Transhumance cyclopéenne !

La lumière me blessait les yeux, elle avait commandé un chocolat chaud et le ciel bleu était pudiquement saturé de point d’exclamation enfiévré et céleste. Et céleste était aussi notre transhumance inachevée.

Sous le porche d’une grande auberge donnant sur les espaces vides et les wagonnets, de charbon, en kimono noir, l’air des montagnes farfouillait dans nos oreilles une séquence d’actions interpersonnelles. Des actions de même groupe sanguin et de même maison (Serpentard) que cette femme en question.

En amazone, elle avait parcouru quelques mois plus tôt, une série de siècles morts, qui avait été le théâtre d’une féroce bataille entre les Dieux de l’écriture automatique et ces paysages compulsés comme des archives, comme d’indémodable ballerines. Comme des vues panoramiques, aussi, sur des urbanismes franc-maçonniques.

Tombant en poussière, notre propriété de Santa Barbara en Californie avait été abandonnée, j’imaginais des ombres dérober les derniers meubles qui étaient restés dans la résidence secondaire ; le sang de ces ombres de justesse rattrapant les parfums courant sur le comptoir en ivoire : Ô la matinée vision dont nous souffrions en lisant les lettres publiées urbi et orbi de ces huissiers dans les méandres du Dark Web !

On avait gaspillé inutilement notre temps pour décrire cette sensation affreuse d’un danger menaçant, cette appréhension d’un malheur imminent, et pourtant aucun événement négatif n’était apparu, aucun miroir dissimulé ne reflétait les désastreuses aventures, notre arrivée en territoire des sauvages. Le moteur de notre van s’arrêtant de toussoter et de gober les poussières vengeresses de ce désert infesté de vendetta et de naturistes aux dialogues monophoniques.

A l’intérieur de mes poches, les Napoléons sonnaient, je comptais louer les services d’un guide de Haute Montagne avec ce fabuleux trésor : on voulait dormir à la belle étoile sur une crête hantée par le Shasta des neiges mouvantes, cette montagne terrible, avec ses apparitions fantomatiques s’ébattant dans le grand jour bleu sans même attendre la nuit, sans même éteindre ce soleil scabreux à la fermeture des cinémas. Et cinématographique tel un western en noir et blanc était notre décor et notre point de départ, avec, planant au-dessus de nos têtes fiévreuses, des vautours cherchant encore des carcasses à déchiqueter.

Après notre halte, requinqué par des boissons polaires fortifiantes, des vodkas poussières et d’autres alcools imaginaires, j’entrepris de demander au tenancier de l’auberge si il connaissait quelqu’un pour s’aventurer avec nous dans ce projet réputé fou.

Deuxième Partie :

Nous étions les anneaux rouges gravitant autour de Maëlys, cette étoile naufragée parmi nous, mais comment désirer, sur le trapèze alpin, un astre avec son amas de galaxies ?

L’ouragan regardait nos divagations cosmiques s’étreindre en silence, il fit corps avec l’orgie à venir, de fastueux vices plantés comme des fleurs aux parfums bleu pétrole réconfortant .

A l’intérieur de notre isba, c’était une étuve ; pourtant la jeune étudiante portait crânement une parka avec collerette en renard, indemne après l’accident qui nous avait plongé dans la crypte de la fosse noire.

A l’époque, je suivais les conseils de Kerouac pour écrire une prose moderne à la gloire de l’héroïne ; doucement bercée par sa respiration languide, cette moisson photovoltaïque d’inspirations et d’expirations stellaires, j’esquissais un bref synopsis où Maëlys s’amusait à faire des volutes de brunes étincelantes et originelles. 

Plongée dans mon encrier, tandis que son iris absinthe s’évanouissait à travers le nombrilisme des brouillards endoloris, elle avait vu sa chute, à la Lewis Carroll, se désagréger au fil des écritures automatiques et spontanées ; le sang des ombres mandataires nous jouant des tours.

Sur le mur aux peintures rupestres de l’isba, les photos de sa nudité avaient été découpées selon les pointillés d’un monde en silicone noir. Le projet de grimper le Shasta avait été abandonné, mais je gardais précieusement mes Napoléons pour offrir à Maëlys une Shakespeare aux mécanismes en ivoire : à minuit, la Shakespeare, c’était comme ça qu’elle s’appelait la nouvelle montre d’Hermès, sonnerait la fin de tous les enchantements ; une montre au bracelet en alligator, de couleur havane. 

Mais ce qu’il y avait de plus merveilleux, elle avait appartenu à un astrologue qui se nommait Shakespeare. On le pressentait, mais on ne l’avait jamais vraiment formulé : il y avait toujours des spectres cachés dans le mécanisme d’une montre, ce mécanisme si sophistiqué qu’il avait rendu fou ses inventeurs horlogers. 

A minuit donc, l’aiguille de la montre Hermès allongea les secondes, les minutes et les heures d’un orageux romantisme…

Il y avait cependant un défaut de mécanisme dans cette montre Shakespeare : elle reprenait son compte à rebours dès minuit passé et nous étions alors plongé au cœur d’un rêve, où les cierges le long d’un couloir, résonnant d’un dernier Requiem, nous accompagnaient par leur lueur mauve, en nous courbant le corps sous le poids de leur vive chaleur. 

Bien trop cintrée à nos respirations courtes et haletantes, la fournaise s’alimentait de l’extraordinaire ardeur du carbone 14, coincée dans nos gorges. Et malgré l’étuve, Maëlys gardait toujours sa parka avec collerette en renard.

Ses yeux et ses connaissances spirituelles de reptile, subrepticement se glissant aux azimuts de toutes les confidences, avaient conçu le début de cette histoire ; mais la fin de ce récit dont j’ignorais l’issue, allait-elle concilier tous ces éléments disparates qui avaient été incorporés pour un odieux mélange ?

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste A écrit Munchkin Maldonne. L’Acropole du djihadiste : Premier et deuxième Chapitre ! Ainsi que Glapissements dans les Sapins Verts, les trois premiers chapitres. A lire et à suivre Sur https://notesmat15.com/ L’Acropole du djihadiste : Troisième Chapitre à venir prochainement !

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