Men in Black : International

Elles en décrivaient des arrières-goûts d’esquimaux givrés dans leur mémoire ultra-sophistiquée ces machines à écrire que les Hommes en noir, appelés les Men In Black (MIB) plus communément, utilisaient pour répandre la Rumeur.

La Rumeur ? Un souvenir fugace que les Men in Black, ayant révélé toutes les failles du système, avaient ameuté sur le dos des ichtyosaures extraterrestres.

Parmi les ouvrages les plus recherchés, gardés par les Men In Black, se cachaient le livre de John Fante et la vérité sur l’univers ; leur problème à Londres où l’équipe avec les deux agents parasites s’étaient envolés, en avait des arrières-goûts de chien en bataille, de cheveux siamois, et de rires épileptiques.
Ils en abritaient tellement de ruches, ces jours de carnaval, à l’architecture spirituelle libre, ou encore, pour chacun de ces jours de crêpes, elle en avait des arrières-goûts d’obscurcissements païens, cette intensité augmentée dans l’arme intergalactique la plus perfectionnée au monde.

Les MIB étaient encore le secret le mieux gardé de la galaxie, en costume, bien que le dernier et récent événement funeste à Londres, eut au nom du Livre des Morts, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux Livre des Morts, une raison interplanétaire.

En effet, le Livre des Morts avait tenté d’expliquer à tout un tas de générations avides de sens l’existence, les formalités spirituelles des extraterrestres, et leur dérivé aux quatre coin du monde où on accédait au Nirvana par l’usage de drogues…

La culture underground du très saint copiste du Livre des Morts s’étendait dans les bas-fonds newyorkais, de Los Angeles ou de San Francisco, dans les pubs londoniens ou parisiens où s’assemblaient tous les lecteurs indésirables de John Fante, ou encore sous les pyramides qui avaient l’audace folle de ridiculiser les outrages de l’espace-temps en l’éventrant d’arguments socio-philo-politiques par leur architecture spirituelle.

Une architecture spirituelle, damnée et vouée au culte du démon… le démon étant cette mise en abyme matricielle qui faisait percevoir à travers les philosophies du Quantique l’espace spatio-temporel réduit. Elle en avait des arrières-goûts de gyroscopes flamands, cette architecture spirituelle, entre les bandages de la momie aux yeux clos. Ils en avaient des arrières-pensées morbides ces scarabées en malachite ouvrant sur son tombeau, portant en inscription un extrait du Livre des Morts.

Une très vague réminiscence qui, curieusement, me plongea à l’époque où nous étudions le roman le plus propagandiste de toute l’Egypte Ancienne sur les bancs de l’école. Et le scribe avait écrit que les MIB prendraient leur tube de colle, et snifferaient de la colle.

Un tube de colle descendu du ciel et apportant une technologie multiséculaire, à la fois extraterrestre et terrestre, de méthodes d’écriture grunge ou pop ou underground.

Des théories désincarnées

Il en contenait des théories désincarnées sur les voleurs en cavale, ce pouvoir de l’imagination qui atterrissait chaque fois dans la poche d’un kangourou. Elle en avait des arrières-goûts de badinage discret cette bibliothèque de la Fosse Noire qui laissait échapper des chauves-souris au poil spécieux et versatile.

Versatile comme le balayage du laser sur les gravures des livres ici présents, formant toute la collection sur les elfes de maison.

Ils s’enchevêtraient les uns sur les autres les films permettant d’accéder à Canal + sans payer ; en cotôyant les immensités sahariennes et sibériennes, ils en avaient des idées de grandeur, d’évasions, ces fils électriques tutoyant la beauté des licornes avec des diodes rougeâtres et verdâtres.

En pendant, les jambes au-dessus du vide, il en était saturé ce chimpanzé prenant l’élixir du matin : le petit café créole dans la coupe de feu d’Harry Potter. Et saturées de pluies acides étaient ses larmes quand il les versait sur les paupières de la profileuse au masque de rabane.

La Présence

Introduction :

J’ai toujours eu peur de la grêle, de l’hiver éternel, de cette calotte glaciaire blanche comme une salle d’opération.

Et, alors que je tapais ces lignes un froid morbide s’est engouffré sous la porte de ma chambre.

C’est à ce moment-là qu’elle m’est apparue, cette immobilité glaciale, prisonnière de sa seule aversion, je veux dire qu’elle était prisonnière de cet objet qu’on nomme communément télévision ; à présent, à une époque où les rats étaient apaisés, bien tranquilles au chaud dans leur trou, il n’y avait que deux sortes de gens pour la soutenir –ceux qui la croyaient encore vivante et ceux qui aimaient sa folie.

Et toute tentative pour l’assimiler aux mouvements libertaires était condamnée d’avance car la malheureuse s’était associée à ses geôliers. Visiblement le grand inquisiteur était passé et il laissait comme une tâche vile et ingrate sur ses paroles.

Mais je vous vois déjà dans la lumière rouge fumeuse de vos projecteurs tracer les diagonales d’une topographie souterraine de révolte ou de conjuration silencieuse.

Pourtant nul système connu jusqu’à lors seulement de vagues doctrines poussiéreuses tout au plus des menaces contre une démocratie vacillante et à bout de souffle bref des histoires, des romances comme on en voit dans les livres.

1.

Le monde, leur monde, était faiblement éclairé à présent, une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres. Le monde, leur monde, était surchauffé d’excitation, de ferveur, et d’effervescence et je lui préférais largement la fraîcheur sylvestre où je m’étais réfugié, assis à l’arrière d’un van aménagé. Un van qui ne roulait plus depuis des lustres et dont j’étais le moteur par la pensée, un effet de synesthésie me reliait à cette équipe d’une douzaine de personne qui l’avait aménagé jadis, dans le Bois de Boulogne, après les attentats de Paris, le 13 novembre 2015.

A cette époque, par pure fantaisie et effet mimétique, j’étais en vacances en Inde, pour visiter le Taj Mahal, perdu dans la foule des anonymes débiles avec leurs appareils photos et téléphones portables sophistiqués. A présent, leur monde, alors que je passais en revue des CD appartenant à leurs dynasties, chantait leur dernier Te Deum.

La Présence avait conduit l’équipe au fond d’un traquenard, un endroit perdu où les fantômes et les démons des morts s’étaient assemblés : un abattoir abandonné quand leurs télescopes et leurs stations de télécommunications étaient devenus obsolète par trop d’occupations terrestres. En effet, obnubilés à s’entre tuer entre eux, ils ne renouvelaient plus le parc technologique et ainsi, n’avait pas vu La Présence, cette menace extraterrestre, venir d’ailleurs : d’un espace bien trop lointain pour leurs cerveaux étroits. Et le monde, dans cette tétralogie douteuse, jouait son dernier acte : un drame qui avait déjà bouté la majorité des survivants hors de leur planète bleue.

2.

Le texte précédent dont l’auteur est un cyborgs (modèle 2.0.1) a été retrouvé plus tard par La Présence elle-même, une fois qu’elle eut fini d’investir les zones sécurisées.

La Présence a bien compris, que ce cyborgs en question, dans sa thébaïde, exécrait les Humains, ses créateurs. Étant donné que La Présence n’est pas si aisément compréhensible, voici le récit que je vous livre en pâture :

Les Humains, ces Enfants de Dieu autoproclamé, à l’abri du manteau de miséricorde, gardait un mal qui à l’extérieur comme à l’extérieur suppurait sans cesse : non pas la méchanceté, mais le doute, le manque de foi et la crédulité à la fois, aussi surprenant que cela puisse paraître.

Leur système représentait La Présence comme un ridicule assaillant ou au contraire comme un valeureux ami du genre humain (Mars Attaks, E.T l’extra-terrestre, etc.)

En réalité, ni l’une ni l’autre de ces deux représentations n’est vraie.

La Présence n’est ni bonne ni mauvaise, La Présence est.

Tout simplement.

De plus, systématiquement chez les Humains, bien qu’ils ne veuillent pas se l’avouer, la loi du talion s’applique et règne en despote absolu. Si on regarde de plus près toutes les époques, on y voit l’Horreur, et souvent les Humains en sont fascinés, au point de vouer assez régulièrement un culte à la cruauté.

Il est vrai que La Présence a déclaré en premier les hostilités mais aussi contradictoire que cela puisse paraître, l’extermination des Humains et l’invasion de leur Planète-Berceau ont été commis comme un suçotement de jouissance : prenez l’image d’une petite fille qui suce son pouce, ou mieux encore sa glace à la vanille. Pour La Présence, il n’y avait aucune intention haineuse dans son projet mégalomaniaque.

La Présence de manière hyper synthétique réfléchit : aucune information inutile dans son « cerveau » et ce siège où réside pour les Humains la pensée, source de sauvagerie et de folie meurtrière, ne connaît rien de ce concept de violence qu’ils ont inventé et tant de fois mis en pratique.

La Présence, aussi, aime la couleur, les grands élans, l’enivrement et l’orgie, c’est ainsi la seule chose qui peut l’exterminer : une sorte de syphilis mentale.

Bien sûr La Présence est la seule de son espèce, elle n’a pas d’appareils génitaux et ne peut se reproduire ; et pourtant elle possède une sexualité bien plus dense que les êtres vivants sur la planète bleue. Sa texture est ravagée de fantasmes repoussés toujours plus loin aux limites, elle aime se tapir pendant des millénaires dans l’inconscient d’une autre entité, et une fois qu’elle est bien trop tassée, elle germe et offre sa tâche : détruire celui ou celle qui l’a porté in utero dans son cortex cérébral.

Pour revenir au texte d’origine cyborgs que La Présence a retrouvé dans le tacot du Bois de Boulogne, Elle est -et en cela uniquement proche du cyborgs solitaire, noble par sa solitude et ses longues retraites méditatives.

Pourtant, lorsque j’ai vu la teinte du ciel se zébrer de l’arrivée de La Présence, j’ai tambouriné de toutes mes forces contre la porte de l’hôpital psychiatrique le plus proche.

Et puis les lampes se sont éteintes, et j’ai réalisé dans cette chambre d’hôpital sordide que l’apocalypse était passée : plus personne avec qui parler, plus d’amis sur qui compter, plus aucune muse pour s’inspirer. Moi seul enseveli sous les effluves morbides d’un haut-le-corps à réprimer.

La Vengeance de Katia

De l’engrais était jeté sur les routes ; de l’engrais qui pleurait d’un visage furtif, qui désirait l’apocalypse. Sous la chaleur d’un soleil calmée par l’air marin, en inventant un autre visage, les tendres flocons descendaient du ciel.

Il y avait aussi, comme des trous de gruyère laissant passer l’air, des gouffres dehors. Jusqu’à l’effacement. Puis un ordinateur, puis un diadème en argent étincelant. On se penchait sur leur sujet qui déroutait toutes bases de données des disques durs actuels.

Leur traitement de texte ? Une liste de quelques produits pharmaceutiques. Des médicaments se consacrant à l’étude de la sémantique des intestins.

Il y avait ensuite, une tension palpable dans l’air : des combats de samouraïs irréprochables qui guerroyaient dans les contrées grouillantes de gnomes.

Alors que l’ordinateur, à distance, pilotait une grue, les guérilleros pêchaient les hélices d’un moulin à vent. Et des morceaux de gomme virtuels. Il en résultait des vêtements en lambeaux, une attraction instinctive ou une prédilection pour les armes à feu des flics. Leurs clés USB ouvraient instantanément Twitter et les trous de gruyères se mêlaient à la coloration d’un liquide polaire.

Pour se défaire du sortilège, sur une terrasse ensoleillée, il fallait, du bout de sa canne, écouter le bruit des casseroles lavées par la bonne trop bête. Avec des écoles de sorciers pour abréger en plus les symptômes de cette étrange maladie.

Des sorciers terrassés et des souvenirs effacés de la carte mère de l’ordinateur !

Gravitant autour d’une énigme irrésolue, ce cinéma porno au coin d’une grande avenue, avec plein de crachats sur le trottoir, venait d’ouvrir ses portes. (En inauguration, un film mystérieusement sans titre était projeté) !

Dès qu’il avait appris la nouvelle, Jumbo s’était jeté dans le premier bus pour prendre une place (environ l’équivalent de 90 à 95 centimes d’euros) sans se douter que ce film allait ranimer le souvenir de la planète OS X où il avait abandonné Katia à son triste sort. Katia qui était un puits de science à elle toute-seule. Et qui accueillait à présent entre ses cuisses des poètes maudits montant dans les trains de marchandise.

Assis aux premières places, à peine les publicités passées, Jumbo vit quelque chose fendre l’écran : ce fut, trois fois, un intertitre, décoré de notes de musique éparpillées et peintes à la main :

                             La Vengeance de Katia !

                             La Vengeance de Katia !

                             La Vengeance de Katia !

Suivi par un lent balayage panoramique, puis la caméra s’immobilisa un instant pour examiner une tâche humide sur le canapé jaune, la scène campagnarde idyllique et ensoleillée visible depuis une fenêtre, un tas de photos de vacances sur la table à abattants, la petite culotte très légère abandonnée dessous. Ce qui électrisait Jumbo lui procurant une érection.

Une bouteille de champagne ouverte et deux flûtes à moitié pleines étaient posées sur la crédence peinte, comme pour un portrait de famille. De l’autre côté du couloir, dans la chambre d’Angela, sous un plafond à miroirs, un grand lit circulaire avec un chevet en forme de cœur et des draps en satin cramoisi et or, délicatement froissés et tachés. Un mégot de Dunhill survivante dans le cendrier encore fumant.

Il y avait également des murs, et pourtant la caméra, alors même qu’elle explorait l’ensemble tendrement, comme en le caressant, parvint à ne pas se filmer. Derrière le lit se trouvait une porte entrouverte, la caméra se glissa par l’ouverture et pénétra dans une salle de bains au carrelage et aux miroirs étincelants.

Et ici, ici seulement, on pût voir la caméra et le caméraman, se refléter dans cette profusion de miroirs. La caméra s’arrêta un moment sur un espacement vide d’un meuble de la salle de bain. Et une indication sonore retentit :

« La boite de Tampax a disparu, Jumbo l’aurait-il volé à la Gardienne du Temple ? »

C’était arrivé aujourd’hui, ou peut-être hier ; le narrateur de ce récit ne savait plus de quelle manière le temps avait emporté Jumbo dans l’espace-temps, sa mémoire étant été vidée lors de ce voyage intersidéral.

Une kyrielle de flash-back apparut alors : c’était un défilement rapide d’images où l’on voyait Jumbo prendre la boite et la mettre discrètement dans son sac.

Et puis, tout de suite après, un violon tantôt mélodieux tantôt strident au fur et à mesure que la caméra avançait jusqu’à la baignoire. Le caméraman plein d’entrain, lança : « O déesse Katia, es-tu là ? »

Et, sur l’écran, les spectateurs purent admirer une jolie nymphette nue, comme échappée d’un conte de fée, sortir de la baignoire verte en forme de yoni environnée de savons, de shampoings, d’éponges et de jouets érotiques de bain. La salle de bain ayant été décrit précédemment dans l’un des derniers textes comme l’Acropole qui venait à bout de leurs résistances, à ces acteurs pornographiques jouant dans ce film.

Une fois debout, elle eut une petite exclamation de stupeur, éclata de rire, leva les bras comme pour répondre à une ovation imaginaire. Son visage avait perdu toute trace de timidité, libre, ouvert, comme son récent partenaire, caméraman et acteur du film ne l’avait jamais vu, à toutes les promesses qu’offrait sa beauté. Sa beauté blonde exaltait les fêtes passées d’un Carnaval, funeste pour Jumbo puisqu’il était réincarné, dans cette rêverie romantique qu’exprimait son doux regard de belle sorcière, en Monsieur Carnaval brûlé sur le bûcher à la fin de l’événement.

HPG avait délaissé sa caméra, tandis qu’un autre caméraman, en reprenant le relais, s’activait à filmer maintenant la fellation hors norme et pourtant classique que Katia avait perfectionné avec le temps. Elle en avait sucé des bites de toutes les couleurs, cette suceuse de sucettes aux goûts de gingembre et de grésil bleu.

Et Jumbo, qui était littéralement scotché sur son siège, à des années lumières de cette planète où il avait laissé Katia, bavait sur sa chemise. Comment avait-elle pu lui faire ça ? Est-ce qu’une avilissante dépossession de l’esprit luisait dans son obscurité mentale avec, au centre de ce cercle alternatif, des navires flibustant, composant les colonnes corinthiennes par leurs mâts de misaine ?

Mais la vengeance de Katia avait-elle atteint son point de paroxysme ?

Il en doutait, et déjà en tremblant de tous ses nerfs, il sortit prestement de la salle de cinéma… Il pressentait, une expression grave de déterré sur son visage, que Katia, la déesse courroucée de la planète OS X, lui réservait encore bien d’autres surprises.

Des surprises aux mécanismes argentés, ondulant dans tous les azimuts et les coins et les recoins de la rue où il s’était jeté éperdument pour échapper au visionnage de ce film qui lui donnait envie de se pendre.

Tristes tropiques sur OS X

Avant-Propos
Voici la suite de ma précédente nouvelle publiée sur La Zone.org (J’irai dormir chez les Zonards. Ou Les Cendres océaniques d’Angela.)

Le narrateur, dans cette deuxième partie du récit, évoque l’aventure d’archéologues inter-stellaires, venus d’une autre planète éloignée de notre système solaire. Leurs raisonnements foireux d’avance pour comprendre notre civilisation ne cessent de se casser la gueule, une perpétuelle et systématique série d’erreurs. 
Ces pilleurs vont fouiller, à leur compte, dans les désordres et les failles apparentes de notre petite tribut humaine qui s’est entre-tuée lors d’une énième guerre. Des extraterrestres qui « démarrent » de loin, de trop loin puisque la fine équipe fraîchement débarquée sur notre planète bleue abandonnée (appelée ici « OS X » par ces visiteurs) au moment clé du récit qui va suivre, entre dans l’appartement d’Angela qu’ils prennent pour un temple. 

Ce ne sont ni des experts, ni les représentants d’une nation d’extraterrestres, ce sont avant tout des chercheurs de trésors qui ont appris le métier sur le tas, ce sont surtout des créatures paumées, isolées dans un milieu hostile qu’ils croient décrypter. Leur enquête et chantier archéologique les mènent d’abord, sous couvert d’anthropologie, à porter leur attention à l’intérieur de l’armoire d’Angela.

Morbleu, des maux poignants pour Katia, la jeune co-pilote du vaisseau spatial de Jumbo, et de graisseuses pénombres pour explorer l’appartement d’Angela que Jumbo retourne dans tous les sens.

Ce qui bluffe tout le monde dans cette introduction planchant sur la suite des cendres océaniques d’Angela, ce n’est pas tant les événements extraterrestres, retentissants, qui se sont déroulés quelques décennies auparavant quand Angela était encore de ce monde, ni l’impressionnante et inquiétante préoccupation de Jumbo à pénétrer tel un sanctuaire l’appartement d’Angela où un étroit rectangle pénètre l’obscurité de la remise. Une remise où Jumbo a trouvé sur la plus haute étagère, les jambes pendantes, les yeux tournés vers la gauche comme un aveugle bienheureux, un totem à l’art brut ou raffiné, selon les diverses interprétations.

Une fois atterri dans son panier d’osier, le totem que Jumbo a volé à Angela, rayonne de toutes ses forces maléfiques comme les cieux flamboyants d’où vient la fusée de Jumbo. Redouté par Katia, le totem représentant le chimpanzé de Jeff Panacloc venu des îles lointaines de Polynésie française, aux gloussements de poule factice, éternise, avec un Tamagotchi sophistiqué, doté d’une caméra photovoltaïque, autour de son cou en bandoulière, la scène photographiée en selfie avec Jumbo, le pervers au porte-monnaie chargé de pièces napoléoniennes dérobées dans le sac d’Angela, traînant par terre.

Et tandis qu’il fouille encore sa chambre, cet archéologue intergalactique, Katia, de plus en plus préoccupée par l’attitude fiévreuse de son capitaine, échafaude un plan pour sortir de ce traquenard, de ce guet-apens : elle va rejoindre toute seule l’aéronef quelques heures plus tôt avant son compte à rebours pour modifier les données de l’ordinateur de bord, appelé Maman dans ce Nostromo, et tenter de s’enfuir sans que Jumbo s’en aperçoive.

Or Jumbo, l’explorateur intrépide et salace, ne laissant pas un coin, pas un angle inexploré en ignorant les sornettes de Katia le prévenant que ce lieu est hanté par le démon, en revenant des toilettes où il croit avoir découvert le bâton du blanchisseur alors qu’il ne s’agit que la brosse à nettoyer les WC, surprend Katia en train d’ouvrir la porte d’entrée de l’appartement d’Angela.

Alors, en se ruant sur elle, Jumbo la plaque contre le mur où des posters de Kurt Cobain sont collés sous l’effet de prestidigitations magiques. Et il l’empêche en l’immobilisant complètement, de bouger, obsédé par les paroles fiévreuses du totem lui racontant qu’il est tout excité de voir Jumbo serrer à présent la gorge de Katia pour l’étrangler.

Ainsi, un meurtre et un viol vont s’ensuivre sur la planète OS X, laissée en ruines après maintes guerres nucléaires et où il ne se trouve que les deux personnages pseudo anthropologues ; Angela étant la dernière des humains ou des cyborgs à avoir survécu.

A lire et à suivre sur le blog de NotesMat15.

Les cendres océaniques d’Angela

Les anges mécaniques la traînaient inlassablement dans le fiacre métallique du désespoir.

Angela s’était fait monter un plateau-repas pour étudier tranquillement dans sa chambre d’hôtel le carnet du lot numéro cinq, qu’elle avait à présent traduit d’un dialecte de Papouasie, donnant comme traduction bancale, le récit du roman Orange Mécanique, réécrit par les soins attentifs d’Alphonse Choplif.
Sur une autre planète viable, autre que la terre, notre berceau stellaire, à des années lumière de cet astre, elle se trouvait à présent dans une grande ville en ruine, où il n’y avait qu’elle comme créature vivante. Et, dans sa grande malle, ouverte, posée sur la moquette de la suite, on pouvait voir le contenu du lot numéro cinq : à savoir, le carnet de Choplif, l’inventeur génial, enfermé jadis dans son bureau, pour inventer une méthode novatrice d’écriture et l’invention d’une Zone, un espace imaginaire où les zonards en plein désert, se livraient, aux pieds des plates-formes de lancement d’Apollo seize, à des rallyes surnaturels.Cachés dans leurs fourrures d’hermine, il y avait les instruments chirurgicaux du personnage du nouveau roman Orange Mécanique, pour disséquer et éviscérer les organes des anges mécaniques, et qui avaient servi aux opérations d’Alex DeLarge.

Les zonards, en rentrant de leurs rallyes tendancieux, s’avachissaient dans leur canapé, obsédés par une grave dépression et cette tenace envie d’écrire leur noirceur ; ils buvaient beaucoup de bières, ces écrivains maudits, mais s’interdisaient de toucher à cette bouteille de vin rouge millésimé de leur Créateur, Alphonse Choplif. 
Ce qui les bloquait et les cantonnait à s’enfiler seulement des canettes d’houblon, ce n’était pas à cause des incessantes vadrouilles des anges mécaniques, sorte de police anti-alcool, confisquant à l’intérieur de leur appartement tous les produits éthyliques, ou les examens intergalactiques, sombres comme des pierres tombales, que pratiquaient les anges mécaniques quand ils s’introduisaient sur leur territoire grouillant de vices. Ce n’était pas non plus, dans leur quartier, les rumeurs des manifestations des gilets jaunes, racontant que cette piquette d’Alphonse Choplif, appartenait à Satan lui-même. On disait de cet ancien ange appelé Lucifer qu’il avait ensorcelé le vin de vigueur, simplement en le changeant en une espèce de liquide psychotrope et psychédélique mais Angela se moquant bien des ragots des manifestants et ignorant tout sur le sujet, après avoir jeté par la fenêtre son mégot, attaqua en débouchant le vin aux propriétés inconnus, pendant son dîner, bien planquée dans sa tour d’ivoire ; et aussitôt après les premières gorgées, sous ses cheveux blonds platines, elle oublia les girandoles des flics aux ailes d’anges mécaniques qui s’allumaient de toutes les couleurs à chaque échauffourée, et se retrouva alors dans un monde onirique dont on ignorait l’existence.

Avant de décrire cet univers satanique où elle allait être plongée, commençons par une évidence afin de couper court à tous les malentendus : Angela était obnubilée par un film pornographique, où l’on voyait de jeunes filles aux ailes d’anges mécaniques lécher les couilles de connards comme vous et moi, visionné à l’âge de ses dix-huit ans… 
En effet, cette vidéo, dans sa très grande majorité classée X, avait pour héro et acteur porno, central, ce personnage du roman Orange Mécanique, Alex DeLarge sur le point d’éjaculer à chaque fois que l’ange disparaissait sous des tonnes de foutre anticoagulant : à chaque scène de gangbang qui demeurait assez bourbeux et occulte, son pénis se lubrifiait et l’envie de dégourdir sa bite, silencieusement, devenait plus pressante.

Mais bref, ne nous attardons pas sur ces détails sordides. En fermant les yeux, avant de sombrer dans un sommeil aviné et sans fond, dessiné au fusain sur le carton du lot numéro cinq qu’elle avait acquis lors d’une vente aux enchères, elle loucha et lorgna sur un autoportrait d’Alphonse Choplif qui avait comme arrière-fond un décor tristounet : adossée aux murs comme le révolutionnaire homme de lettre représenté, un autre tableau avec des photos en noir et blanc pour briser la magie des lieux ; des photos de son ex, Alex DeLarge que Angela, devenue trop vieille pour lui, détestait à présent. Il faut dire qu’après leur rupture amoureuse, ce philistin ne voulait plus entendre parler de cette rombière aux comptes en banque bien remplis désormais et aux années frôlant la ménopause. Vingt ans d’écart, imaginez.

Cette nuit, comme aimantée par le vide sidéral qui s’offrait à la vieille dame, elle transplana dans sa rêverie, sans fin et sans but, par-delà l’obscurité de cette nuit où toute liberté se retrouvait piégée dans une toile d’araignée, au fond des abysses d’un océan platement houleux et extraordinaire, classiquement salé et désespérément peuplé de créatures se gonflant d’eau sous les flots pour prendre la forme d’une boule argentée, recherchée par les pêcheurs des quatre coins de ce monde maritime, pour les troquer contre une monnaie sonnante et trébuchante, de l’argent pour voir les putes appréciées de ces loups de mer.

Pendant des heures qui semblaient d’éternelles contrefaçons oniriques, elle avait nagé sous la coque d’un grand vaisseau de commerce, à moins qu’il s’agisse d’un bateau de pirates sanguinaires, et avait écouté, dotée de branchies et de poumons fonctionnels pour une respiration aérienne, à la proue du navire, parmi un banc de poissons volants par dessus tribord et bâbord, la discussion des corsaires sanguinaires crachant comme Satan des insultes salaces et scabreuses tout en observant la vieille se hisser et remonter à la surface, rampant à présent sur le pont ouest où était affichée sur le mât de misaine les plongées miraculeuses de ces marins aux mains prenant l’aspect de fines lamelles.

Au bout d’un moment, délaissant les espèces poïkilothermes qui étaient monté avec elle, à l’aide du gouvernail empoigné par leurs tentacules visqueuses, elle s’était immiscé, cette vieille peau, dans le cercle de ces hommes de la mer, et avait entendu parmi eux, une voix brisée, la voix brisé d’Alex DeLarge, le capitaine lui murmurant qu’il était complètement perdu sans elle.
Encore une énième tentative de son esprit factice qui lui jouait des tours pour comprendre l’obscurité naissante de ce vide sidéral.

Les créatures longilignes et à sang froid étaient retourné dans la pénombre des abîmes océaniques et déjà, abandonnant à l’heure d’une transaction étrange où l’on examinait et échangeait les trésors de guerre contre des pièces napoléoniennes, l’amiral Alex DeLarge l’invitait dans sa chambre pour implorer repentir et pénitence et ainsi la reconquérir.

Dans sa déchéance de type paumé, il avait commencé à lire à haute voix les carnets d’Alphonse Choplif, qui cachaient, il en était convaincu, des secrets épouvantables.
Des bouquets d’idées vagabondes et furieuses l’accompagnaient tout au long de sa lecture.

Sur le premier carnet, il y avait, difficilement déchiffrables, des écritures illisibles ou des hiéroglyphes. Un travail obstiné pour disperser toute compréhension. 

Entre ses mains moites, il tenait quelque chose d’absolument moderne, la littérature était morte : tout le monde le savait mais elle lui permettrait de séduire à nouveau la vieille fille aux capacités pulmonaires impressionnantes et inquiétantes.

L’écrivain savant avait également reproduit sur le papier griffonné à la hâte une serrure assortissant une lourde poignée… avec, des poinçons mélancoliquement superposés évoquant ses instruments de chirurgie ; était dessinée, enfin, avec le même souci de précision inquiétante la porte qui devait abriter l’antre d’un monstre difforme comme ces anges mécaniques.
En le suivant dans sa chambre parce qu’il avait maintenant une voix doucereuse, Angela était hanté encore du bruit de la monnaie atterrissant abondamment dans les anciens portefeuilles en crocodile avec fermoirs en laiton de ce propriétaire ayant écumé tous les ports aux odeurs de poubelle de la Papouasie.
Elle voulait sa vengeance et était déterminée à le voler en utilisant ses charmes de milf ménopausée. Alors, lorsqu’il l’avait pris dans ses bras, elle fouilla ses poches discrètement et, dans le velours de ces fringues, elle sentit la viscosité d’un placenta qui lui lança des sueurs froides au toucher.
Elle ne le savait pas encore, mais c’était Satan qui lui jetait un sort, et lorsqu’elle fut libérée de cette étreinte, elle contempla le fœtus, avec une clé bizarroïde autour du cou, qui gisait dans sa main droite.
En fouillant les viscères d’une femme violée et évidée pendant sa grossesse par son ancien fiancé, Angela était tombée dans le piège : pendant que la troupe des mercenaires était entrée dans la chambre, en cercle silencieux autour d’elle, elle arracha du pendentif, mue par quelques curiosités latentes et malsaine et ce fut soudain la clé magique, taché de sang qui entraîna une hémorragie interne dans son cerveau par quelques effets de prestidigitations occultes.

Son cortex, noyé sous des tonnes de sang de la couleur de la baie noire, fumait en recrachant par le nez une fumée rouge qui n’était autre que de l’hémoglobine vaporisée. Et, parmi ces vapeurs méphitiques, se dessina dans un nuage rougeâtre le pictogramme interdit d’Alphonse Choplif décrivant son supplice de femme torturée comme naguère ses anges mécaniques.