La Formule et le Lieu rimbaldien

Il n’y avait plus de printemps poétique dans ce monde commercialisé au fond des terres et menant au soleil vert, ni davantage de voyages morphéiques, plus de musique rimbaldienne et, foin de ces brouettées de spleen baudelairien, ni assez de théories haussmanniennes pour arrêter cette telle infortune !

Et pourquoi alors un tel désastre ? La première de cette question trempait avec les toasts des entrepreneurs, dans leur café, qui ne voulait pas s’avouer vaincu.

La deuxième réponse manquait à l’appel, mais, si on retraçait l’histoire privée de divagations cosmiques ou épicurienne d’Arthur Rimbaud, on avait alors ce sentiment si simple, si proche de la folie que les multinationales de l’automobile, leurs milliards de dollars récupérés par un immortel et petit ordinateur noir appartenant à l’un de ses fervents partisans, contenaient par leur essence spirituelle, aussi secrète qu’une centaine de dédicaces de Johnny Hallyday, le dieu des bistrots comme le PMU de vos quartiers populaires, des failles permettant d’ouvrir sur un nouveau monde.

Cet endroit transpirant la mélancolie les accueillait par sa force psychique : c’était un lieu sûr, formulé par des dédicaces scannées de tous les chanteurs défunts, où, moyennant finance par PayPal, les mères de famille, surtout des ménagères de cinquante à soixante ans, obtenaient une idée claire des objectifs punk-alternatifs de cet être en gestation (le lieu même.)

En effet, naviguant télépathiquement sur les plates-formes virtuels des chanteurs décédés comme Johnny, et par effet de mimétisme avec l’univers des prolos, il chapardait leurs données pour offrir à ces femelles d’un autre temps, le patchwork des idées grunges, comme par exemple la formation d’une milice souterraine, vivant dans les égouts suburbains : des mercenaires zélés, prêts à en découdre avec le monde moderne.

Car leur monde avait un défaut majeur, leur monde avait un goût de liberté sexuelle qui ne convenait pas à ces créatures aliénés, morbides ou heureuses de vivre selon le point de vue. En rétablissant la burqa pour toutes les femmes en âge de procréer, ils espéraient faire tomber les masques des libertins, rétablir l’immaculée conception, même chez les hippies ou les nomades hétérosexuels ou homosexuels.

En ce qui concernait leur mode de vie, ils s’enfermaient dans un souterrain, à l’abri des regards, avec des barreaux noirs qui laissaient innocemment passer un éparpillement de lumière jaune citron à l’entrée d’une ouverture telle qu’une plaque d’égout, à avaler des rats de passage tout en pianotant sur leur machine sophistiquée, citée précédemment.

Ils étaient sous la surface de la ville et les habitants de cette citée, à la fois solitaire et solaire, entendaient la nuit leurs mots ou leurs cris susurrés du tréfonds et retentissant parfois au-dessus des têtes migraineuses : une rumeur plaintive, racontant que les pensées négatives se cachaient encore dans l’obscurité de leur tanière.

Leurs activités nocturnes consistaient, aux temps hivernales comme estivales, à se hasarder dans les ruelles pour remplacer, à la place des écritures des panneaux publicitaires, le savant tracé d’un pentacle et le dessin représentant le portrait des poètes maudits, torturé de symboles draconiques. Les gens superstitieux, le matin à l’aube, ouvraient de grands yeux écarquillés, surpris de voir l’Ordre de Satan, et la poésie qui allait avec, survivre encore.

Mais ils n’étaient pas satanistes, juste des personnages inspirés, je dirais.

Un soir, il y eut alors une explosion aveuglante et silencieuse, et tout prit fin. Lorsque l’on put de nouveau y voir dans la crypte, l’ordinateur à l’architecture spirituelle frôlant le divin et les tours de passe-passe violant tous les mots de passe du net, qui n’avait jamais été nettoyé de tous ces algorithmes lugubres, avait pris feu au crépuscule d’une Saint Con sauvée de l’oubli ; il était en cendre à présent mais la mort prématurée de cette machine portative ne devait pas les attrister. La vie reprit bientôt dans le souterrain, en même temps que les quémandeurs de la publicité s’étaient réincarnés en casaques rouges en éloignant le spectre des pentacles et des symboles draconiques.

Bien sûr, ils avaient gagné la guerre comme à chaque fois, les doctrinaires de la débauche bienheureuse également ; mais il restait encore l’espoir ou la possibilité follement audacieuse de découvrir au détour d’une rue, en tracés occultes et en chiffres romains ainsi qu’en lettres grecques, leurs matrices codées, invocatoires, désespérément binaires et leurs probabilités annonçant l’apocalypse aussi bien numérique que réellement obscène !

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste

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