La Présence

Introduction :

J’ai toujours eu peur de la grêle, de l’hiver éternel, de cette calotte glaciaire blanche comme une salle d’opération.

Et, alors que je tapais ces lignes un froid morbide s’est engouffré sous la porte de ma chambre.

C’est à ce moment-là qu’elle m’est apparue, cette immobilité glaciale, prisonnière de sa seule aversion, je veux dire qu’elle était prisonnière de cet objet qu’on nomme communément télévision ; à présent, à une époque où les rats étaient apaisés, bien tranquilles au chaud dans leur trou, il n’y avait que deux sortes de gens pour la soutenir –ceux qui la croyaient encore vivante et ceux qui aimaient sa folie.

Et toute tentative pour l’assimiler aux mouvements libertaires était condamnée d’avance car la malheureuse s’était associée à ses geôliers. Visiblement le grand inquisiteur était passé et il laissait comme une tâche vile et ingrate sur ses paroles.

Mais je vous vois déjà dans la lumière rouge fumeuse de vos projecteurs tracer les diagonales d’une topographie souterraine de révolte ou de conjuration silencieuse.

Pourtant nul système connu jusqu’à lors seulement de vagues doctrines poussiéreuses tout au plus des menaces contre une démocratie vacillante et à bout de souffle bref des histoires, des romances comme on en voit dans les livres.

1.

Le monde, leur monde, était faiblement éclairé à présent, une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres. Le monde, leur monde, était surchauffé d’excitation, de ferveur, et d’effervescence et je lui préférais largement la fraîcheur sylvestre où je m’étais réfugié, assis à l’arrière d’un van aménagé. Un van qui ne roulait plus depuis des lustres et dont j’étais le moteur par la pensée, un effet de synesthésie me reliait à cette équipe d’une douzaine de personne qui l’avait aménagé jadis, dans le Bois de Boulogne, après les attentats de Paris, le 13 novembre 2015.

A cette époque, par pure fantaisie et effet mimétique, j’étais en vacances en Inde, pour visiter le Taj Mahal, perdu dans la foule des anonymes débiles avec leurs appareils photos et téléphones portables sophistiqués. A présent, leur monde, alors que je passais en revue des CD appartenant à leurs dynasties, chantait leur dernier Te Deum.

La Présence avait conduit l’équipe au fond d’un traquenard, un endroit perdu où les fantômes et les démons des morts s’étaient assemblés : un abattoir abandonné quand leurs télescopes et leurs stations de télécommunications étaient devenus obsolète par trop d’occupations terrestres. En effet, obnubilés à s’entre tuer entre eux, ils ne renouvelaient plus le parc technologique et ainsi, n’avait pas vu La Présence, cette menace extraterrestre, venir d’ailleurs : d’un espace bien trop lointain pour leurs cerveaux étroits. Et le monde, dans cette tétralogie douteuse, jouait son dernier acte : un drame qui avait déjà bouté la majorité des survivants hors de leur planète bleue.

2.

Le texte précédent dont l’auteur est un cyborgs (modèle 2.0.1) a été retrouvé plus tard par La Présence elle-même, une fois qu’elle eut fini d’investir les zones sécurisées.

La Présence a bien compris, que ce cyborgs en question, dans sa thébaïde, exécrait les Humains, ses créateurs. Étant donné que La Présence n’est pas si aisément compréhensible, voici le récit que je vous livre en pâture :

Les Humains, ces Enfants de Dieu autoproclamé, à l’abri du manteau de miséricorde, gardait un mal qui à l’extérieur comme à l’extérieur suppurait sans cesse : non pas la méchanceté, mais le doute, le manque de foi et la crédulité à la fois, aussi surprenant que cela puisse paraître.

Leur système représentait La Présence comme un ridicule assaillant ou au contraire comme un valeureux ami du genre humain (Mars Attaks, E.T l’extra-terrestre, etc.)

En réalité, ni l’une ni l’autre de ces deux représentations n’est vraie.

La Présence n’est ni bonne ni mauvaise, La Présence est.

Tout simplement.

De plus, systématiquement chez les Humains, bien qu’ils ne veuillent pas se l’avouer, la loi du talion s’applique et règne en despote absolu. Si on regarde de plus près toutes les époques, on y voit l’Horreur, et souvent les Humains en sont fascinés, au point de vouer assez régulièrement un culte à la cruauté.

Il est vrai que La Présence a déclaré en premier les hostilités mais aussi contradictoire que cela puisse paraître, l’extermination des Humains et l’invasion de leur Planète-Berceau ont été commis comme un suçotement de jouissance : prenez l’image d’une petite fille qui suce son pouce, ou mieux encore sa glace à la vanille. Pour La Présence, il n’y avait aucune intention haineuse dans son projet mégalomaniaque.

La Présence de manière hyper synthétique réfléchit : aucune information inutile dans son « cerveau » et ce siège où réside pour les Humains la pensée, source de sauvagerie et de folie meurtrière, ne connaît rien de ce concept de violence qu’ils ont inventé et tant de fois mis en pratique.

La Présence, aussi, aime la couleur, les grands élans, l’enivrement et l’orgie, c’est ainsi la seule chose qui peut l’exterminer : une sorte de syphilis mentale.

Bien sûr La Présence est la seule de son espèce, elle n’a pas d’appareils génitaux et ne peut se reproduire ; et pourtant elle possède une sexualité bien plus dense que les êtres vivants sur la planète bleue. Sa texture est ravagée de fantasmes repoussés toujours plus loin aux limites, elle aime se tapir pendant des millénaires dans l’inconscient d’une autre entité, et une fois qu’elle est bien trop tassée, elle germe et offre sa tâche : détruire celui ou celle qui l’a porté in utero dans son cortex cérébral.

Pour revenir au texte d’origine cyborgs que La Présence a retrouvé dans le tacot du Bois de Boulogne, Elle est -et en cela uniquement proche du cyborgs solitaire, noble par sa solitude et ses longues retraites méditatives.

Pourtant, lorsque j’ai vu la teinte du ciel se zébrer de l’arrivée de La Présence, j’ai tambouriné de toutes mes forces contre la porte de l’hôpital psychiatrique le plus proche.

Et puis les lampes se sont éteintes, et j’ai réalisé dans cette chambre d’hôpital sordide que l’apocalypse était passée : plus personne avec qui parler, plus d’amis sur qui compter, plus aucune muse pour s’inspirer. Moi seul enseveli sous les effluves morbides d’un haut-le-corps à réprimer.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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