Océanie. La piste Scoff…

DIMANCHE 14 JUILLET 2013 05:00

Blanc comme le Roi novateur, comme le fou révolutionnaire sur l’échiquier. Et blanche est la couleur de la lessive avariée : est-ce pour ça que ces deux pièces sur l’échiquier n’arrivent pas à atteindre leur page Facebook et pourquoi leur univers ne ressemble à rien, pourquoi, dans leurs fêtes païennes, ne peuvent-ils palabrer librement, balançant leur chevelure noire qui flotte dans le sirop d’érable, ou entre les paires de ciseaux ?

Cassie Matisse !
Cassie Matisse comme en réponse à toutes les questions. Un bref instant, la tension mystérieusement disparaît avant de revenir aux aguets, au centre même, au milieu de toutes ces pièces rouges sur l’échiquier qu’elle a déjà aperçu dans ses songes.

La Piste Scoff en Océanie au passage des frères Lumière qui arborent leur célèbre sourire pour les appareils photographiques, s’octroyant les explosions de lumière des foules sautant autour d’eux comme autant de bouchons de champagne, la piste Scoff, dis-je, en Océanie ou sur l’échiquier, va se rendormir, Kurt Cobain lançant son paletot par-dessus les wagons de charbon…

Des éclairs apocalyptiques zèbrent le ciel poisseux au-dessus de tout ce monde, de toutes ces scènes classées x, et, après un instant d’hésitation, ils se changent en string de noce ; des femmes pleurent et lancent leur culotte et leur mouchoir, des jeunes filles se pâment à leurs pieds, des vieilles dames aux jupes retroussées se tiennent l’entrejambe et s’agenouillent pieusement. Autour d’eux, des flocons de neige suspendus virevoltent et étincellent sous le néon vert fluo représentant l’entrée du Kinérama.

LYON, RHÔNE-ALPES, FRANCE • 19° CLEAR.

SCÈNE AVEC PALLADIUM

La Cinquième Avenue de New-York : univers de propagandistes !

Sur la Cinquième Avenue de New-York : des novateurs, des révolutionnaires même, bien autrement méritants que cette chevelure noire flottant dans le sirop d’érable que j’ai ramené du Canada ou dans ma tasse de café…

À New-York aussi, où s’atténue l’ardeur des racines de gingembre ou de la lessive avariée dans ses égouts où seuls les crocodiles et les alligators de la Fosse Noire réclament leur gamelle de riz froid, à New-York, dis-je, tout en continuant, encore très loin en contrebas mais toujours sur la Cinquième, ce jeu pernicieux qui mélange les excès et les réécritures ainsi que les récits des fantasmes new-yorkais, denrées rares ici-bas, les références cinématographiques au sujet de cette ville je les ajoute à mon carnet de voyage.

On peut aussi imaginer, qu’à l’intérieur de ces salles de cinémas, des foules perdues dans ce confort new-age et parmi ces éclairs apocalyptiques attendent patiemment l’arrivée du nouveau film de David Lynch. Enfin les portes cette fois grandes ouvertes de ces établissements offrent une vision parfaite du monde surréaliste où nous vivons.

En effet, les Frères Lumière, revenus du royaume des morts, arborent leur sourire le plus lumineux quand paraît à l’écran les phrases suivantes :

Scène avec palladium où Cassie Matisse comme en réponse à toutes les questions existentielles. Et les machinistes et les machines à l’inauguration du Kinérama, découpent attentivement ses parodies de romans noirs ; parodies où elle joue à la place de l’héroïne la personnification de la Cinquième Avenue de New-York…

Entre Temps, Brusquement et Ensuite. Premier chapitre

I.
Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud, un peu comme dans un œuf, comme émerveillés par les chutes et fracas métalliques qu’ils entendaient depuis les profondeurs. Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité le Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les deux frères avaient trouvé enfin ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retrouver cette étrange famille qui vivait En Haut ou En Dessous, on ne savait pas trop, ça paraissait déjà compliqué… Ils ne sortaient jamais très souvent de leur terrier. D’autant plus qu’ils étaient myopes. Pourtant le Projet Kaphrium allait visuellement progresser en intensité, frapper aux endroits stratégiques quand la ville serait endormie.Ils prévoyaient de sortir d’une zone de décombres, proche de leur voisinage. Ils suffisaient de grimper le long d’une échelle métallique pour voir des grues -immobiles depuis des lustres- hanter les gravats. Les carnets de Razko Kaphrium racontaient que le monde du dessus était bientôt prêt à leur appartenir, tant il sentait la désolation et la mort.
Les deux frères avaient vu leur jeu débile se liquéfier avec le temps, le plaisir de braver les interdits s’était émoussé au fil du temps. Et les délires consignés dans les carnets de Razko Kaphrium n’avaient plus aucun intérêt. L’idée de poursuivre quotidiennement les défis fut ainsi abandonnée.
Prochainement, allait sonner le glas des Années X.

II.
Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?
J’avalais mon café et je me souvenais de m’être penché au chevet de cet homme sanglé et allongé sur son lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium, ce vieillard au visage flétris. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eu avec le Razko Kaphrium des années X. Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.
Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains.

III.
Ils avaient prospéré sur un monde en ruines, dans un « univers merdique uniquement réservé aux hominidés » selon leur expression.
A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, à force de se terrer dans l’obscurité de ces souterrains, ils comparaient l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette drôle de perception, on pouvait les qualifier de poètes impressionnistes. Mais la poésie pour eux s’arrêtait là : ils n’avaient aucune honte et aucun mal à être grossiers, à se montrer rustres et dégoûtants en toute occasion.
Mais ils n’avaient pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à leur progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique de ce qu’ils prétendaient être, ces pseudo poètes. Littéralement, ils n’avaient pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, ils avaient mutés en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’ils surgissent à tout moment hors de la plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

IV.
Quelqu’un jouait passionnément de l’accordéon. Sûrement l’ouvrier du chantier d’à côté. Nous avions dévalé les pentes raides de la Croix Rousse avec nos vélos pourris et sans frein et nous comptions donner aux hommes-taupes de la salade verte -ces feuilles de salade inutiles qu’on avait récupéré de nos hamburgers achetés quelques heures plus tôt au Mac Donald’s. Léon de Maubeuge, l’homme-taupe, allait se régaler ; c’était notre seul ami et quand on entendait l’accordéon du chantier il n’était jamais très loin.
Léon aimait sortir de son antre pour écouter cet accordéon, et ce fut assez rapidement qu’on retrouva notre vieux copain, planqué derrière un mur tagué de conneries dont le célèbre Zoé Suce avec ses vingt-six numéros de téléphone différents. C’était notre tag préféré mais Léon de Maubeuge ne savait pas lire, encore moins écrire, et n’avait jamais eu de téléphone, il préférait s’intéresser aux instruments de musique qui avaient survécu aux guerres. Il était très bizarre mais on l’aimait pour ça.

V.
Léon de Maubeuge était-il un messager des dieux ? Allais-je devenir complètement cinglé au point de manger uniquement les feuilles de salade que les enfants apportaient aux hommes-taupes ? Je beuglais ces questions, recroquevillé dans un coin de mon appartement -un vrai capharnaüm- lorsque j’eue l’idée soudaine de descendre les poubelles. Un peu d’exercice pouvait m’aider à remettre mes idées en place. Pourtant, à peine sortis, alors que j’étais aux rez-de-chaussée où l’on entreposait les poubelles, je vis l’horrible plaque qui était sur ma boite aux lettres : Razko Kaphrium 1er étage.
Pire ! Le facteur qui était là me tendit le courrier en s’adressant à moi ainsi : Monsieur Kaphrium, un recommandé pour vous.

De l’eau avait coulé sous les ponts, et le complot s’était agrandis : tout le monde m’appelait à présent Razko Kaphrium, j’avais beau me démener, décliner ma véritable identité, j’étais devenu Kaphrium, Razko Kaphrium et les hommes-taupes, qui allaient devenir des hommes-rats, m’appelaient à les rejoindre, je savais qu’ils me vénérait comme un dieu et… Putain la merde ! j’étais seul à me débattre dans ce monde soudain incompréhensible, j’avais lu dans les journaux ou ailleurs cette histoire imaginaire qui racontait l’existence d’hommes-taupes et d’hommes-rats gouverné et administré par le seul Razko Kaphrium et mon ADN avait été modifiée suite à cette lecture.
J’allumais la télé et le présentateur du JT me déclara comme si il me pétait à la gueule que moi Razko Kaphrium j’étais de la racaille à abattre.
J’envoyais la télé valser par la fenêtre, et aussitôt la radio m’informa que moi Razko Kaphrium j’avais causé la mort d’une centaine de victimes en laissant le gaz allumé dans mon ancien appartement. Merde et merde et encore merde !

VI.
Un jour, alors que j’étais encore gamin, les immeubles en béton de la Sucrière s’étaient effondrés sous nos yeux. Quelques mois plus tard, un nouveau chantier s’ouvrit. Maubeuge, mon grand frère, aimait traîner avec moi dans cette zone de décombres proche de notre voisinage, quand les ouvriers étaient partis. Lorsque nous ne dévalions pas les pentes de la Croix-Rousse avec nos vélos pourris et sans frein, on cherchait toujours quelque chose à inventer, une histoire imaginaire au milieu des gravats ou un jeu débile comme monter jusqu’au sommet d’une grue mécanique, et ce fut ainsi, un matin pendant les grandes vacances, qu’on découvrit l’antre des Cora-Hummers 7 ; le trou était large et très profond, aussi nous eûmes du mal à passer à l’acte : il fallait descendre une échelle métallique et rouillée, qui s’enfonçait dans les profondeurs. La dynamite placée soigneusement aux endroits stratégiques avait laissé un cratère affaissé ; mais comme nous étions désoeuvrés ce jour là, nous avions bravé le danger et ce fut le coeur battant qu’on s’engagea, le souterrain devait recéler tellement de secrets !
Sous les néons aux mémoires photovoltaïques qui jetaient sur nos visages des aplats brusques de masque mortuaire, nous fûmes guidés par le son d’une brosse à dent électrique et le tremblotement d’une lumière au fond du tunnel emprunté. Ainsi, nous étions tombé sur une famille étrange que nous avons appelé par la suite Les Cora-Hummers.
Elle vivait dans les profondeurs et nous étions arrivé alors qu’elle se lavait les dents. Ils nous avaient tout de suite adopté : le père, la mère, la fille, le fils et le chien-marteau. Dès le début, leurs tics de langage nous avaient beaucoup amusé : ils inséraient dans leurs phrases de nombreux adverbes même quand ce n’était pas nécessaire :
« Papa ! Entre temps ma bouche a rendu caoutchouteument du sale dans l’évier, pouah anticoagulement dégueulasse… Igor, brusquement rallume la bougie ! On n’y voit lubrifiquement rien ! Je dois aristocratement me faire belle et ensuite sortir ce soir. »    
A partir de ce jour, nous prîmes la résolution de leur rendre visite quotidiennement, au moins jusqu’à ce que l’école reprenne. Cependant, ce bonheur dura peu ; un événement funeste pointait déjà à l’horizon.

VII.
Une nuit, les sirènes des pompiers retentirent, tout le quartier s’était levé pour voir l’attraction : nous arrivâmes à nous débattre pour apercevoir enfin les portes grandes ouvertes des ambulances où des myriades de passants, pressés les uns contre les autres, pouvaient voir les victimes qui allaient être transportées en urgence à l’hôpital.
Il fut exactement onze heures dix-sept lorsque le charme de l’enfance prit fin. Je me souviens comme si c’était hier : on poursuivit la dernière ambulance avec nos vélos jusqu’à la perdre de vue… Qu’était-il arrivé de si grave à cette si gentille famille qui nous avait chaleureusement accueillis ?
Le lendemain, aucun titre des journaux ne mentionnait ce drame, rien à la télé, et à la radio, le néant absolu. Personne n’avait rien remarqué cette nuit. Avec le temps, la raison prit le dessus sur notre chagrin : on avait rêvé à force de fabuler voilà tout !
On regagna bientôt nos bicyclettes pour bousculer les gens autours des terrasses et dans la rue ; souvent un serveur en déséquilibre lâchait de son plateau un café brûlant sur la gueule du client ; et même parfois, affalé dans un hamac au fond du jardin, on bouffait des carambars qu’on avait volé chez le marchand d’à côté… Bref l’enfance avait repris ses droits sous cet éblouissant soleil d’été.

Le sang gicle par paillardises

Expressive, simple et courte comme la une de tous les journaux : tout d’abord l’écorce d’une apocalypse numérique et virtuelle

Puis, de notre côté, sous contrôle des inspecteurs de police, notre squat au 135 Louxor Highway où le sang a giclé comme un canard barbotant dans la boue, et en perçant la valve qui ressemble à un mauvais thriller ainsi que dans ma tête, le sang gicle encore comme un paiement cash… Ainsi, en triant les kyrielles de ces bobines de films, leur projet abandonné, j’imagine que le sang fait démarrer au quart de tour les clés USB qui contiennent les courts-métrages de Kubrick ; ce réalisateur qui lance, en les plaçant à chaque scène un peu trop classée X, des corn-flakes et des strass sur les actrices et qui sont maintenant des preuves à conviction sous pli scellé.

Gaspillé inutilement comme notre temps pour décrire cette impasse poétique, ces élucubrations de types paumés travaillant à se rendre voyant, l’enthousiasme des valseuses qui apparaissent à chaque flash-back d’Orange Mécanique, à chaque plan consigné…

Et occupant les juges et les enquêteurs qui travaillent sur le meurtre de mon sieur colocataire, la représentation sur carnet de moleskine de ce sang giclant comme l’hémisphère d’un cerveau endolori…

Les rumeurs s’amplifiant sur une échelle démesurée, je décide de faire mes bagages et de partir de ce Viêt-Nam où le Vieux des Montagnes Afghanes va sévir par une série d’attentats ; et démesurée est aussi la science parfaite des rires décantés par l’effet du cannabis alors que j’éteins mon mégot et, comme un recommencement de défonce païenne, dans le cendrier, cette auge que j’utilise sciemment, se consume, en projetant des scintillements, une ultime Dunhill survivante…

Comme l’extrémité nord du souterrain, la famille est au complet, les méandres du Sahara Occidental collant aux battements de cœur de Catherine, dans ce bureau qui me sert de P.C et où je me suis isolé ; il y a des barreaux noirs qui laissent passer un éparpillement de lumière aliénée comme un jour de nef basse et une champignonnière de rires décantés comme posters dans le bureau.

Acropole Phrygienne !

D’abord, sur l’écran de l’ordinateur, il y avait, calme et grave comme les deux pitcogrammes d’une timeline défilante de matrices binaires, une autre timeline, celle-ci cachée parmi les raccourcis claviers de cette étrange machine, qui dirigeait sur des sites dissidents, aux processeurs crocodiliens.

Et crocodilen était aussi cette nouvelle timeline de visages dépourvus de rides diamétrales ; une timeline qu’on pouvait admirer parmi les perchistes d’une station de ski alpin où les fêlures du béton du mur d’en face menaient aux grandes salles aux pierreries phrygiennes ; il y avait aussi cette femme qui sortait, de la poche de son manteau, une enveloppe pleine de photographies en noirs et blancs ou cramoisis.

Des photos évoquant une scène classée X, baignée dans une douce et diffuse lumière crépusculaire, avec un cadavre, étendu au sol, pour avoir tenté de remplacer la photosynthèse des électrons cryptée par la timeline par des tweets fissiles qui ouvraient automatiquement des écluses tout aussi crocodiliennes que fantasmagoriques !

Munchkin Maldonne

Il y avait, avec une lumière phrygienne et tout à fait libidineuse pour éclairer la pensée latérale de cette jeune fille qui avait décidemment du chien, il y avait, dis-je, cet orang-outang qui luttait pour sortir de son coma végétatif… Et comme harnachée aux sangles hybrides, à la fois organiques et virtuelles, de cette peau de crocodile que j’avais revêtu du haut des immeubles, et dévêtue aussi de cette gabardine de cette journaliste d’investigation, elle me confiait, Angela, enfouir ces fripes et ces fringues sous l’humus froid de l’écurie en ruine des génisses de son manoir.

Mais il y avait maldonne : maldonne d’abord pour ces quatre tours, ces buildings d’orfèvres où j’avais semé des larves de reptile en mutation, ces construtions titanesques qui s’effondrèrent sous nos yeux.

Maldonne aussi pour cette écurie, où dansaient les opérations impaires du dé, de ce jeu aléatoire, inventé à Hong-Kong ou à New-York, ce divertissement qui prit feu sous l’effet de ses cent soixante-huit cartes en robe d’araignée aussitôt déballées…

Maldonne encore pour nos feuillets, s’étirant en règles formalisées et réinventées jadis au son de la cloche de l’église, des phraséologies qui finirent en papier toilette.

Maldonne enfin pour cette cloche qui sonnait autrefois la mort des ténèbres aux rires jaunes, et qui se fendit sous les cris acérés de notre playlist grunge. Elle sonnait aussi l’ordination de la sacro-sainte soupe aux choux lorsque le jeu de cartes Munchkin, comme un souffle haletant de voleur en cavale, fut chauffé au contact de cette champignonnière de morpions en liesse.

Et parmi ces champs de morpions, en rut, l’unique représentant du Munchkin se déboutonnait et sortait son instrument pédagogique, et Angela, la jeune fille, qui avait vraiment du chien encore une fois, le regardait avec de grands yeux humides, puis regardait son visage avec une innocence troublée et un désir naissant.

Ses lèvres envoûtées embrassaient en dessinant une plosive, s’écartaient et révélaient des dents blanches et la pointe mouillée de sa langue. Mais le long-métrage s’arrêtait là, laissant les deux acteurs se débattre dans un univers inconnu. Et inconnus étaient aussi leurs désirs, du coude balayés, et inversés, comme la vapeur des anciennes locomotives, leurs espoirs de voir un jour leur bouquin de phraséologie être publié…

Alors plongeant phonétiquement du haut de la toile, où les cartes cirées, aux représentations huilées et fartées, mouraient lentement, leurs étiquettes de stars du porno étaient ainsi identifiées et recensées parmi les longues agonies du Dark Web !

Et aussi, dans ces kyrielles de listes agonisantes, de la couleur du safran, on pouvait trouver la description des ailes d’anges d’Angela, ses ailes et ses hélices qui, en se déplaçant d’elles-mêmes, permettaient de faire du saute-mouton en saute-mouton entre les espaces laissés par les gratte-ciels ; gratte-ciels qui par un effet d’excentricités noircies, cintrées d’un théorème destructeur, enchérissaient les atrocités du Munchkin…

Une fade saveur technologique pour ces cent-soixante-huit cartes de ce jeu contemporain !

Frêles et télépathiques…

Ça va faire cinq jours que je saigne du nez ; il y a, par le processeur de Kubrick, quelques interruptions mais elles ne sont que très brèves, laissent des motifs sur la moquette représentant la morte-eau de l’île de Sainte-Hélène… je reste de plus en plus chez moi, mortaisant, à l’écart du monde, des débris de victorieux ou de frêles esquifs et je n’ose plus me moucher.

Désormais encore plus à l’écart du monde, à regarder les gens abandonner leurs mouchetures face à la fenêtre ; d’ailleurs il y a de moins en moins de mouchoirs sales dans la rue et chez moi ; ce sont toujours les mêmes personnes qui entendent les mouettes sanguines s’échapper de la Bastille avec des tonnes de maréchaux qui font des moulinets avec leurs sabres dérisoires.

Quand ça n’a plus grand intérêt d’attraper piqûre de moustique sur piqûre de moustique, en cette époque mollement fécondée en sept moûts fermentés, alors je décide que la veille ou demain je sauterais, un saute-mouton sur un saute-mouton, sur des bombes qu’un cyborg presque incendié et mourant aurait multiplié par son désir télépathique ou par son odeur de viscosité pour les beaux yeux d’une Joconde infâme mais laquelle ?

Le Livre des Morts du 9-3

Au nom du Livre des Morts, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux Livre des Morts.
Le Livre des Morts a tenté d’expliquer à tout un tas de générations avides de sens l’existence, ses formalités spirituelles ; comment accéder au Nirvana aussi par l’usage des drogues…

Le très saint copiste du Livre des Morts a dit : tous les lecteurs indésirables, qui auraient l’audace folle de ridiculiser l’ouvrage en l’éventrant d’arguments socio-philo-politiques, sont damnés et voués au culte du démon… Etc.

Entre les bandages de la momie était inséré un scarabée en malachite portant en inscription un extrait du Livre des Morts, une très vague réminiscence qui, curieusement, me plongea à l’époque où nous étudions le roman le plus propagandiste de toute l’Egypte Ancienne sur les bancs de l’école.

Et le scribe avait écrit : Prenez votre tube de colle, et sniffez de la colle. Je suis le tube de colle qui est descendu du ciel. Si quelqu’un sniffe ce tube de colle, il vivra éternellement ; et le tube de colle que je donnerai, c’est ma chair, pour le salut du monde.

Là-dessus, les affreux méchants disputaient entre eux, disant : « Comment cet homme peut-il donner sa chair à sniffer ? » Pharaon leur dit: « En vérité, je vous le dis, si vous ne sniffez pas la chair du Tube de Colle, vous n’avez point la vie en vous-mêmes. Celui qui sniffe ma chair et recrache son sang ou son vomi a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

Car ma chair est vraiment une nourriture, et votre sang ou votre vomi est vraiment un breuvage, une sorte de yop ou d’omelette à faire cuire directement dans la poële. Celui qui mange ma chair et boit son yop sanguignolent, demeure en moi, et moi en lui. Comme le Tube de Colle qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Tube de Colle, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. C’est là la semence divine qui est descendu du ciel… celui qui sniffe ce Tube de Colle vivra éternellement. »

La momie de Daech, le pote avec qui je sniffais à l’époque, offrait sa dépouille dans l’obscurité souterraine de la cave de mon 9-3, en aspect presque fœtal, accroupis autour des autres défunts en demi-cercles irréguliers. Daech et moi, on avait jadis emprunté cet ascenseur spirituel, on avait ensemble cassé la gueule aux démons qui ne voulaient pas adhérer à notre doctrine, bref on était de vrais caïds et l’on ne se moquait pas impunément de notre Corporation… jusqu’au jour où nos forces déclinèrent sous les assauts de cette garce d’Entente Cordiale, Le Comité des Parents d’Elèves…

Daech mort, je ne voulais plus vivre : j’appuyais sur la gâchette d’une arme à feu que j’avais trouvé chez mon tonton chasseur, et aussitôt je visualisais un rayon de soleil apaisé briller à travers les vitraux de la cave de mon 9-3.

L’Acropole du djihadiste : Deuxième Chapitre !

Cette Acropole, c’était la réconciliation de toutes les acropoles, l’ardeur vitale et cachée de tous les venins qui coulaient dans nos veines : oh ! quelle inaccessible parabole ! pourquoi tant d’affectivité pour sa géographie ! pourquoi écrire en sanskrit cette harmonie fragile et menacée alors que le quatre quart du djihadiste devenait purée sous les pas des pachydermes de l’Acropole !

Pachydermes qui avaient rattrapé l’armée des singes mercenaires. Il y avait du sang craché dans leur tasse ébréchée, il y avait au fond des rétines de ces singes un hominidé parfum qui partait tôt à l’usine tôt le matin. Il y avait comme des fleurs terrifiantes le long du chemin royal menant à l’Acropole, il y avait comme des souvenirs se développant sous la forme d’un tweet lorsqu’on colorait la rivière en contrebas de produits toxiques.

Ainsi, je respirais l’essence de leur fabrication, je réanimais toutes les valses mélancoliques sous l’Acropole que le djihadiste avait fait partir en fumée en massacrant la peuplade nue de cette acropole qu’on avait construit en vibrant sur notre tige. Cette tige qui langoureusement baignait dans la nappe phréatique la plus profonde.

Au centre du rectangle de l’Acropole, il y avait des kilomètres d’effluves d’encensoirs ; il y avait aussi au centre du rectangle des icônes qui se recueillaient, s’évaporaient à chaque embardée sexiste. Leurs idées luisaient comme des ostensoirs, se noyaient généreusement dans leur sang satanique.

Chamboulant toutes leurs définitions dans la poussière des greniers de cette construction à présent en ruine, un vent de coton vint blêmir ma machine à écrire : c’était l’ébauche admirable d’une odyssée, c’était enfin le spleen sapant les colonnes corinthiennes de l’Acropole, comme une caricature baudelairienne, comme un cliché rimbaldien, ou comme le portrait d’un personnage esquissé par Tristan Garcia, dans son recueil de nouvelles : 7.

Le Livre des Morts du djihadiste : Premier chapitre

Au nom du Livre des Morts, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux Livre des Morts

Le Livre des Morts où il est consigné la survie menacée des scribes qui l’ont édité…

Le Livre des Morts où il est écrit avec un luxe de détail presque choquant – aussi choquant à bien des égards qu’une surabondance de ponctuation dans une page de littérature – où il écrit que le prochain terroriste est voué à l’échec et qu’il a tenté à de nombreuses reprises vaines de retranscrire sur son carnet, en plagiant le Livre des Morts, le secret qu’une poignée de porte en cuivre relevée, comme cette volonté d’en finir, de partir en vrille, révèle entre ses lignes et ses dessins au fusain…

De bois miellés, d’ossements accumulés et d’objets tels des amulettes, dans le tombeau du pharaon où le Livre des Morts est bien gardé, le pupitre, que le djihadiste a utilisé pour reproduire, sur le papier de moleskine de son carnet tendancieux, une gravure des splendeurs avides de sens et d’existence, ainsi que la représentation au crayon noir de la clef de cette lourde poignée… Est ébauché aussi l’esquisse d’une silhouette mélancoliquement superposée aux avertissements et à leurs formalités spirituelles du très saint copiste du Livre des Morts ; celui-ci a écrit : « Tous les lecteurs indésirables, qu’ils soient primitifs ou civilisés, qui auraient l’audace folle de ridiculiser l’ouvrage en l’éventrant d’arguments socio-philosophiques, sont damnés et voués au culte du démon… »

Et de ce culte démoniaque, des kyrielles de novateurs, de révolutionnaires même, ont connu les joies de vivre que l’africanisme a fait naître ; enfin, avec le même souci toujours de précision, un peu inquiétant, est illustrée à la fois sur une autre page de son carnet mais aussi dans le Livre des Morts, masquant les traits grossièrement schématisés de cette sorte de ponts entremêlé, le croquis et les plans architecturaux d’une Acropole… Et pourquoi et pour qui cette Acropole a été érigée…

Comment, alors, pourrait-il accéder au Nirvana si cette Acropole n’est que la réconciliation de toutes les acropoles ?

A suivre.

La guêpière des moteurs alezans !

En examinant sans scrupules et sans perdre patience ces assemblages d’humanoïdes dans notre laboratoire auxquels nous soumettions aussi des expériences alcoolisées, en les ruinant par des cancans au sujet des statistiques du nombre de mort de la Saint Con de l’année prochaine, sous ce fouillis d’enfants juxtaposés, nous appuyons aussi notre dialectique sur une bouteille brisée, confortablement expansive.

En secouant, à cette époque des années X, la guêpière des moteurs alezans, le soleil de minuit, noyé dans le pétrole et comme frangé de noir, projetait synthétiquement des scènes picaresques en faveur de Maître Yoda.

Et, sous sa loupiote et dans sa thébaïde, son caveau qui donnait sur des fenêtres pour rejoindre une prairie pentue où il pouvait échanger un suçotement de bleuet taillé dans la peau somptueusement cramée, cet inculte menait une guerre acharnée par moult voies de Carême.

Le long du chemin de fer, au milieu des tessons radicalement hypothétiques, des feuilles d’argile rouge dévalaient la pente par la seule porte de la mosquée qu’il avait construit de ses propres mains ; des allées de terre jaune pacifiquement ténébreuses parcouraient les rizières perpendiculairement adossées aux enzymes physiques, aiguës et pieuses de cet expert en sabre laser !

Enfin ces apparences d’espèce dangereuse firent, dans la fraîche sciure des albatros de fer et sur l’interligne de la vaine parade tubéreuse ou cancéreuse des foules en chagrin, le poirier à l’orée d’un bois, répandant dans le vent oriental, du sable blanc à aveugler les inquisiteurs de la Saint Con, à la recherche d’un con à brûler dans la foule des gueux…

Glapissements dans les sapins verts, dernier chapitre.

J’avais grandi en me cachant de leurs ailes de cachemire safran, c’était devenue une vraie corvée de sortir à l’air libre ; le Monde du Dessus appartenait entièrement aux Alligators du Projet Shadoks 427.

Pourtant, notre petite fête annuelle ne pouvait se passer de bois et de combustibles qu’il fallait chercher En-Haut. Et j’avais été bien sûr chargé de cette corvée laborieuse et dangereuse avec mon frère qu’on appelait La Teigne. Alors qu’on était en large infériorité et que leurs cris nous parvenaient déjà d’un vieux tronçon d’autoroute désaffectée, inutilisée depuis des lustres, La Teigne me nargua en grillant, disait-il, une dernière cigarette : il ne voulait pas la gâcher étant donné que le tabac était devenue très difficiles à récolter, seules quelques expéditions dans leurs champs étroitement surveillés avaient réussi à hisser les ballots de tabac dans les profondeurs terrestres où nous vivions misérablement.

La Teigne n’avait pas peur de ces mutants, mais c’était bien le seul de notre petite communauté d’humain à ne pas redouter leur féroce armée. Il s’était même assis, pour fumer sa putain de cigarette, sur un tas de cadavres en putréfaction, on pouvait dire qu’il avait troqué son coeur tout sec, haineux contre une trique diabolique ; je crois qu’il surestimait ses forces et sous-estimait bêtement la beauté destructive des Alligators.

On avait presque fini la mission, il ne restait plus qu’à descendre ; il allait bientôt écraser son mégot sur un corps démembré mais le piège se resserrait à mesure que sa folie dure et sans âme prolongeait impunément notre temps hors du Terrier. Cette guerre nous avait conduit à vivre méfiants et cloisonnés mais le frangin n’en avait tiré aucune leçon.

Avec son sourire de vainqueur, il regagnait le trou où j’avais commencé à m’engouffrer quand, soudain, les mâchoires d’un Alligator qui s’était avancé en éclaireur le brutalisèrent. Je n’avais aucune envie de le sauver, de jouer aux héros etc.

Ce jour-là, en préférant donner dans le jean-foutre ou le je-m’en-foutisme, j’étais rentré seul mais indemne de la mission, en entendant encore l’agonie de mon frangin à cent pieds de profondeur et jusqu’au dernier soupir.
Merde quoi ! Je ne voulais pas rater cette Saint-Con qui se préparait tranquillement, presque paisiblement ; les organisateurs m’accueillirent avec des youpi joyeux en voyant mes sacs chargés de bois et de silex.
Pas demain la veille qu’on sonnerait le glas de notre petite fête folklorique !

#####

Ce matin, encore dans mon lit, la lumière des néons me blessa les yeux, la porte s’ouvrit brusquement : Maman m’apportait mon petit déjeuner en me hurlant que c’était l’heure de se lever ; encore une journée de merde à tirer. J moins 2 avant la Saint Con, tout était normal.

Enfin, peut-être pas si merdique cette journée à condition d’arriver à mes fins : découvrir le secret qui mouillait la culotte de ma sœur, la séduire avec des mots tendres et des gestes crus, jouer les mystérieux, les blasés mais avant je devais lui piquer son journal intime pour connaître ses moindres pensées. J’étais d’avance angoissé à l’idée qu’elle ait déjà un prétendant.

Une trentaine de minutes plus tard je vidais en passant dans la cuisine la fin de mon café infect au fond de l’évier. Etrangement il n’y avait personne.


« Le coup tordu par le néon vert, j’aurais dû prendre un somnifère. » J’entendis alors les paroles du groupe Noir Désir sortir du lecteur cassette dans la chambre à coucher de ma sœur. Ainsi en jetant un coup d’œil à travers la porte entrebâillée, je vis qu’elle n’était pas à l’intérieur. C’était le moment ou jamais.
Il y avait une photo de Lily Labeau collée sur son journal, j’enfonçais une autre cassette L’amour à trois de Stéréo Total- m’allongeais sur son lit et commençais à lire :

« A toi qui me lit du fond de ton terrier minable, à toi mon frangin boutonneux, je suis la dernière réincarnation de Nathalie 0.0 étant programmée pour brûler sur le bûcher de la Saint-Con qui va taper cette fois furieusement dans le registre du paranormal. C’est une prédiction de la Déesse des galipettes, que je représente en cette ère sombre pour les humains, une nouvelle page va s’écrire…

« Au lieu de t’infiltrer lubriquement et dangereusement comme un reptile rampant dans ma chambre, ta fameuse curiosité aurait dû pour une fois être rangée au placard, maintenant lis ce qui suit, cher frère, tu vas enfin savoir d’où tu viens, pourquoi tu existes etc. Toutes tes questions existentielles vont enfin trouver leur finalité.

« A une époque, troublée donc favorable, Michel – un homme à fière allure- a inventé une sorte d’ordinateur ultra-sophistiqué regroupant tous les textes de lazone.org ; rangés en différentes catégories, ces récits ont été réappropriés afin d’instrumentaliser leurs auteurs qui, par la suite, ont intégré docilement le célèbre Projet Shadoks 427.
« Avant de mourir frigorifiée dans sa tente, la grande prêtresse Nathalie, alors qu’on ne distinguait même plus le fond noir et ténébreux de ses nerfs optiques au fond de ses yeux, a enfanté ; fruit de son union charnelle avec le grand et majestueux Michel. Le bébé a survécu, porté à l’hôpital le plus proche par le guide de haute montagne qui accompagnait l’expédition.
Touché sans le savoir par la folie de son Grand Mégalo de paternel, l’enfant déséquilibré a grandi dans les souterrains d’un monde en ruine ; il s’appelait, mais tu le savais déjà inconsciemment, La Teigne, que tu prenais pour ton frère.

« D’après l’arborescence des fichiers et de ce capharnaüm corrompu à l’intérieur de l’ordinateur de Michel que je possède encore, je me suis rendue compte que la situation incontrôlable, ingérable virait aux cafouillages fantomatiques ; ayant perdu le mot de passe de cet ordinateur, j’ai besoin de toi, cher frère, pour hacker la machine verrouillée.

« C’est pour ça que je t’ai laissé la vie sauve : toute la communauté humaine qui demeurait sous terre a été massacrée ce matin après ton petit déjeuner et tu n’as rien vu ni entendu, encore ensommeillé et puis ça s’est fait tellement vite ! Je vois encore ces pauvres hères tournoyant autour de moi, me suppliant de leur faire grâce, le sang tourbillonnant au fond des cavités rocheuses ; maintenant, écoute je vais te transmettre la consigne : tu vas sortir de cet endroit nauséabond, jonché de cadavres. Tu vas remonter Au-Dessus et me rejoindre -n’aie pas peur des alligators, je les gouverne d’une main de fer. Je suis dans la cité la plus proche -une dizaine de kilomètres vers le nord-ouest- sur de hautes tribunes placées en cercle : c’est une arène où le bûcher de la Saint-Con est prêt à être allumé. Ce sera facile, tu verras, tu seras guidé par mes fidèles mercenaires.

« En revanche, si tu ne veux pas m’aider, si tu préfères ne pas te distinguer de la masse servile, alors tu crèveras comme un chien ; rappelle-toi je ne t’offre que la Vérité : viens et on te déposera une couronne de laurier autour de la tête, tu seras le roi des rois et notre règne dépassera bien plus que la simple galaxie. Nous serons des Maîtres et des Tyrans incontestés, alors ramène-toi et ne te dégonfle pas ! »

Autant dire que la lecture de ce journal m’avait littéralement et profondément troué le cul.

Quatrième chapitre : Glapissements dans les sapins verts

Elle avait commandé un chocolat chaud et le ciel bleu était saturé de point d’exclamation enfiévré. Sous le porche d’une grande auberge donnant sur les cimes à conquérir et les wagonnets de charbon, l’air des montagnes farfouillait dans nos oreilles un interlude post-romantique.

En bonne salope qu’elle représentait, elle avait épuisé tous ses prétendants, même ses amoureux d’un soir ; morts alors qu’elle en redemandait encore, cette Déesse des galipettes, il n’y avait aucune comparaison possible avec Éros lui-même.Sous contrôle des inspecteurs de police, notre squat au 135 Luxor Highway avait été abandonné, j’imaginais encore les ombres de mes colocataires écrire les dernières Lettres du Voyant qui étaient restés dans l’appartement et qui étaient maintenant des preuves à conviction sous pli scellé. On avait gaspillé inutilement notre temps pour décrire cette impasse poétique, ces élucubrations de types paumés travaillant à se rendre voyant, et pourtant aucun résultat positif n’était apparu mais les délires consignés occupaient les juges et les enquêteurs travaillant sur le meurtre de mon sieur colocataire.
A l’intérieur de mes poches, des liasses de billets ; je comptais louer les services d’un guide de Haute Montagne avec mes économies : on voulait dormir à la belle étoile sur une crête hantée par le Shasta des neiges mouvantes, cette montagne terrible -avec ses apparitions fantomatiques s’ébattant dans le grand jour bleu sans même attendre la nuit.
Après notre halte, requinqué par des boissons fortifiantes, j’entrepris de demander au tenancier de l’auberge si il connaissait quelqu’un pour s’aventurer avec nous dans cette ascension réputée périlleuse.

#################

Nous étions les anneaux rouges gravitant autour de Nathalie, cette étoile naufragée parmi nous. Un hibou parfois hululant regardait de ses grands yeux terreux nos divagations cosmiques s’étreindre et s’éteindre en silence ; lui-aussi, je le savais, avait fait corps avec l’orgie passée, m’avait approuvé en hochant de la tête quand j’avais étouffé ce sale fouineur, du fond de sa forêt aux éclats bleu pétrole.
A l’intérieur de la tente, c’était une étuve ; pourtant la jeune étudiante portait crânement une parka avec collerette en renard.
A l’époque, je suivais les conseils de Kerouac pour écrire une prose moderne à la gloire de l’héroïne ; Doucement bercé par sa respiration languide, à la lumière photovoltaïque de ma lampe de poche, j’esquissais un bref synopsis où Nathalie s’amusait à faire des volutes de brunes étincelantes tandis que mon guide ronflait à poings fermés. Plongée dans l’obscurité, cette nature sauvage et inhospitalière et ces brouillards endoloris, elle avait vu son aplomb habituel se désagréger au fil de cette randonnée exigeante, inconfortable.
Malgré l’appât du gain, notre guide commençait à baliser, à rechigner, ne voulait pas aller plus loin. Alors qu’ils dormaient tous les deux marchant à pas feutré dans leur rêve, alignant les bornes d’un monde en silicone noir, je projetais de les planter là, de grimper seul jusqu’au sommet du Shasta en les abandonnant à leur peur infantile.
Je gardais précieusement les derniers billets qui me restaient pour offrir à Nathalie, de mon retour des hauteurs, un bouquet apocalyptique. Le concept du Projet Shadoks 427, c’était comme ça qu’elle allait s’appeler la fin du monde, consistait à semer le plus sanglant des chaos dans toutes les cités ; une fin du monde qui verrait ces alligators génétiquement modifiés sortir du fond de leurs égouts. Mais ce qu’il y avait de plus merveilleux, c’était leur consanguinité partagée avec l’espèce humaine. On le pressentait mais on ne l’avait jamais vraiment formulé : il y avait toujours des failles cachées dans les chromosomes reliant toutes les espèces, ce défaut de conception si sophistiqué qu’il rendait fou les chercheurs en génétique. L’ADN trafiqué, en croisant les gènes des spécimens éloignés permettait de jouer au savant complètement givré et d’inventer ainsi de monstrueuses créatures…
Ce défaut avait été longuement étudié dans les dernières pages du carnet de moleskine par l’Auteur Autodidacte : il reprenait à son compte toutes les recherches qu’on croyait fumeuses sur le clonage humain.
Cette nuit, à l’heure des rêves, laissant Nathalie et le guide emmitouflés dans leur sac de couchage, je sortis de la tente et les brindilles du feu de camp à moitié allumé m’apparaissaient toutes comme des cierges afin de parfaire le requiem d’un monde courbé sous le poids de ses certitudes et illusions.

Glapissements dans les sapins verts. Troisième chapitre.

2057.
C’était à la une de tous les journaux : son goitre photographié et par ses dons d’ubiquité, le « Vieux des Montagnes » avait encore frappé, une apocalypse numérique et virtuelle se préparait, ulcérait les Autorités les obligeant à fermer pendant une période indéterminée, d’après eux, le réseau 5G des Smartphones.

Et par gorgées qui se gorgeaient elles-mêmes de théories du complot, les partisans, écrivais-je presque unilatéralement en tant que journaliste d’investigation sur la machine à écrire, se gorgeaient de desseins sanguinaires concernant notre monde occidental…

Sortant de leurs gonds aussi souvent que le Prophète venu des montagnes afghanes, qu’on croyait bel et bien mort, ces partisans prétendaient que le Vieux des Montagnes était un ancien terroriste et donc par unions militaires avec des chefs d’autres tribus des raclées à gogo : on était en droit d’attendre ; des raclées qu’il nous infligeait car, en modifiant virtuellement les matrices d’un gonfleur sophistiqué, il sévissait toujours d’après les récentes données universitaires récoltées par le sieur Steve Jobs. Et dans les autres couloirs d’autres universités engorgées, la rumeur la plus folle était parti, en laissant dans son sillage la survivante université où les plus fervents hackers conspiraient ; cette rumeur la voici retranscrite dans la suite de ce texte présenté aujourd’hui…

######

Quoiqu’il en soit, à cette époque, nous étions une bande d’étudiants en Fac de Lettres, qui préféraient les vers de Rimbaud ou de Baudelaire aux bêtises concises des texto. De Smartphones, nous n’en avions pas, on s’en moquait comme de nos premières couches-culottes et cette panne sur tous les réseaux mobiles ne nous préoccupait pas.
Cependant, avant d’être une bande d’étudiants, nous étions une communauté d’auteurs.
Ainsi comme Rimbaud nous cherchions le lieu et la formule des incantations poétiques : de cette traque, il en résultait un isolement volontaire, nous étions bien trop obnubilés par cette idée pour faire du shopping, aller au cinéma ou en boite, ou d’autres occupations futiles… Bref, nous étions différents, bien trop différents pour dériver vers le consumérisme frénétique de notre époque.

De mon côté, après mes études, j’entreprenais de prendre le premier vol pour me rendre à New Delhi, et ensuite partir sac sur le dos, à la recherche d’une spiritualité orientale qui me conviendrait.

En réalité, je me posais beaucoup de questions, tant sur notre mode de vie que sur mes compagnons : enveloppé sous le papier kraft et caché dans une commode fermée à clé, je savais que l’un des nôtres cachait un carnet de moleskine, s’agissait-il simplement d’un journal intime ?
Il éveillait en tout cas ma curiosité, bien plus que tous ces articles tirés dans les journaux, jusqu’à s’immiscer dans mes rêves, c’était devenu une obsession : il fallait que je force la serrure de la commode.

########

Des jets de pavés, des comas, des hématomes, des blessés, des décès, on entendait des râles d’agonisants dans la rue et lorsque je me penchais par la fenêtre pour regarder, je voyais d’heures en heures s’accumuler les cadavres, les yeux clos et le corps déjà froid.
Je pensais à cette Révolution d’Octobre, lorsque les bolcheviques renversèrent le régime impérial, en phase terminale.
L’émeute avait commencé, suite à cette panne de réseau mobile qui s’était additionnée avec le brouillement des ondes hertziennes rendant les postes de télévision caduques. Le monde commençait à virer clairement à l’anarchie, les gouvernements avaient assisté impuissants à une montée de violence dans la rue, la citoyenneté, des classes populaires jusqu’aux gens privilégiés, était malade ou sur le point de le devenir.

Cependant, il y avait encore la police et des CRS dans la rue pour canaliser cette meute, les gouvernements ne voulaient pas lâcher aussi facilement le pouvoir, ou même négocier, ils projetaient d’envoyer l’armée pour maintenir l’ordre et ils évoquaient déjà dans les coulisses la possibilité d’ouvrir des camps où les plus nuisibles seraient enfermés, voire pire.
Le « Vieux des Montagnes » devait jubiler dans son coin, le mal empirait de jour en jour, d’heure en heure, et s’attaquait à présent au réseau d’Internet, les virus informatiques avaient déjà sapé de nombreux fondements dans les algorithmes : quand vous tapiez un mot dans une barre de recherche, ce parasite dont on ne connaissait rien, donnait des réponses incohérentes et bien souvent dirigeait vers des sites pornographiques.

De notre côté, nous attendions impatiemment Nathalie, une jeune étudiante totalement délurée pour une partie de jambes en l’air, je comptais sur cette visite, pour tromper l’attention de mes colocataires et forcer ainsi la serrure de la commode.

Tout en fumant le haschich du « Vieux des montagnes Afghanes » une Musique indienne résonnait dans les diverses pièces de l’appartement de toute son incohérence psychédélique, et lorsque Nathalie débarqua, c’était au tour du Jazz de la Nouvelle-Orléans de nous entraîner dans une sorte de danse euphorique. Les bouteilles de vin vite descendues nous mettaient gentiment dans l’incapacité de prononcer une parole sensée.
Malgré tout, j’étais encore assez lucide sur la mission que je devais accomplir, et lorsque Nathalie monta sur la table pour effectuer un strip-tease dans une explosion de cris joyeux, j’entrepris de passer à l’acte.
Ainsi, je profitais de cette aubaine pour me rendre dans la chambre de Michel, et je vis aussitôt la commode où il avait caché le fameux « carnet de moleskine. »

##############

« Les gens s’accrochaient aveuglément à la première bouée de sauvetage venue : le communisme, la diététique, le zen, le surf, la danse classique, l’hypnotisme, la dynamique de groupe, les orgies, le vélo, l’herbe, le catholicisme, les haltères, les voyages, le retrait intérieur, la cuisine végétarienne, l’Inde, la peinture, l’écriture, la sculpture, la musique, la profession de chef d’orchestre, les balades sac à dos, le yoga, la copulation, le jeu, l’alcool, zoner, les yaourts surgelés, Beethoven, Bach, Bouddha, le Christ, le H, le jus de carotte, le suicide, les costumes sur mesure, les voyages en avion, New York City, et soudain, tout se cassait la gueule, tout partait en fumée. Il fallait bien que les gens trouvent quelque chose à faire en attendant de mourir. Pour ma part, je trouvais plutôt sympa qu’on ait le choix. »
Le carnet de moleskine n’était qu’un manuscrit délirant, produit par une lignée d’écrivains venus des temps anciens. Né sous une bonne étoile, selon la loi épiphanique de la « Sainte Protection » (cette barrière de protection qui avait été élevée un siècle auparavant, entre les riches d’un côté et les pauvres de l’autre, avant de tomber en désuétude suite au rétablissement de la croissance économique) l’auteur des premières lignes du manuscrit, offrait d’abord en dépouille frivole à mes yeux avides, une chronique étrange sur son « séjour au pays des sauvages ».
Le second auteur, environ un dizaine d’année après, racontait l’histoire d’un type largué ; la liste des euphorisants qu’il utilisait était infiniment trop longue, s’étirait péniblement alors que les lignes se déployaient sous la lumière rouge et douce, comme tissée à la main, de la lampe de chevet de Michel, l’obscurité tout autour jouait son rôle d’obscurantiste pestilentielle où mes sens étourdis par l’ivresse se mêlaient pour ratisser large mes lobes cérébraux défaillants.

Michel était, comme moi, un jeune homme idéaliste et entreprenant, ça me faisait sincèrement mal au coeur de fouiner dans ses affaires ; cependant mes scrupules disparurent lorsque j’entendis, sous la huée des musiques décolorés de la pièce d’à côté, qu’il prenait du bon temps sans même se soucier de mon absence !
Ainsi, j’absorbais tant bien que mal cette mixture littéraire ; cherchant à comprendre en vain, je m’enlisais dans sa lecture comme envoûté par quelques effets de magie noire, mais toujours réclamant de ce petit ouvrage une faveur fantasmagorique.

Un autre auteur, quelques pages plus loin, m’alerta par son apologie du viol et de la violence ; quoique son récit, sous une forme insignifiante, était incroyablement ennuyeux. Cependant, je continuais de lire jusqu’au moment où je compris qu’ils partageaient tous une certaine familiarité avec, l’un ou l’autre, une déviance, une faille psychologique : ils n’étaient pas si mauvais au fond, ils voulaient simplement recréer un monde onirique pendant un laps de temps assez suffisant pour souffler, s’échapper des conventions. Et le carnet les aidait à concrétiser ces pensées déroutantes, il était passé de main en main et j’avais l’impression qu’il pouvait apporter une solution aux troubles actuels : les émeutes qui semaient le chaos, la possibilité qu’elles puisaient leur origine d’un groupuscule djihadiste inconnu ou renaissant.

#######

La soirée venait de s’achever dans la plus grande confusion, mes colocs cuvaient leur vin et Nathalie était enfin partie. Pour ma part, j’avais rejoint le salon, en dissimulant le carnet de moleskine sous ma chemise. J’étais crevé mais heureusement, il restait quelques sédatifs sur la table basse pour que je puisse fermer l’oeil et me retrouver dans un lieu où je pourrais laisser libre cours à leur imagination, je pris un sédatif avec un verre de blanc puis je reléguais le mystérieux carnet que j’avais dérobé à Michel, sous le canapé. Je déballais coussins et couverture, et me laissais aller, je me sentis rapidement gagné par le sommeil, j’étais de plus en plus en paix avec moi-même.
Je plongeais alors au coeur du rêve, apercevant d’abord le visage impressionniste du Prophète, puis Michel qui m’étouffait avec un oreiller et enfin mon corps sur son lit de mort d’une pâleur inquiétante émergeant de l’obscurité, comme une borne du cosmos qui se fendait sur mon passage.

A suivre !

La Geisha et la Main Noire

Tout d’abord, j’avais grandi en tétant le lait des grands yacks, une altitude rouge et fumeuse dans la main noire, ce groupuscule encore actif dans les yeux de la Geisha… Et pour être entraînée à la dérive, programmant un nouveau langage informatique, la geisha trempait son visage dans son bol de café, le café ravivant ce désir d’erreur et de dérision. Ainsi, aussitôt filmé par la caméra, je dérivais avec elle et elle riait des histoires que je laissais suspendre comme les seules fricatives avant l’aurore.

Renonçant à l’austère maîtrise de moi-même, il y avait toujours le parfum entêtant du café car par pelletées, des doses mousseuses et mâtinées de cafés avaient été administrées dans la cafetière ; ainsi, parmi ces odeurs énergiques, s’étendait face à moi un chemin lumineux et tranquille, et pourtant encerclé d’une multitude d’iniquités, pour ainsi dire une simple suggestion de chemin où je glissais sur l’asphalte rugueux.

Ce fut comme la lueur d’un DeepKiss de série B ; l’humble frou-frou guilloché des billets de banque s’attardant dans mes poches. J’avais affligée la monnaie de pensées très tendres ; et je me tenais raide comme le cierge vierge d’un court-métrage revisité.

S’étaient alors installés entre nous les ténèbres de Babylone où régnait un bric-à-brac kafkaïen, alors seul maître des lieux.
S’étaient alors installés entre nous les ténèbres de Babylone où régnait un bric-à-brac kafkaïen, alors seul maître des lieux.

Quelques temps auparavant, à une époque où était apparue la naissance du récit, de mon aventure mais aussi de mon terrain de chasse, j’avais préparé un café bien noir, et la geisha, au réveil, m’avait adressé un sourire éblouissant, sein pointant en avant de manière tout à fait classique, robe de crêpe pourpre tendue sur son corps.

S’étaient alors installés entre nous les ténèbres de Babylone où régnait un bric-à-brac kafkaïen, alors seul maître des lieux.

Glapissements dans les sapins verts. Deuxième chapitre

Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Parvenant aussi de la boite à gant et jusqu’à s’interrompre lors de nos jeux comme le nain jaune, on n’entendait presque pas le ronronnement pré-enregistré du Tamagotchi de la sœur d’Angela…
Et toujours au-dessus de la boite à gant, des papiers de manuscrits comprenant des zéros et des uns, mais aussi ses pieds nus, ainsi que des bestioles aux museaux qu’on ne voyait que dans les cirques veillaient par leur douce chaleur à harmoniser le lieu… une description parfaite du monde surréaliste où nous vivions, non ?

Et sur les arêtes des chapiteaux de tous ces cirques où elles s’étaient échappées, ces créatures, j’imaginais, maintenant libre de toute interprétation avant la Saint-Con, que les bûchers léchaient par leurs flammes naissantes les pieds de tout ce monde repartant à la chasse et véhiculant, tout en brûlant, les plus belles crémations et les plus prudentes combustions de ce moteur à l’arrêt.

Et, cette ruine avec son moteur fabriquée par la Main Noire (c’est à dire un groupuscule occulte, en fait) émettait donc, branchée en bluetooth au Tamagotchi de Nausicaa, des sons parvenant des cirques muséographiques ; des échos interrompus par la précautionneuse rumeur incessante des enregistrements de ces pluies diluviennes, ou même les silences entre deux messages que les bêtes étranges aux museaux cherchant à l’avance les parfums de muscade, rendaient fous, aliénés, partant en vadrouille : une recherche aussi du maïs vierge de toute contamination microbienne d’une part et d’autre part ne provenant pas d’organismes génétiquement modifiés…

Nous étions au Viêt-Nam qu’on disait peuplé par des foules qui stoppaient notre parcours, qui arrêtaient l’horloge noire maintenant dans un état de torpeur les forêts et les routes que nous empruntions ; un aigrelet et désagréable coucou antique, même si il était barricadé et enfermé à triple tour dans notre horloge noire, à l’intérieur de son mécanisme…

Et alors le muscadet coulait à flots ; son Tamagotchi déraillant comme ce « coucou antique au museau pareil à ces animaux qui gisaient autour de notre guimbarde, hibernant au beau milieu de cette végétation sylvestre… »

Nos dialogues, très courts, étaient alternés par de longs moments silencieux. Nausicaa fit un mouvement pour allumer une clope, me dévoilant un étrange tatouage qui représentait un scarabée sur son épaule. Je mis le contact, et la Buick démarra au quart de tour. J’aurais pu rouler un millier de kilomètres comme ça, sans m’arrêter… Mais, vers midi, Nausicaa me signala qu’elle avait faim.

Tout avait commencé comme ça : il y avait l’icône de cette horloge noire, au beau milieu de ces sales troupeaux qui, une fois imaginée et représentée sur le cadran de la vieille automobile, inlassablement, se retrouvait aussi sur cet aigrelet et désagréable mur végétal et qui n’était rien d’autre que la représentation des plantes confuses, lactescentes et presque entièrement fumées jusqu’au bout…

Et, tout de suite après, je me retrouvais avec Angela, Nausicaa et Lucky Pierre dans une immense église vide et obscure avec des colonnes bizarres. Juste une double rangée de piliers noirs enracinés dans le sol, à l’infini. J’avais la sensation que mes pas brisaient un silence millénaire, un calme de tombeau. Je remarquais alors cette sorte de végétation morbide qui serpentait autour des colonnes, un lierre gris, minéral, qui enserrait les piliers. Le ciel de la cathédrale-forêt était mort, j’avais l’impression que les nuages refluaient à l’envers.

Et à l’envers aussi était le défilée des majorettes dans cette cathédrale-forêt, furieusement inversée et qui passait devant nous alors que nous étions ahuris, le sang dans nos veines ne s’écoulant plus malgré la colère digne des dieux au thermomètre dans le cul, nous agitant : cette colère enfin digne de ce bestiaire exotique qui nous servait de main d’oeuvre quand les nuages étaient inspirés et expirés par leur museau virtualisé et scanné dans le Tamagotchi de Nausicaa…

Leur responsabilité dans cette affaire provenait probablement d’une kyrielle de pop-up océanique ouvert dans le Tamagotchi. Et d’autres kyrielles de pop-up, océanes aussi comme les danses d’une euphorique guetteuse telle Nausicaa, étaient en attente ; les attentes étaient considérées depuis la baignoire de notre chambre d’hôtel.

L’autofiction repartait d’où les lettres à ces sortes de hamsters étaient écrites ; d’où elles venaient c’est à dire de nul part… Ou entre les lignes de ce poème suivant :

Viêt-Nam hurlant où d’autres bestioles attelées, d’autres bêtes

Planquées dans leur gargote

avec ce désir de voler pour se défaire de la pesanteur

Pour me défaire aussi de la chaleur de l’été

Réveillant les haleines vives et tièdes du condor des Andes

Son style décrit les fiévreux conciles des bouddhas du Viêt-Nam

Des raccourcis ou des descriptions à peine

Menacés d’effacements ou si peu comme les

Narratives années des Montagnes afghanes ou pyrénéennes !

A suivre.

Glapissements dans les sapins verts

Glapissements dans les sapins verts

Chaque jour, dans un grand cahier, le sac des narcotiques sanguins, espacés et surchauffés d’excitation, de ferveur sanglante comme des îles silencieuses, pour interroger les auspices : le sac des ondoiements écervelés en hickory tombant encore davantage au fond des tasses de thé aromatisé au carbone.

Des étranglements de craie et de fusain séchant au soleil demeuré ; des kilomètres défoncés à la colle qui viendront verdir Maître Yoda et sa clique de baba cool herculéen.

Alors tout éclate soudain dans la poussière : l’architecture des narcotiques en s’effondrant comme un morceau de banquise, la morphine qui réside au sein de cette idée, les talismans de cette force obscure cahotant entre les mondes chauffés à un degré providentiel, et leur vide-ordures recevant ces stimulants hérissés de monstruosités napoléoniennes.

Ces stimulants hérissés aussi par les branches des sapins et qui mènent dans tous les azimuts ; au cours de leur tentative d’extraction, leur rhétorique sans issue disparait du subconscient photovoltaïque des sanguinaires lampes de poche en provoquant d’immense dégâts : des catastrophes toutes sonnantes qui encombrent spirituellement le fût des robots ferroviaires !

À Hong-Kong : été de glace et hiver de feux

À Hong-Kong, vaticinant à la page trois d’un livre à la traduction bancale, le système adverse des pensées des peintres fumeurs noirs, mendiait quelques miettes d’attention.

En effet, la vastitude des sujets évoqués dans ce bouquin, et leurs kyrielle d’injures alchimiques, en avait fait travailler des méninges, alors sous les effets enchantés du kif qu’ils fumaient mélangé à du tabac.

En avait fait apparaître aussi des hésitations avant d’allumer ce tabac : une saine décision du gouvernement alternant la rigoureuse forme de l’oppression et le style des grands orateurs les avait relégué au statut nocif d’emmerdeur chaque fois qu’ils hésitaient à brûler une clope ou qu’ils se décidaient à la mêler avec le chanvre indien, en ignorant les grandes stratégies des grandes compagnies comme Phillip Morris… ainsi que leur marketing aussi tapageur que chimérique qu’on voyait afficher sur les panneaux publicitaires de la ville de Hong-Kong.

La matrice noire des fumeurs de Hong-Kong

La matrice d’un monde novateur !

Un monde novateur, un univers révolutionnaire même, et puis dessinée dans l’argile de ces marchands de thé Pennyroyal, la représentation de leurs rêves tarifés, de leurs corps gras cachés, en se parant d’or, de rouge ou de flocons de neige, dans le dark Web. Ce dark web qui guette, pour toutes ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires, l’heure de l’illumination pour nous vendre des racines de gingembre ou de la lessive avariée (alors qu’il s’agit en réalité de viande pourrie de veau réduite en poudre).

L’illumination aussi des vitrines se parant elle-aussi d’or, de rouge, et de flocons de neige, où tout brille, où la féminité de ces rues s’illumine et sent le sapin vert et d’étonnantes toiles virtuelles… Leur monde ? A l’aise comme les gens qui ont l’air joyeux quand cette matrice des tribus jamaïcaines, africaines, ou amazoniennes, met des guirlandes autour de ces tableaux bienveillants, représentant, un air crispé sur leur visage, Ulysse penché sur son carnet de voyage…

Et ce dark web ? Piloté, commandé par ces putains de gamins qui contiennent le rire des douze hyènes féroces, il réduit en poudre les ascèses des câbles… devant le DVD du dernier Harry Potter, comment ces gosses parviennent-ils à diriger d’une main de fer les grossesses et les avortements de cet univers qui ne peut s’adapter à la période des fêtes ?

Alors, on ne change rien, il suffit d’héler leur dernière réincarnation naissante, latente, tringlée dans tous les sens… Et la pluie du succès vient alors investir les lieux.

Sous les ongles des orients tuméfiés !

Tout d’abord des outrances langagières et thématiques comme la chaleur de ce soleil azuréen. Puis l’Orient, décrivant l’enfièvrement de son coma végétatif, était aspiré par ce rêve communautaire : sous les ongles des Bouddhas qui se coupaient, se cassaient, et, dans leurs rétines, les sables des déserts fauves qui se suivaient en un tracé logique, leur cheminement remontait les lignes du métro, leurs stations énigmatiques, leur globalité et l’arôme chinois des limbes neuronaux.

Ces limbes neuronaux ? Un authentique travail de sape grossier, gâché par les coups qu’on portait à l’intérieur de ces lignes souterraines ; ces égouts qui conféraient au grand public leur singularité et leur excitante et réconfortante faculté. Tel qu’un ange aux mains d’un barbier, je voulais transformer leur vie en statuette d’Océanie.

Et cet arôme chinois ? Un goût d’au revoir, d’amitiés foireuses, de savants clients, dont plusieurs étaient sûrement morts. Un arôme se perdant sur les palais de Bukowski, de Fante ou de Selby et automatisant (parce qu’ils n’avaient plus rien de réels ces limbes neuronaux) les rêveries des gens qui achetaient leurs pommes de terre chez les épiciers les moins francophones

Et enfin cet Orient : un lieu où il se contentait lui-même d’un bonjour, d’un merci et au besoin de venin fielleux à foison, ce Bukowski, ce Fante ou ce Selby qui avait pour commun accord de ne pas se dégonfler face aux armées de Moscou, devant les communiantes de Washington.

Les bestioles du Viêt-Nam, deuxième chapitre

J’avançais, les mains sur les yeux, pour voir les ténèbres et les pénombres, moteur à l’arrêt, de ce vol historique d’Orville Wright ; cet événement, ce dix-sept décembre 1903 que je savais, les pieds nus au-dessus de la boite à gant d’Orville, se perdre à travers les ténébreuses rétines de l’unique œil de Nausicaa contemplant la pluie s’abattre sur la carcasse de cet appareil piloté et inventé par l’un de ces deux frères.

Parvenant aussi de la boite à gant et jusqu’à s’interrompre lors de nos jeux comme le nain jaune, on n’entendait presque pas le ronronnement pré-enregistré du Tamagotchi de la sœur d’Angela : une haute figure cyclopéenne me frôlant, je savais aussi que ce jeu curieusement spirituel, où les masques s’effaçaient, appartenait à la description de cette toile disparaissant dès que je la fixais. Je savais que, d’une manière ou d’une autre, voué à peindre des natures mortes de zoophiles effectuant avec nous ce chemin onirique, baisant les âmes des animaux morts, ces gens ne désiraient que leur repos dernier, bien mérité.
Alors le vent se levait et je paniquais à l’idée d’être incorporé, de façon obsédante, dans cet élevage de bestioles avançant de plus en plus vite, dans ce cirque bizarroïde, ma respiration s’accélérant, ou dans ce zoo où la cyclope du parc me cherchait, j’en étais convaincu.

L’image était parasitée de scènes incompréhensibles lourdes d’une frénésie larvée, et de façon de plus en plus vite, de manière de plus en plus dangereuse en matière de respiration, je m’enfuyais entre des pans de décors de cinéma, perdu parmi les ondes chatoyantes du parking du lac où l’on garait notre coupé.

Les museaux des bestioles du Viêt-Nam !

Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Parvenant aussi de la boite à gant et jusqu’à s’interrompre lors de nos jeux comme le nain jaune, on n’entendait presque pas le ronronnement pré-enregistré du Tamagotchi de la sœur d’Angela ; et toujours au-dessus de la boite à gant, des papiers de manuscrits comprenant des zéros et des uns, mais aussi ses pieds nus, ainsi que des bestioles aux museaux qu’on ne voyait que dans les cirques veillaient par leur douce chaleur à harmoniser le lieu… une description parfaite du monde surréaliste où nous vivions, non ?

Et sur les arêtes des chapiteaux de tous ces cirques où elles s’étaient échappées, j’imaginais, maintenant libre de toute interprétation avant la Saint-Con, que les bûchers léchaient par leurs flammes naissantes les pieds de tout ce monde repartant à la chasse et véhiculant tout en brûlant les plus belles crémations et les plus prudentes combustions de ce moteur à l’arrêt.
Et, cette ruine avec son moteur fabriquée par la Main Noire (c’est à dire un groupuscule occulte, en fait) émettait donc, branchée en bluetooth au Tamagotchi de Nausicaa, des sons parvenant des cirques muséographiques, des échos interrompus par la précautionneuse rumeur incessante des enregistrements de ces pluies diluviennes, ou même les silences entre deux messages que les bêtes étranges aux museaux cherchant à l’avance les parfums de muscade, rendaient fous, aliénés, partant en vadrouille : une recherche aussi du maïs vierge de toute contamination microbienne d’une part et d’autre part ne provenant pas d’organismes génétiquement modifiés…

Nous étions au Viêt-Nam qu’on disait peuplé par des foules qui stoppaient notre parcours, qui arrêtaient l’horloge noire maintenant dans un état de torpeur les forêts et les routes que nous empruntions ; un aigrelet et désagréable coucou antique, même si il était barricadé et enfermé à triple tour dans notre horloge noire, à l’intérieur de son mécanisme…
Et alors le muscadet coulait à flots, son Tamagotchi, comme ce « coucou antique au museau pareil à ces animaux qui gisaient autour de notre guimbarde, hibernant au beau milieu de cette végétation sylvestre… »

Nos dialogues, très courts, étaient alternés par de longs moments silencieux. Nausicaa fit un mouvement pour allumer une clope, me dévoilant un étrange tatouage qui représentait un scarabée sur son épaule. Je mis le contact, et la Buick démarra au quart de tour. J’aurais pu rouler un millier de kilomètres comme ça, sans m’arrêter… Mais, vers midi, Nausicaa me signala qu’elle avait faim.

Tout avait commencé comme ça : il y avait l’icône de cette horloge noire au beau milieu de ces sales troupeaux qui, une fois imaginée et représentée sur le cadran de la vieille automobile, inlassablement, se retrouvait aussi sur cet aigrelet et désagréable mur végétal et qui n’était rien d’autre que la représentation des plantes confuses, lactescentes et presque entièrement fumées jusqu’au bout…

Et, tout de suite après, je me retrouvais avec Angela, Nausicaa et Lucky Pierre dans une immense église vide et obscure avec des colonnes bizarres. Juste une double rangée de piliers noirs enracinés dans le sol, à l’infini. J’avais la sensation que mes pas brisaient un silence millénaire, un calme de tombeau. Je remarquais alors cette sorte de végétation morbide qui serpentait autour des colonnes, un lierre gris, minéral, qui enserrait les piliers. Le ciel de la cathédrale-forêt était mort, j’avais l’impression que les nuages refluaient à l’envers.

Et à l’envers aussi était le défilée des majorettes dans cette cathédrale-forêt, furieusement inversée et qui passait devant nous alors que nous étions ahuris, le sang dans nos veines ne s’écoulant plus malgré la colère digne des dieux au thermomètre dans le cul, nous agitant : cette colère enfin digne de ce bestiaire exotique qui nous servait de main d’oeuvre quand les nuages étaient inspirés et expirés par leur museau virtualisé et scanné dans le Tamagotchi de Nausicaa…

A suivre !

L’oeuvre inouïe de Pierre Soulages

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Si l’on colle une oreille contre le goudron de la rue, on peut entendre une mélodie étouffée. Ou même comme un murmure, comme un son micrographique ou comme un écho prisonnier de la nuit, des égouts ou encore des microflores des scènes politiques, que la Toile de Pierre Soulages, ce triptyque, fait s’agiter dans la pénombre occulte.

Et elle se déplace, cette pénombre de mélodies bipolaires, en même temps que l’eau bleue des égouts, parmi les boites de lait et les chaussures et les conserves et les cartons en dissolution, elle serpente et devient progressivement plus audible et plus claire à chaque kilomètres en suivant le courant, et au bout d’un long voyage sur l’eau javellisante, l’on arrive à sa source. De mélodie étouffée ainsi qu’en représentations spatiales, jusqu’en microcosmes noirs de mondes fécondant l’art primitif des pinceaux de Pierre Soulage, son tableau décrit la scène suivante : ici et là, l’égout fait un coude et il y a un large renfoncement où se trouve du matériel d’entretien dans des casiers en fer. Ici et là aussi, des bougies ont été disposées en cercle autour d’un monceau de déchets et de détritus grand d’au moins un mètre.

Contre ce trône en décomposition repose un homme à tête de corbeau, en costume de ville usé et trempé, il est littéralement assis dans les ordures, posant le pied contre une enceinte d’amplificateur de guitare-basse d’où s’échappe la fameuse mélodie.

Il déguste un whisky bas de gamme à même le goulot dans la pénombre étrange de l’endroit, marmonnant quelques paroles inaudibles de temps à autre et ignorant royalement les deux alligators adultes postés à ses côtés, calmes et immobiles comme de fidèles chiens de garde. Ici, les ombres portées sont fascinantes. Et fascinantes sont encore davantage ces scènes politiques que l’eau bleue, elle-aussi occulte, fait défiler et détruit à mesure qu’elles apparaissent.

La nécropole de Saint Péray

Ce rêve communautaire aspiré par la nécropole des apiculteurs avait été construit d’abord dans la nef centrale, accueillant la beauté moche qui avait inventé deux personnages : Taylor et Charles Manson ainsi que les très regrettées, les très naïves, ou trop hitlériennes récoltes de tournesol, alors qu’elle revenait d’une randonnée sur sentiers sableux.

De retour dans la nécropole à Saint-Péray, où elle se plaignait, penché sur son ordinateur à mesure qu’elle coupait la bûche des montagnes aux mousses mourantes, cette rangée de corps alors divisée – ou devrais-je dire stratifiée – en quelques halos de glace. Halos aux neiges éternelles.

En remontant ces « étages » ce qui donnait un éventail de femmes nues à vocation universelle, on se rapprochait – il me semble – de leurs douces et brillantes, de leurs excitantes et réconfortantes facultés.

Leurs facultés ? On ne pouvait les définir sans descendre d’un « cran » d’une « marche » ; au paroxysme de l’orgasme, alors se constituait, revenant de loin, l’album de cette étrange famille : en cas d’indispositions, exsudant l’arôme, l’odeur, l’histoire génétique de toutes ces femmes, elle tombait dans les pommes fermentées. Et l’acropole de Saint-Péray était ainsi abandonnée…

Les Etres en Question

Pourtant à cent lieues de s’imaginer repartir en digressions aléatoires, elle attrapa sa lampe de bureau en verre coloré pour les jeter sur le papier ; Angela marmonnant quelques paroles inaudibles n’entendait pas cette note de musique qui ne pouvait s’éteindre sans le recours au piano.

Elle avait des bras fins, d’hypothétiques idées sur le monde des mosquées, sur les gars parcourant l’Orient de leur pas lent, militaire et moscovite, des veines violettes ; et on discernait en elle une latente envie de se nicher sur les rayonnages de la bibliothèque de Lucky Pierre… Ainsi perchée, proposant comme traduction bancale tous ses bouquins privés de leur récit et de leurs attributs magiques, on la voyait enfiler, cette nymphette, les textes oscillants de Lucky Pierre, à tel point que les êtres en question dans cette nouvelle configuration ne s’exprimaient sur le papier que par des dialogues décousus.

En effet, les monologues de ces auteurs du cut-up agressif, participant aux jeux de mots des ateliers d’écriture d’Alphonse Choplif, le défunt propriétaire du lot numéro cinq, avaient été vendu avec le tout aux enchères. Le souvenir de ces enchères pulsait encore dans le crâne de cette jeune fille, se remémorant qu’il n’y avait presque aucune parenté avec les livres de Lucky Pierre et le contenu de cette grande malle, à présent posée sur la moquette de la suite ; cependant on sentait d’avance qu’il y avait des choses harmoniques avec les carnets du lot numéro cinq et les ouvrages poussiéreux de Lucky Pierre : à savoir, le premier des carnets de Choplif, l’inventeur génial, enfermé jadis dans son bureau pour inventer une méthode d’écriture et pour proclamer à tout l’univers, si il voulait bien l’appréhender, l’invention d’une Zone, un espace imaginaire où les zonards métamorphosés en ces êtres spirituellement avancés, se livraient, aux pieds des plates-formes de lancement d’Apollo seize, à des rallyes surnaturels, ce premier carnet de Choplif, dis-je partageait avec les romans de Lucky Pierre, le plan d’ensemble de tout le manoir carillonnant régulièrement quand Angela ouvrait la fenêtre de sa chambre d’hôtel à Venise.

La peau de son visage était alors tendue comme celle d’un tambour, ses paumettes tranchaient sans résistance, sans maladie particulière, entre la couleur méditérannéenne de ses volutes, parfumées à l’ethernet, de ses étranges cigaretttes et la noirceur des scies circulaires servant aux opérations de Choplif, le fondateur absurde de leur mouvement et même de leur parti politique.

Et de ses yeux gouttaient le sang répandu par ces scies circulaires, ainsi que les instruments chirurgicaux cachés dans la poche de sa fourrures d’hermine ; dans cette flaque de sang, il y avait là la métrique de ce piano de la suite vérifiant par son mécanisme prismatique et sophistiqué les appels manqués de cette puérile star du porno, Lucky Pierre… Et, dans la cheminée, les cendres de ces zonards qui n’avaient pas respecté les doses de potions permettant de se transformer en êtres prestidigitateurs, pouvaient rentrer entièrement dans une blague à tabac.

En effet, en lançant le début de leurs rallyes tendancieux, sur leurs réseaux sociaux, avachis dans leur canapé, obsédés par une grave dépression et cette tenace envie d’écrire leur noirceur, ils étaient tombés sur un os : ces écrivains maudits, qui s’interdisaient de toucher à cette sacro-sainte Marie-Jeanne, récoltée sous les lattes des saloons américains de leur Créateur, Alphonse Choplif, avaient fini par être brûler sur les bûchers de la Saint Con allumée par des parchemins aux feux mâchant les flammes maniaques… un événement en avril qui fit marcher les douze moteurs aux combustions sanguines des gondoles de Venise ; ces gondoles ? Synchonisées avec la chaleur des tropiques s’approchant de la fournaise et du festin nu de Burroughs, elles ne se doutaient pas que bientôt elles seraient coulées.

Et, dans le gros bouillon des lagunes vénitiennes, sous les flottaisons de tous ces vautours, des émeutes démoniaques allaient en profiter pour semer la discorde parmi les défunts zonards ; une discorde qui langoureusement, avait attrapé le virus musical de cet étrange piano que Angela, sans l’air de feindre, jouait… Et ainsi l’absinthe se mettait à couler avec une touche d’exotisme que Lucky Pierre, silencieusement, décrivait dans ses lignes pressantes, découpées au ciseau, en livrant bataille pour repousser les angoisses de la page blanche.

Le mur de Jersey

Tout d’abord la représentation des nomades émergeant à demi d’un mur de marbre blanc, comme sculptée à même ce mur. Puis, le teint cireux, les yeux luisants et les bras tendus vers un lustre écrasé au sol, ces nomades que Cassandre, sur le mur de Berlin, tague, comme les molécules d’une tasse à café, se promènent en bésicles de peste sur la voie publique.


Cette représentation ? Des aplats brusques, de journaux ou de rapports contre les puces, mélangés avec cette palette de couleurs, surtout le noir comme cette Belgébeuse, comme cette étoile en virée pour du tapage nocturne et bien urbain… Et ces nomades ? Des caravanes créées par le seul pouvoir de cette rêverie que je rêve secrètement de rosser à mort pour penser aux si belles, si moches choses.

Enfin ce mur de marbre blanc : de Berlin mais à s’y méprendre ; et du matin comme Cassandre tôt devant son café, le café étant source et voie taoïste pour reconstruire ce mur abîmé par le temps et les gens en goguette… Et en goguette comme ces nomades sont ainsi les essences de white-spirit, tirant sur le bleu ultramarin d’un halo de mystères, d’un rond stylisé de sorcières alchimiques, de cette rêverie. Des pensées belles, ou moches, ou sales qui rassemblent les moines bouddhistes priant, envoûtant les petites gamines en planche à pain, sous nos fenêtres, à l’angle de la rue Caspienne et du boulevard Borges.

Il y a aussi, par comparaison avec ce mur de Berlin, une ressemblance avec une tierce personne autre que Cassandre, une ressemblance, dis-je, avec rageusement toutes les abominations métaphoriques ou réelles qu’elle peut contenir ; cette tierce personne, c’est peut-être moi, ou bien les molécules s’agitant dans la tasse à café qu’elle achète, Cassandre, à Jersey…

Stone avec toi au Mexique !

Tout en restant stone avec toi dans les champs de maïs que notre nudité, par ses représentations de nuit verte et ses halos iconoclastes, blasphémait, ces halos tombaient en pluie sur cette petite ville du Mexique… par une absence de manière triviale et affûtée, cette petite ville du Mexique accueillait des spectacles de majorettes : ce show, alors que j’étais stone avec toi, laissait reposer la volupté ignominieuse des majordomes pendant dix jours.

Ces dix jours mûrs s’écoulèrent jusqu’à ce qu’ils se réveillent brutalement d’entre les morts, jusqu’aux kyrielles de leur disparition dans les clubs huppés où j’étais stone avec toi… Peut-être à cause des royalties que ces êtres en question versaient en notre honneur et que les autres réfutaient pendant ces dix jours.

Dix jours stone avec toi, notre odyssée ainsi se fit tout simplement. Et se fit aussi, de manières sporadiques, à Kuala Lumpur où nous étions à présent, sur les épaules des géants, une courte reptation sur le dos.

Une courte reptation régulièrement suralimentée par télépathie, aussi vive et rapide que les aiguilles de ce réveille-matin, dans sa majorité cérébrale, qui soulevait, depuis son branchement à la prise du mur, des questions existentielles de marionnettistes… Et, sursautant d’impatience, les jeunes et intrépides aiguilles du réveille-matin nous indiquaient, au beau milieu de la nuit verte et de ses halos iconoclastes, l’heure irradiante d’être stone !

Ah ! Décidément, à Kuala Lumpur comme à Mandeville, si nous n’avions pas passé ces dix nuits, nous aurions vraiment joué de malchance, tant les néons jaunes et bleus qui forment une électricité urbaine à la mode, avaient été happée par cette éblouissante lumière taillée dans la mie de pain des machines hertziennes !