Glapissements dans les sapins verts. Troisième chapitre.

2057.
C’était à la une de tous les journaux : son goitre photographié et par ses dons d’ubiquité, le « Vieux des Montagnes » avait encore frappé, une apocalypse numérique et virtuelle se préparait, ulcérait les Autorités les obligeant à fermer pendant une période indéterminée, d’après eux, le réseau 5G des Smartphones.

Et par gorgées qui se gorgeaient elles-mêmes de théories du complot, les partisans, écrivais-je presque unilatéralement en tant que journaliste d’investigation sur la machine à écrire, se gorgeaient de desseins sanguinaires concernant notre monde occidental…

Sortant de leurs gonds aussi souvent que le Prophète venu des montagnes afghanes, qu’on croyait bel et bien mort, ces partisans prétendaient que le Vieux des Montagnes était un ancien terroriste et donc par unions militaires avec des chefs d’autres tribus des raclées à gogo : on était en droit d’attendre ; des raclées qu’il nous infligeait car, en modifiant virtuellement les matrices d’un gonfleur sophistiqué, il sévissait toujours d’après les récentes données universitaires récoltées par le sieur Steve Jobs. Et dans les autres couloirs d’autres universités engorgées, la rumeur la plus folle était parti, en laissant dans son sillage la survivante université où les plus fervents hackers conspiraient ; cette rumeur la voici retranscrite dans la suite de ce texte présenté aujourd’hui…

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Quoiqu’il en soit, à cette époque, nous étions une bande d’étudiants en Fac de Lettres, qui préféraient les vers de Rimbaud ou de Baudelaire aux bêtises concises des texto. De Smartphones, nous n’en avions pas, on s’en moquait comme de nos premières couches-culottes et cette panne sur tous les réseaux mobiles ne nous préoccupait pas.
Cependant, avant d’être une bande d’étudiants, nous étions une communauté d’auteurs.
Ainsi comme Rimbaud nous cherchions le lieu et la formule des incantations poétiques : de cette traque, il en résultait un isolement volontaire, nous étions bien trop obnubilés par cette idée pour faire du shopping, aller au cinéma ou en boite, ou d’autres occupations futiles… Bref, nous étions différents, bien trop différents pour dériver vers le consumérisme frénétique de notre époque.

De mon côté, après mes études, j’entreprenais de prendre le premier vol pour me rendre à New Delhi, et ensuite partir sac sur le dos, à la recherche d’une spiritualité orientale qui me conviendrait.

En réalité, je me posais beaucoup de questions, tant sur notre mode de vie que sur mes compagnons : enveloppé sous le papier kraft et caché dans une commode fermée à clé, je savais que l’un des nôtres cachait un carnet de moleskine, s’agissait-il simplement d’un journal intime ?
Il éveillait en tout cas ma curiosité, bien plus que tous ces articles tirés dans les journaux, jusqu’à s’immiscer dans mes rêves, c’était devenu une obsession : il fallait que je force la serrure de la commode.

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Des jets de pavés, des comas, des hématomes, des blessés, des décès, on entendait des râles d’agonisants dans la rue et lorsque je me penchais par la fenêtre pour regarder, je voyais d’heures en heures s’accumuler les cadavres, les yeux clos et le corps déjà froid.
Je pensais à cette Révolution d’Octobre, lorsque les bolcheviques renversèrent le régime impérial, en phase terminale.
L’émeute avait commencé, suite à cette panne de réseau mobile qui s’était additionnée avec le brouillement des ondes hertziennes rendant les postes de télévision caduques. Le monde commençait à virer clairement à l’anarchie, les gouvernements avaient assisté impuissants à une montée de violence dans la rue, la citoyenneté, des classes populaires jusqu’aux gens privilégiés, était malade ou sur le point de le devenir.

Cependant, il y avait encore la police et des CRS dans la rue pour canaliser cette meute, les gouvernements ne voulaient pas lâcher aussi facilement le pouvoir, ou même négocier, ils projetaient d’envoyer l’armée pour maintenir l’ordre et ils évoquaient déjà dans les coulisses la possibilité d’ouvrir des camps où les plus nuisibles seraient enfermés, voire pire.
Le « Vieux des Montagnes » devait jubiler dans son coin, le mal empirait de jour en jour, d’heure en heure, et s’attaquait à présent au réseau d’Internet, les virus informatiques avaient déjà sapé de nombreux fondements dans les algorithmes : quand vous tapiez un mot dans une barre de recherche, ce parasite dont on ne connaissait rien, donnait des réponses incohérentes et bien souvent dirigeait vers des sites pornographiques.

De notre côté, nous attendions impatiemment Nathalie, une jeune étudiante totalement délurée pour une partie de jambes en l’air, je comptais sur cette visite, pour tromper l’attention de mes colocataires et forcer ainsi la serrure de la commode.

Tout en fumant le haschich du « Vieux des montagnes Afghanes » une Musique indienne résonnait dans les diverses pièces de l’appartement de toute son incohérence psychédélique, et lorsque Nathalie débarqua, c’était au tour du Jazz de la Nouvelle-Orléans de nous entraîner dans une sorte de danse euphorique. Les bouteilles de vin vite descendues nous mettaient gentiment dans l’incapacité de prononcer une parole sensée.
Malgré tout, j’étais encore assez lucide sur la mission que je devais accomplir, et lorsque Nathalie monta sur la table pour effectuer un strip-tease dans une explosion de cris joyeux, j’entrepris de passer à l’acte.
Ainsi, je profitais de cette aubaine pour me rendre dans la chambre de Michel, et je vis aussitôt la commode où il avait caché le fameux « carnet de moleskine. »

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« Les gens s’accrochaient aveuglément à la première bouée de sauvetage venue : le communisme, la diététique, le zen, le surf, la danse classique, l’hypnotisme, la dynamique de groupe, les orgies, le vélo, l’herbe, le catholicisme, les haltères, les voyages, le retrait intérieur, la cuisine végétarienne, l’Inde, la peinture, l’écriture, la sculpture, la musique, la profession de chef d’orchestre, les balades sac à dos, le yoga, la copulation, le jeu, l’alcool, zoner, les yaourts surgelés, Beethoven, Bach, Bouddha, le Christ, le H, le jus de carotte, le suicide, les costumes sur mesure, les voyages en avion, New York City, et soudain, tout se cassait la gueule, tout partait en fumée. Il fallait bien que les gens trouvent quelque chose à faire en attendant de mourir. Pour ma part, je trouvais plutôt sympa qu’on ait le choix. »
Le carnet de moleskine n’était qu’un manuscrit délirant, produit par une lignée d’écrivains venus des temps anciens. Né sous une bonne étoile, selon la loi épiphanique de la « Sainte Protection » (cette barrière de protection qui avait été élevée un siècle auparavant, entre les riches d’un côté et les pauvres de l’autre, avant de tomber en désuétude suite au rétablissement de la croissance économique) l’auteur des premières lignes du manuscrit, offrait d’abord en dépouille frivole à mes yeux avides, une chronique étrange sur son « séjour au pays des sauvages ».
Le second auteur, environ un dizaine d’année après, racontait l’histoire d’un type largué ; la liste des euphorisants qu’il utilisait était infiniment trop longue, s’étirait péniblement alors que les lignes se déployaient sous la lumière rouge et douce, comme tissée à la main, de la lampe de chevet de Michel, l’obscurité tout autour jouait son rôle d’obscurantiste pestilentielle où mes sens étourdis par l’ivresse se mêlaient pour ratisser large mes lobes cérébraux défaillants.

Michel était, comme moi, un jeune homme idéaliste et entreprenant, ça me faisait sincèrement mal au coeur de fouiner dans ses affaires ; cependant mes scrupules disparurent lorsque j’entendis, sous la huée des musiques décolorés de la pièce d’à côté, qu’il prenait du bon temps sans même se soucier de mon absence !
Ainsi, j’absorbais tant bien que mal cette mixture littéraire ; cherchant à comprendre en vain, je m’enlisais dans sa lecture comme envoûté par quelques effets de magie noire, mais toujours réclamant de ce petit ouvrage une faveur fantasmagorique.

Un autre auteur, quelques pages plus loin, m’alerta par son apologie du viol et de la violence ; quoique son récit, sous une forme insignifiante, était incroyablement ennuyeux. Cependant, je continuais de lire jusqu’au moment où je compris qu’ils partageaient tous une certaine familiarité avec, l’un ou l’autre, une déviance, une faille psychologique : ils n’étaient pas si mauvais au fond, ils voulaient simplement recréer un monde onirique pendant un laps de temps assez suffisant pour souffler, s’échapper des conventions. Et le carnet les aidait à concrétiser ces pensées déroutantes, il était passé de main en main et j’avais l’impression qu’il pouvait apporter une solution aux troubles actuels : les émeutes qui semaient le chaos, la possibilité qu’elles puisaient leur origine d’un groupuscule djihadiste inconnu ou renaissant.

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La soirée venait de s’achever dans la plus grande confusion, mes colocs cuvaient leur vin et Nathalie était enfin partie. Pour ma part, j’avais rejoint le salon, en dissimulant le carnet de moleskine sous ma chemise. J’étais crevé mais heureusement, il restait quelques sédatifs sur la table basse pour que je puisse fermer l’oeil et me retrouver dans un lieu où je pourrais laisser libre cours à leur imagination, je pris un sédatif avec un verre de blanc puis je reléguais le mystérieux carnet que j’avais dérobé à Michel, sous le canapé. Je déballais coussins et couverture, et me laissais aller, je me sentis rapidement gagné par le sommeil, j’étais de plus en plus en paix avec moi-même.
Je plongeais alors au coeur du rêve, apercevant d’abord le visage impressionniste du Prophète, puis Michel qui m’étouffait avec un oreiller et enfin mon corps sur son lit de mort d’une pâleur inquiétante émergeant de l’obscurité, comme une borne du cosmos qui se fendait sur mon passage.

A suivre !

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste A écrit Munchkin Maldonne. L’Acropole du djihadiste : Premier et deuxième Chapitre ! Ainsi que Glapissements dans les Sapins Verts, les trois premiers chapitres. A lire et à suivre Sur https://notesmat15.com/ L’Acropole du djihadiste : Troisième Chapitre à venir prochainement !

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