La Vengeance de Katia

De l’engrais était jeté sur les routes ; de l’engrais qui pleurait d’un visage furtif, qui désirait l’apocalypse. Sous la chaleur d’un soleil calmée par l’air marin, en inventant un autre visage, les tendres flocons descendaient du ciel.

Il y avait aussi, comme des trous de gruyère laissant passer l’air, des gouffres dehors. Jusqu’à l’effacement. Puis un ordinateur, puis un diadème en argent étincelant. On se penchait sur leur sujet qui déroutait toutes bases de données des disques durs actuels.

Leur traitement de texte ? Une liste de quelques produits pharmaceutiques. Des médicaments se consacrant à l’étude de la sémantique des intestins.

Il y avait ensuite, une tension palpable dans l’air : des combats de samouraïs irréprochables qui guerroyaient dans les contrées grouillantes de gnomes.

Alors que l’ordinateur, à distance, pilotait une grue, les guérilleros pêchaient les hélices d’un moulin à vent. Et des morceaux de gomme virtuels. Il en résultait des vêtements en lambeaux, une attraction instinctive ou une prédilection pour les armes à feu des flics. Leurs clés USB ouvraient instantanément Twitter et les trous de gruyères se mêlaient à la coloration d’un liquide polaire.

Pour se défaire du sortilège, sur une terrasse ensoleillée, il fallait, du bout de sa canne, écouter le bruit des casseroles lavées par la bonne trop bête. Avec des écoles de sorciers pour abréger en plus les symptômes de cette étrange maladie.

Des sorciers terrassés et des souvenirs effacés de la carte mère de l’ordinateur !

Gravitant autour d’une énigme irrésolue, ce cinéma porno au coin d’une grande avenue, avec plein de crachats sur le trottoir, venait d’ouvrir ses portes. (En inauguration, un film mystérieusement sans titre était projeté) !

Dès qu’il avait appris la nouvelle, Jumbo s’était jeté dans le premier bus pour prendre une place (environ l’équivalent de 90 à 95 centimes d’euros) sans se douter que ce film allait ranimer le souvenir de la planète OS X où il avait abandonné Katia à son triste sort. Katia qui était un puits de science à elle toute-seule. Et qui accueillait à présent entre ses cuisses des poètes maudits montant dans les trains de marchandise.

Assis aux premières places, à peine les publicités passées, Jumbo vit quelque chose fendre l’écran : ce fut, trois fois, un intertitre, décoré de notes de musique éparpillées et peintes à la main :

                             La Vengeance de Katia !

                             La Vengeance de Katia !

                             La Vengeance de Katia !

Suivi par un lent balayage panoramique, puis la caméra s’immobilisa un instant pour examiner une tâche humide sur le canapé jaune, la scène campagnarde idyllique et ensoleillée visible depuis une fenêtre, un tas de photos de vacances sur la table à abattants, la petite culotte très légère abandonnée dessous. Ce qui électrisait Jumbo lui procurant une érection.

Une bouteille de champagne ouverte et deux flûtes à moitié pleines étaient posées sur la crédence peinte, comme pour un portrait de famille. De l’autre côté du couloir, dans la chambre d’Angela, sous un plafond à miroirs, un grand lit circulaire avec un chevet en forme de cœur et des draps en satin cramoisi et or, délicatement froissés et tachés. Un mégot de Dunhill survivante dans le cendrier encore fumant.

Il y avait également des murs, et pourtant la caméra, alors même qu’elle explorait l’ensemble tendrement, comme en le caressant, parvint à ne pas se filmer. Derrière le lit se trouvait une porte entrouverte, la caméra se glissa par l’ouverture et pénétra dans une salle de bains au carrelage et aux miroirs étincelants.

Et ici, ici seulement, on pût voir la caméra et le caméraman, se refléter dans cette profusion de miroirs. La caméra s’arrêta un moment sur un espacement vide d’un meuble de la salle de bain. Et une indication sonore retentit :

« La boite de Tampax a disparu, Jumbo l’aurait-il volé à la Gardienne du Temple ? »

C’était arrivé aujourd’hui, ou peut-être hier ; le narrateur de ce récit ne savait plus de quelle manière le temps avait emporté Jumbo dans l’espace-temps, sa mémoire étant été vidée lors de ce voyage intersidéral.

Une kyrielle de flash-back apparut alors : c’était un défilement rapide d’images où l’on voyait Jumbo prendre la boite et la mettre discrètement dans son sac.

Et puis, tout de suite après, un violon tantôt mélodieux tantôt strident au fur et à mesure que la caméra avançait jusqu’à la baignoire. Le caméraman plein d’entrain, lança : « O déesse Katia, es-tu là ? »

Et, sur l’écran, les spectateurs purent admirer une jolie nymphette nue, comme échappée d’un conte de fée, sortir de la baignoire verte en forme de yoni environnée de savons, de shampoings, d’éponges et de jouets érotiques de bain. La salle de bain ayant été décrit précédemment dans l’un des derniers textes comme l’Acropole qui venait à bout de leurs résistances, à ces acteurs pornographiques jouant dans ce film.

Une fois debout, elle eut une petite exclamation de stupeur, éclata de rire, leva les bras comme pour répondre à une ovation imaginaire. Son visage avait perdu toute trace de timidité, libre, ouvert, comme son récent partenaire, caméraman et acteur du film ne l’avait jamais vu, à toutes les promesses qu’offrait sa beauté. Sa beauté blonde exaltait les fêtes passées d’un Carnaval, funeste pour Jumbo puisqu’il était réincarné, dans cette rêverie romantique qu’exprimait son doux regard de belle sorcière, en Monsieur Carnaval brûlé sur le bûcher à la fin de l’événement.

HPG avait délaissé sa caméra, tandis qu’un autre caméraman, en reprenant le relais, s’activait à filmer maintenant la fellation hors norme et pourtant classique que Katia avait perfectionné avec le temps. Elle en avait sucé des bites de toutes les couleurs, cette suceuse de sucettes aux goûts de gingembre et de grésil bleu.

Et Jumbo, qui était littéralement scotché sur son siège, à des années lumières de cette planète où il avait laissé Katia, bavait sur sa chemise. Comment avait-elle pu lui faire ça ? Est-ce qu’une avilissante dépossession de l’esprit luisait dans son obscurité mentale avec, au centre de ce cercle alternatif, des navires flibustant, composant les colonnes corinthiennes par leurs mâts de misaine ?

Mais la vengeance de Katia avait-elle atteint son point de paroxysme ?

Il en doutait, et déjà en tremblant de tous ses nerfs, il sortit prestement de la salle de cinéma… Il pressentait, une expression grave de déterré sur son visage, que Katia, la déesse courroucée de la planète OS X, lui réservait encore bien d’autres surprises.

Des surprises aux mécanismes argentés, ondulant dans tous les azimuts et les coins et les recoins de la rue où il s’était jeté éperdument pour échapper au visionnage de ce film qui lui donnait envie de se pendre.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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