C’est Lautréamont lui-même (le jeune hussard informatique sur le toit) ou le Navigateur qui va commencer ce récit :

Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent.
Angela, Emily, Madison, Hailey, Kaitlyn, Hannah, Sarah, Brianna, Ashley, Abigail, Emma, ou Wheaton : repliée et mortifiée par les visions qu’elle a elle-même engendré, cette jeune femme aux multiples visages à la manière d’un kaléidoscope macabre, actionne mon coeur qui bat selon son rythme, presque syllabique. 
Mais comment battrait-il, si la pourriture et les exhalaisons de mon cadavre (je n’ose pas dire corps) ne le nourrissaient abondamment ? 

Des parallélogrammes de lumière éclatante tournent et se croisent, en me lançant des corn-flakes ou des strass, et au milieu de ces plans mobiles de lumière clignotante, j’aperçois ma prochaine incarnation : sur un toit dominant l’horizon, un jeune homme vêtu d’une veste à collerette de lapin, penché sur un étrange ordinateur portable, le regard plongé dans cette déchirante ville grise qui m’a vu naître.
Puis une rangée de tuiles faîtières, transportées par ma seule pensée, cependant mes méninges abandonnent l’idée primaire de la jouissance et de l’extase synchrone : les tuiles ainsi que ce hussard informatique sur le toit dégringolent aussitôt… Le Système du Navigateur s’immobilise alors là où le jeune hussard est tombé : dans la neige froide et presque ossifiée par cette violente chute, un faisceau sanguin s’échappe tandis que le Système recueille les données nécessaires à sa survie. 
Un bref instant, l’esclandre disparue, les voisins qui ont ouvert leurs fenêtres quelques minutes auparavant, retournent se coucher. 
La polysémie des mots à l’intérieur de la playlist que le jeune homme écoute, maintenant allongé sur un banc pour se rétablir, le captive : des expressions espacées minutieusement toutes les trente secondes se précipitent dans son oreille droite…

Au premier plan, apparaît cette jeune femme mystérieuse, insaisissable, la sophistication de son maquillage blêmit sous les réverbères allumés du centre-ville.
Alors, c’est l’arrêt soudain du Navigateur : celui-ci renvoie Lautréamont vers les dimensions infernales où s’enchaînent dans une danse macabre les images mouvantes de ses vies multidimensionnelles…

La jeune femme vêtue d’un chandail en laine naturelle, d’une jupe en tweed boutonnée de haut en bas et d’un gilet en daim beige, un téléphone portable à la main, vient aider le jeune hussard.


Cet abîme où le noeud de son chignon s’hérisse à la vue de tout ce sang qui coule, Lautréamont le connaît trop bien : il a plusieurs tentatives de suicide à son actif, c’est le Mal (ou le Navigateur) qui a créé un tel désordre psychologique dans son cerveau… Mais à présent, à l’intérieur des lobes de son cortex, il distingue le pur de l’impur : Le Navigateur, tout ce Monde informatique stratifié, n’existe pas : ce n’est qu’une île imaginaire et chimérique flottant dans les vastes ténèbres de son esprit. 

Et autour de lui, toujours allongé sur le banc, il perçoit à travers les limbes, l’effervescence : les ambulanciers se pressent, l’embarquent sur un brancard dans l’ambulance qui clignote rouge et noir. Le Monde du Navigateur, surchauffé d’excitation, et de colère démentielle, s’effondre alors et, avec lui, fait disparaitre le jeune hussard dépressif.

A propos de l’auteur notesmat15.com

Poète surréaliste A écrit Munchkin Maldonne. Viêt-Nam et Infortunes L’Acropole du djihadiste : Premier et deuxième Chapitre ! Ainsi que Glapissements dans les Sapins Verts, les trois premiers chapitres. A lire et à suivre Sur https://notesmat15.com/ L’Acropole du djihadiste : Troisième Chapitre à venir prochainement !

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