Des diables au corps qui passent bien

Des diables au corps à la place de nos vessies de boeufs : on nous avait greffé aux pieds des pyramides des hélices sur nos crânes de chimpanzés. En suivant la spirale des étoiles, naufrageurs dans la très grande baignoire, où un scribouillard d’un âge indéterminé prend un bain visiblement très chaud, il y en avait des kyrielles imaginaires de personnages entre les pages de leur livre de poche !
Entre les pages extrêmement humides, où le nœud du chignon de la soubrette s’hérisse de silicone noir – le bonheur comme semence de tapissier – on traçait de la cannelle et du sucre roux entre les lignes pour en faire des gris-gris, des bayous phosphorescents, des brouets de sorcellerie…

Des brouets de sorcellerie qui déraillaient par leur pouvoir télépathique, leurs ultimes effets au goût de vodka, cette ivresse de la veille furieusement incarnée en un seul tampon imbibé du précieux liquide ! Et la soubrette, vaquant à ses corvées quotidiennes, restait scotchée face à la fenêtre grande ouverte du salon, la vision qui était apparue sous ses yeux hallucinés n’était autre qu’un Cyborg-Nain-de-Jardin, sortant de l’immense baignoire, son corps encore trempé d’eau savonneuse…

Un cyborg dont le douloureux et minutieux travail de la corrosion sur ses organes partiellement mécaniques avait laissé son empreinte. Les diables au corps, sur la couverture de son bouquin qu’il tendait à la soubrette, étaient zébrés de barreaux noirs, dessinés au feutre ou au fusain…

L’INTELLIGENCE VÉGÉTALE !

INTELLIGENCE VÉGÉTALE – Avant-propos.

Nous étions tous les deux sans emplois et avions le projet fou d’écrire une nouvelle littéraire à partir de notre expérience personnelle, de nos lugubres plongées dans le vide et la noirceur ; se concrétisant, lorsque nous fûmes balancés au-dessus des Amériques comme des lunes surchargées de pleurs et de drames, nous étions encore loin de nous douter que l’Aventure nous mènerait beaucoup, beaucoup trop loin.

Au début, ça ressemblait aux Choses vues ou à j’irais dormir chez vous en plus moderne, mais, comme un cadavre exquis et en plus autobiographique : un récit où nous racontions nos dérives logarithmiques, joyeuses, les barrières que la langue anglaise avait dressé, bref des conneries de voyageurs paumés.

Au début, ça ressemblait aux Choses vues ou à j’irais dormir chez vous en plus moderne, mais, comme un cadavre exquis et en plus autobiographique : un récit où nous racontions nos dérives logarithmiques, joyeuses, les barrières que la langue anglaise avait dressé, bref des conneries de voyageurs paumés.

Nous avions déjà à notre actif divers plagiats à droite et à gauche mais il nous manquait un descriptif de notre vie de bohème où nous fumions de la marijuana, à longueur de journée, sous le regard moqueur et léger des autres macaques.

Ah la marijuana ! Elle nous rendait d’humeur fraternelle, et tout coulait dans le bon et noble sens du terme jusqu’au jour où… je ne sais pas… précipitamment et sans prévenir tout partit en vrille, tout s’écroula et tout partit à vau-l’eau comme un laxatif médicament aux propriétés liquéfiantes.
Le récit qui va suivre narre l’odyssée sous le joug et l’emprise d’une herbe si étrange que j’ai fini -je suis l’unique survivant du massacre- par la nommer I.V ou Intelligence Végétale. Mais voyez par vous-même le sinistre résultat.

INTELLIGENCE VÉGÉTALE : Première partie.

INTELLIGENCE VÉGÉTALE

Nous étions dans un motel américain, style Ibis, l’engouement pour cet État Mégalo était palpable depuis notre parachutage à la manière d’un Antoine de Maximy. Nous préparions, soigneusement posés sur la table de l’hôtel, les divers éléments nécessaires à un périple : le plan, les licencieuses cigarettes étranges, les affaires qu’on bourre tant bien que mal dans le sac de randonneurs…

Et surtout les Armes de Guerre : ordinateurs portables, carnets, stylos, crayons à papier etc. Notre première œuvre La Défloration avait illuminé le paysage littéraire dès sa publication : il faut dire que cette histoire de fillette de six ans, surpassant les réalités les plus folles, affreusement violée lors d’un gang bang de dobermans en rut apportait un peu de fraîcheur, décomplexait la grande majorité de notre lectorat : les apprentis écrivains, un peu il faut l’avouer, intoxiqués au Marc Levy, Amélie Nothomb… depuis de trop nombreuses années.

De son côté, Régis Jauffret, survolté, dans son dernier bouquin racontait la descente aux enfers d’un malandrin voleur de poules et obsédé sexuel mais ça restait encore trop aseptisé pour nous : pas assez de lueurs satanistes et libidineuses. Il nous fallait des attentats aux panthéons, des hécatombes comme remède à l’antique, mais surtout il nous fallait décrire le bonheur d’une actrice porno après une sodomie à sec bien douloureuse, la béatitude de sa gueule de chiennasse grande ouverte pour avaler des tonnes de foutre, l’extase d’un squirting bien mené, l’euphorie du fistfucking anal, le contentement sursaturé de plaisir, le bien-être et le désir surnaturel, la félicité libératoire, la quiétude d’être porté comme un bouchon de liège, la satisfaction et ses litanies de lavement anal, que dis-je la bénédiction tant annoncée et enfin réalisée de cette magnifique levrette où, à tour de rôle, elle encaissait un tas de bites noirs bigrement bien montés (B.N.B.B.M) …

Avant de rendre les clés et de fermer définitivement la porte de notre chambre, un détail attira nos regards : au centre de cette peinture à l’eau forte encadrée et accrochée au-dessus du lit, une sorte d’abstraction ou d’impressionnisme avec des globes de chairs rassemblés en tas, où, au milieu d’un champ brûlé du Kansas, sur une pancarte montrant la route pour Los Angeles, il y avait écrit en rouge, comme si l’artiste avait écrit avec son sang ces mots étrangement évocateurs : Marie-Jeanne douce amère, col maculé de sang.

Après avoir inspecté et examiné, et même l’avoir décroché, le mystérieux tableau, nous conclûmes que l’auteur de cette vieille croûte était véritablement dégénéré. Dégénéré mais légendaire par son talent et son intelligence végétale qui avait ligaturé ses paupières pour peindre à l’aveugle cette représentation…
Ce fut notre première erreur, les premiers avertissements et mises en garde alors qu’on allait se lancer justement à travers les champs du Kansas avec cette volonté délirante de réinventer à la fois le splif de Shiva, ses linéaires effets sur notre cerveau aux disques durs, aux lecteurs communicatifs, tous germant dans les tasses ébréchées de notre café matinal, et révolutionnant un nouveau mode de vie au parfum de livres assaisonnés au gonzo-littéraire.

Libératoire question existentielle

Tout d’abord, comme un rêve communautaire, une scie coupant une bûche au-dessus d’une rangée de corps longilignes, nerveux et racés. Un rêve communautaire sous le regard moquer des macaques se levant de leur place de cinéma pour trouver sans cesse une autre gâche plus proche du grand écran.

Après bien des mégots et des joints aux pensées secrètes ou macabres (selon le point du vue) qui doivent être très amusantes, on ne trouve ici que des bobines de films en lambeaux, des graffitis sur les mépris occidentaux, des œuvres conformes à leur idée directrice : le cerveau de Kubrick, un processeur qui déplore lui-même ses outrances langagières et thématiques.

Les larmes de Cornélius en tombant sur le sol formaient un tapis duveteux, entraînant quelques années auparavant à leurs suites les serpentins de leurs braies, de leurs cottes de maille en lambeaux, leurs bandages de momie piratée, hackée ou de simples poètes inconnus. Hackée comme les destinations des long-courriers n’arrivant plus à destination !

Des poignées des brouettés de poètes inconnus, fascinants comme aiguillonnés par les cris des sauvages locaux chaque fois qu’ils hésitaient à continuer la route ; ces loqueteux contenus de brouettés transportant des lumignons morbides et de pelletés de londonienne; ainsi que les les soleils levants, en dorant le sol natté de ma chambre, s’avachissaient aussi sur mes chaussures noires : des informations qui étaient, pétris dans le levain, un langage information purement numériques pour la géosphère des ténèbres, en s’enfonçant toujours plus loin dans leurs matrices chiffrées excessivement à l’excès. Ce bestiaire féroce au fond des égouts
Et la vie, lors d’une attaque terroriste; qui fourmillait sous la surface avait annulé de façon anarchique toutes formes de pensées, ainsi que leurs substances : le grand courant des lors s’accouplant avec de nymphes connaissant tout des extraits du Livre des Morts, oublie les parfond et les grands courants de te la mer méditerrané pollulée ; certains mollusques nous attendit pour percer le palier de tous ces têtards qui s’éternisent dans la flaque lacrymale de Cornélius.

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Claire Castel et son deuil d’azur

Les acteurs, entre des murs lépreux, se déboutonnent, sortent leurs instruments pédagogiques, et finalement prennent leurs pensées sexuelles pour la locomotive de leur libido ; et la jeune fille, avec, dans son larynx de cristal, les regarde avec de grands yeux humides, puis regarde leurs visages avec une innocence troublée et un désir naissant.
Claire Castel, la scandaleuse libertine sous le regard de ces macaques, brûle d’impatience et de ferveur, elle traque la nature jusque dans ses replis les plus intimes : une luxuriance psychédélique suscitant le départ des berlines armoriées de ces zonards attirés par cette seule lueur spirituelle ; elle apporte enfin la guérison du corps et de l’esprit.

Toutes les actrices présentées ici, dans ce film (gangbang pour garce #37) qui se déroule dans les bois londoniens ou de Nottingham, ont été photographiées couvertes de sperme ; à Claire Castel on lui a promis un selfie mémorable après l’instant crucial, après la consécration lyrique.

Roger Gilbert-Lecomte, le poète, dans son poème Deuil d’azur, évoque un « masque de perles » travestissant les nymphettes sous les lunes macabres ; j’imagine, tout en haut de la maison, dans une pièce, ou plutôt une cellule solitaire, séparée des autres appartements par une galerie et un escalier, se nicher l’atelier de l’artiste où il travaille à ses créations immondes, où il boit tout en écrivant quelques alcools liquoreux. A force de trop écrire, on devient abject. Et surtout, en devenant abject, il est possible de vendre des millions de livres pour s’offrir une villa ou un palace surplombant la mer ou l’océan !

Venant d’une lointaine galaxie dynamité, discutaient
Entre eux au sujet de leur retour, les acteurs de ce film X.

Des actrices chopant des symboles avant-coureurs comme des papillons

Et un film en noir et blanc représentant des scènes vaguement classées X d’une lointaine galaxie dynamité.

Des actrices exécutant quelques danses fantasmatiques

Parmi elles, Claire Castel, dans tous les azimuts et les visions

D’ailleurs ; à l’intérieur des conversations téléphoniques et des S.O.S pour sortir de ce nid de vipères

Aux lueurs plaisantes malgré tout

Et ne connaissant aucune technologie à la pointe lorsqu’on

la noie sous un masque de perle, séché au soleil vert à volonté.

Aussi profondes qu’elle puissent paraître, ces années X

Où tout a commencé, où tout s’est enfouie

Sous l’emballage des hachis parmentier des grandes surfaces

Estampillaient à mauvais escient dans les wagons

Et compartiments neuronaux grillés, leur souvenir

Difforme, fragmentée. Et qui ne donnaient qu’à notre

Fabrique Croix-Roussienne, sous l’autorité d’un seul

Homme, Razko Kaphrium, qu’un effet bœuf.

L’espace spirituel de la vieille maison !

L’espace, dans le vide, et tout ce qui entre dans sa période de luxuriance extrême après des bornes extensibles, et leurs bases où les limaces atterrissaient sur les bancs occultes des écoles de sorcellerie, étaient si surprenants, si dégoulinants ici : une sorte de désolation à exalter en distribuant, à travers la valve de l’étrange machine surchargée d’armes algorithmiques, l’incontestée, l’impropre consécration.

L’espace récoltant des losanges était investi par notre enseignement du jour, sans que les indigènes s’en rendent forcément compte, sans que le labeur des latinistes crédite des « Airs » ou des « Hères » à l’intérieur de la machine ; je lui avais donné vie et une morale civilisatrice.

L’espace ? C’était une vieille maison qu’on pénétrait sans parler, sans faire un seul bruit : le silence total au milieu des plantes grimpantes. Et grimpantes étaient aussi les cases de cet échiquier menant à la cave de la maison : une ancienne cuve atrocement étroite avec Kaphrium descendant dans les profondeurs de la cave pour embraser la foule face à lui, et en remontant tel le linéaire réseau social célèbre, il se heurtait aux cameramans, crevant les hypothèses surhaussées d’émoticônes ou d’icônes pour une fin du monde ou une drôle partie d’échecs.

Associant la magie de Baudelaire avec la juvénile adversité de Rimbaud, les tours et les pions en cavaliers légers d’infanterie sapaient les fondations de ce monde qui sonnait le tocsin avant l’heure. Réhabilitant la maison à quelques centaines de mètres sous terre, j’imaginais ma vie dans le futur : une vie qui se limitait à contourner les douches en laque mal lunée, lourde, nucléaire, bactérienne ou microbienne !

Les civilisations des êtres en question

Angela, étudiante planchant sur des créatures bizarroïdes, pendant ses années à la fac de lettre, était à présent dans sa chambre d’hôtel, en quête de leur présence ou de leur réapparition ; elle s’était fait monter un plateau-repas pour lire et traduire tranquillement, dans la torpeur d’une fin de journée en Andalousie, le carnet du lot numéro cinq racontant dans un dialecte de Papouasie la genèse de ces êtres en question, dont on ignorait tout. Ou presque.

Dans l’obscurité, dans la brume aussi, le récit finissait comme une crème tournant mal, ruisselant telle une pluie sur son visage et ses seins.

Les gouttes de cette pluie avaient fait naître le malaise ; il y avait aussi des flaques de sang, aussi noires que les derniers survivants examinés par Angela à la lueur d’une lampe torche frontale ; traversant un épisode dépressif à l’état vif, ces démons avaient un arrière-goût, dans la gorge, de noirceur africaine. Un goût à la fois amer et acide.

Puis il y eut des bruits de pas : des chaussures d’hommes, des talons de femmes, des orteils de chameaux foulant le sable aride des déserts, des pattes de chiens et des griffes de tigres qui naquirent de cette fin de civilisation s’en allant à vau-l’eau.

En s’efforçant de stabiliser son regard séminal, cette fin, coupée de toute temporalité, basculait du côté obscur de la force sans que personne ne réagisse.

Comme traduction bancale, Angela avait privé le récit, esquissé au crayon de papier, de ses attributs magiques, ottomans ou byzantins à tel point que les êtres en question dans cette nouvelle configuration ne s’exprimaient sur le papier que par des dialogues décousus ; ces auteurs du cut-up agressif, participant aux réécritures, aux jeux de mots improbables des ateliers d’écriture d’Alphonse Choplif, le défunt propriétaire du lot numéro cinq, vendu aux enchères naguère.

Un petit livre rouge en sept pages

Tout d’abord un texte sacré, provenant d’une bible pour églises fantomatiques en sept pages, alors que le froid mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes. 

À la première page, un film d’horreur très kitsch qui emprunte sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste, peut-être celle de Twitter ou d’un autre réseau social.

À la page deux, pour désigner un référent, apparait l’expression kabyle, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif. Sûrement le label Sub Pop des artistes aux jambes d’antilopes.

À la page trois, en se référant au système adverse, une kyrielle d’injures alchimiques. Et, dans le labyrinthe de la page quatre, la description des effets du kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fait apparaitre les premières hésitations : une alternance de forme et de style qui sera relégué cependant au sein du navigateur chaque fois qu’ils hésitent.

Ces effets sur le cerveau restant à démontrer, on continue de planter le chanvre indien et de cultiver le pavot en ignorant tout ça.

À la page cinq, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques qui détachent les feuillets du livre de Job et qui engendrent, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées.

À la page six, une eau de Javel fossilisée qui ondoie comme le karma des chamans de Sibérie ; et leur tradition orale qui flotte, comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, en procurant des profits juteux.

Enfin, à la page sept : brusquement réalisés et épanouis, ces chamans, du plus humble des partisans de l’euthanasie jusqu’au plus mégalomane des conducteurs de fiacre, métiers exercés sans leurs attributs magiques, ces druides et ces chamans, dis-je, étudient à la fin de ce bouquin la bonne proportion des cuillerées de pure savonnette à mettre toujours avec les feuilles réécrites des descendants de Burroughs dans la marmite. 

Afin d’obtenir le résultat d’une recette miraculeuse, longuement commentée par les exégèses de ce bouquin !

Un rêve communautaire !

Tout d’abord, comme un rêve communautaire, une scie coupant une bûche au-dessus d’une rangée de corps longilignes, nerveux et racés. Racés comme les bons soldats du Maréchal Foch.

Après bien des mégots et des joints aux pensées secrètes qui doivent être très amusantes, on ne trouve ici que des bobines de films en lambeaux, des graffitis, des oeuvres conformes à leur idée directrice : le cerveau de Kubrick, un processeur qui déplore lui-même ses outrances langagières et thématiques. Ce processeur si calme en apparence bouillonne d’idées projetées par la caméra des Frères Lumière.

Le royaume sans fondation de ce monde onirique.

Ce rêve communautaire aspiré par un ciment armé, visionné dans un cinéma verrouillé et sans lumière, affublé des artifices du récit -projet complètement abandonné- et cette scie s’imprégnant des odeurs incendiaires d’entrejambe de la surface à mesure qu’elle coupe la bûche, et cette rangée de corps est alors divisée – ou devrais-je dire stratifiée – en quelques halos de glace. Halos aux neiges éternelles.

En remontant ces « étages » ce qui donne un éventail de femmes nues à vocation universelle, on se rapproche – il me semble – de leurs douces et brillantes, de leurs excitantes et réconfortantes facultés.

Leurs facultés ? On ne peut les définir sans descendre d’un « cran » d’une « marche » ; au paroxysme de l’orgasme, alors se constitue l’album de cette étrange famille : en cas d’indispositions, exsudant l’arôme, l’odeur, l’histoire génétique de toutes ces femmes, elle tombe dans les pommes fermentées.

Hologrammes vikings

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, j’écris et la pluie ne tombe pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne. Diluviennes comme ces rôtis parfumés au gingembre, bouilli dans la lessive avariée : alors qu’il s’agit en réalité de viandes pourries de veau réduites en poudre !

J’arpente de haut en bas les icebergs et les banquises en fumant religieusement mes Craven A sans me soucier des anciens d’Algérie qui empiètent sur le bureau. Des Craven A fumées prudemment comme si elles contenaient à chaque inspiration et expiration l’essence même du Zen japonais.

Dans mon bureau aussi, je regarde des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier. (La dernière réincarnation d’ un fou sur l’échiquier me revient alors en mémoire ; une réincarnation riche en rigolades et en excès de tous les genres cependant.)

La famille est au complet dans ce bureau où je me suis isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec des années lumières pour guérir ! Avec, de façon très pernicieuse, comme dîner pour ces souverains, du riz cultivé tel un champ de tabac pour les plus humbles de ces seigneurs de la guerre.

Lorsque je me lève de ma chaise pour faire les cent pas et réfléchir un peu, je marche sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prends pour des serpents. Rêveusement, après avoir ouvert le frigidaire pour dénicher de la crème à la royale, j’affiche toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine de pythons noirs déborde en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.
J’écris pour les divines ascèses quotidiennes, avec l’idée de déverser des flots de pétales à verser sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi et surtout pour enseigner de bonne heure l’écriture tremblante et écorchée vive d’un artiste grunge comme Kurt Cobain.


Et de la divinité, il y en a dans ce bureau transformé tout en jetant un œil sur la timeline de ce site : https://www.lazone.org/ (avec le secret espoir d’anticiper sur ce roi viking qui, en quelques cuillerées de pure savonnette, engloutit toute cette populace de son royaume.)

C’est la mécanique des vents du sud qui m’a poussé là, à écrire pour Oscar Wilde et son odieux portrait. Une représentation qui sied bien à l’habitant de mes pensées.

En déversant des wagons-citernes sur un incendie annoncé, j’anticipe la Saint Con donnant sur la ville entière : cette cité mutante qu’on visite en touriste pour rôder au hasard. De mon côté je me suis réfugié dans un village rupestre avec des vaches qui s’injectent un méchant venin : l’ennui. L’ennui et le spleen à l’instar de Charles Baudelaire ; les yeux toujours chargés de larmes, les larmes jamais fatiguées d’éteindre ces curiosités chaudes de lames de couteaux et de sabres. 

Pour ouvrir les enveloppes je sabre aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploite au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle. Orientale ou, devrais-je dire, pratiquante du Zen Japonais pour être plus précis.

À l’entrée du mausolée – je veux dire ce bureau qui donne sur le jardin directement – des prophètes me surveillent d’un œil. Je suis ces conquistadors d’un genre nouveau dans leur drôle de périple. Leur pouls battant comme la pluie, cette fois fine et mélangée de brouillard hivernal.


Aujourd’hui il y a cette absence de tube de colle et de ciseaux pour faire un collage digne de Burroughs alors j’écris automatiquement. Les idées me venant d’un seul élan. Imaginant que les baisers de la reine des vikings glissent sur ma peau.

En haut des escaliers de la maison, il y a cette matrone qui vient me déranger sans cesse. Pour me demander de remplir la cuve à mazout par exemple. Ou bien me dire que sa caméra, son PC et ses Macintosh ne lui renvoient que des hologrammes.

Pour se porter bien et pour dormir, en attendant la visitation de la Vierge qui ne passe pas, qui rêvasse dans son coin, qui a perdu son domicile céleste, il y a aussi ces étranges médicaments, prescrits par la reine des vikings… Et qui n’est plus en échec à présent !

La maturation de mes idées se fait comme la maturation des larves d’une mouche. Des larves qui vocalisent toutes les voix du vent dans ce cocon que je me suis créé. Un cocon où ces larves aux yeux défoncés font planter l’ordinateur par leur esprit télépathique.


Comme autant de crachats sinistres, il y a mes pages d’écriture qui vont brûler pour le bûcher de la Saint Con. Un jour de Saint Con revisité et remisé dans un film en noir et blanc.
Si vous lisez actuellement des romans d’aventure, il se peut très bien qu’ils se changent en traités de médecine. Ces traités revenant tranquillement dans les tiroirs du bureau sans jamais me compromettre. Et, comme une perfusion dans le bras : la violence de ces écrits vous persuade de vous droguer…

J’écris pour les hackers, les dissidents, les fins de zones, les débuts de banlieue rose et mauve, pour les écoliers qui en ont marre de l’école. Mais sans jamais les inciter à faire l’école buissonnière. Ne voulant pas faire de nouvelles victimes : de futurs caissiers et caissières sans le baccalauréat ou si peu ayant une vie gâchée, abîmée, détruite…


Mon public est jeune et laisse des commentaires que je ne comprends pas sous mes textes. Mon livre de chevet, c’est un bouquin tombé en désuétude : Les aventures de Lucky Pierre de Robert Coover. Si jamais vous tombez dessus, vous aurez du cut-up à fournir en jouant votre va-tout avec les différents chapitres coupés en morceaux dans vos tiroirs qui végètent : de truculentes proses qui resteront indépassables et que je prendrais pour enseigner aux maîtres d’échec l’intermittence et l’impertinence des fondations solides de ces phrases.

Et les phrases ont besoin de démêlant aujourd’hui tant le jour est triste, tant la nourriture me paraît fade.