arpenter un mystérieux souterrain. Et cet étrange détail n’était pas du tout du goût de Sophia, ça l’avait vraiment rendu furax lorsqu’elle était revenue dans la chambre, nue avec seulement une serviette autour de la taille et la clope au bec.

Ayant inventé le goudron des clopes et les additifs néfastes, mais aussi les portraits-robots des grands criminels par simple coïncidence, les architectes de ce souterrain où se cachait la Communauté des scarifiés avaient été découverts par les profanes archéologues aux autoportraits décorant la Secte de ces morts-vivants.

Mais il fallait agir vite et bien : dans la nuit, toutes ces méthode de saignées et de tortures languissantes dont Sophia allait être soumise, envisageaient de convoquer aussi les pharaons et les travailleurs dans les champs de cannes à sucre avant leur mise à mort.

Soudain, bottant en touche la majorité des personnes condamnées à mort, leur physionomie changeait et était restée la solution du feu : les flammes du bûchers les transformaient en bornes de télé-paiement ou en particules chargées de migraine, attisées sûrement par les prémices de leur pensée suicidaire et par le déferlement médiatique des rayons cathodiques aux quatre coins du monde…

Pour que la température du bain soit bonne et dilate les veines photoélectriques, ils devaient monter enfin leur clip propagandiste sur de nouveaux ordinateurs aux oscillations qui doutaient des théories d’Archimède.

Rejetant en plus la physique des maladies psychiatriques, maintes fois censurée sur Youtube et devenue insignifiante, de quoi seront-ils capables la prochaine fois quand ils reviendront sur terre nous hanter ?

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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