Océanie

DIMANCHE 14 JUILLET 2013 05:00

Je suis un novateur, un révolutionnaire même, bien autrement méritant que ces marchands de thé Pennyroyal, ces coursiers de rêves tarifés, ces corps gras et toutes ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires pour nous vendre des racines de gingembre ou de la lessive avariée (alors qu’il s’agit en réalité de viande pourrie de veau réduite en poudre).

Oui ! Je suis le lobe tuméfié de Kurt Cobain, sa dernière réincarnation.

Ainsi, j’ai inventé une façon très pernicieuse mais très intelligente de mélanger le jeu, la rigolade et les excès.

Ce matin, du riz froid creusé à même la casserole tout en continuant l’habituelle autodestruction comme ascèse quotidienne, ignorée des ondes médiatiques, ou comme cette écriture tremblante et écorchée vive à l’image de Kurt, devenue automatisée par tant d’injonctions littérairement écrasantes mais toujours aussi nécessaires.

Après le petit déjeuner, je suis sorti pour rôder au hasard, cherchant comment je pourrais mettre en pratique mes projets. Sans même éveiller la curiosité des passants qui semblaient terrorisés à l’idée d’arriver en retard et de décevoir ainsi leur petit chef sourcilleux, je parlais à voix haute dans le bus, le métro.

J’ai du lithium dans les oreilles et Cobain dans la panse lorsque j’arrive enfin devant les grilles du cimetière de la Guillotière, il n’y a pas un chat pour se perdre dans le brouillard hivernal des pierres tombales. J’hésite un moment, mais Cobain finit par meugler :
“Rentre à l’intérieur, pour profiter de la vue en fleurs et ne regrette pas la chose, tu es malade.”

Je continue donc mon périple, guidé par les ombres des défunts qui se glissent le long des tombes. D’un mouvement leste, j’allume une cigarette en regardant d’un air indifférent une stèle où l’on voit le visage d’une tête mongoloïde, sourire béat. C’est une gosse à peine qui est enterrée là, depuis un an, elle s’appelle Germaine De l’Alhambra.

Avec un nom et un physique comme ça, difficile d’aguicher autre chose que la Mort.

Soudain il m’est venu une idée, tellement énorme qu’elle prenait toute la place jusqu’à recouvrir les murs d’un lambris ou mieux encore d’une gelée à la fois saisissante et absurde.

J’ai vagabondé encore un peu, à la recherche de la victime idéale, et, au moment où je passais devant la tombe des anciens combattants, une lueur funèbre a jaillis de mes yeux. La bonne personne ne pouvait être que le Maréchal Foch, l’arrière-grand-père de Lola.

J’ai entendu les corbeaux mutuellement se répondre d’un bout à l’autre du cimetière lorsque je me suis approché du monument du vieux débris.

Et j’ai commencé à tagguer sur sa stèle une sorte de parodie d’épitaphe, tout en regardant aux alentours pour voir si personne ne se pointait.

Notamment Louis, le vieux et féroce fossoyeur avec sa moustache à la Staline. Toujours là, pour débiter ses reproches maladifs aux jeunes qui traînent comme moi.

Mais aujourd’hui Louis ne devait pas travailler.

LYON, RHÔNE-ALPES, FRANCE • 19° CLEAR

La méthode du cut-up !

Une étroite trouée entre deux immeubles, petite brèche qui oscillait sa lumière d’un jet cérébrale : une averse d’aiguilles de pin qui ruisselait de la place centrale jusqu’à cette trouée où le chant de la pluie peuplé de songeries floues se perdait.

Il y avait aussi de silencieux hologrammes et de profondes et blondes chevelures tandis que la saison des mondes celtes tire-bouchonnés s’assurait un chemin parmi les calligraphies à l’encre chancelante.

Sur des feuilles libres, et tout le monde le savait, les années excitantes de l’Entonnoir X n’étaient qu’un tas d’allumettes imaginaires et prêtes à prendre feu dans les archives :

En restant toujours aussi insensées pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais, on resserrait les écrous.

J’en avais vu de drôles de choses et de drôles de filles aux jours passés où je canotais sur le papier du moleskine. La photographie en face de moi, assis à mon bureau, je laissais mon imagination suturer les marées à venir.

Le scénario avait été écrit en une nuit, suivant le sillon d’une obscurité distillée au fond de la période fin dix-neuvième, en plongeant dans l’exégèse, qui, d’écueil en écueil, progressait avant de tout découper aux ciseaux distinctement : une explosion épiphanique d’éclats de lumière pour effacer toutes les pistes !

Et soudain la Mouche par trop d’ennui avait sombré elle-aussi : Adieu ! Adieu ! Ainsi, lui dis-je, filant dans l’obscurité comme une comète avant de faire lovely-love dans le brouhaha noir des Carnavaliers. En Orient et face à la houle, j’avais choisis pour domiciles de silencieuses faunes célestes : leur progression à la Vilnius Poker automatisèrent instantanément les pages du livre à coups de marteau nietzschéen ; pages clouées sur la cabane au fond du jardin avant de pressentir la Nausée à venir… Le Jardin où l’on venait de brûler Monsieur Carnaval en plein air, n’était qu’un tapis de fleurs semé de coing.

Mais le poème était clos.

Au petit matin, seul devant le calme horizon, je cessais de raturer mon petit cahier d’écolier ; toutefois je continuais, en imagination et sur l’émail des îles arctiques, à lui offrir des pousses jeunes de phrases muettes. Je pris dans ma poche une enveloppe, une de ces invraisemblables enveloppes que les gueux errants gardent sous leurs doublures. Aussitôt fut tirée une photographie, jaunie, fatiguée, traînée longtemps partout : c’était une Parisienne qui déshabillait ses bras meurtris de ses longs gants extravagants ; je le savais, elle était sur les traces de Burroughs, en suivant la Parade burlesque qui avait esquissé ce début de récit.

Puis les zébrures dans le ciel sonnèrent la mort des baleines, bien trop loin :

Au-Delà de nos cités mystérieuses, géométriques et massives comme des labyrinthes avec ses ruelles médiévales, s’emmêlaient sur les plaies disjointes de tous les Vilnius Poker ; le noir s’alliant aux auto-stoppeuses pluvieuses, aux actualités guerrières suffisamment audacieuses pour chialer au creux de nos oreilles.

En pure perte.

Les ventes de Tamagotchi à la sauvette étaient enfin clôturées et ses yeux, en amande, exécutaient des tours de cut-up idéologique : ainsi, j’allais sur la route, un journal à tenir chaque jour via Day One app, écrivant avec une rigueur extrême des mots incertains et concis, des poignées d’événements imaginaires ou réel ; cette prose, ainsi alimentée au cut-up-de-William-S, semblait infiniment renouvelée et paraissait comme un continent vierge à explorer dans toute sa diversité. En suivant les antiques exégèses folks, ces souvenirs qui tentait de me transmettre, par ce visage de femme laiteux et sanguin, la Nouvelle Combinaison, le mot de passe d’un disque dur sinistrement verrouillé, n’étaient que de jeunes pousses de réminiscences.

Des réminiscences qui voulaient me réconcilier avec quelque chose d’encore trop flou…

L’écriture automatique entre mes tempes se gonflait d’intervalles obscures comme des étoiles dorées, accrochées au décompte d’un chronomètre ; j’étais à la recherche, au milieu de ce décor cérébral, d’une séquence d’actions impersonnelles, ces vers qui couraient le long de la feuille de papier, proposant entre les lignes des rêves tarifés.

Le cut-up m’enfermait dans ses murailles de granit ; on entendit alors, à l’intérieur de la nouvelle harmonie, clouer une charpente, et, au fond de ses longs corridors crépiter les cendres d’une obscurité enrouée. Son aspect m’apparaissait déformé à travers ma cornée qui la confondit avec les portaits accolés à ces lambeaux littéraires…

Enfiévrée, l’obscurité tomba soudain en pluie et, toujours en suivant un tracé logique (ce qui dotait l’hypnose actuelle de nouvelles possibilités) elle s’étendit en un abominable sillon d’idées noires.

Cependant, leur bourdonnement s’évanouissaient à mesure que les mauvaises pensées consumaient leur carburant : la panne d’inspiration, quoique imaginaire, menaçait, en tâtant de sa plume stérile l’enveloppe éblouissante du rêve qui me berçait, les derniers lambeaux de mon texte…

C’est dans cet état que je me suis réveillé, le combiné du téléphone mal replacé alors que des impacts de balle avaient étrangement criblé le mur de mon bureau. Générés par des lignes de code incohérentes, tous les jours de ma vie commencent ainsi : une collection de fragments binaires tombant comme de la neige et perçant par sa seule opacité, une séquence d’images cryptées douloureusement précises dont la durée varie d’une courte nuit à une infinité de millénaires décuplés. On ne peut les inventer ou les choisir. Elles sont l’oeuvre de quelqu’un d’autre, elles encombrent les rayonnages d’une trop vaste bibliothèque, et quand elles émergent, elles se transforment en taches dénuées de sens, en genèse cafardeuse d’un texte toujours à réécrire, et je me souviens alors de cet enfant traumatisé qui a donné naissance à l’adulte que je suis. Pourtant, on ne peut les effacer, malgré cette volonté d’oublier leur expression troublante, souvent négative et macabre.

Et ce prélude feutré joue aujourd’hui avec les fricatives d’un vent glacial, dehors, et emporte déjà la couleur de cette journée vers des dimensions aussi oniriques que dangereuses. On ne peut y échapper, à moins de ne jamais se réveiller, de ne plus décoller la tête de l’oreiller. Cependant, on obéit : on ouvre les yeux et on se rend compte que ses directives suivies au pied de la lettre, dans l’obscurité, sont alimentées par un enchevêtrement de fils électriques et téléphonique, comme le matériel informatique de votre bureau. Et on se demande qui mène la danse, qui enregistre tous les scories de nos vies même lorsque la conscience, ivre morte, décroche et subtilise à l’homme soûl le fameux black-out ; à cette extraordinaire performance, s’ajoute le contrôle autoritaire de toutes nos pensées garrotées par l’historique du Navigateur.

Le Navigateur. Celui qui s’est niché à la place du cerveau. Traditionnellement et sans jamais remettre en cause cette assertion, nous pensons être seul propriétaire de nos hémisphères cérébraux. Le cogito cartésien ne tient cependant pas la route. C’est que nous ne tolérons pas la moindre fêlure ; pourtant celui qui ose interférer à l’intérieur de cette machine de guerre s’aperçoit que la propriété intellectuelle n’est qu’une chimère.

Ce jour de lucidité, les abîmes s’ouvrent et les fauves s’échappent de leurs cages. Ce jour-là, le positionnement tactique -et pour ainsi dire sain et vital- du départ est mis en échec, cela crée un déséquilibre interne : il annonce la terrible disparition d’un monde enveloppant, confortable ; il symbolise la négation crépusculaire d’une joie de vivre factice qui avait été créée pour se rassurer et exécuter consciemment les tâches quotidiennes. Ce jour-là, les objets les plus légers deviennent infiniment lourd, et les boussoles n’indiquent plus que des directions indésirables. Ce jour-là, surgit sans crier gare le monde ahuri et ténébreux d’un enfant isolé, une maison au fond d’un jardin, un visage de femme, une brèche dans un mur aveugle.

Je l’ai tout de suite reconnu, ce petit garçon seul, s’immisçant dans cette histoire invraisemblable dont il ne saura jamais rien d’autre. Le visage ne m’était pas inconnu non plus. Son visage fouetté par le vent, et sa longue chevelure noire qui semble compléter l’horizon indéfini, et ses yeux qui ne me voient pas, mais observent quelque chose de vague, enfoui en elle-même. Peut-être est-ce cette cinglante zébrure infligée à son âme, peut-être est-ce cette mise en garde chuchotée par ses lèvres irréelles.

Mon rêve ? Une sorte de film qui replie à l’infini le dispositif initial de son scénario ; ainsi replié et mortifié par les visions qu’il a engendré, cette journée-de-ma-vie est foutu, incompréhensible. Tout simplement parce qu’elle est trop crypté par le Navigateur ; par synesthésie, celui-ci détériore les chemins d’accès aux bases de données intemporelles : l’ordinateur s’éteint, redémarre, et en vibrant frénétiquement, fait s’envoler la poussière de mon bureau. Pourtant je sais.
Je sais, comme tout bon hacker, m’introduire frauduleusement dans le système informatique du Navigateur et en exploiter les faiblesses. Lugubrement, j’attends : il y a sans doute, dans le Temple en Stuc où réside la matrice mère de toutes les matrices, le Suc oppressant d’une faille de sécurité…

Un chuchotement perçu comme un mystère !
Tout d’abord, filmée par la caméra, une progression il y a bien longtemps goupillée à l’avance : des ténèbres aux rires jaunes, amenés du sommet où la Brute, ce dieu pourtant pacifique d’après les médias, apparaît, aiguillonné par les chutes d’eau chaque fois qu’il hésite. D’abord, un chuchotement perçu comme un mystère, alors que Maître Yoda descend deux bouteilles d’un brandy espagnol ; puis une rangée de galets de rivière transportée par sa seule pensée, et ses méninges abandonnent alors l’idée primaire de la jouissance et de l’extase : les galets ainsi que les deux bouteilles atterrissent aussitôt, à moins de trente kilomètres de là, sur une route arrosée par l’averse où les troupes de Dark Vador se précipitent… pour ces mercenaires, apparaît de loin une ancienne cathédrale, ou plutôt ses ruines.

Quelque chose est née ici sans avoir été pensée, dessinée, avant sa naissance : infiniment mystérieuse quelque chose pourtant d’inauthentique : peut-être cette atmosphère générale de déchéance qui frémit devant les yeux clos de Maître Yoda, maintenant tranquillement assis en zazen à l’arrière d’un van aménagé, dans la pâle lumière. A l’intérieur des lobes de son cortex, il distingue le pur de l’impur : Le monde, le Monde de la Force, est faiblement éclairé à présent, une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres.
Ensuite, se perdant en charabia au fond des caves du 9-3, de mystérieux fils téléphoniques reliant les assistants de la Brute aux faux prophètes, de l’autre côté de la rue hivernale. La ville ? Une immense gare à ciel ouvert, où ils déambulent toujours, alors que la conversation décroît mais reste audible jusqu’à la fin du Crépuscule.

Examiné ensuite sous toutes les coutures, le corps-à-corps continu entre les prophète et les assistants, en jonchant de débris et d’intuition féminine surdéveloppée la base de données : elle perce, rassemblée en un seul icône, à travers le disque dur et offre une solution incohérente dans le moteur de recherche. La solution ? Une succession de généralités, d’épopées codant les gênes des cyborgs, mais aussi de nombreuses combinaisons qui, en dénonçant le système natif, laissent à la postérité des films d’amateur, sur le déclin :
Ainsi, une impression discrète de déjà-vu a jaillis de cette conception pourtant complexe. Et même si elle souffre d’un déséquilibre interne, la Conception replie son dispositif sans jamais décevoir le monde qui continue de s’engouffrer dans sa grande bibliothèque. Bien qu’elle soit amorcée, l’émeute ne peut alors atteindre son paroxysme : les barreaux de la prison sont solidement fixés.

Playlist !
Exprimées aux lance-flammes, des listes de fantasmes fervemment liées chevilles aux corps : à des années lumières, ces parallélogrammes de musique éclatante tournent et se croisent sous la sainteté de la jeune Teen à la manière d’un kaléidoscope – la polysémie de cette playlist étant plié sous le rythme, la palpitation de Kurt Cobain ; avec toujours ces fantaisies soufflant interminablement comme une hélice, un vent hivernal, par moments presque syllabique :

Au milieu de ces plans mobiles, de ce fouillis de réminiscence orientale, confortablement j’entame la cinquième nuit ; le soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir vient d’atteindre nos ombres prostrées ; ossifiées, sans rendre ces bribes de zigzags et de sensations saccadées et même sans se douter une seconde que nous allons débarquer là où se déploie les huées du jour.

De cette étrange bouche, alors peuplée de sombres miroirs, une série diaphane de corridors virtuels, et un tas d’images mouvantes des théories qui passent.
Sous le battement de l’Angle Mort tombant en poussière, le bourdonnement régulier de Santa Barbara en Californie abandonnée : une programmation obstinée avant d’entrer dans ce tourbillon, cette triste chair livrée en pâture.

Et alors que je découpe tendrement des parodies de romans noirs, ce jeu pervers qui ne fait que de commencer déjoue tout esprit d’analyse ; revoilà ce con magnifique, ce petit anus huilé, et je te le dis sans ambages tu es littéralement la plus jolie des teens : quand je te vois dans la rue, passer avec tes bottines de cuir impérial, je voudrais que tu m’ordonnes sur le champ quelque chose de graveleux !

Cassie Matisse !
Cassie Matisse comme en réponse à toutes les questions. Un bref instant, la tension mystérieusement disparaît avant de revenir aux aguets, au centre même, au milieu de toutes ces lettres rouges surprenantes qu’elle a déjà aperçu dans ses songes.

Aujourd’hui, à l’inauguration du Kinérama, un film est présenté :

SCENE AVEC PALLADIUM

Cassie Matisse s’était promis de ne jamais descendre les marches de ce festival. De ne jamais les monter aussi d’ailleurs. Mais, de son plein grès, elle s’est mêlée à la foule bruyante car le silence l’épuise. Le monde s’éloigne à mesure qu’elle s’accorde avec les lois de la gravité.
Elle se cache entre les fans qui attendent l’arrivée des stars. Un vent glacial s’est levé avec majesté au petit matin, et toujours ce soleil qui brûle par son absence.
Dans l’obscurité des salles de projection, les bobines attendent, bien au chaud, d’être visionnées. Les éternels privilégiés de l’obscurité, observant depuis leur douloureux perchoir.
Les machinistes et les machines ne s’inquiètent pas, ils ont confiance en leur pouvoir hypnotique qui, d’après eux, va subjuguer le festival organisé par les frères Lumière en personne. Autrement dit, à l’intérieur du Kinérama, tout n’est que ordre, calme, luxe et volupté. Et toutes ces douceurs ne diffèrent en rien des trêves des confiseurs.
Les Stars, ces étoiles qui ont percé par trop d’égoïsme, défilent déjà sur le tapis rouge et les yeux de Cassie Matisse, en contrebas, brillent et dérangent comme ces poèmes de serial killer, comme ces cris noirs et crépitants que les hussards révolutionnaires lançaient sur tous les toits avant d’être annihilés par l’Histoire.
Cassie a tout d’une fanatique blessée, la tête ailleurs, hors de ce monde, vase de chine cassée à l’idée d’affronter la semaine épouvantable à venir. Elle laisse cheminer les mots avant de former des pensées.

Les frères Lumière arborent leur célèbre sourire à moustache pour les appareils photo, leurs explosions de lumière sautant autour d’eux comme autant de bouchons de champagne, et ils saluent la foule qui les acclame passionnément en lançant des baisers avec de grands gestes des deux bras.
Des éclairs apocalyptiques zèbrent le ciel poisseux au-dessus d’eux, après un instant d’hésitation, ils se changent en string de noce ; des femmes pleurent et lancent leur culotte et leur mouchoir, des jeunes filles se pâment à leurs pieds, des vieilles dames aux jupes retroussées se tiennent l’entrejambe et s’agenouillent pieusement. Autour d’eux, des flocons de neige suspendus virevoltent et étincellent sous le néon vert fluo représentant l’entrée du Kinérama.

A cet instant, Cassie Matisse perçoit le néant qui relie les deux frères à cette foule en délire, aux joues pâles et aux mains potentiellement sanglantes, son sourire moqueur accompagne la progression des frangins, son cynisme l’empêche de s’enthousiasmer pour ces mondanités.
Elle imagine qu’à l’intérieur des salles de ce cinéma new-age, le silence règne encore, avant l’arrivée des deux stars… Un silence que Cassie Matisse, a rejoint depuis longtemps, aujourd’hui préoccupée par ses étranges recherches sur une nouvelle façon d’écrire, aux azimuts de toutes les inventions révolutionnaires ou stupides, recensées jusque là.
Prête à percer, quelque chose s’éveille, et seule la créature aux yeux sans éclat tandis que les stars s’éparpillent à l’intérieur du Kinérama, attend : cette chose d’une autre planète, coupée de toute temporalité, a mis de la lumière dans ses cheveux, des bleuet aussi.

A la dérive, mais toujours entourée par la meute, en son crâne palpite l’existence d’une référence cinématographique, d’un genre inconnu quoique proche de la filmographie de David Lynch, comme l’image éclatante d’une émeute psychédélique qui ne demande qu’à renaître.
Encore très loin en contrebas, glissant lubriquement et hâtivement ses mains au fond de ses dentelles, Cassie Matisse fait descendre le désir ; sa maman, la douce Angela, pour cause d’absence prolongée au foyer familial, l’a dispensé d’une éducation sexuelle. En vérité, le fantasme est une denrée rare en ce monde.

Et quand la neige tombe à nouveau sur la ville, et sa chevelure noire flotte comme du sirop d’érable dans une tasse de café, alors s’atténuent les ardeurs des particuliers, en laissant place à l’air frais du matin, au libre arbitre des SMS… et à sa folie presque feinte qui coule de son sein massif.

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