Jim – L’héritier des Flynn

Dans la couveuse, des œufs ultérieurement fécondés des héritiers des Flynn et des univers cassant les lois de la gravité ; dans la trachée, du cristal qui s’obstine à devenir du quartz en filant l’hérédité des Flynn aux malandrins écrivant en sanskrit.

Dans le train, de plantureuses garçonnes qui traînent au tribunal leurs descendants généalogiques !

Dans les débris de l’université de Kiev, un tripot qui électrise les joueurs ; de truculentes coccinelles dans la feuillée qui contaminent les tuberculeux et qui collectent les feuilles du baccalauréat et tutti quanti ainsi que celles de la famille des Flynn !

Des babouins qui tutoient l’horizon et des tympans qui glissent jusqu’à l’appareil génital de la femme et de l’homme.

Un ultimatum, genoux à terre, qui désoriente les vagabonds et une clarinette pour jouer l’air du valet. Un lit à baldaquin et des valises qui transportent une fille en mille morceaux !

Une cafetière à filtre qui s’emploie en cours d’informatique quand les valeurs absolues viennent buter contre le décor en carton pâte du salon des Flynn.

Des cartoons où l’on voit un tigre ostensiblement couvert de parures fastueuses ; une lumière dorée qui désintègre les ténèbres en découvrant la toison d’or !

Une couronne solaire qui effectue un trajet interminable et sa poussière d’étoile qui court d’un continent à l’autre : un parcours transcontinental qui finit entre les pinces du homard !

Matrices

D’abord, sur l’écran de l’ordinateur, il y avait une timeline défilante de matrices binaires, une timeline cachée parmi les raccourcis claviers de cette étrange machine, qui dirigeait sur des sites dissidents, aux processeurs crocodiliens.

Ensuite, en admirant les fêlures du béton du mur d’en face, il y avait cette femme qui sortait, de la poche de son manteau, une enveloppe pleine de photos en noirs et blancs ou cramoisis. Des photos évoquant une scène classée X, baignée dans une douce et diffuse lumière crépusculaire, avec un cadavre, étendu au sol, pour avoir tenté de remplacer la photosynthèse des électrons cryptée par la timeline par des tweets macro-organiques.

Il y avait aussi, dans cette chambre d’hôtel, des miroirs réfléchissant des femmes aux décolletés plongeants qui ne parlaient qu’en onomatopées, avec cet air divin, propre aux marquises de leur genre. Dans la pièce aussi, posés sur une table, il y avait des écouteurs qui autorisaient le décollage d’une fusée de la NASA, et, dehors, dans les ténèbres, des cyborgs aux organes projetant des émissions huileuses.

Il y avait encore sur le lit cette fois, parmi les chemisiers à fronces, sa petite culotte en coton blanc et un maillot de corps à minces bretelles ainsi qu’un livre organisé selon les principes taoïstes.

Et puis, le vent hurlant dans les brèches et les gouffres de la ville, des fragments de papier déchiqueté tombaient comme de la neige : des papiers représentant des équations à double inconnue, impossibles à résoudre. Mais déjà le monde entier vandalisait les appareils ravitaillant en kérosène les fusées perdues dans la voix lactée.

Je ne savais plus très bien ce que je devais faire, allumant et éteignant de suite le ventilateur de notre chambre torride qui suintait d’odeurs taurines.

Disparaissant au milieu des ombres profondes de la chambre, je jumelais les composants de la timeline avec l’enveloppe pleine de photos que cette femme mystérieuse me tendait. Mes mains, tâtonnant et cherchant des liasses de billets froissés dans l’obscurité, se hâtaient bêtement de retourner mes poches, fébrilement comme un numéro d’équilibriste.

Pour en revenir aux écouteurs, au bout du fil, il y avait un correspondant qui réclamait un atterrissage d’urgence, et pour terminer la fresque, je vis par la fenêtre un avion survolant de près les gargouilles de la cathédrale Notre-Dame vomissant les pluies diluviennes de la veille.

Parmi les odeurs sèches et nostalgiques des lattes du plancher fraîchement ciré, mon héroïne s’en alla et je remarquais alors, à ce moment précis, l’arrivée des cyborgs en bas de mon hôtel, avec d’étranges queues de kangourou prospectant le bitume froid de la rue.

Je me jetai sur ma chaîne hi-fi ranimant une playlist des chansons de Bashung, et allumais une cigarette. Même si je partais au fin fond de l’univers on me retrouverait : je savais que la colère des cyborgs, arnaqués et piratés par ma timeline, ne ferait pas de pitié.

Cependant, avant de me capturer et peut-être de me torturer, tapant sur le clavier de mon ordinateur portable, je désignais un successeur sur la toile virtuelle qui, avec un bon karma, ferait mieux que moi.

En raflant les salaires répugnants des mercenaires cyborgs par un piratage sophistiqué, j’avais flambé ces derniers jours une cascade de dollars me permettant d’acheter ce matériel informatique sophistiqué et volé à l’armée américaine.

Après ce rafle, tous les autres pirates informatiques rencontraient des difficultés quand ils voulaient percer le système bancaire des cyborgs. Ils avaient renforcé la sécurité des matrices binaires et des algorithmes : tout effort d’intrusion était devenu grotesque.

Une fois au QG des cyborgs, allongé sur une table d’opération, avec un autre robot organique qui avait osé se rebeller contre l’autorité de ses confrères, je demeurai silencieux et regardais autour de moi, notamment l’autre prisonnier.

Au quart de tour, son sang se déplaçait d’une valve à une autre, irriguant ses veines à la fois électriques et organiques, élaborant dans un tourbillon sa future évasion.

Par une trappe ouverte au plafond, j’apercevais, à l’étage supérieur, mon ordinateur avec sa timeline qui était désormais autonome et qui automatiquement cherchait d’autres butins convoités ; elle défilait jusqu’à la déraison.

Les cyborgs via des intraveineuses collectaient mon sang pour l’analyser, en vue de m’implanter un mouchard qui, pendant son incubation, ferait naître des œufs de mouches prêts à éclore, prêts à déchirer mon abdomen en sortant de mes tripes !

Pour me distraire pendant ce moment douloureux, j’imaginais la fin d’une filmographie d’antan, en noir et blanc.

Mon ordinateur ne tolérait pas les clés USB 3.0, les disques durs aux vaisseaux sanguins périnataux forcés d’obtempérer et toutes les machines expropriées comme tout autre appareil qui trimballait des informations contradictoires ; je vis ainsi de la fumée sortir de la machine alors que les cyborgs tentaient de le décoder.

Ses jets de fumigènes bleus s’échappaient en donnant à l’éclairage du laboratoire une teinte crémeuse, puis l’ordinateur, rendant l’âme, ses circuits rejetaient de l’urine sur les murs. Aussitôt les cyborgs débranchèrent les intraveineuses parcourant mon corps et décidèrent de passer à la transplantation du mouchard avant que les douches de la sécurité incendie se mettent à fonctionner.

Ne pouvant plus parler, en morse, je leurs répondais d’aller se faire foutre tandis qu’ils m’inséraient un long fil tumescent dans mon oreille droite.

Une fusion mortelle s’ensuivit et me fit basculer dans la léthargie ; quand je me réveillai de ce cauchemar, de l’encens se répandait dans l’air et dans les bassines du laboratoire, où le sang mûrissait patiemment.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Chapitre deux

Message complémentaire : Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Deuxième chapitre !

Voici la suite d’une vieille nouvelle répondant à l’appel à textes pirates, publiée sur lazone.org (Entre temps 1.0 Brusquement 2.1 Et Ensuite 0.0)

Le narrateur, dans cette deuxième partie du récit, évoque le second défi imaginé par les hommes-taupes ayant muté en hommes-rats à la suite des années X.

Le second défi consiste à retrouver Kaphrium qui est dans une maison de retraite. Une étrange station de métro qui débouche directement sur la chambre médicalisée de Kaphrium (le fondateur du mouvement des hommes-rats)

L’un des deux frères est un ivrogne notoire, l’autre envisage une histoire d’amour avec une pauvre dévotchka qui se trouve à une autre station de métro.

Les deux frangins qui cherchent à pirater informatiquement, par l’intermédiaire de Kaphrium, la civilisation humaine, vont-ils parvenir à leurs fins ?

Troisième chapitre à suivre prochainement !

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface.

À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure.

À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville.

Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

1. Le projet Kaphrium

Ils étaient sous la terre, avec un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage.

Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier à ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2. Le fondateur des hommes-rats !

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3. L’Apocalypse des années X

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus.

Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure.

À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Soleil scabreux

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage ; pudiquement les gilets jaunes ici se transformaient en kimonos comme un grand verre de Gin, comme des ballerines indémodables annonçant le chaos.

Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie avec un gong pour attirer sur eux les relents de l’appareil digestif du bouddha ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé : ils se contentaient de faire trempette à Tokyo pour leurs vacances d’été.

Le maire avec un sourire montrant toutes ses dents, pour pallier à ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série, en les éduquant à vivre ensemble comme des hippies.

En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme, en exténuant les brasseries à leur faire de la place. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà : un repas commençait alors au soleil scabreux qui, sur les terres du Mikado, mordait les lattes déchirant le cœur de ces loosers…

Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Deuxième chapitre !

Voici la suite d’une vieille nouvelle répondant à l’appel à textes pirates, publiée sur lazone.org (Entre temps 1.0 Brusquement 2.1 Et Ensuite 0.0)

Le narrateur, dans cette deuxième partie du récit, évoque le second défi imaginé par les hommes-taupes ayant muté en hommes-rats à la suite des années X.

Le second défi consiste à retrouver Kaphrium qui est dans une maison de retraite. Une étrange station de métro qui débouche directement sur la chambre médicalisée de Kaphrium (le fondateur du mouvement des hommes-rats)

L’un des deux frères est un ivrogne notoire, l’autre envisage une histoire d’amour avec une pauvre dévotchka qui se trouve à une autre station de métro.

Les deux frangins qui cherchent à pirater informatiquement, par l’intermédiaire de Kaphrium, la civilisation humaine, vont-ils parvenir à leurs fins ?

Troisième chapitre à suivre prochainement !

Entre temps, brusquement et ensuite : chapitre un

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour pour quantifier le pair et l’impaire des rues lyonnaises. Kaphrium était à l’origine de l’opération à la suite d’une vente aux enchères. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour, pour un laborieux labeur un peu décevant.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer mais ils avaient le soleil dorant le sol natté de leur chambre. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats, qui à cette heure s’avachissait sur son canapé des salles de Mah-jong.

Et ta sœur elle est gagaouze ?

Pour faire trempette dans l’appareil digestif, l’impact des gouttes de pluie déstructurées qui courent sur le comptoir en ivoire jusqu’à l’exténuation. Pour crapahuter dans la montagne, entourée de caméras, de perches, de projecteurs et d’ombres chinoises, une triplette de rois qui escalade les falaises à mains nues. Pour prendre la poudre d’escampette, de tumultueuses forces obscures, enveloppées par la lumière qui se reflète sur son écran et qui chasse les rois de la grande famille et qui turlupine les feuillaisons d’automne.

Des duels à l’épée et tutti quanti dans ce pays où seul le Bouddha a échoué avant d’étendre l’épidémie et déloger les vandales là où il n’y a plus d’herbe : c’est pourtant le même monde, ce monde qui se concentre uniquement sur l’arôme déplaisant, épicé de son chewing-gum surprenant… Un hommage aux sacs à dos pour les novices de la route qui ressemblent aux bruissements des étoiles et qui traversent les égouts avant de déambuler ou de vadrouiller dans les rues de la ville.

Des chemins de fer qui suspendent les vallonnements du paysage dans le vide en suivant les buttes à l’extérieur de la citée. Des macchabées qui mangent des cookies au gingembre et qui innovent en écrivant de la fiction ; de magnifiques poésies comme une haleine fétide, comme les sonates de Beethoven ou comme le typhus qui contamine le mental flou et leur destinataire !

Franchissant à cette heure un terrain vague désolé pour parler le mandarin, Beethoven, en tâtonnant dans le noir, qui décompose l’univers et qui meurt avec de poussives étoiles crémeuses comme les rouages d’une machine cassée.

Tout ça afin de lancer un nouveau djihad de l’autre côté des portes des hôpitaux psychiatriques référencés et former des amas de galaxies. Enfin il y a un cobra qui serpente entre les blessures et des échappées belles parmi les voix lactées : une saisissante supernova qui récidive en envoyant en morse les données de l’ordinateur ; pourquoi dans cette machine démesurée la nuit de l’orient est-elle alimentée à la morphine et à l’urine alors qu’il n’y a que des étendues d’articles synthétisés et pas le moindre sens mnémotechnique ?

Le sang des partisans cyborgs

Le sang giclait comme une pluie rouge qu’emportait le vent.

Jefferson Airplane faisait trempette dans le sang et la valve des cyborgs hitlériens s’emportait, éclatant de colère, de rage sataniste tout en ravitaillant le tonnage barbare de l’ordinateur de bord de la famille Malefoy.

Le sang giclait comme un canard barbotant dans sela boue, suite à cet attentat surréaliste ; je perçais la valve des cyborgs à l’aide d’un stylo Bic : un attentat qui ressemblais à un mauvais thriller. Et, dans ma tête, en lançant des corn-flakes et des strass psychédéliques, le sang giclait en réclamant sa dose de vodka à volonté, comme si le paiement cash de mon téléphone mobile, en triant les valseuses de White Rabbit, n’était qu’un baragouin de plus, incompréhensible à décrypter pour les cyborgs, dans leur valve d’opium.

Le sang giclait comme l’hémisphère d’un cerveau endolori tournant aux régimes de pâtes al dante, le sang giclait en envoyant des uppercuts, précieux par leurs races de rottweillers électriques ou leurs races de sultanes en harem, dans les baraquements façon western du quatrième Reich.

En hissant les crocs du froid engourdissant, naviguant sur les réseaux des banques impassibles, je mettais toutes les larmes de larves écrémeuses des gens encore valides au compte-goutte dans la valve du pauvre valet de White Rabbit qui courait pour une histoire d’effraction dans l’ordinateur de la police judiciaire.

Mais ce qui me taraudait, ce n’était pas le sang giclant comme la pauvre poupée qui veut ou qui veut pas, ce n’était pas non plus l’inspecteur détective mis au service pour l’attentat et plus tard mis en morceaux dans une poubelle du centre-ville. Ni les gens survivants trinquant à la santé de la lueur napoléonienne qui s’approchait pour faire gonfler les quatre vingt dix mots tangents du nouveau discours de l’Empereur fraîchement couronné ni leur barbotage sanglant, giclant et sécrétant des enfants scolarisés sans tambour, pleurant et se fragmentant en phrases baudelairiennes ou rimbaldiennes ; ce qui me taraudait : c’était la cuisson des pâtes de mon colocataire, le timonier, toujours dans la vague mouvance bouddhiste, qui bien après une leçon d’anglais, avait trop fait chauffer les pâtes ; leurs gros bouillons dans la casserole rempli de vodka à la place de l’eau conventionnelle avaient fait gicler les viscères du prétérit anglais, et les miennes par la même occasion.

Pour des bagatelles de sorciers occultes, la famille Malefoy, comme l’Eglise Obscurantiste qui profanait les cimetières, était assigné en justice pour usage de magie noire et le procès et son prolongement mathématique, bercé par la musique de Jefferson Airplane, en acclamant les vainqueurs de la guerre du golfe sur la cinquième avenue à New-York, allait durer encore très longtemps.

Comme un stage cinématographique, la lobotomie magique de Malefoy, à la fois médicale et psychique, gaufre, était quadrillée par l’embellissement de la façade d’en face : la façade d’en face qui appartenait au siège de l’ex dictateur du quatrième Reich, où le sang avait giclé avec les anciennes croix gammées.

Le sang des bêlatres aryens avec leur bannière SS, avec, dans leur bouche le goût des gages ratés, regagnait l’itinéraire des caniveaux.

Malefoy, sur la jonchée sanglante, me disait d’emplir ma main de ce sang versé qu’à moitié : en effet, l’authenticité de la formule magique, dans le chaudron du dandy fin dix neuvième siècle, ne demandait que très peu de sang aryen pour transporter par télépathie nos valises jusqu’à l’hôtel et pour faire s’ébrouer comme un cheval de kermesse l’ordinateur tintant joyeusement et délicatement de notifications baudelairiennes.

Dans le passé, en galopant avec Malefoy sur un pur-sang arabe, le long des trottoirs de Wall Street et leurs krachs existentiels manquant d’éducation altermondialiste, s’écroulaient et faisaient s’écrouler des strates d’éclatements d’étoiles noires, solaires ou polaires ! Ah oui ! C’était la Belle Époque de la Saint Con de l’année dernière : ah ! La fête de la Saint Con ! Puis, peu après, la semaine Textes de merde se bornant à de simples et petits désirs de poèmes écharpés : un tube temporel sur Time Machine sauvegardant la bande passante des cyborgs dans leur valve à la fois organique et électronique tandis que le thriller et la tradition de la Saint Con ne m’échapperait pas cette année non plus, le trou du cul qui se tordait déjà de douleur dans les flammes de l’enfer ! Comme si j’allais laisser passer une telle occasion !

Maintenant, sur la table de la cuisine, à côté d’une bonbonnière, il y avait le brouillon des plans machiavéliques fécondés par écoulement nasal, racontant que j’allais traquer un fin gourmet pour la Saint Con : un goinfre qui gracieusement aspirait son Coca-Cola trop chargé en sucre comme les vampires sucent le sang tout en montant sur la balance, comme un numéro d’équilibriste fébrile sur son trapèze, pour afficher ses cent-vingt kilos aux vins capiteux, trapus, se saoulant en prenant des capsules psychédéliques, badigeonnées de la craie magique du sang des bagatelles nazis, en pleurant sur son poids comme un malentendu amoureux, et imaginant en faire autant dans la dimension stellaire des cyborgs paranoïaques.

Leur valve, en tripotant par l’ouverture nympholeptique l’essence de ballerines, qu’une nymphe ringarde remplissait à rabord, soupçonnait les gras du bide américain de ne pas connaître les turpitudes de Turner peignant le soleil levant dans la brume avec l’aide d’un typhon, ces incultes.

Comme voué au feu de la zone.org, ce petit garçon déjà obèse de dix ans qui s’amusait à faire des ricochets au bord d’une rivière pourpre, je le localisais avec l’aide des algorithmes de la page d’accueil de la zone, en commandant à distance, tel un tzar hacker, l’ordinateur de Malefoy.

Il était tout près de moi, tout près de cette rivière de sang, s’amusant en cascades soporifiques affichées comme les longues suites de textes en attente sur lazone.org, le comité du jury zonard étant dans les poches, pleines de talcs émiettés silencieusement comme le shit des cyborgs paranoïaques, dans leurs poches, dis-je, le chapeau d’un gnome mortel était roulé en boule, ces trolls, en troublant l’ultime bravade sournoise des univers créatifs dans un va-et-vient incessant, découpaient au cut-up le tissu des nerfs d’un tout-à-l’égout de textes de merde et des tourniquets de ce mode de vidange.

Un larcin trop évident pour cet enfant obèse qui était à présent avec moi, sur un banc face à la houle, comme un sauveteur de pizzas bien visqueuses, bien barbotées dans l’huile, ou un vers à soie trop gros pour sortir de son cocon qui aurait eu une mauvaise impression quand je m’étais assis à ses côtés, dépliant un billet de cinquante euros plié en quatre à la hâte, je lui proposais de lui offrir un Tamagotchi ultra sophistiqué dans les rues du quartier des vendeurs à la sauvette ; leurs aimables transactions sur la place aux enseignes de Serpentard se fendillant au-dessus de leur tête. L’énorme gosse, aux ballonnements gastriques truculents fut surpris au début mais comme il venait d’une famille pauvre, bouclant leur fin de mois difficiles comme on plonge un affreux matin dans un bol de café tiédasse et fade, accepta le cadeau avec enthousiasme.

Le tour du quartier des paysannes qui vendaient leurs silhouettes en l’échange d’amalgames de sables, d’exaltations fiévreuses, de poivre, de sel, de parmesan ou d’origan, ne mérite même pas un paragraphe : nous étions en ce moment garé sur la place des vendeurs de Tamagotchi et après lui avoir acheté à un marchand à la chair transplanté un Tamagotchi aux rayons ultraviolets, qui dirigeait la bestiole virtuelle à nourrir et à s’occuper dans la tuyauterie univoque des câbles organiques d’un ordinateur se vantant d’un nombre incalculable de textes en attente de publication sur La Zone.

Des textes écrits et tutti quanti qui traînaient dans cet ordinateur en veille appartenant à la famille Malefoy ; après la lecture de tous ces textes sur mon smartphone pendant que le gosse corpulent jouait avec sa nouvelle console de jeux sur le siège du passager, il y eut une brutale barre de fer violente qui me frappa aux deux extrémités de mes tempes et je restais stone quelques minutes.

Le quatrième Reich de la famille Malefoy

En entrant presque fugitivement, sans toc-toc, dans son bureau, comme un goujat plié et lié chevilles aux corps, comme empaillé par le cri obscur et rouge d’une forêt de sapin aux origines fulgurantes, en entrant, dis-je, dans la dynamique hackée de leurs fichiers vieillissants, j’observais les matrices de son ordinateur à l’architecture spirituelle ; me prévenant que le quatrième Reich était proclamé et fêté par une foule en liesses qui allait me laisser le passage de l’entrée du sas d’accueil, comme un milliardaire grossier tout en soulevant des amis familiers en pogo dynamité avec la famille de Malefoy.

Encore branché au courant, je dirigeais l’ordinateur vers la fenêtre et crac ! Alors tout s’effondra : les fils électriques quittant leur prise, gauchement, je m’emmêlais dans un éparpillement de câbles et de port USB.

En regardant par la fenêtre, pris par un spasme sexuel, l’envie de pousser les huit portes du boulot s’était fait sentir ; vivement le week-end garni de pack de bières et de joints joliment roulés !

Ainsi par la dernière porte encore entrebâillée, aussi rapidement que l’escampette de cette clameur qui rendait la foule silencieuse, je retrouvais la rue et ses longs zigzags temporels, balourds, je la vis, cette foule, massacrer l’ancien roi, l’une des légendes des vioques votant la droite nationaliste ; cette clameur à deux heure du mate, au milieu de la foule taiseuse à présent, à mon tour, la fenêtre étant assez ouverte par ce mois d’hiver, ne m’avait pas mis à l’aise : ne regardant pas la garde-robe de toute beauté appartenant à la Famille Malefoy qui était resté dans la remise du bureau, j’avais gardé mon manteau, en craignant que le côté obscur du béribéri atteigne mon organisme avec ce qui en restait, vivant dans un pays chaud.

De mon manteau, débroussaillé maille par maille comme la fine lingerie de la mère Malefoy, j’avais sorti mon iPhone 8 de la poche intérieure pour éterniser la foule en délire.

Il y avait cent ans que le magnifique cul black sur white d’une actrice porno avait été photographié par Willy Ronis lors d’une manifestation pareille à celle ci : la foule, que je vis apparaitre après la huitième porte dévérouillée, se pressait près des voitures présidentielles, près des voûtes aux courants d’air glacial, dans la visière des groupes imitant Jefferson Airplane de façon chouette ; quels chapeaux haut de forme tombés bien bas et quels groupes musicaux gonflés à bloc, harnachés aux gilets jaunes des manifestants !

La morale de cet événement étant calcinée de noms d’oiseaux n’était pas de Byzance : dans les oubliettes de l’oubli, la morale de cette histoire allait enflammer le malheureux connard de la Saint Con, le monde ne tournant pas rond bien sûr.

Ma montre et son tic-tac pixelisé et brillant comme un saphir à l’intérieur du mécanisme précieux, affichait littéralement l’heure très matinale : comme un esclave de la matrice, je me sentais un peu comme Alice ; tombé dans le terrier du lapin blanc et cloué sur place tout en me perdant en selfie devant le représentant du quatrième Reich venant de commencer.

Bardé de lames de fer pour visiblement casser la gueule aux opposants du régime des cyborgs hitlériens, avec les autres mercenaires votant extrême droite, j’avais défié la matrice informatique, débutant par l’élection d’un quatrième dictateur…

J’étais pris aux pièges des joints virtuels, aux ouvertures d’esprit en forme d’identifiants de thalassothérapie balnéaire, que j’avais fumé avant le taf, le matin au réveil avec une vodka orange : seul un électrochoc pouvait me faire décoller, seules les faibles lueurs des réverbères de l’ancien Berlin rebaptisé Zion pour épater l’Élysée française libérale, des lumières jaunes comme la mimolette que je contemplais avec Adolf Hitler 1.1 dans la fumée visuelle, crevée dans mes viscères enflammées, avec la flamme éternellement éteinte du bout de mon joint que je n’arrivais plus à tirer dessus.

Au courant des dernières nouvelles et actualités de la zone.org, le soulèvement du quatrième Reich commençait aussi à s’intéresser aux textes en attente de la zone.org : le monde réel et l’univers cartésien de l’imagination du web tournant sur eux-même, en spirales confuses, Jack, l’un des vioques de l’ancien système balayé, et en visionnaire de l’écriture binaire des Tamagotchi, pensait que l’air musical de Jefferson Airplane, avec ses chants de papier charbonneux, psychédélique comme Somebody to love, permettaient, lorsqu’on l’écoutait sur son MP3 nouvelle génération, de percer les failles de la longue liste des textes en attente et, à l’aide d’un simple bloc-notes, en notant l’adresse du navigateur, provoquer des crashs, des divagations chez les utilisateurs.

La bonne fortune de Jefferson Airplane, avec leur lyrics aux ailes de papier de verre brisé, éclatait de watt canonique dans mon iPod touch qui générait des relents de toilette bouchée, qui offrait du haut de la branche d’un saule pleureur la fin des cotillons en poudre, des pin’s de Woodstock pour les pendus du quartier d’Harlem à New-York.

Pin’s émaillés tout en nuances improvisées comme ces virées chez la famille de Malefoy que j’avais un jour rencontré, en galopant sur un pur-sang arabe, dans les steppes asiatiques de la Mongolie.

Rien de plus beau que les cerveaux en amazone !

Une humeur massacrante qui tangue et de petites manœuvres secrètes qui ont pour but de tromper l’ennemi dans la parade des fumeurs de joint !

Des choses sondés comme des kalachnikovs en force qui gerbent des monstruosités et un parcours qui quitte les sentiers battus en me ramenant tout en sifflant de noirs chansons de face nègre.

Une mêlée et une halte, parmi les paroles déchiquetées du chant, leur cours préparatoire qui a de la peine à se référer au système adverse comme un grésillement dans le récepteur en sanskrit : humide comme les vagues porteurs de cascades qui se fracassent sur les ailes d’un ange de l’enfer, loin des puanteurs des volcans et de leur douceur de rayons effrayés !

Un pédoncule qui surchauffe de brûlure fécondée, une fraise que je touche avec des pincettes, sur la pointe des pieds ; et une empreinte sur la nappe brodée et un stage pédagogique pour chahuter dans les cabarets où n’importe qui peut arriver un peu plus tard.

Quelqu’un sur la tombe de toute ma famille, un butin, les pleurs d’une sibilante et de la tôle froissée et un billard pour assembler les humanoïdes : ce sont mes femmes, mes déesses qui peuvent vous permettre de passer dans l’autre monde !

Une personne qui n’est plus vivant, un animal vemineux sans cadavre, un visage zébré et un monstre comme une sangsue qui sillonne les lignes de tirs en entendant la boule noire descendre des chiens maigres et galeux : la conscience de ce monde seul qui invente des numéros de téléphone amoureux.

Un dimanche de Pâques, dans une cabane, une croix de cendres et un boa qui se risque du côté des tatous et des petites culottes ; et des tatouages pour parasiter le succès et le mélange des tons, pour lamper les étincelles creuses et fausses.

Des scorpions, une teinte dans le ciel qui contourne les nuages, des cascades d’ombres fantastiques, gesticulantes comme perpétuelles zébrures à chaque tour de hanches !

Une correction pour encaisser les coups sans réagir, des wagons tout près des morts et des théiers comme des organes franchement auréolés de tangage robotique, dansant comme la faible lueur de la lune taoïste !

Un énervement parmi l’équipage et des fêtards qui ont la galle dans la nuit appelée la nuit des ténors scandinaves ; pour fumer dans les harems, des grillages, des grillades et une pomme granny-smith qui sert à fracasser tous les miroirs : miroirs qu’on intellecualise dans son journal, déshabillé dans la foire où l’on offre du sable blanc.

Pour gribouiller un montant compensatoire monétaire, des torticolis et des tortues hissées avec les vifs ; un manifeste et du pétrole et des précipitations pour débaucher les marchands de dauphins qui brisent l’âme verdi des terres à même la colère et les beaux cris d’éclairs !

Des fracas hypothétiques, le maniement du sabre qui précipite le jeune page dans les ténèbres patriotes.

Des magnats du pétrole pour muscler les prêts à intérêt, un pays qui plafonne son PIB et une préparation psychique volant en éclats, en débâcle sainte ; des présentations et des théories pour se vautrer dans le feu ardent et, pour réconforter les crevettes, des plaines fertiles à San Francisco dans la crasse laide de Virginie !

Un arc-en-ciel, de l’énergie et un diamant craché avec les illuminations pour festoyer en prenant de haut le système immunitaire et d’impeccables longueurs de piscine : admirable jeu des arbres solitaires !

Un observatoire et des lendemains qui chantent pour flairer une bonne affaire d’ossements et de têtes comme des crânes de cristal !

Pour fixer sur la croix le roi des juifs déchu, un origami avec d’autres similitudes, au bout du petit matin meurt un sapin, l’orient qui fructifie son capital, moi aussi comme un sanglier dans un enterrement de chats musqués et quelques requins dangereux pour l’homme qui s’enfouissent dans les abysses conjurant les mort.

Un équilibre, une psyché saturée et une épuration pour édifier la destinée, je porte un sac sur une route, une couronne de présent en continu ; une construction et un cinéma pour la détourner de la jouissance et la limiter à un symbole amical comme une véritable action en train de se dérouler !

Pour vendre de la pacotille, épelant des points de suture et du lait stérélisé, ma négritude plonge dans un pastiche jamais exploré ; et du plomb qui génère des espèces chimiques pour plonger dans le gouffre et gravir les montagnes russes : abandon qui morde véritablement tous les souffles des rires des marquises !

Un labyrinthe, une maladie et un regard qui se perd dans une mare pleine de nénuphars ancestraux ; et sa majesté comme un lion dans une cage, des orfèvres et des papillons qui contractent une maladie sensuelle voyageant dans le parfait cercle des lampes à pétrole à l’aube.

Comme un iguane ou comme un faucon pélerin, un vautour autour des squelettes de chiens bâtards, un fauteuil et une dot pour en découdre avec les consignes qui étourdissent le feu sacré des courants de la journée !

Une ferveur qui a du chien avec le bout de tes seins, une conquête et un groupe qui a un mal de chien à embrayer sur la suite, baigneur de lombric effrayé par le phare noir des états seconds.

Des châteaux qui se mirent dans l’eau des sources, un embrayage et un ordinateur pour osciller entre la fermeté et le laxisme : mes passions avec la gueule de bois dans le pays natal !

Des colonies d’insectes catastrophiques, une société permissive et sa préhistoire dans le pétrin, culbutée comme dans un viol ; pour réclamer des questions épineuses, douces ou concises, une capitulation, une fête parmi les gravats de la guerre, un teint et une touche au rugby pour mon ami bavard.

Enfin, dans les nuages, sur la scène où tout ça changerait à force, un totem et une violation malade depuis la fosse noire, aveugle mais familière !

La moonlight de la cité douloureuse !

La Moonlight de la cité douloureuse

La nuit verte est tombée sournoisement sur Mandeville en même temps qu’un brouillard dense, les néons jaunes et bleus de la ville basse forment des halos épâtés dans l’atmosphère, aveuglants et menaçants, et rien ne bouge là-dehors, sinon la cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou, ouvrant sur leur pâleur : des millards de portes.

Si l’on colle une oreille contre le goudron de la rue, on peut entendre une mélodie étouffée, comme le dit le poète aux rayons des étoiles.

Elle se déplace en même temps que l’eau bleue des égouts, parmi les boites de lait et les chaussures et les conserves et les cartons en dissolution, elle serpente et devient progressivement plus audible et plus claire à chaque kilomètres en suivant le courant, la blanche Ophélia flottant là dedans ; et au bout d’un long voyage sur l’eau javellisante, l’on arrive à sa source blafarde.

Ici, l’égout fait un coude et il y a un large renfoncement où se trouve du matériel d’entretien dans des casiers en fer que le Passé sombre pourrait bénir.

Ici, des bougies ont été disposées en cercle autour d’un monceau de déchets et de détritus grand d’au moins un mètre ; quel rêve, ô pauvre folie !

Contre ce trône en décomposition repose un homme à tête de corbeau, en costume de ville usé et trempé il est littéralement assis dans les ordures, posant le pied contre une enceinte d’amplificateur de guitare-basse d’où s’échappe la fameuse mélodie étranglant sa parole.

Il déguste un whisky bas de gamme à même le goulot dans la pénombre étrange de l’endroit, marmonnant quelques paroles inaudibles de temps à autre et ignorant royalement les deux alligators adultes postés à ses côtés, calmes et immobiles comme de fidèles chiens de garde d’une cité puante de Moonlight douloureux.

Ici, les ombres portées sont fascinantes, couchées en leurs longs voiles.

Le train des Esquimaux !

Descendant à travers bois, au milieu d’un nuage de neige, j’imaginais le bruit du train passé, les Esquimaux à l’intérieur de ses wagons et leurs faces de pleines lunes envenimées de leur hectowatt lubrique !

En fermentant, leur hectowatt évaporait les seins de leurs femmes à travers les traînes orageuses, hélicoïdales du système ferroviaire. L’une d’elles avait même trouvé le contenu phénoménal d’une invocation ; et le train comme désorienté par cette découverte avait alors été câblé selon les battements de cœur de cette femme. Et la neige en longeant la route ressemblait à sa fourrure d’hermine négligée ou à son visage sillonné de fines rides grimaçantes.

Comme elle, en partant de notre havre pour échapper aux enfants pâles, maigres, vêtus de loques, qui chantaient à tue-tête, on allait se saouler chez des amis au cognac ou au mazout ; ce mazout qui avait fait tourner les hélices de nos étranges machines de jadis.

Machines dont l’engrenage s’allégeait au fur et à mesure de notre progression, sous le halo des lampes incohérentes. Sous le halo des lampes incohérentes, on fumait des joints, lentement, en se demandant si les enfants pâles avaient claqué. Il faudrait que l’oxygène alimentant leur hémoglobine souffle notre fumée, frappée à la vodka.

En entendant leurs voix, leurs voix fluettes de petite filles, nos étranges machines couinaient comme des souris quand, creusant encore et encore, encore et toujours davantage, sans trêve, sans rêves, au bord de l’évanouissement, la douleur suraiguë des esquimaux séparés de leur femme vibrait dans les tréfonds de mon être brisé. Au point de me faire oublier le sang qui coulait indéfiniment de mes mains meurtries, au point de porter mon esprit jusqu’à cette frontière où les cyniques entités se perdent dans l’obscurité des gouffres de l’oubli. Ma psyché se mit à tourner comme une toupie.

Mes globes oculaires se retournèrent dans leur orbite me présentant la vision de mes propres ténèbres… quelque chose prit forme dans ce noir… un couloir s’étendant à l’infini, parsemé des portes du train des esquimaux.

D’un pas tremblant j’avançais dans ce corridor, les multiples portes défilaient de chaque côté de ma trajectoire inconsciente…

Ma main se posa sur la poignée de l’une d’elle, pourquoi celle ci plus qu’une autre, me demanderez vous… Probablement les impénétrables caprices du hasard . La porte s’ouvrit sur une brume légère, j’y pénétrais tandis qu’au bout une lumière grandissait, jusqu’à me recouvrir… Où étais-je ?

Grelottant comme une gentille madone, déjà elle me gonflait cette jeune fille accoudée au comptoir de la voiture bar du train. Je gobais deux vodka caramel en la regardant traîner son cul du côté des esquimaux en minaudant, se bâfrer à côté de tous ces ploucs, en faisant mime de rire à leurs blagues de putes en manque de sexe, confondue dans les pets, dans les rots, sachant seul dans son coin que des crimes allaient être commis, continuant sa journée de merde à bouffer du cercle polaire et le soleil de minuit reparti à l’horizon, dans le cambouis de leur machine sophistiqué, rêvant d’un bureau chauffé par leur diesel encéphalographique.

Comme un hyène, elle attendait dix-sept heures trente pour arriver à destination, foutre le camp dans sa caisse de merde, à crédit, qui pue, mais qui sent salement l’effort et la prise de tête des synapses analysé par l’encéphalogramme.

Écoutant de la zik de merde sur NRJ ou RTL, peu importe, pareil à ces esquimaux maudissant la mort cérébrale de ces petits branleurs islandais qui avait placé les électrodes de l’encéphalogramme sous leur string en dentelle.

Rentrant dans son taudis de quarante mètres carrés, elle avait chialé devant la télé, en silence et sans trace de mouchoirs, en regardant une émission sur les risques mortels des cancers du côlon, s’apercevant qu’elle aussi avait un cancer du sein en le palpant tout en fumant une clope.

Les bienfaits de leurs faces de pleine lune lui donnaient une voix rauque et douce ; la divinité de leurs faces de pleine lune buvait de la mauvaise orge ; et sur cette infinie route noire et terreuse qu’elle avait tracée en train avec les esquimaux, on les retrouvait, ces hommes abattus, grelottants, assis à nouveau dans les wagons du train fou et perdu, le corps tyrannisé de froid au point qu’on s’étonnait que leur cœur puisse encore y battre et pourtant il battait, petit tambour courageux défiant le désarroi, la faim et la mort elle même.

Un périple inachevé ?

À Berlin et jusqu’au moindre recoin épiphanique que j’apprivoise silencieusement : la magnifique complexité des quartiers de la finance transmettant et amplifiant des séquences d’images sur ordinateur.

À Bruxelles, un raconteur qui entremêle les histoires et qui éclaire alors les mécanismes perturbateurs de mon cerveau encore endormi. Puis un ciel de jade qui devient noir et qui attise les forces, en espérant quand même calmer un peu le jeu ; un ciel de jade et des cours d’éducation sexuelle qui font grossir un travail de sape kafkaïen.

Contournant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune mais déjà légendaire nation démocratique, de vieux films en accéléré, issus de la guerre du Kippour, qui font jaillir le souvenir d’un bouquet de roses !

À Bristol, pour agglomérer dans la ville une élégance d’ensemble impérialiste, des hémisphères synthétisés comme une mélodie qui s’éternise ; une mélodie qui s’affranchit des impuretés alchimiques. Des tas de glace et de neige qui entravent toutes les lames muettes de la première page.

À Londres, un film de Stanley Kubrick qui précède un appel manqué et des murmures précipitant la jolie description d’une kermesse. Mais je préfère m’intéresser au parchemin caché de Jack Kerouac en le découpant sans me préoccuper du message et de cette horloge accrochée au plafond.

À Edimbourg, un jeu éducatif qui s’efforce d’explorer la fange. Et une jeune femme nue qui s’empresse de chercher sa jarretière dans son panier de fortune.

À New-York, un étrange restaurant : lorsque je rentre dans le restaurant la tension est au max. Comme une bouteille à la mer, un petit souffle comme une plume cellulaire, quelques minutes auparavant, alors que les fadasses voitures filent dans la nuit, en bord de mer, entre le Bronx et la cinquième avenue de New-York, je laisse éclater ma colère au téléphone : impulsive, soudaine et brève comme un dictateur d’un Paris bu jusqu’à la lie. De ces colères qui ne se dominent pas, une colère brute et barbare de taureau dans l’arène : un authentique culte barbare qui ferme vite le bouchon de la bouteille.

À Singapour, pour m’aérer enfin les poumons, je traîne du côté des esquimaux qui côtoient et craignaient les dealers de Goran Pritska parce qu’ils ne lui connaissent aucune limite. Ils ont déjà ratatiné plusieurs cancres sur des mouvements d’humeur dans leur apprentissage du sabre laser. Ils baisent leurs serveuses dans la remise du club et dérouillent les videurs. Goran Pritska est un impulsif qui aime se la donner et qui, dans le bouillant de l’action, ne sait plus se retenir. Je n’ignore rien de ce tempérament. Il conduit la voiture de tête quand les haillons en argent, froids comme le côté droit de l’iceberg et sa base de données, pleurent des larmes de pluie diluvienne. L’aiguille du cadran de vitesse dérape vers la droite si les haillons d’argent, qui ont tant de peine, vont dans le temps divisé, inconnu, pareil à un drame d’espoir sanglant.

À Hong-Kong, dans la solitude de ma chambre d’hôtel, j’écris un texte qui est une incitation à la haine dans une vallée ouverte. C’est pourtant un texte dont le contenu n’est pas choquant mais je n’ose aborder cette fille rencontrée un soir à l’aéroport avec ce poème méchant, fou, qui porte la promesse malgré tout la cascade d’un nouveau monde où l’on attend la pluie et son eau désaltérante. Voyez, devant vous, c’est un texte ancien ne comportant aucun des mots suicide, mort violente, viol ou esclavage, qui s’affichent sur mon ordinateur dans la vive clarté de l’hiver.

À Pékin, dans son enfer polaire, des coups de béliers infatigables et lourds, entrepris par des hommes traitant leur mère de pute, promettant mille souffrances du côté de Sodome qui aime les tendres cœurs.

À Tokyo, en fait posé sur ses genoux, mon front de lecteur obstiné cogite le chant des rivières, sans pour autant chercher ouvertement à la dénigrer.

À Doubaï, dans les rues et leurs sens cachés qui prêchent la destruction, les parfums de la négligence ne font pas frissonner les narines des passants croisés. Abattu sur leur beauté, l’ombre et les limbes de ses mots, suspend entre les lignes d’un roman en souffrance, le début de sa vengeance personnelle.

À Sydney, enfin, terrassée par la tuberculose, l’auteur de ce texte, souvent sur la montagne, tristement s’assied au sommet de ces mondes blanchis, religieux comme la cloche qui sonne ; ni charme, ni bonheur, d’un œil indifférent je n’attend rien des jours, ne demandant rien à l’immense univers que tout âme désire en son for intérieur comme une incitation à la haine, à la violence et à la destruction, emportée par l’orageux aquilon.

Un authentique culte barbare

En variant les espaces, les séquences d’images arrêtées et la pensée qui n’est point distraite du navigateur, l’émiettement des essaims se réincarnant en mélodie pour vaporiser le café noir, des grandes odes du silence malmenant les lieux, les visages, les événements passés, dans l’obscurité.

Et, comme sépulture, l’éclairage crémeux de la fange pour un dessin d’enfant sinistre, appréhendant l’avenir, qui entre les données de ses livres dans un macabre et bien-aimé ordinateur.

En s’efforçant de stabiliser les rêvetements fertiles d’un bonheur nympholeptique pour palper un degré d’acuité, le surpeuplement qui n’a cessé de croître et d’exceller, qui corrige en un millème de seconde la respiration, avant d’hiverner, coupé de toute temporalité.

Sa théologie étend le sens et la mesure des anguilles noires et luisantes, vidées de leur hallucinogène quand les derniers survivants, transportant le carré d’herbe des agitateurs nébuleux et pleurnicheurs, se retrouvent face aux plis du terrain, aux chemins en lacets ; le ciel noir comme du charbon aiguisant l’anxiété des absents.

Enfin la force des gargouilles rassemblant les pigeons pour se couper potentiellement des niveaux référencés d’une grande bibliothèque : un authentique culte barbare !

L’heure creuse d’un authentique culte barbare où chaque chose semble s’être suspendue en plein vol.

Une aube terne, pénible monte peu à peu de l’est, mais les réverbères restent allumés. Leur lumière orangée fout la gerbe aux agitateurs.

Tout s’est arrêté, comme chaque nuit entre quatre et six heures. La ville retient son souffle avant de recracher dans les rues des dizaines de piétons aux yeux embrumés de sommeil.

Quelques voitures passent sur l’avenue, un peu plus loin, leurs phares balaient le bitume glacé.

La force des gargouilles épuisée, les agitateurs ont patrouillé toute la nuit.

À dix heures l’un d’eux rentre chez lui, se fait une petite bouffe et se couche. Pas du luxe.

En attendant, il faut que les pigeons des gargouilles subissent cette matinée misérable, nauséabonde, ces relents de déclin immobile. Les anguilles noires et luisantes se posent un moment au café de la rue Verneuil, mais leur maigre activité les déprime considérablement.

Lorsqu’ils entrent dans le restaurant d’en face, la tension est au max : c’est la force des gargouilles qui revient, leurs colères qui ne se dominent pas, une colère brute et barbare de taureau dans l’arêne.

Un authentique culte barbare.

Après mon bol de corn-flakes

En entraînant avec moi mon jargon littéraire dans les cavernes humides, en m’encordant avec les fines rayures blanches de leur capharnaüm, le règlement de la bibliothèque m’avait frappé de bannissement ; et tout le long de l’encaissement de la vallée je fus aggloméré à ce capharnaüm.

Ce capharnaüm qui, en bâtissant des nids de malandrins à chaque discussion téléphonique, dévalua le prix du combiné de mon téléphone et énuméra ensuite ses détails en prenant le versant le plus méridional de cette vallée.

Des détails s’attachant à se repaître des édifices vivants de la montagne d’en face !
Elle n’en finissait pas de s’élever cette montagne aux tentures téléphoniques qui tombaient de leur plafond mathématique !

C’était la fin de notre aventure, la fin de tout mouvement, comme un ensemble de lois compliqués à l’extrême. Notre aventure entre mercenaires apaisés qui, en s’aventurant du côté de l’immobilité lumineuse, revenaient de la guerre ; un mouvement assumé ou un retour dans le passé : l’immobilité étant entravée, puis amputée, alors qu’elle descend la brume moite venue de la baie, alors qu’il brille dans le ciel noir, le soleil vert.

Réfléchissant la marée haute et ce scénario qui concentre l’exhalaison de son acide carbonique à l’intérieur d’un amas éparpillé de Mikado, les caractéristiques de notre existence sur la moquette arrachée, à la fois solaire et sucrée, jusqu’alors éclairée au pétrole, comme quelque chose d’exotique !

Solutions alternatives : souvenirs de la fosse noire

Pour ne plus maudire ma famille, il faudrait que j’avale ces médicaments magiques avec beaucoup d’alcool ; mais je n’ai plus trop le choix pour l’instant ; je sais que mon cheminement est logique puisqu’il mène à la mort ou à la lumière.

Je ne suis qu’un pion sur l’échiquier porno-viscérale, je dois quitter ma bien-aimée si je veux devenir un cheval fougueux sillonnant la France à la recherche d’une nuit vagabonde, alternative ou mystérieuse.

Il faudrait aussi se tailler les veines pour noyer les préoccupations de ces derniers temps et puis ce sentiment de solitude, d’abandon qui me tient à sa merci ne me quitte plus.

Les principes et idées de ma famille me paraissent ennuyants, stériles et vides de sens ; alors je me dis que je vais me tailler une fois que j’aurais touché l’héritage, que l’argent est mon seul salut, mais je ne veux pas finir comme un chien dans la rue, irradié par ce soleil noir de la mélancolie.

Le futur ne sera pas consacré au travail, exploité par des salauds, esclaves de leurs systèmes bordéliques qui célèbrent le règne des tyrans. Alors la fuite : la sagesse ancienne, le remède à l’antique, un rôle pour moi comme un grand seigneur qui recherche les grèves et les marché de Tamagotchi.

Aux peuples qui sondent le chant de la naissance du nouveau prophète, il y aura le crucifix à l’envers pour Satan qui a une mine de chien battu en ce moment.

Lacérés, trois enfants ont été tués lors d’une attaque survenue dans une crèche de l’est de la Chine. Les superstitions des parents en peine éludent ce type d’agression sanglante. Le café tiède du matin en fécondant les terriennes innocentes, si facile à séduire, a le goût du squale à la salive saumâtre.

Mais ne maudissons pas la vie ni les paroles d’un type qui se retrouve seul dans la fosse noire. Par delà les montagnes et les vallées encaissées, l’écriture de mon nouvel exil viendra vadrouiller du côté du vertige intense quand on se penche sur l’abysse de la fosse noire.

L’immensité sibérienne où je me trouve court sur ces domaines pour oublier la vengeance qui bouillonne en moi et pour désapprouver la pauvre et folle ombre du bûcher qui s’attarde du côté de la meurtrière fosse noire.

Le souvenir de l’ombre du bûcher regagne alors l’esprit du poète qui afflige la racoleuse de démon tout en confondant ses ruines avec l’architecture spirituelle d’un ordinateur sophistiqué d’un pervers inassouvi.

Au saut du lit, je lis le désir dans ses yeux

et je la regarde suspendre des queues de crocodiles qui sont les complices de ses crimes.

Souvenirs de la fosse noire. Troisième chapitre

Tout d’abord, en parlementant avec elle dans le noir absolu de la fosse noire, sans discernement, la décantation d’une énième poche de kangourou. En ruisselant alphabétiquement au fond de la fosse noire dans un grand crevettier, des diligences peaufinaient leurs migratoires mouvements.

Certes les jours s’en allaient dans le matin froid, mais les poèmes que lisais fervemment me versaient des souvenirs gais, me laissaient un parfum d’enfance égrainée le long de la route. Un peu plus tard, la ville ressemblait à une grande baignoire chauffée par le soleil, je pensais à cette jeune fille qui devait être à cette heure dans son taudis, fascinée par mes écrits, elle me demandait pourquoi je ne voulais pas devenir écrivain.

En général, je ne répondais rien et pour tout vous dire sur le sujet, je regardais hilare mes textes comme si il s’agissait de vaisseaux fantômes ne transportant rien d’autre que des mots bigrement futiles et impermanents.

La veille, j’écrivais malgré tout un poème qui avait le parfum de l’été, un autre qui ronflait du froid, fourneau glacé oblitérant les douleurs du mendiant ou encore un autre qui parlait de ses paysans dépossédés de leurs terres.

J’avais l’impression que depuis mille ans, je lisais, je marchais, je dormais, parfois je dormais même éveillé et plantais, à l’insu de tous, des névroses virtuelles.

Le long du boulevard que je traversais, s’étirait infiniment et je contemplais les vitrines des magasins, les casinos  où l’on devait perdre beaucoup d’argent, les cafés branchés et les salles de billard flambant neuves mais comme je n’avais pas de sous je n’entrais pas et maudissais parfois cette vie de misère.

Mais la pauvreté avait aussi ses avantages, ainsi je traçais ma route comme on fait la conquête de l’espace avec une vitesse de croisière qui me convenait et tout l’attirail sidéral : carnets et stylo.

Il y avait des jours où l’ennui me prenait et plantait ses clous de lumière sur mes jeunes années.
Je me retrouvais alors dans un lupanar le front fiévreux avec une gueule de bois et une cravate de pendus autour du cou.
La fosse noire ne s’appelait pas Jacob mais et quand mes yeux s’arrêtaient de voir, l’officier de la fosse noire en casaque rouge jetait une poignée de cailloux en l’air.
Il disait aux soldats mercenaires que la mort avait un but éducatif.
Et d’un mouvement leste, il gonflait sa poitrine, s’allumait une cigarette.
Avec l’enthousiasme glacial de ses jeunes années, un soldat osa l’interrompre dans sa rêverie. Ils étaient tous épuisées par des sensations de déjà-vu en cette fin de saison vénitienne.

Souvenirs de la fosse noire. Chapitre deux !

Tout d’abord, en parlementant avec elle dans le noir absolu de la fosse noire, en ruisselant alphabétiquement au fond de la fosse noire, en entraînant avec moi mon jargon littéraire dans les cavernes humides, en m’encordant avec les fines rayures blanches de leur capharnaüm, le règlement de la bibliothèque m’avait frappé de bannissement ; et tout le long de l’encaissement de la vallée je fus aggloméré à ce capharnaüm.

Ce capharnaüm qui, en bâtissant des nids de malandrins à chaque discussion téléphonique, dévalua le prix du combiné de mon téléphone et énuméra ensuite ses détails en prenant le versant le plus méridional de cette vallée.

Des détails s’attachant à se repaître des édifices vivants de la montagne d’en face !

Elle n’en finissait pas de s’élever cette montagne aux tentures téléphoniques qui tombaient de leur plafond mathématique !

C’était la fin de notre aventure, la fin de son mouvement comme un ensemble de lois compliqués à l’extrême en s’aventurant du côté de l’immobilité lumineuse ; un mouvement assumé ou un retour dans le passé : l’immobilité étant entravée, puis amputée alors qu’elle descendait la brume moite venue de la baie.

Réfléchissant la marée haute et ce scénario qui concentrait l’exhalaison de son acide carbonique à l’intérieur d’un amas éparpillé de Mikado : les caractéristiques de notre existence sur la moquette arrachée, à la fois solaire et sucrée, jusqu’alors éclairée au pétrole, comme quelque chose d’exotique !

Malgré tout, l’amas éparpillé de Mikado descendait une rivière de diamants, avec une force glaciale, son ivresse livresque, consécutive comme des atomes de watt canoniques. Atomes qu’on fit frire en les irradiant d’excitations sexuelles, d’isométriques distorsions.

Pour s’égarer dans des considérations poétiques quelque part où il pleuvait sur leurs cahiers roulés, ces distorsions modelaient l’argile des fausses monnaies napoléoniennes, sans jamais changer les serpentins de leurs strings élastiques.

Parfois les atomes énigmatiques grimpaient sur l’échelle, sans l’aide de leurs puissances photovoltaïques, pour rejoindre Cécilia et s’installer dans son souterrain décoré de phrases artistiquement dessinées à la craie.

En retirant l’échelle, en brouillant leurs représentations jusqu’à délier le Sanskrit de leur récepteur, je détachais aussi leurs ceintures de sécurité pour ceindre les parfums du vide qui se battaient dans les profondeurs et qui finissaient toujours par monter au ciel comme des serpents cosmiques ; ces parfums du vide, en remplaçant la face B de Pat Benatar par ces serpentins de strings élastiques, s’agglutinaient le long de ma perche.

D’une tortuosité comique et éthérée, cette perche, oscillant lentement leurs ombres, en tombant sur le béton des stations de ski alpin, s’ébrouait parfois, comme un vieux cheval de kermesse, dans un décor vénitien en cette fin de saison !

La Vengeance de Katia !

Gravitant autour d’une énigme irrésolue, ce cinéma porno au coin d’une grande avenue, venait d’ouvrir ses portes. (En inauguration, un film mystérieusement sans titre était projeté.)
Dès qu’il avait appris la nouvelle, Jumbo s’était jeté dans le premier bus pour prendre une place (environ l’équivalent de 90 à 95 centimes d’euros) sans se douter que ce film allait ranimer le souvenir de la planète OS X où il avait abandonné Katia à son triste sort.

Assis aux premières places, à peine les publicités passées, Jumbo vit quelque chose fendre l’écran : ce fut, trois fois, un intertitre, décoré de notes de musique éparpillées et peintes à la main :

La Vengeance de Katia !

La Vengeance de Katia !

La Vengeance de Katia !

Suivi par un lent balayage panoramique, puis la caméra s’immobilisa un instant pour examiner une tâche humide sur le canapé jaune, la scène campagnarde idyllique et ensoleillée visible depuis une fenêtre, un tas de photos de vacances sur la table à abattants, la petite culotte très légère abandonnée dessous.

Une bouteille de champagne ouverte et deux flûtes à moitié pleines étaient posées sur la crédence peinte, comme pour un portrait de famille. De l’autre côté du couloir, dans la chambre d’Angela, sous un plafond à miroirs, un grand lit circulaire avec un chevet en forme de coeur et des draps en satin cramoisi et or, délicatement froissés et tachés.

Il y avait également des murs, et pourtant la caméra, alors même qu’elle explorait l’ensemble tendrement, comme en le caressant, parvint à ne pas se filmer. Derrière le lit se trouvait une porte entrouverte, la caméra se glissa par l’ouverture et pénétra dans une salle de bains au carrelage et aux miroirs étincelants.

Et ici, ici seulement, on pût voir la caméra et le caméraman, se refléter dans cette profusion de miroirs. La caméra s’arrêta un moment sur un espacement vide d’un meuble de la salle de bain. Et une indication sonore retentit :

« La boite de Tampax a disparu, Jumbo l’aurait-il volé à la Gardienne du Temple ? »

Une kyrielle de flash-back apparut alors : c’était un défilement rapide d’images où l’on voyait Jumbo prendre la boite et la mettre discrètement dans son sac.

Et puis, tout de suite après, un violon tantôt mélodieux tantôt strident au fur et à mesure que la caméra avançait jusqu’à la baignoire. Le caméraman plein d’entrain, lança : « O déesse Katia, es-tu là ? »

Et, sur l’écran, les spectateurs purent admirer une jolie nymphette, comme échappée d’un conte de fée, sortir de la baignoire verte en forme de yoni environnée de savons, de shampoings, d’éponges et de jouets érotiques de bain. Une fois debout, elle eut une petite exclamation de stupeur, éclata de rire, leva les bras comme pour répondre à une ovation imaginaire. Son visage avait perdu toute trace de timidité, libre, ouvert, comme son récent partenaire, caméraman et acteur du film ne l’avait jamais vu, à toutes les promesses qu’offrait sa beauté.

HPG avait délaissé sa caméra, tandis qu’un autre caméraman, en reprenant le relais, s’activait à filmer maintenant la fellation hors norme et pourtant classique que Katia avait perfectionné avec le temps.

Et Jumbo, qui était littéralement scotché sur son siège, à des années lumières de cette planète où il avait laissé Katia, bavait sur sa chemise.

Mais sa vengeance avait-elle atteint son point de paroxysme ?

Il en doutait, et déjà en tremblant de tous ses nerfs, il sortit prestement de la salle de cinéma… Il pressentait, une expression grave de déterré sur son visage, que Katia, la déesse courroucée de la planète OS X, lui réservait encore bien d’autres surprises.

La Présence

D’abord, un chuchotement perçu comme un mystère, au coeur de la forêt magnétique, alors qu’une femme s’endort sur un toit, c’est la nuit qui creuse ses nerfs dans la pénombre ; un oeil clos, l’autre ouvert, le grammatical téléphone à côté et l’idée primaire de la jouissance et de l’extase.

Son idéal ? Un capharnaüm glacial pour cultiver de pommes de terre à même l’écume, les attributs du sujet se touchant presque, reproduisant l’air qui remue un moutonnement oriental, au-dessus du Tibet. En se reflétant, le moutonnement noircit ses larmes et son corps enduit de lissage.

A moins de trente kilomètres de là, sur le chemin paisible de la solitude quand les altérations noire de la pluie emplissent l’inouïe horizon, en défiant la voie lactée, elle s’octroie du temps libre.
Au commencement est née alors la dormeuse, la cheminée et le monde de la force comme le jaillissement d’un rêve qui s’achève en copeaux en embrouillant tous les programmes informatiques. Son rêve ? Du zinc oxydé, une palette de négations sous la huée imaginaire des hackers, un paysage de tôle ajouté par cut-up !

Le cut-up : un amalgame de distances contrariées, communicatives et presque cauchemardesques, brûlant à la lueur d’un DeepKiss de série B !
Mais les lumières, comme déjà ossifiées par tant de rêveries, commencent à dériver sans rendre ces bribes de zigzags pourtant recherchées ardemment ; des bribes de zigzags qui plongent leur célèbre contre-jour dans le monde des mathématiques.

La musique qu’elle fredonne pendant son rêve ? Une mélodie suçotée comme un bleuet, une partition taillée dans l’extase synchrone, à la place du géranium conventionnel.

Et le contenu de son futur bol de café lorsqu’elle se réveillera ? Des sensations saccadées, l’expression euphorique d’un désastre futur et ses formalités spirituelles, le balancement des girouettes et leur recueillement.

Souvenirs de la fosse noire !

Tout d’abord, en parlementant avec elle dans le noir absolu de la fosse noire, le sac d’une énième poche de kangourou comme une légende à percer. En ruisselant alphabétiquement au fond de la fosse noire, des diligences fossilisées peaufinaient leurs migratoires mouvements.

Pour s’égarer dans des considérations poétiques quelque part où il pleuvait sur leurs cahiers roulés, ils modelaient l’argile des fausses monnaies napoléoniennes, sans jamais changer les serpentins de leurs strings élastiques.

Parfois ils grimpaient sur l’échelle sans l’aide de leurs mains pour rejoindre Cécilia et s’installer dans son souterrain décoré de phrases artistiquement dessinées à la craie.

En retirant l’échelle, en brouillant leurs représentations jusqu’à délier le Sanskrit de leur récepteur, je détachais aussi leurs ceintures de sécurité pour ceindre les parfums du vide qui se battaient dans les profondeurs et qui finissaient toujours par monter au ciel comme des serpents cosmiques ; ces parfums du vide, en remplaçant la face B de Pat Benatar par ces serpentins de strings élastiques, s’agglutinaient le long de ma perche.

D’une tortuosité comique et éthérée, cette perche, oscillant lentement leurs ombres, en tombant sur le béton des stations de ski alpin, s’ébrouait parfois, comme un vieux cheval de kermesse, dans un décor vénitien en cette fin de saison !

Le texte de la Saint Con !

Tout d’abord un texte sur la Saint Con en dix pages alors que le froid mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes. À la première page, un film d’horreur très kitsch qui emprunte sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste.

À la page deux, pour désigner un référent, apparait l’expression kabyle, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif.

À la page trois, en se référant au système adverse, une kyrielle d’injures alchimiques. Et, dans le labyrinthe de la page quatre, le kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fait apparaitre les premières hésitations : une alternance de forme et de style qui sera relégué cependant au sein du navigateur chaque fois qu’il hésite.

À la page cinq, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques qui détachent les feuillets du livre de Job et qui engendrent, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées.

À la page six, une eau de javel fossilisée qui ondoie comme le karma des chamanes de Sibérie ; et leur tradition orale qui flotte, comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, en procurant des profits juteux dans les contrées grouillantes de gnomes.

À la page sept : une grande variété d’humanoïdes extraterrestres qui délivrent leurs joules ; leurs joules qui ballonnent leur exosquelette et qui survivent aux outrages du temps. À la page huit, étrangement, les os de leur thorax qui ont éclatés et qui confondent leur jugement. Leur parenté avec notre espèce s’arrête là.

À la page neuf, la fulgurance de la pensée logique et judiciaire qui ébauche sa progression filmée par la caméra ; cette fulgurance qui se hisse hors de son huis-clos d’origine pour revenir à l’assaut et, bien malgré elle, elle s’incarne dans les jantes des roues motrices qui sont clouées latéralement.

À la page dix, l’étape du perfectionnement : l’apprentissage du sabre des samouraïs et du lasso d’un cow-boy et enfin la flambée tant attendue pour imaginer la fin de ce testament aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de l’Empire fraîchement établis. À la page dix toujours, sur le chevalet féerique, de la poudre et du rouge aux lèvres et de la gomme aux cils pendant cette nuit orageuse.

À la page dix, la fin de la Saint Con : petite ridule ou embruns aux paupières alors que le style guimauve flambe d’un feu sacré !

En s’étouffant déjà, la page dix est une époque où le feu du charbon brûle dans une locomotive imaginaire. En wagons, immobiles, des duels à l’épée pour sabrer les opposants de la Saint Con et l’amour vache.

À la page dix : un diadème déposé sur le crâne du connard qui va brûler calciné cette année. Toujours à la page dix un chapelet de conneries pour les autres textes : des macchabées flambés qui innovent sur leur artillerie de mots incendiaires.

À la page dix, encore, la tumultueuse croisière s’arrête ici et ici -oui ici- je ne pourrais plus jamais faire rimer néocapitalisme avec communisme.

Dans l’ombre, les autres textes de la Saint Con qui n’ont pas respecté ce canevas lèchent les flammes d’une bougie au crépuscule.

À la page dix, les défunts destructeurs pour objecter les théories sur le rouge et le noir des tortures : des morts noyés dans la tasse de thé des géants.

Pour l’extinction de la flambée, la pluie enfin et des cabales ahurissantes tuées par la folie des grandeurs. En listant les avantages féroces et les inconvénients périphrastiques des autres textes de la Saint Con, en revenant sans cesse au moment présent comme on nous dit de le faire, la démence d’un pur-sang, dans les dernières lignes, qui hennit impudemment.

Et enfin, pour la dernière page idéale d’un texte sur la Saint Con, imprudemment le masque dont tu nous as gratifié ô ardeur !

Les patrons de la Saint Con déferlent déjà sur leurs drakkars.

Pour conclure, des échappées belles nous attendent pour cette Saint Con 2018, à condition de respecter les règles canoniques éditées dans ce manuel.

Le carnet de février 1922

Dans la poche d’un kangourou, étaient cachées de sales bestioles qui continuaient à transférer des informations contradictoires, qui se vantaient de parler avec leur cœur.

Depuis les moindres recoins épiphaniques de son cocon, l’animal s’était habitué à transmettre et amplifier des séquences d’images sur mon ordinateur, obtenant le silence, puis des rires !

Encore ce matin, dans ma décapotable verte, garée le long du trottoir, je m’employais à chasser tout ce micmac virtuel qui éclairait les mécanismes perturbateurs de mon cerveau endormi et qui avait fait la une des journaux des kiosques. C’était mon credo.

Pour tenir tête aux nuages de neige, il y avait à l’aube un ciel de jade chancelant qui délivrait la douce fragrance des cours d’éducation sexuelle disparaissant aussitôt telle une vision décrépite ; les réponses de leur réalisme furent peu à peu convaincantes.

Un authentique travail de sape kafkaïen mais ce n’était pas entièrement le fond de leurs pensées aux participants de ces cours occultes.

Pour rejoindre son monde onirique, je m’accordais une courte sieste et déjà je m’enfonçais dans les profondeurs cimmériennes de ce rêve qui démarrait comme un vieux film en accéléré, militant dans le réalisme absolu.

Et une fois de plus, venu surtout pour Elsa, je m’égarais dans l’univers de cette sale bestiole que je soupçonnais d’appartenir au mouvement terroriste. Dès le seuil de ce monde onirique, l’élégance d’ensemble impéraliste de la ville qu’on apercevait de loin, avait été conçu selon quelques modèles subtropicaux ou équatoriaux. Cependant, cette ville s’endormant sur ses lauriers, le labyrinthe des rues à traverser, les vendeurs de Tamagotchi à la sauvette passant pour des orateurs secs, la boue et les ordures urbaines modéraient notre enthousiasme du départ, notre arrivée fracassante parmi les rêveurs déjà sur place.

S’ajoutaient les devantures des magasins fracassées, les miroirs de chambre à coucher brisés et les rames de métro en flammes.

Sans parler de cette sorte d’activité perturbatrice et permanente de théâtre de rue, issue de la guerre du Kippour que j’avais décrit à l’époque sur un carnet de notes informatique portable. Ces notes, on les rapporterait aux absents.

Un foisonnement de détails dans ce carnet se détournant parfois du sujet quand j’évoquais les percées informatiques spectaculaires de la sale bestiole et d’autres données métaphysiques à la Stanley Kubrick : c’était son grand défaut.

Et le rêve finissait toujours violemment : au réveil, un cercle d’inquisiteurs d’humeur massacrante s’assemblait autour de moi ; s’organisaient alors sur l’écran de mon ordinateur des films érotiques, collés bout à bout un peu au hasard et aussi sophistiqués que des peintures aux doigts. De nuit comme en plein jour.

La majorité de ces films qui vérifiaient les appels manqués, en ballottant dans la cheminée, avait fait naître, à la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltrait le plancher en arrachant les lacets de la route.

À la page trois toujours, Cassandre et Elsa, qui lisaient le parchemin sanguin de Jack Kerouac, en le découpant sans supprimer ses messages, en mesuraient la cruauté religieuse.

Dans le carnet de moleskine de Jack Kerouac, à la page quatre, en allumant une grosse flambée d’amanites, ce février 1922 avait fait moisir ce jeu éducatif, en lapant la jarretière de cette femme nue ; ce mois qui ressemblait à la peine.

Dans le carnet, encore à la page trois et toujours à la date de ce février 1922, le froid, qui mordait les lattes, en envoyant de gros bouillons de lacunes, était plus doux que les premiers frimas de cette année actuelle. Et dans le carnet de cette époque, à la première page, un film d’horreur très kitsch, qui empruntait sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste, présentait cependant bien, donnait de ses idées une idée digne.

Et dans le carnet à la page huit, pour désigner un référent, apparaissait l’expression kabyle, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif. L’évadé gravissait le calvaire vécu dans cette côte par l’instituteur Augustin Crozet une nuit de février 1922.

Et, à la page sept, en se référant au système adverse, des vagabonds, avec une kyrielle d’injures alchimiques, allaient de maison en maison. Et, dans le labyrinthe de la page sept, le kif, qui se fumait mélangé à du tabac et qui avait fait apparaitre les premières hésitations, se méfiait des nerfs du fumeur : une alternance de forme et de style qui était relégué cependant au sein du navigateur chaque fois qu’il hésitait à craquer une nouvelle allumette.

Dans le carnet des fumeurs de chanvre, à la page sept, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques, qui détachaient les feuillets du livre de Job et qui engendraient, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées, mettaient du cœur à peindre une eau de javel fossilisée. Une eau de javel ondoyant comme le karma des chamanes de Sibérie ; et sa tradition orale, qui flottait comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, procurait des profits juteux dans les contrées grouillantes de gnomes.

Dans le carnet interstellaire, à la page dix : il y avait une grande variété d’humanoïdes extraterrestres qui délivraient leurs joules comme une histoire de paletot commençant à faire long entre gens qui s’aimaient tant ; leurs joules qui ballonnaient leur exosquelette et qui survivaient aux outrages du temps.

Toujours à la page dix du carnet de couleur gris sidéral, étrangement, les os de leur thorax qui avaient éclatés, confondaient leur jugement et leur section territoriale. Leur parenté avec notre espèce s’arrêtait là.

Dans le carnet de la fédération réorganisée, à la page neuf, la fulgurance de leur pensée logique et judiciaire qui ébauchait sa progression filmée par la caméra, ne voulait surtout pas de scène filmée en super-huit ; cette fulgurance qui se hissait hors de son huis-clos d’origine pour revenir à l’assaut et, bien malgré elle, elle s’incarnait dans les jantes des roues motrices qui étaient clouées latéralement. Ce qui était bien plus agréable à regarder que leurs vieux jours à la décharge.

Dans le carnet du groupe d’écriture, enfin à la page dix, l’étape du perfectionnement : l’apprentissage du sabre des samouraïs et des lassos du cow-boy dans les saloons qui abondaient alors à Treignac, imaginait la fin de ce testament, aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de l’Empire fraîchement établis.

Le bonbon de la putain !

Des siècles de lucidité divine s’étaient installés parmi les ruines. Les anguilles et les serpents noirs de ses cheveux s’élevaient luxueusement et ajoutaient à ses murmures imaginaires les germes du vrai mal. Leur monde celte déclinait déjà dans les fonds marins : de tristes tropiques pour s’indigner du monde actuel !

Une sensation de brûlure acide mais comique se dessinait dans les flammes de leurs grimaces et la mort paraissait accueillir favorablement cette sensation en se compromettant jusqu’à très tard avec les claquements de doigts hypnotiques de la putain. C’était comme un tantra pour se délivrer des textes de la Zone.

Dans l’abîme contemplatif qui allait imploser, je fis apparaître le cosmonaute, sa noirceur et ses noeuds coulants qui innovaient tellement sur les autres.

Tout en jouant, donnant vie aux idées suicidaires qui alimentaient nos cerveaux, à l’état larvaire, chaque plan orchestré dans nos rêves suscitait dans le monde réel des réactions violentes, sanguinaires souvent. Les derniers survivants, inconsciemment parfois, se dévouaient à hisser des profondeurs la chaîne d’une ancre qui n’était autre qu’une seule et même pensée répétitive, fascinante.

De toute façon, ils se détestaient mutuellement ; ils détestaient leurs regards furtifs et désespérés quand ils ne pouvaient rien faire d’autre. Entre eux ils ne se disaient jamais de paroles authentiques.

Pour ma part et pour saborder tous efforts d’épanouissement personnel, seul le bonbon de la putain essuyait mes larmes fraîches.

Las Vegas Parano

Le béton marbré s’étalait en long sous le soleil en laissant tomber sournoisement une nuit verte sur Las Vegas. Un peu de terre rissolée éclatait en croûtes sur le bas-côté, ce bas-côté qui avait fait circuler le parfum des pierres à l’intérieur de la valve du cyborg jadis.
Les palmiers faisaient une belle allée figée autour de la route et
un brouillard dense avalait les néons jaunes et bleus de la ville basse et des halos épatés dans l’atmosphère, aveuglants et menaçants, plongeaient ensemble dans le gouffre.

Des petites rafales de brise fraîche vinrent caresser les joues de Liliane lorsqu’une trouée révéla l’océan sur sa gauche ; on pouvait entendre la cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou.
Un beau balcon longeait la côte qu’elle remontait à toute allure, quittant les sentiers battus et, plus loin, une oreille contre le goudron de la rue s’épuisait à entendre une mélodie étouffée perdue dans les égouts. Le coucher du soleil vint imbiber d’or et de feu le paysage. Les verres de ses lunettes aviator virèrent à un orange surréaliste. La Toyota 4×4 brilla, la chevelure de Liliane brilla, le monde entier brilla pendant quelques secondes au milieu des boites de lait et des chaussures et des conserves qui formaient la totalité des détritus au grand jour ; des cartons en dissolution qui rechignaient à disparaître.

Et la mélodie étouffée, qui serpentait et devenait progressivement plus audible et plus claire à chaque kilomètre en suivant le courant, provenait maintenant des catacombes de Las Vegas.

Les matrices des cyborgs

D’abord, sur l’écran de l’ordinateur, il y avait une timeline défilante de matrices binaires, une timeline cachée parmi les raccourcis claviers de cette étrange machine, qui dirigeait sur des sites dissidents, aux processeurs crocodiliens.

Ensuite, en admirant les fêlures du béton du mur d’en face, il y avait cette femme qui sortait, de la poche de son manteau, une enveloppe pleine de photos en noirs et blancs ou cramoisis. Des photos évoquant une scène classée X, baignée dans une douce et diffuse lumière crépusculaire, avec  un cadavre, étendu au sol, pour avoir tenté de remplacer la photosynthèse des électrons cryptée de la timeline par des tweets macro-organiques.

Il y avait aussi, dans cette chambre d’hôtel, des miroirs réfléchissant des femmes aux décolletés plongeants qui ne parlaient qu’en onomatopées, avec cet air divin, propre aux marquises de leur genre. Dans la pièce aussi, posés sur une table, il y avait des écouteurs qui autorisaient le décollage d’une fusée de la NASA, et, dehors, dans les ténèbres, des cyborgs aux organes projetant des émissions huileuses.

Il y avait encore sur le lit cette fois, parmi les chemisiers à fronces, sa petite culotte en coton blanc et un maillot de corps à minces bretelles ainsi qu’un livre organisé selon les principes taoïstes.

Et puis, le vent hurlant dans les brèches et les gouffres de la ville, des fragments de papier déchiqueté tombaient comme de la neige : des papiers représentant des équations à double inconnue, impossible à résoudre. Mais déjà le monde entier vandalisait les appareils ravitaillant en kérosène les fusées perdues dans la voix lactée.
Je ne savais plus très bien ce que je devais faire, allumant et éteignant de suite le ventilateur de notre chambre torride qui suintait d’odeurs taurines.

Disparaissant au milieu des ombres profondes de la chambre, je jumelais les composants de la timeline avec l’enveloppe pleine de photos que cette femme mystérieuse me tendait. Mes mains, tâtonnant et cherchant des liasses de billets froissés dans l’obscurité, se hâtaient bêtement de retourner mes poches, fébrilement comme un numéro d’équilibristes.

Pour en revenir aux écouteurs, au bout du fil, il y avait un correspondant qui réclamait un atterrissage d’urgence, et pour terminer la fresque, je vis par la fenêtre un avion survolant de près les gargouilles de la cathédrale Notre-Dame vomissant les pluies diluviennes de la veille.
Parmi les odeurs sèches et nostalgiques des lattes du plancher fraîchement ciré, mon héroïne s’en alla et je remarquais alors, à ce moment précis, l’arrivée des cyborgs en bas de mon hôtel, avec d’étranges queues de kangourou prospectant le bitume froid de la rue.

Je me jetai sur ma chaîne hi-fi ranimant une playlist des chansons de Bashung, et allumais une cigarette. Même si je partais au fin fond de l’univers on me retrouverait : je savais que la colère des cyborgs, arnaqués et piratés par ma timeline, ne ferait pas de pitié.
Cependant, avant de me capturer et peut-être de me torturer, tapant sur le clavier de mon ordinateur portable, je désignais un successeur sur la toile virtuelle qui, avec un bon karma, ferait mieux que moi.


En raflant les salaires répugnants des mercenaires cyborgs par un piratage sophistiqué, j’avais flambé ces derniers jours une cascade de dollars me permettant d’acheter ce matériel informatique sophistiqué et volé à l’armée américaine.

Après ce rafle, tous les autres pirates informatiques rencontraient des difficultés quand ils voulaient percer le système bancaire des cyborgs. Ils avaient renforcé la sécurité des matrices binaires et des algorithmes : tout effort était devenu grotesque.

Sautez dans l’urinoir !

Avant je n’étais qu’un plancton

J’étais méchant, très très méchant.

Je vais prendre le train pour Marseille Saint Charles c’est le train 5323 j’arrive à 19 heures 31.

Mon train est sur la voie H.

Cette vie sauvage que je regrette, peut-être la retrouverais-je ; l’autre vie n’en vaut pas la peine.

Je me suis cogné la tête devant les grands édifices qui font office de miradors à l’entrée.

J’ai vu les fous se baigner dans le graillon ordinaire, se terrer dans des TGV ou des TER et sillonner la France à la recherche d’un cirque d’hiver. Mais c’est vrai, moi aussi j’ai payé mon billet, direction la prochaine névrose.

A la porte d’Aix, j’ai trouvé la lumière si belle que je suis devenu pour quelques temps un acteur de kabuki. Auparavant j’étais un personnage de Céline partant en vacances.

Longtemps poursuivi, cette nuit, inlassablement si chaude, m’a dévoilé sa nudité alors que je brillais comme un miroir de bordel, c’est pas grave j’aime bien qu’on me repère. Elle et moi, on a échangé nos vies bien sages contre un peu de malheur.

Des flics, des espions ou des esclaves en muselière m’ont demandé de rester tranquille, je suis alors retourné dans mon cercueil de pas grand chose.

Si je dois dire toute la vérité, rien que la vérité, je sais très bien que Dieu protège les poètes, fait les courses et prépare toujours de très bons gigots. Mais je n’irais pas dans une église, encore moins dans un monastère.

L’idée d’avaler mon Risperdal avant la soupe du soir suffit à me calmer, camisole chimique, qui me protège des dérives sans lendemains.

Demain je rentrerais chez moi, retapé, prêt à affronter le monde avec mes graffitis néo-réaliste

Genre :

AVOCAT

CANNABIS

04 74 31 30 16

SAISIE

VINGT KILOS

Le Projet Blaireaux : Danse avec les Ombres ! (3 et 4/4)

Les résultats et conséquences de son approche étant facilement à deviner, l’auteur emblématique de la nouvelle génération des romanciers français de l’imaginaire, avait jugé bon d’effectuer une ellipse à la moon-walk pour revenir sur cette douloureuse et incongrue crémation qui s’était déroulé quelques heures plus tôt avant leur arrivée sur la Place du Village.

Mais l’auteur, avait-il cramé la fin de son histoire ?

Ce dernier épisode, d’après le manuscrit retrouvé dans les décombres fumants du Château de Crussol, traitait malheureusement de la genèse de ce récit que quiconque ne voudrait jamais écrire ni lire.

L’auteur, un consultant pour les montres Hermès, avait inventé deux personnages : Taylor et Charles Manson ainsi que le regretté Tréfonds Tournesol, alors qu’il revenait d’une randonnée sur sentiers sableux. De retour dans sa chambre d’hôtel à Saint-Péray, où il se plaignait, penché sur son ordinateur aux bourdonnements déconcertants, des brûlures causés par le soleil, préludes avant sa crémation certaine.

Il avait soif.

L’alcool, ce liquide psychotrope contenu dans les bouteilles de vin blanc, avait fait son chemin, il avait perdu littéralement, mais peut-être l’avait-il déjà perdu bien auparavant, sa raison.

Et ses multiples blessures solaires n’arrangeaient rien, il était devenu ce « porc grillé, trop salé » comme dans cette chanson si personnelle de Julien Doré qu’il aimait écouter lors de ses cuites.

Le Projet Blaireaux n’avait pas non plus de mémoire. Il n’y avait plus rien à faire : le disque dur et la carte mère de son ordinateur avait été noyés suite à cette tasse de café renversée et depuis son crâne la suite géniale avait été jetée aux oubliettes des tréfonds de l’esprit.

C’était pourtant un très bon café, provenant des hauts plateaux de l’Éthiopie, mais l’ordinateur n’avait vraiment pas apprécié.

L’auteur avait cherché toute la nuit à trouver une solution, jonglant de temps en temps avec le film « Taking 2 big Dicks » qui passait sur une chaîne porno et ses carnets de moleskine, désespérément vides.

Au-dessus du Château de Crussol, qu’il voyait depuis la fenêtre de sa chambre, les étoiles restaient immobiles et contractées au fond de leur fièvre, avec leur aveu et l’horreur de ne pouvoir imaginer une suite avec lui à ce triste récit…

Il allait soulager sa vessie lorsqu’il entendit, du fond des ténèbres oubliées, les hurlements du châtelain de Crussol se répandre hors des ruines, ces murailles qui l’avaient protégé pendant son règne maléfique. Ces cris, colportés par le vent qui l’étranglait en pensées contradictoires, l’invitaient à le rejoindre au sommet du donjon abandonné pour une danse macabre avec les ombres défuntes du Moyen-Âge.

Cet appel ténébreux du Châtelain de Crussol l’avait étreint et ce fut ainsi qu’il sortit furieusement de l’hôtel, guidé par ces voix d’outre-tombe.

De cette obscurité, il ne garderait peut-être rien.

Quatrième et derniers épisodes !

Les rumeurs d’ici disaient que le fantôme du Châtelain avait toujours existé et qu’il existerait toujours, observé en cachette en des immensités lointaines ou en ces lieux obscurs situés sur les hauteurs du château de Crussol, en attendant le moment où l’on élèverait de sa sombre demeure le Bûcher des Ombres Fanatiques et réduirait à nouveau la terre à sa merci.

Nul ne pouvait plus entendre, aujourd’hui, ses hurlements, seul l’auteur de ce récit avait été l’heureux élu pour transmettre le rituel psalmodié de la Saint-Con. La mélopée signifiait simplement : « Dans sa demeure de Crussol le Sieur De La SchwarStich rêve et attend. »

Roi, il régnait aux premiers temps de la cité. Prophète, il avait prédit sa fondation et sa fin. Ectoplasme, il pleurait les cons du passé en des nécropoles depuis longtemps réduites en poussière.

L’auteur parvint aux escarpements et fut un peu surpris de remarquer que la clarté trompeuse de la lune leur donnait une apparence subtile qu’il n’avait pas notée auparavant -dans cette curieuse lumière, ils paraissaient moins éperons naturels que ruines de remparts cyclopéens et titanesques, jaillis de la pente de la montagne. L’auteur s’arracha avec difficulté à cette hallucination et ayant atteint le plateau, il hésita un instant avant de s’engouffrer dans l’obscurité inquiétante des bois jouxtant les ruines du château.

Après quelques heures de marches effrénées, il arriva au sommet où le grand donjon abandonné se dressait de toute sa hauteur, redoutable, imprenable de tous les côtés. Un coup d’œil jeté sur sa montre lui révéla que minuit approchait. L’auteur luttait contre la somnolence, mais le sommeil le gagna pourtant ; le donjon parut se balancer, danser, se déformer étrangement sous son regard, puis il s’endormit.

Il rouvrit les yeux et tenta de se relever, mais y renonça aussitôt, car une poigne glaciale paraissait s’être posée sur lui et l’avoir réduit à l’impuissance. Une grande frayeur s’empara de lui. La cour du donjon n’était plus déserte. Une foule silencieuse, étrange, s’y pressait et formait un vaste cercle autour de lui et attaquait une sorte de mélopée -gloire et longue vie au Saint Con de l’année ; tous les regards étaient tournés vers l’auteur, qu’ils paraissaient invoquer.

Au centre de la cour du donjon, une sorte de brasier brûlait et il s’en élevait les tourbillons d’une abominable et nauséabonde fumée jaune. Il était nu, allongé et attaché fermement à côté du brasier.

De l’autre côté du feu, se détachant nettement de la foule par ses somptueux habits, le Châtelain ordonna, aux rythmes des tambours, la mise à mort tant attendue de l’auteur qui avait osé participer et souiller ainsi le rituel de la Saint-Con. Les fidèles, hurlant, écumant, se précipitèrent sur le corps du jeune auteur innocent, et l’attaquèrent avec les ongles et avec les dents, en une passion aveugle de bestialité, avant de lui fracasser le crâne contre une pierre et de laisser une tache horrible sur la sombre surface.

Ainsi la forme rouge et déchiquetée du corps du pseudo écrivain fut jetée dans le brasier ; sous une pluie cramoisie de flammes et de fumées, le Con brûlait tandis que les brutes en folie hurlaient sans fin le Nom du Con de l’année prochaine…

Le Projet Blaireaux ou Préparatifs avant la Saint-Con (1 et 2/4)

Ils étaient les intrus qu’on veut oublier. Voilà pourquoi La Saint-Con, cette année-là, fut en quelque sorte escamotée. Selon Charles Manson, à qui Taylor reconnaissait un langage de plus en plus ironique, c’était tous les jours, La Saint-Con. Mais cette fois, une fois pour toute, ils allaient sonner le glas de cette fête pitoyable.

Ils avaient roulé toute la nuit dans une Renault Scenic de troisième zone, avec des poules qui n’arrêtaient pas de glousser à chaque blague vaseuse de Manson. On entendait aussi, provenant du coffre, un son étouffé : tantôt un couinement ou gémissement, tantôt une plainte aiguë, une complainte revigorante pour leurs deux cœurs transis : Charles Manson et Taylor avaient capturé le roi et la reine de la Saint-Con et ils comptaient les ramener chez nous, en piteux état, dans notre bourgade où se déroulait annuellement la célèbre Saint-Con.

Au petit matin, alors que Charles Manson gara la Scenic sur le parking de la place du village, Taylor commença à exulter à l’idée de se voir enfin en haut du podium, la Golden Cup à la main et le sourire vainqueur.

Pétrifiée par son maquillage extravagant, l’une des poules atténua son ardeur en esquissant une moue qui en disait long. Selon le rapport de son dernier psychiatre, Taylor était aussi mégalomane que le sieur Ramsès II, ses idées les plus loufoques jaillissaient directement de sa sentinelle cérébrale ; raison pour laquelle il affectionnait Age of Mythology, ce jeu lui donnant l’illusion qu’il possédait un génie stratégique selon ses propres mots.

Quant à Charles Manson, frustré d’un lointain amour filial, ses projets d’éducation se résumaient à la vivisection de petites têtes blondes ou brunes ; à cette heure d’ailleurs, trempant à moitié dans l’eau ensanglanté, ses grumeaux se mélangeaient aux lubrifications vaginales d’une merdeuse qu’il avait affligé, formant des décalcomanies étonnantes sur les parois de sa baignoire. À sa mémoire, Manson baptisa sa nouvelle œuvre d’art du nom d’une actrice hindoue de Bollywood dont le maquillage indien, en particulier ce bindi (ou troisième œil de Shiva), seyait si bien avec ses tenues affriolantes.

Il aimait débattre de longues heures sur ce sujet à vif lors de ces repas de famille, toujours bien arrosés de ce bon sens œnologique (ce bon sens œnologique qui avait parcouru les époques et les strates des divers sociétés, de la petite paysannerie du Moyen-Âge jusqu’à la Grande Noblesse de nos jours). C’était un véritable supplice, ces repas de famille, longs comme un interminable déballage intestinal, pour Kurt Cobain son ado de fils qui utilisait les substances et traitements adaptés pour s’endormir avant le dessert et ainsi rater le fameux « nivellement par le bas » thème propre à sa classe sociale.

« Pingouins dans les champs, hiver méchant » avait prédit Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village ; celui-ci vivait dans une semi-huttes de palmes, dans une marmaille accidentelle de pieds, pénis et nombrils, morves et rires, et cherchait maladroitement à se faire aimer de ses semblables en lançant ses prédictions à la cantonade tous les matins de bonne heure sur la Place du Village. Ce fut ainsi qu’il croisa la route de Taylor et Manson en train de décharger du coffre de la bagnole le roi et la reine de la Saint-Con. A force de gueuler dans tous les azimuts, cette espèce d’illuminé allait les repérer, ils seraient alors pris en flagrant délit d’enlèvement ; Manson eut un haut-le-corps, des secousses de répulsion, face à cet individu incontrôlable puis il se ravisa, il fallait garder la tête froide : il prit le manche de pioche qui traînait à l’arrière de la bagnole et commença à avancer en direction de Tréfonds qui ne le voyait pas arriver, perdu à travers les ténébreuses absences du flux et du reflux de son harangue onirique (probablement à cause de cette ingestion d’étranges pilules quelques heures plus tôt.)

A suivre !

Kerouac

Cela fait trois ans que j’ai largué les amarres, je suis un enfant perdu sans port d’attache ; par moment furieusement vivant, d’autre fois un corps mouvant abrutis, je passe de longues insomnies à chercher un phare, à l’instar de ces matelots à la dérive.

Sincèrement je préfère la littérature à ce salaire de dix sous que j’ai quitté dans la lumière joyeuse. Mais la liberté a un prix, elle s’achète pour une poignée de main mais c’est la folie ou la mort que vous tenez. Un jour de fête macabre en quelque sorte.

Aujourd’hui je suis toujours sur les routes, dans le crâne la solitude, les mouettes, du verre brisé et dans le sac carnets et stylo pour tenter d’attraper l’impératif poétique : à nouveau dans cette ville mystérieuse, j’arpente les bars déserts ; pourtant je ne te cherche plus.

Il ne reste que le sectionnement de la prose. Les mots comme un cercueil avant l’heure. Pour combler la parole burlesque qui afflige les bavards et se nourrir du burlesque silence qui abolit les muets.

Bien sûr la tentative est vaine mais lorsqu’il s’agit de la nécessité, le poète doit sortir de son sommeil léthargique mais suis-je vraiment parti pour ça ?

Pour toi peut-être, mon héroïne qui donne du sens à ma vie, que je ne connaîtrais jamais sans doute. Pourtant il y avait une certaine familiarité entre nous ; nous étions les seuls procréateurs de cette bête immonde qui venait de naître.

L’animal, à cette heure, mendie son vin sur les chaussées parisiennes, autant dire qu’il ne vaut pas mieux qu’un pigeon mort sur le trottoir. Comme son père, il a la rage de tous ces chiens abandonnés, comme sa mère il ne croit plus au sauvetage, vomissant la fin des illusions, des féeries et de toutes ces conneries censées apaiser la douleur de ce monde.

Ce matin je décide de partir, d’aller au moins jusqu’à l’embouchure de ce fleuve interminable, au pays des sexagénaires qui parlent une langue inconnue. Je marche longtemps, jusqu’à l’épuisement, ragaillardi par la victoire de ces serpents à face humaine. Arrivé sur les lieux, je commencerais par l’écriture d’une nouvelle pensée ; celle-ci, au cœur du nid, cherchera une langue furieuse, plongée dans le vitriol des mots hypertrophiés.

Un raisonnement d’écrivain par moment furieusement vivant, d’autres fois un corps mouvants abrutis, passant les insomnies comme une pénitence.

Un poker branlant pour seul sauvetage ; à trois heures du matin encore accoudé au comptoir sans as dans la poche, sans le sou, je plonge dans le graillon de toutes ces errances urbaines.

Goutte après goutte, pour combler la parole burlesque qui afflige les bavards et boire jusqu’à la lie ce burlesque silence qui abolit les muets.

Sincèrement je préfère cette vie de misère à ce salaire de dix sous qu’on me promettait comme un rêve, cette routine que les gens ordinaires acceptent bon gré mal gré.

Mais il arrive qu’en chemin, on ne voit plus les étoiles, on rêve toujours de luttes ouvrières et étudiantes qui paralyseraient le pays, mais on n’arrive plus à se libérer des clichés ; on rentre alors au bercail, c’est la noce des pantins de bois, l’abrutissement au nom de la soumission réglementaire.

L’écriture comme l’élégance reste peu lisible au cœur, repliée, entaillée par le vide, souillée jusqu’à l’os, elle couve pourtant de sombres révoltes, des idées naissantes à l’orée de l’insoumission.

Munchkin maldonne !

Il y avait une présence éthérée mystérieuse, avec une lumière au front pour éclairer sa pensée latérale. Et, comme enlacé à cette peau de crocodile que j’avais revêtu du haut des immeubles, il y avait cet orang-outang étonnant qui gangrenait les duels des génisses de son manoir.

Mais il y avait maldonne : maldonne d’abord pour ces quatre tours crénelées, où j’avais semé des larves de reptile en mutation, qui s’effondrèrent sous nos yeux ; maldonne aussi pour cette fièvre carabinée qui perpétuait les opérations impaires du dé, de ce jeu aléatoire. Un jeu aléatoire, qui prit feu sous l’effet mathématique de ces cent soixante huit cartes en robe d’araignée hypertrophiée ; maldonne encore pour les courbes des gerbes de fleurs qui relevaient de la sorcellerie.

S’étirant en règles formalisées et réinventées jadis sous la cloche de l’église, nos feuillets, qui finirent en papier toilette, racontaient la prise d’assaut de la fortification aux rires jaunes. Fécondant les cris acérés de nos playlists Grunge, il y avait maldonne enfin pour le dictionnaire électronique qui recueillait les contrastes du jeu de cartes Munchkin, comme un souffle haletant de voleur en cavale.

Au commencement, il y avait cette champignonnière de morpions en liesse. Des morpions qui revenaient de leurs longs chevauchements, en attisant le poêle. Leurs bécanes qui s’éteignaient par trop de distances entre leurs déserts intergalactiques, suintaient la noirceur des Aventures de Lucky Pierre.

Pour les mêler aux nouvelles règles du jeu Munchkin 2.0, des speakerines, sur les écrans de télévision et de cinéma, ranimaient dans la nuit indécise, empêtrée les spectres bouffis de petits bonhommes… Peut-être à cause de cette malédiction hasardeuse, ces drôles de petits bonhommes sécrétaient des fourmillements sous les tonneaux de la cave, à minuit, alors que la ferveur noire du Munchkin esquissait une idée de leur forme.

C’était la veille du jour du D-Day quand les mercenaires morpions tourmentèrent le processeur du disque dur qui talonnait leurs armées liquoreuses, assiégées.

Alors, la nuit étant tombée depuis des lustres sur les sommets silencieux des icebergs, en mandarin, j’entendis le cormoran des limbes appeler mon nom. Ainsi la douce fragrance du Munchkin  avait macéré dans une matrice de glaciers ; même les cartes du jeu avaient été repeintes au rouge sang et zébrées d’esthétiques SMS. Des SMS qui avaient été brouillé par leurs listes de personnage haut en couleur, leurs mouvances cubaines, ensongées, mises au pillage.

Dans les parties les plus sombres du manoir, la contagion d’une kyrielle d’étages silencieux transmettait des mondanités autour de leurs colonnes corinthiennes, irréelles…

En secouant la flamme blanche des bougies sur le papier en sanskrit délavé, ces parties de jeu nocturne martelaient leurs droits d’aînesse et sauvaient nos corps et nos âmes d’une contamination indicible. En rejoignant aussitôt l’amère altitude enfermée dans leur seau d’eau ossifiée, les explosifs morpions se réincarnaient en vagues relents d’hôpital et intellectualisaient la cuvette panoramique d’un glory-hole.

Des étranglements de craie et de fusain

Chaque jour, dans un grand cahier, le sac des narcotiques sanguins et des établissements espacés et surchauffés d’excitation, de ferveur sanglante comme des possédés silencieux ; des extraterrestres aux instincts meurtriers et des alsaciennes pour interroger les auspices : le sac des ondoiements écervelés, tombant encore davantage au fond des tasses de thé aromatisé au carbone.

Et, sans concurrence, des étranglements de craie et de fusain séchant au soleil demeuré ; des kilomètres défoncés à la colle et à la muselière qui viendront verdir Maître Yoda et sa clique de baba cool herculéen.

Et dans leurs moteurs : un carburant comme du rhum encéphalographique, éprouvé dans sa dialectique décomposition qui alarme la télévision ; des supplications décomposées et leurs formalités spirituelles, leurs lignes de code générées automatiquement lors d’une descente en ski alpin.

En l’ajoutant à l’amalgame de leurs conceptions assistées par ordinateur, l’enthousiasme de cette descente en ski longuement étudiée et le calvaire des lépreux qui, de façon cartésienne, se servent de la documentation de l’homme à l’oreille coupée.

Cet homme à l’oreille coupée, hagard, nous jette encore des sentiments dénaturés dans le combiné cramoisi de son téléphone. Et d’infidèles sentiments dénaturés pour réaliser un travail d’orfèvre embryonnaire, avant de faire valdinguer le jaune crépusculaire du soleil vert au-dessus des montagnes afghanes, et après s’être débarrassé de son blanc polaire, associé à l’engrenage de ces machines.

En catimini, en entraînant sur leur passage une débandade de flonflons corrompus, les machines et leurs narcotiques s’essoufflent et font dégouliner du cognac du haut des branches de l’arbre cure-dent !

Chapardant du grand vent, il y a aussi l’éthique de cette nouvelle catapulte romaine qui, comme une appendicite de tapisserie, engendre la panique parmi les machines, absorbant leur sabre de samouraï et même leurs lacunes et cellules grises…

Au fusain, apparaît bientôt les photos et leurs monceaux de bambou dégradé et flou.

Nos regards se perdent dans un quintal de vallées encaissées et libidineuses.

Au milieu des champs de coquelicots, eux-aussi brossés selon le sens des lieux cardinaux, comme arrachés lors de notre périple, nous ne gardons que les tripes : des mots simples qui mènent aux canopée universelles et à leur dépouille !

Gardées jalousement comme la chasteté des mers souterraines, d’interminables et forcenées équipées de nudistes.

Elles clignent de l’oeil à notre passage et, comme fascinée par leur déhanchement, leur stature languissante, divine mais exténuée, reste dans le réfrigérateur.

Enfin, insensible au roman, toujours en chantier, toujours à taper sur la machine, les nouveaux testaments et leurs psaumes qui surveillent les impitoyables cauchemars !

Une soupe noire à la Gainsbourg !

Pour décharger les pièces manquantes, les câbles rompus et pour décoder aussi le monde dans lequel il se trouve : des programmes informatiques qui énumèrent tous ses appels téléphoniques en les vérifiant par delà les chemins et les rivières encaissés.

Pour déchirer tous ces changements qui se produisent dans sa vie, un goût de fils électriques, partiellement organiques, qui lui confère une intelligence analogue à l’intelligence humaine et qui cherche à jaillir directement des limbes où il a été fabriqué ; d’inévitables répressions pour rafistoler son coeur brisé, cassé, toujours corrompu mais épuré cette fois et affranchi !

Afin de parvenir au point de non-perception et pour meubler le vide immense, des hauts-fonds caillouteux et de dionysiaques silhouettes qui meurent dans les flammes d’un feu ; les répliques d’un vieux film d’aventures maritimes et une sensation de brûlure acide et creuse mais comique.

En se compromettant jusqu’à très tard avec un clair de lune taoïste, des clowns épicuriens, comme des divinités, propres comme des sous neufs mais sans un brin de jugeote, qui embrasent ce clair de lune taoïste et des massacres à la tronçonneuse !

Et pour tenir la distance, ce clair de lune, aussi taoïste que médiéval, dès qu’il touche le sol, enchaîne, entre les pages d’une bible pour églises fantastiques, des fins de siècle somptueuses… son territoire délimité par la nuit.

Pour achever le niveau Z, toujours au sous-sol, des exercices de pédagogie qui rêvent d’illuminer ces percées informatiques, sublimées de génération en génération, et des moteurs qui augmentent leur puissance en secouant leurs crinières incendiaires.

Pour anticiper la mort des combattants, il y a aussi, sur les épaules des femmes fumantes comme des gouttes d’eau, larmoyantes comme des veillées noires, un revers corrigeant les secousses d’une caméra d’amateurs et des filles de bains qui bavardent ; une brune en jupe mandarine qui envoie son courrier et les pauvres baraques qui explosent sous le choc, anticipant d’autres échecs, d’anciennes détresses, sans un seul battement de cœur.

Sous les gravats, il y a du pétrole et deux pendus pantelants ; de pharaoniques immeubles en ruine qui épousent la courbe de l’horizon et un univers sale qui cherche toujours de nouvelles connaissances ; dans un lieu désert, nos lunettes orangées d’aviateurs, réfléchissant les romanesques cathédrales voûtées, laiteuses et sanguines et des liftières qui fouettent le dos des monstres de la pluie !

Par solidarité avec le 13 novembre sinistre, on voit aussi de picaresques décors de théâtre et nos brelans d’as ; il y a aussi, des poux qui hibernent et leurs failles secouées par les cimes stimulantes : leurs failles mnémotechniques qui ne peuvent échapper aux changements de trajectoire et aux attaques des chevaliers mérovingiens… et leurs sourires inexpressifs tombent en poussière !

Pour échouer au fond de la voie lactée, des prétextes qui guérissent, prenant les mots de passe sur place, et des intempéries qui se préparent avec les mercenaires. Ces mercenaires tâtonnant dans le noir pour chercher le saint sépulcre et des cendres qui rejaillissent conviant le feu à tout reprendre pour entrer dans les grandes familles des fictions bâclées sur le papier.

Des châteaux hantés où le vent, au prétérit, a chassé la neige pour chercher la bonne humeur des geôliers et une larme d’un bleu translucide qui réfléchit la lumière, les radiations, le son et qui aime se focaliser sur les pratiques obscurantistes des cours d’assises !

Pour aller d’un point A à un point Z, dans le sanctuaire où l’on s’est réuni pour prier, une équipe de tournage qui retourne sur les lieux du crime et nos pensées répétitives qui commencent à affoler la panse des consommateurs ; la science des pierres précieuses qui réplique et leur incontrôlable utopie à réaliser une odyssée.

La neige qui tombe et les similaires extrémités d’un crabe qui avance l’heure du sommeil par une étroite ouverture vandalisée !

L’intervention du rêve, infaillible, sans obstacle, avec, dans le voisinage, des animaux nocturnes pour venir à bout d’une communauté Alien.

Pour désamorcer cette situation et pour serpenter dans les sentiers, il y a, dans ce monde onirique, parmi les slogans scandés par les manifestants, une femme agenouillée : une énième tentative perdue mais une situation stratégique pour le mystère de la vie !

Les protestations de la rue disposent en cellule souche leurs créations folkloriques.

Enfin, pour connaître l’intrigue de cette histoire, malgré la chute du plâtre de notre plafond, et un marasme qu’on ne peut mettre à bout sans pacifier la zone, le rituel des frères Karamazov, des déchirements de tambour et la voie du tao qui finit par s’évanouir dans le black-out d’une soupe noire à la Gainsbourg !

Elephant Man Syndrome

Avant-propos.

Quelque chose se contracte au fond de son terrier.

Nous avons tellement étudié la genèse des textes de Razko Kaphrium ces derniers temps ! Nous avons passé tant de nuits blanches à raturer d’annotations ces manuscrits !

Aujourd’hui, le projet Kaphrium peut enfin voir le jour.

Nous sommes vivant, je crois qu’à partir de là, cela nous dispense de juger.

La dissidence est pour d’autres, pas pour nous, elle est réservée à une petite caste qui vit dans l’irréalité.

La lumière du jour, lorsque nous sortons enfin du souterrain, nous apparaît jaune citron.

Les carnets de Razko Kaphrium racontent que le monde du dessus est bientôt prêt à nous appartenir, tant il sent la désolation et la mort.

Première partie. La Matrice de L’Elephant Man

C’était le premier à naître hors de la fosse noire – les apprentis de la Fabrique, en assemblant le contenu des divers presse-papiers sur l’écran de leurs ordinateurs, l’avaient engendré sous les néons aux mémoires photovoltaïques. Quelle prouesse technologique !

Jeté au fond de la fosse noire et affleurant presque de l’obscurité par sa hauteur, l’Elephant Man des égouts amorçait selon ces artisans de la fiction un nouveau genre littéraire, inspiré des années X où il avait vécu sa longue gestation avant de voir le jour.

Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération : confortablement assis dans un bon fauteuil anglais tandis que les hommes-taupes de la Fabrique essayaient, d’après les indications de ses carnets de moleskine, d’inventer ce qui était jugé irréalisable, Kaphrium attendait patiemment. Son imagination, un peu comme à l’intérieur d’un œuf, avait généré l’exponentielle croissance de cet étrange Elephant Man.

Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité les balbutiements du Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les Apprentis chercheurs allaient trouver enfin ce qu’ils cherchaient depuis des lustres.

Deuxième partie.

Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?

J’avalais mon café et je me souvenais de cet homme sanglé et allongé sur un lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eus avec le Razko Kaphrium des années X.

Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.

Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains. Il avait gangrené tous les domaines, toutes les sociétés, toutes les civilisations et pourtant la période actuelle ne lui laissait aucune chance pour réaliser son odieux projet.

Troisième partie

Je l’avais un jour croisé dans le couloir d’un hôtel, cet Elephant Man ; il rampait comme un reptile au fond d’un plateau de moules-frites pas vraiment fraîches, mais plus rien n’avait d’importance.

Il avait prospéré sur un monde en ruines. A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, il comparait l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette étrange perception, on pouvait le qualifier de poète impressionniste. Mais la poésie, pour lui, s’arrêtait là : il n’avait aucune honte et aucun mal à être grossier, à se montrer rustre et dégoûtant en toute occasion.

De retour dans ma chambre d’hôtel, le silence s’était installé insidieusement alors que j’étais penché encore sur les manuscrits de Kaphrium. Il avait bien essayé de trouver pour ce révolutionnaire, pour cet homme-taupe une motivation personnelle de se battre contre le système qui l’avait exilé au fond des égouts. Mais il n’avait pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à sa progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique littérale de ce qu’il prétendait être, ce pseudo poète. Littéralement, il n’avait pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, il avait muté en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’il surgisse à tout moment hors d’une plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

Quatrième partie.

Il n’y avait aucune solution contre les pensées morbides.

J’étais resté de longues heures les yeux braqués sur un écran où défilaient à la fois des photos en noir et blanc sur le côté gauche et, sur le côté droit, tous ces mots copiés instantanément dès qu’ils correspondaient aux champs lexicaux établis à l’avance pour produire un gonzo littéraire. Quelque chose commençait cependant à émerger du souterrain.

Il fut exactement dix-sept heures lorsqu’un stagiaire m’apporta un café ; un peu plus bas encore on entendait les bourdonnements de la Cora-Hummer 7 qui continuait à fonctionner. L’activité de cette machine qui reliait les différents cut-up pour une meilleure cohésion textuelle, n’avait jamais été stoppée, même aux années les plus sombres où la méthode du cut-up de William Burroughs semblait dénuée de tous horizons.

Mais la conscience dévastée avait repris ses droits.

Panorama cahotant

Le Tibet et le taoïsme ainsi que la vallée de la mort pour virer à l’aigre !
La toute-puissance du patriarche et un torrent sur le qui-vive ; des torches qui brûlent à chaque rentrée d’argent et une tringle qui tombe.
Un scarabée sur son épaule, un tramway qui entre dans le tunnel et des gazons verdoyants ; un panoramique cahotant avec caméra à l’épaule, des taillis boisés, des fleurs sauvages, et le ciel d’un bleu spectaculaire. En détresse, la tornade et des détritus et des pauvresses sans tonus ; un chemin pierreux quand le tonnerre s’en va vandaliser la vieille abbatiale d’art roman !

Un vin de xérès qui a une amorce tropicale et une marquise qui prend ses trompes utérines pour le nouveau eldorado ; un trois-mâts qui vogue au large de l’île transibérienne, un labyrinthe que l’on transpose sur une feuille du baccalauréat et un massacre comme un coup de Trafalgar !

Un système de fils électriques et organiques reliant Angela à ce monde en silicone noire, aux naïades fantasmagoriques utilisées comme carburants. Une muselière et des toxiques en pagaille ; des tournesols et un présage !

Un brin trop affective, cette Angela qui apparait d’un côté du cadre vacillant, disparait de l’autre. Des toasts dans le solarium et des gargouilles comme trophée ; des tropiques qui grouillent et d’impeccables triangles qui se juxtaposent en transformant les espèces trébuchantes en mosaïque romaine ! Des tortures et des projets ; des tombes comme des danseuses qui toisent les échappées.

Le scarabée sur son épaule s’estompe lui-aussi dans le flou et laisse place à ce système de fils électriques et organiques qui la fait pisser jaune ; des moudjahids dans la tranchée qui parlementent avec les manchots et une tradition qui perdure dans l’oreillette des animateurs télé et, en s’approchant toujours plus près des immensités galactiques, Angela, son ombre prostrée, presque ossifiée par tous ces embrasements de diable lampiste, replonge au fond de ma tasse de café ébréchée et offre sa tâche : elle incorpore les superstions que ce système de fils électriques a fait naître, elle incorpore les superstions inhalées, les contradictions de  cette force occulte, elle les incorpore à son intestin grêle en emportant la seule clé de ce poème si énigmatique ! Et notre Buick démarre alors au quart de tour !

Une toile et un toboggan qui s’envolent au pays des titans ; un envoûtement et de facétieux tirs à l’arc qui changent le graphisme de ton iPhone !

Les êtres en question !

Partant d’une excitation de nerfs téléphoniques, des pensées qui célèbrent les pluies diluviennes. Les feuilles mortes du chêne qui commencent à pourrir.

En avançant, en bringuebalant des notions mathématiques dans tous les azimuts, le téléphone qui fait fermenter les anciennes conversations ; des membranes muqueuses s’épuisent à récompenser le donneur.

Une terrible confusion douloureuse et lascive, familièrement colportée par la sève de l’arbre. Et puis, des perches, un tableau noir et des testicules qui palpitent. Un rayon de lumière écaillé qui se métamorphose en panneau publicitaire. Des nuits blanches qui luttent avec le vide et un clin d’oeil ; ici aussi, des dents blanches qui étincellent, et là, des paillettes mélangées avec les autres probabilités.

La rigueur hivernale et le côté gauche de l’écran qui organise des émeutes ; un drôle de goût organique, des petits pieds qui glissent et un galimatias aigu de salutations inversées. Des effluves indécises, des orgasmes, une bouteille de vin vide et les allées latérales du jardin.

En adaptant à leurs usages l’étrange syndrome, les Êtres en question. Ici, un moment explosif, et là, les gênes de cet essaim. Leur espace : le centre alternatif d’un cercle traversant des ruines ou des systèmes graphiques japonais. Un dégel, des miroirs au-dessus du lavabo et des entrailles pour bouillonner dans les limbes de l’oubli. Une anticipation.

Des nymphes qui s’agglutinent et leurs proies et leurs victimes. Face à la froide lumière, des fesses lisses et blanches et, enfin, des comètes fatiguées sur un matelas taché et défoncé.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Chapitre 3

Message complémentaire : Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Troisième chapitre !

Voici la suite de la nouvelle publiée sur

https://notesmatcom.wordpress.com

(Entre temps 1.0 Brusquement 2.1 Et Ensuite 0.0)

Le narrateur, dans cette deuxième partie du récit, évoque le second défi imaginé par les hommes-taupes ayant muté en hommes-rats à la suite des années X.

Le second défi consiste à retrouver Kaphrium qui est dans une maison de retraite. Une étrange station de métro qui débouche directement sur la chambre médicalisée de Kaphrium (le fondateur du mouvement des hommes-rats)

L’un des deux frères est un ivrogne notoire, l’autre envisage une histoire d’amour avec une pauvre dévotchka qui se trouve à une autre station de métro.

Les deux frangins qui cherchent à pirater informatiquement, par l’intermédiaire de Kaphrium, la civilisation humaine, vont-ils parvenir à leurs fins ?

Quatrième chapitre à suivre prochainement !

 

1.

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Sahara Occidental

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, j’écris et la pluie ne tombe pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne. J’arpente de haut en bas les icebergs et les banquises en fumant religieusement mes Craven A sans me soucier des lettres des anciens d’Algérie qui empiètent sur le bureau.

Je regarde des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier.

La famille est au complet dans ce bureau où je me suis isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec des années lumières pour le rejoindre dans sa thébaïde ténébreuse !

Je marche sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prends pour des serpents. Rêveusement, j’affiche toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine des pythons noirs déborde en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.

J’écris pour lazone.org avec l’idée de déverser des flots de pétales sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi.

Et de la divinité, il y en a dans ce bureau transformé en drakkars viking.

C’est la mécanique des cyborgs organiques qui m’a poussé là, à écrire pour Oscar Wilde et son odieux portrait. En déversant des wagons-citernes sur un incendie annoncé, j’anticipe la Théologie du Feu et la porte du crime à l’air libre donne sur la ville entière.

De mon côté je me suis réfugié dans un village rupestre avec des vaches qui s’injectent un méchant venin : l’ennui. À l’instar de Charles Baudelaire ; les yeux chargés de larmes ou de lames de couteaux et de sabres.

Pour ouvrir les enveloppes je sabre aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploite au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle.

À l’entrée du mausolée – je veux dire ce bureau qui donne sur le jardin directement – des prophètes me surveillent d’un œil. Je suis ces conquistadors d’un genre nouveau dans leur drôle de périple.

Aujourd’hui il y a cette absence de tube de colle et de ciseaux pour faire un collage digne de Burroughs alors j’écris automatiquement. Les idées me venant d’un seul élan.

En haut des escaliers de la maison, il y a cette matrone qui vient me déranger sans cesse. Pour me demander de remplir la cuve à mazout par exemple.

Ce soir je prendrais des médicaments pour dormir en attendant la visitation de la Vierge qui ne passe pas, qui rêvasse dans son coin, qui a perdu son domicile céleste…

Enfin bref, qui n’est plus en échec à présent !

La maturation de mes idées se fait comme la maturation des larves d’une mouche. Des larves qui vocalisent toutes les voix du vent dans ce cocon que je me suis créé.

Comme autant de crachats sinistres, il y a mes pages d’écriture qui vont brûler pour le bûcher de la Théologie du Feu.

Si vous lisez actuellement des romans d’aventure, il se peut très bien qu’ils se changent en traités de médecine. Ces traités revenant tranquillement dans les tiroirs du bureau sans jamais me compromettre.

J’écris pour les hackers, les dissidents, les fins de zones, les débuts de banlieue rose et mauve, pour les écoliers qui en ont marre de l’école. Mais sans jamais les inciter à faire l’école buissonnière.

Mon public est jeune et laisse des commentaires que je ne comprends pas sous mes textes. Mon livre de chevet, c’est un bouquin tombé en désuétude : Les aventures de Lucky Pierre de Robert Coover. Si jamais vous tombez dessus, vous aurez du cut-up à fournir en jouant votre va-tout avec les différents chapitres coupés en morceaux dans vos tiroirs qui végètent : du soleil vert par poignée et du spleen par brouettés.

L’écriture du roi des vikings reste indépassable et je le prends pour un maître d’échec qui sait bâtir des fondations solides dans ses phrases.

Et les phrases ont besoin de démêlant aujourd’hui tant le jour est triste.

Théologie du feu !

Pour commencer, à côté de la villa au bord de la mer, les rouleaux des vagues comme ultime poésie. Plus loin, dans la ville, les utilisateurs d’une étrange station de métro et le décompte de Noël qui bouillonne ; de bonnes résolutions à venir qui se dégonflent et, sur le zinc d’un vieux bistrot, des vacanciers qui rejettent de l’urine sur les murs !

Une pression bien fraîche qui ne vaut rien et les arômes du café qui engagent une conversation avec Dieu, de la lumière divine découpée dans les vitraux de l’église ; une couverture qui enveloppe Johnny Colère et la nouvelle éthique de ces vers de mirliton qui s’embourbe pendant un instant dans leurs quartiers de lumière soyeuse, incapable de respirer. Une mobylette qui descend la pente et cette nuit enneigée qui requinque.

Face à ces mercenaires sanguinaires bien planqués quelque part dans le cosmos, et, dès son signal, des dessins qui reprennent à la hâte le plain-chant de l’univers et les nerfs de cette théologie du feu ; la tangible ivresse s’élançant depuis la plate-forme de la station d’Oji Kick qui rappelle à l’ordre, comme pétrifiée à l’idée de connaître sa réputation malfamée.

Plus loin, en quittant les quais de cette station de métro pour remonter à la surface, des cosmonautes perdus qui voyagent à la vitesse de la lumière et une sortie dans l’obscurité qui rayonne parmi les rouleaux des vagues.

Un petit conte de Noël qui annonce les engrenages à venir de la nouvelle année et un chaton qui dort près du feu de la cheminée ; un millésime qui se dévoue à glisser au fond du gouffre et des hominidés qui deviennent des impérialistes. Une imagination raccommodant le vide envahissant et des embryons d’histoire. Des embryons d’histoire qui grandissent et le positivisme des bières entre amis qui hibernent !

Des hésitations qui inventent un nouveau monde, un site virtuel qui démarre comme un feu de paille et des textes qui décrivent les démarches d’une corporation. Une inspiration dénudée et de petits commentaires très artificiels qui dégoûtent ; des ténèbres qui bavardent et qui s’amusent comme de petits fous mongoliens.

Des indigènes qui se bagarrent et un jeu débile qui accomplit sa révolution ; le potentiel d’un auteur qui abandonne l’élu et la matrice qui craint les bugs informatiques et les anomalies. Une matrice qui corrige ses crashs et qui demeure vierge ; des textes qui dénoncent les erreurs de la matrice et qui éclairent les auteurs référencés. Des pirates informatiques qui dépouillent les gens de lettres et une toile virtuelle déstructurée qui s’emploie à éliminer les intrus.

Enfin, une cité médiévale épargnée par la guerre !

L’île d’Ouessant

Sur l’île d’Ouessant, un jour  je voudrais être, pour créer un environnement propice à l’écriture. La poésie pour entendre le vent gémir. 

L’inspiration tout en buvant un bon café le matin et fumer sa première cigarette alors que le vent ne fait que souffler… Une force ésotérique soulève les vagues, et, dans la bibliothèque, un rayon infrarouge passe en sifflant.

Voir l’océan Atlantique à travers sa fenêtre et, la nuit, le subconscient qui travaille. La journée, dans une chambre bien propre, écrire de la poésie surréaliste. Et puis s’accorder des promenades sur l’île d’Ouessant entre les séances d’écriture, en emportant une orange dans son sac à dos pour pique-niquer parmi les rochers et l’herbe folle.

Faire marcher le poêle ou la cheminée pendant l’hiver, détecter une présence dans la bibliothèque alors qu’il n’y a personne. Après un bain japonais, me reposer dans mon lit en listant toutes les provisions sur un carnet. Pour tenir un bout de temps sur l’île d’Ouessant. Attendre le lendemain matin pour voir la rosée se déposer sur chaque feuille. Un extérieur aussi à cultiver et découvrir les spécificités de l’île.

Et puis, comme un cadeau de la vie, toi qui viendrais me retrouver un hiver rugueux. Nous serions heureux de nous retrouver enfin et on fêterait ça, dans le salon, avec un bon thé en vrac ou un bon café. Tout dépend de l’heure de nos retrouvailles et puis mille autres secrets que je partagerais avec toi à Ouessant !

La gamme anglo-saxonne

Tout d’abord, les cinq consonnes et les deux voyelles de la gamme anglo-saxonne pour anticiper une timeline défilante, une timeline cachée parmi les fêlures du béton et une enveloppe pleine de photos. Ensuite, à l’extrémité du câble nord, diffuse et disjointe, étendue au sol, la photosynthèse des électrons qui reçoivent une décharge électrique.

Puis, des moignons et des onomatopées inondées, baba nu et en l’air, sans jamais imaginer les ténèbres, les émissions huileuses.

Enfin, parmi les jaillissements classés selon leurs impuretés, sa petite culotte en coton pour désigner un référent.

Ça commençait comme ça : une équation à double inconnue vandalisait la voix lactée en allumant le ventilateur de notre chambre torride, insérant son déclic et son impact émotionnel radical, chauffé par ces images floues. Un impact émotionnel radical qui correspondait chronologiquement aux liasses de billets froissés se hâtant bêtement d’atterrir dans sa poche.

Un atterrissage pour enrichir son imagination, un dimanche de Pâques, bercé dans l’air, parmi des odeurs sèches et nostalgiques de starlette assemblant par liste impaire leurs disciples, portant l’uniforme des collégiennes.

Et alors, en trémoussant ses fesses sur une chanson de Bashung, l’univers était né : la colère en première ligne pour la succession de cet embryon et la guérison ultime de son karma comme dernier script avant d’esquiver le professeur de musique que j’avais autrefois incarné dans une filmographie pornographique.

Une montagne d’or avait été déposé à ses pieds par un océan d’inconnus, conformément à ses indications ; indications qui affectaient sa stricte éducation d’antan en tirant un trait définitif sur ses serviteurs la secondant jadis !

Entre temps, brusquement et ensuite…

1.

Ils étaient sous la terre, avec un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Des larves jaunâtres d’orang-outan !

En se risquant du côté des montages en boucle superposés pour imiter le vacarme du cosmos, en traînant aussi sur le comptoir en ivoire comme la photosynthèse d’un jaune d’or très pâle fouillant une anémone de mer, je sirotais mon thé au jasmin qui s’infusait, qui pénètrait les narines, qui ressemblait à la peine ou à une phobie quelconque.

Je sirotais aussi mon café du Kenya qui me laissait perplexe, qui débordait, ou qui engageait une conversation avec Dieu.

La caméra continuait à filmer, sauvegardant les oracles de Béryl, sur un terrain balayé par la pluie ; et toujours cette anémone de mer qui, à la manière d’une araignée, sacrifiait sa toile au plafond pour se perdre, enchevêtrée dans toutes ces voies lactées !

Pour faire monter l’arôme de ces gouttes de pluie sans tain, Béryl se frayait un chemin parmi les vieilles lanternes au rythme syncopé qui rougissaient comme elle, réchauffant le soir nos larves jaunâtres d’orang-outan !

Le carnet de moleskine

Dans le carnet de moleskine, à la page cent, il écrit la poésie d’une poche d’un kangourou, la noirceur d’un vent glacial qui se cramponne éperdument aux épis de blés, le maniement du sabre de samouraï qui frémit, le crayon à papier sur le carnet de moleskine qui écrit tout seul.
Dans le carnet aussi, il y a, à la page quatre vingt dix sept, la description des sanctuaires bouddhistes. On peut observer la même chose, écris à la craie contre les rochers de la rivière en contrebas. Et, à la page sept, il y a la vivacité du pastel qui entreprend une odyssée.
Glissant brusquement avec ses deux seaux d’eau, il y a aussi Supertramp le vagabond qui envoie de la vapeur dans le ciel d’hiver de l’Alaska !

À la page neuf, il y a, accroché à la verticale, l’espace d’une page blanche qui se recueille avec les autres bestioles et des petits bateaux qui gisent dans le seau d’eau troué.
À la page dix-huit, il y a le compte rendu des marchands de tableaux qui rangent leur matériel, l’installation d’une douche non conventionnelle et le planning des exercices physiques pour éviter la nuit d’user des narcotiques, pour fatiguer le corps et lui apprendre à se passer des médicaments.

Il y a encore le moteur absent du van qui refroidit pendant l’écriture.
Dans ses lettres, il palabre avec son père sur la direction à suivre à l’avenir et, dans le disque dur de son ordinateur qui continue de transférer des informations contradictoires, il y a l’étude de la linguistique à l’état sauvage.

Depuis les moindres recoins épiphaniques de son cocon, des femmes extatiques se massent autour de lui en imagination et rêvent de se rafraîchir comme lui sous une douche glacée, à l’air libre du petit matin !

Un poêle à bois, à la place du radiateur, qui chauffe le van pendant les longues nuits à écrire sur les martyrs djihadistes disparus.
Des martyrs qui ont jadis fait la une des journaux des kiosques, pendant qu’il tirait sur le mégot de sa cigarette de chanvre, quand il était encore adolescent, en craquant parfois une allumette pour la rallumer.

Et, emballé précieusement dans le papier kraft, la silencieuse complexité d’un bonnet tricoté main par une amie de passage pour tenir tête aux nuages et ramené ici en Alaska pour sa grande aventure en pleine nature.
Il y a aussi un ciel transmettant seulement des informations aux vivants et une lueur rougeoyante diffuse à la place du soleil d’hiver qui annonce les prémices du printemps.
Il y a le matériel du trappeur dans son sac à dos d’esthète voyageur en quête de communion avec le cosmos, à la recherche de sa véritable identité dans les ténèbres.

Il y a le mouvement du crayon à papier sur le carnet de moleskine à la page neuf, la piste du trappeur qui s’éclaire à la lumière de sa loupiote et tout ce qui résonne avec les chants sacrés de la nature : les mécanismes perturbateurs des grands serpents, le bruit de l’eau provenant de la rivière et ces mercenaires qui attisent les forces, en espérant calmer un peu le jeu ; ces mercenaires qui font grossir un travail de sape kafkaïen en échangeant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune nation démocratique avec d’autres données issues de la guerre du Kippour.

Dans le carnet de moleskine, toujours à la page neuf, pour graver dans leurs sillons une élégance d’ensemble impéraliste, les jaillissements d’une carte comme le joker ; un joker qui classe selon leurs impuretés alchimiques toutes les lames de la première page.

À la page cinq, s’endormant sur ses lauriers, la description d’un film de Stanley Kubrick qui vérifie les appels manqués en ballottant dans la cheminée ; et, dans le carnet de moleskine, à la page trois, la description d’une kermesse tandis qu’une flaque d’absinthe infiltre le plancher en arrachant les lacets de la route. Toujours à la page trois, Il y a Cassandre qui lit le parchemin sanguin de Jack Kerouac en le découpant sans supprimer ses messages.

Dans le carnet de moleskine à la page quatre, en allumant la télévision en noir et blanc, il y a des ratures qui font moisir un jeu éducatif, il y a les chiens du désert lapant la jarretière de cette femme nue ; le hurlement de ces chiens ressemble à la peine.
À la page trois, il y a le mur qui mord les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes. Et à la première page, le récit d’un film d’horreur très kitsch qui emprunte sa chronologie à une timeline je-m’en-foutiste.

Et, à la page huit, pour désigner un référent, apparait l’expression kabyle, incandescente, livide, à l’heure la plus froide de la nuit, et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, d’une évasion : après les jours de crêpe, la joie tombant en cataractes et reliant entre eux les penseurs par un label collectif.

À la page sept, en se référant au système adverse, il y a une kyrielle d’injures alchimiques. Et, dans le labyrinthe de la page sept, le kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fait apparaitre les premières hésitations : une alternance de forme et de style qui sera relégué au sein du navigateur chaque fois qu’ils hésitent.

Dans le carnet de moleskine à la page sept, à plusieurs reprises, il y a leurs juvéniles arborescences philosophiques qui détachent les feuillets du livre de Job et qui engendrent, à partir de ce système désuet, la fabrication du jean en procédant toujours par ordres d’idées.

À la page six, il y a cette eau de Javel fossilisée qui ondoie comme le karma des chamanes de Sibérie ; et leur tradition orale qui flotte, comme le vaisseau de commerce baptisé le Nostromo, en procurant des profits juteux.

À la page dix il y a une grande variété d’humanoïdes extraterrestres qui délivre ses joules ; ses joules qui ballonnent leur exosquelette et qui survivent aux outrages du temps. À la page dix, étrangement, les os de leur thorax ont éclaté. Leur parenté avec notre espèce s’arrête là.

Dans le carnet de moleskine à la page neuf, il y a la fulgurance de la pensée logique et judiciaire qui ébauche leur progression filmée par la caméra ; cette fulgurance qui se hisse hors de son huis-clos d’origine pour revenir à l’assaut et, bien malgré elle, elle s’incarne dans les jantes des roues motrices qui sont clouées latéralement.

À la page dix, il y a l’étape du perfectionnement : le sabre de samouraï et le lasso du cow-boy pour imaginer la fin de ce testament aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de l’Empire fraîchement établis.

Djihad !

Elles donnaient, leurs fenêtres, sur une place, ou sur le toit du monde, ou bien encore sur une nouvelle ville sainte. Ils battaient, leurs cœurs, au rythme du blues des bas-fonds ; elle inventait des canulars, la geisha, à faire mourir de rire les princesses au perruque de poils bronze et rêche. Il s’éteignait à petits feux, le célèbre carburateur Zénith de leur jeep à qui ils vouaient tant de chevauchées.

Il en avait du chien, le langage de la geisha à la dérive, et, dans sa loge de star dévasté, il exécrait tous les humains l’islamiste Kaphrium qui avait écrit un manifeste et toutes les histoires d’effondrement de civilisations, comme un leitmotiv certes un peu macabre.

Et il ranimait le spectre des Années X, le magnétophone qu’il avait laissé à la geisha, avant de mourir. En l’allumant, la bande sonore énumérait une longue liste d’offensives islamistes quand le monde de la surface serait bientôt prêt à leur appartenir.

Elles en avaient sillonné des territoires celtes, leurs chevauchées fantastiques, quand la jeep les emmenait aux confins de la folie. Elle l’avait lu, le bouquin Vilnius Poker, la Geisha qui patientait à présent en attendant la fin du monde tant annoncée. Ils en pinçaient tous pour la geisha, les hommes rencontrés lors de leur périple quand la ville était encore endormie.

En promettant des scénarios pas très folichons pour leurs mondes celtes, le manifeste de Kaphrium suintait le souffre et elles en étaient imprégnés, les pensées mélancoliques de la geisha ; de mon côté, en traversant les mers tempétueuses pour rejoindre la geisha, je me démenais pour libérer Kaphrium de prison, et sciemment je récupérais le mouvement qui avait fait sa renommé, fasciné par mes proies occidentales.

Plus tard, sous la lune, les vautours s’occuperaient de leurs cadavres, se perdant dans la nuit.

Les forces spirituelles guidaient mes pas, je savais que je franchirais un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, je n’avais plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent ; et soudain j’entendis le cormoran des limbes appeler mon nom…

Au cœur de ce remue-ménage, à l’heure où tout allait s’enflammer, les troupes de Kaphrium allaient s’immiscer entre les lignes ennemies ; le Djihâd allait commencer pour de vrai : c’était une authentique théologie du feu et des drames !

Elles éructaient des injures, les créatures de cette étrange station de métro et les esprits s’échauffaient au décompte de Noël qui devait sonner le glas de leur civilisation pitoyable ; les bonnes résolutions à venir allaient vite se dégonfler sur le zinc d’un vieux bistrot qui rejetait de l’urine sur les murs.

Informatique

Venant des profondeurs de son appareil Kodak, les données de son iPhone sauvegardé émettaient quelques notes de blues consolateur, en dirigeant sur des sites aux processeurs féodaux. Des processeurs qui effectuaient leur mise à jour, en agaçant la glotte de leur créateur, tandis que je farfouillais dans les options de ce traitement de texte. Des options qui plagiaient le contenu du carnet de notes de Kaphrium et, sur l’écran de l’ordinateur maintenant, un traitement de texte qui avait capturé, à l’aide d’une clé USB, des photographies de jeunes filles galbées et longilignes.

Pour étudier les fluctuations du marché boursier, à partir de mon ordinateur, je devais brancher cette clé USB qui ressemblait au stick d’un rouge à lèvres et qui appartenait à Supertramp le vagabond. Plus tard, dans le métro, le réseau gangrenait des univers cicatrisés et vidés de leur suc et de leur prépuce ; un réseau qui téléchargeait d’immenses agrandissements photographiques. Sur ces photos, on voyait les promoteurs numériques se précipiter tête-bêche dans le caniveau, en crachotant des spermatozoïdes pacifistes.

De mon côté, je gribouillais à présent sur mon bloc-notes : une caméra filmait les mouvements saccadés de l’écriture automatique, symbolisée par cette petite babiole de disque dur. 

Synthétisées lors de ce transfert, des partitions musicales célébraient les films scénarisés montrant des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires ; en avançant l’heure locale et en réduisant cette infime distance entre le décor photographique et les faux raccords, ces partitions musicales bourdonnaient comme le disque dur de cet étrange ordinateur.

Les hackers s’accociaient pour riposter et s’engouffrer dans les failles virtuelles, lançant une restauration du système et, de l’autre côté des portes de l’hôpital, on s’intéressait alors à la science des labyrinthes et des chemins de fer antique.

Des hackers qui assistaient, impuissants, à la révolution informatique de la poussière narcotique, tombant sur les ordinateurs obsolètes.

De la poussière narcotique qui redevenait poussière narcotique tandis que j’observais la tapisserie jaune de la chambre d’hôtel.

Il y avait aussi, parmi cet amas de nouvelles technologies, des photos en noir et blanc évoquant une scène libidineuse classée X. Des photos représentant des stripteases aussi ésotériques que hermétiques pour ces pirates informatiques ! 

Elle rassemblait l’immense foule des corsaires informatiques, en décuplant leur force lors de ce solstice d’hiver, cette stripteaseuse qui utilisait des mots tels que requêtes ou échardes !

Et cette clé USB qui ressemblait au stick d’un rouge à lèvres, ouvrait Twitter et Facebook sur l’écran de mon iPhone préhistorique, par l’intermédiaire d’applications qui aimantaient les publications scientifiques.

Il y avait aussi, parmi les fils électriques alimentant l’étrange ordinateur, des prises de téléphone qui effaçaient automatiquement les dernières conversations. Il y avait ensuite de laiteuses et nuageuses opératrices qui recyclaient l’obsolescence des ordinateurs et d’extravagantes ferveurs populaires en résultaient.

Il y avait aussi, dans la confusion la plus totale et sur tous les écrans de cinéma, l’histoire et les genèses possessives des grandes meurtières et des publicités tropicales.

Des publicités tropicales qui zèbraient la timeline de Twitter d’orgasme dévastateur ; des meurtrières qui vomissaient des pluies aussi mornes que diluviennes tandis les autorités tentaient de mater par la répression la résistance héroïque des peuples. 

Il y avait des hélicoptères qui atterrissaient sur des pistes psychédéliques et je les regardais, le cœur serré, glacé jusqu’aux os, mitrailler les foules méditerranéennes.

Il y avait aussi les pachydermes qui s’essoufflaient en courant après les voleurs de reliques ; des voleurs qui galopaient en modifiant la structure de leur squelette.

Leur squelette ? Une stimulante armature de pièces volées aux cyborgs pendant les métrages perdus. Des cyborgs qui contrôlaient et qui maintenaient la vitesse des trains à vive allure. Les autorités, peaufinant leurs discours, préparaient le retour des rois capricieux qui luttaient, de chaque côté du gouffre, pour ne pas disparaître.

Enfin, depuis l’instauration de ce nouveau régime, leur cerveau brassait d’insolubles forces obscures et, en bas de mon hôtel, des manifestations se soldaient par des échecs sanglants.

Alors, s’autoadministrant la couleur noire des inséminations semblables aux mouvements rapides, générés par le silex, le disque dur de mon ordinateur transmettait leur consigne insomniaque pour hanter les nuits de ces rois corrompus. 

En arpentant les champs de ces humains enfermés, les machines de la matrice, dans un blizzard criard, partaient à la recherche de ces esprits encyclopédiques, aussi insolents que déclinants.

L’État vit soudain apparaître des émeutiers aussi forts que Popeye, de nouvelles technologies à la puissance photovoltaïque hautement chargées de drogues acidifiantes.

Une énergie photovoltaïque qui jaillissait des matières minérales apportées par l’eau et le vent : des dépôts nourrissant les sapins de Noël et les bornes d’autoroutes qui serpentaient dans la région.

En les convertissant en piles électriques, les guirlandes de ces sapins de Noël s’allumaient après avoir inséré cette clé USB bizarre ; les cellules grises des émeutiers étant récupérées pour fortifier le courant alternatif des foyers qui se perdaient dans les vallées encaissées.

Des serpentins de pellicules tire-bouchonnée s’aggloméraient soudain aux silencieuses robes célestes des opératrices. Pour ajouter, la nuit, des images de banderoles survoltées sur les écrans de cinéma, d’autres disques durs, gorgés de sang, configuraient les données éthérées, singulières, photovoltaïques de leurs compteurs à zéro dans cette salle de bain aux miroirs de bordel étincelants !

Un drôle de zèbre

C’était un drôle de zèbre ; il arpentait les quais du métro en récupérant la couleur rouge des tickets TCL pour en faire des confettis. Un drôle de zèbre avec des pupilles semblables aux puces copulant rapidement pour arriver à une pléthorique armée de mercenaires, avec une intelligence générée par le silex et avec une imagination se cramponnant aux prises vertigineuses, aux plongées verticales des disquettes cinématographiques.

Il y avait tout un monde à découvrir à l’intérieur de ces vieilles disquettes, par exemple il y avait la playlist de Nirvana qui doublait la capacité de stockage lorsqu’on débranchait les clés USB aux sillons trop labourés.

Il y avait aussi, dans les méandres et sous-dossiers de ces disquettes, des photos en noir et blanc qui dépensaient jusqu’au gaspillage une énergie considérable ; pour les ouvrir une centrale nucléaire n’aurait pas suffi.

Son cerveau chuintait des pensées porcines ; des pensées monstrueuses aux fils électriques dénudés, des pensées avec de la morve noire comme du pétrole.

Je recueillais les lignes droites, ne perdant pas le nord, et les raccourcis claviers des disquettes surréalistes avec du tabac à priser, devant mon bol de café venant des hauts plateaux de l’Éthiopie. Et toujours le matin, en sauvant les apparences, des lettres prométhéennes se cachaient dans le tiroir de la table de nuit alors qu’il était éclairé par la lueur irradiante de l’écran de l’ordinateur, réunissant les ombres des profondeurs de son appareil Kodak.

Transformant le contenu de ces disquettes à chaque rentrée d’argent sur son compte, le drôle de zèbre avait gagné des napoléons, de la monnaie sonnante et trébuchante.

Et l’aube, avec ses larmes d’Inuit qui glissaient le long des briques des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires, lui apportait la fortune tant espérée ; ces larmes qui suivaient, en dominant l’horizon, le chemin de fer antique… ces larmes nées dans la poussière narcotique, et qui redeviendraient poussière narcotique.

Ces mêmes maisons, où étaient piégés les Nouvelles Combinaisons, les mots de passe, le bleu vif de ces larmes, avaient sapé leur amalgame de sables et d’exaltation sinistrement fiévreuse.

Love Buzz

Matérialisant quelques sentiments de love buzz amoureux avec un ancien téléphone cramoisi à fil élastique, qui était assorti aux draps du lit, je décuplais la force des serpentins de leurs braies et de leurs cottes de mailles en lambeaux. Il y avait aussi une mallette d’échantillons d’aphrodisiaques, un jeu de cartes à l’ancienne mode, des poignées de soleil vert rasant fugitivement les murs.

La vieille moquette rouge usée sécrétait les symboles avant-coureurs d’une lointaine galaxie dynamité.

En troublant leurs graphismes maléfiques et en combinant monarchiquement les romances prescrites d’usage, ils discutaient entre eux au sujet de leur retour, quand, tristement, de mon côté, plongeant dans la faible lumière de leurs danses fantasmatiques, j’avais lancé dans tous les azimuts des S.O.S pour sortir de ce nid de créatures solitaires mais dévergondées.

Il y avait encore ces années X, où tout avait commencé, et cette vierge qui rampait  aux pieds des hommes-hippocampes neuronaux, il y avait toujours ces souvenirs  difformes, fragmentés. Il y avait aussi la Fabrique Croix-Roussienne de Razko Kaphrium ; sur le visage du patron courait abjectement une fente distendue corrigeant en un millième de seconde, quand on l’observait, leur sanglante mais bien-aimée psyché prémonitoire !

Le nord d’Harlem !

Tout d’abord, en bois d’ébène, il y a ces yeux clos et amovibles qui paraissent chuinter au fond de mes tempes creuses ; des yeux qui appartiennent à la reine noire et son inextensible clair-obscur.

Et chaque jour, oubliés selon l’usage traditionnel, il y a les lambeaux de sa temporalité qui augmentent la dose de méthadone jusqu’à une cuillérée à soupe.

Et chaque jour, lapée par un reptile en provoquant une accoutumance de nouvelles couleurs, il y a encore la gaine-culotte de son Honneur tendue entre ses cuisses et les revers de son pantalon mordillés par les rats, tandis qu’apparaissent des extraits olfactifs d’ecchymose et de perspicacité instantanée : une préparation d’horizons amalgamés, unique en son genre, irriguant le velours des rideaux qui se referment.

Cependant pour la première fois, j’ai connu un repos total et un sommeil paisible en inhalant instantanément le souffle de ses hélices délimitées par la pluie alors mêlées de strates similaires, en pêchant aussi les morceaux de gomme de la célèbre barre de recherche. Là, j’ai lancé la restauration des huit pistes de Bleach en poursuivant inexorablement mon avance, comme pour réorienter la respiration languide du cyborg.
Il y a aussi des steppes d’immobilité pré-emballée et une fusée se pilotant machinalement comme une transmission éclair.

Au vingt-neuvième sous-sol, entre mes tempes sciées par le rythme visuel d’un film, en revenant de loin, s’étend comme l’huile violâtre et silencieuse des banquises, un iceberg de craie sans lumière et j’ajoute sur son piton de nouveaux vaisseaux sanguins et électroniques.

Il y a aussi d’autres cyborgs brûlant leur charbon cérébral, excessif dans la vase d’un étang rouge.

La plateforme fantasmagorique d’Oji Kick évide tous les sarcasmes du Nord d’Harlem et toute la mélancolie que la drogue peut provoquer au fin fond de la cervelle qui s’épaissit : l’électrisante station de métro, située au dernier sous-sol de la catacombe, incarne l’esprit des cathédrales ossifiées et le paradoxe du bocal de verre bleu où elle se réfugie, en définissant comme lieu précis un souterrain avec un enthousiasme fiévreux.

Après l’installation, quittant les quais du métro, les larmes aux yeux et en s’autoadministrant nerveusement le soliloque du clown sur un banc à la surface, les créatures de la station peuvent survivre et donner naissance à ce soleil vert combinant monarchiquement des cauchemars matriciels.

 

Un étrange ordinateur

Tout d’abord, un étrange ordinateur : en s’appuyant techniquement sur les données des Sociétés de Géographie maritime du XVI et XVII siècles au lieu des algorithmes devenus désuets et incompréhensibles, les trucs en caoutchouc et en cuir de son disque dur, façonnés à la spatule et au fusain, émigraient d’un monde à un autre, d’une toile virtuelle à une autre.

Son disque dur ? Un processeur effectuant des calculs compliqués qui s’ajoutaient  automatiquement aux blocs-notes des salles occultes du Mah-Jong ; ces feuillets s’étirant en règles formalisées alimentaient la gloutonnerie de Gargantua qui glissait des vêtements d’hermine de ses épaules.

Un processeur qui captivait les lèvres surchauffées d’excitation de Gargantua et qui configurait les aventures de Lucky Pierre sans le faire broncher ; et une toile virtuelle où des odeurs incendiaires d’entrejambe interrogeaient les auspices.

Pour voir des corps s’assemblant dans la douleur et pour inventer un nouveau genre à travers un interface nouveau, devant l’écran de l’ordinateur, les sièges de la chambre d’hôtel, où il y avait cette étrange machine, étaient arrachés et, sur l’écran de télévision, il y avait les faisceaux des labours chapardés dans les cinémas saccagés.

Il y avait aussi, dans les yeux de Lucky Pierre, la pureté et l’éclat du diamant qui inondait de lumière cette nuit synthétique. Et, dans le coffre de la voiture en bas de l’hôtel, il y avait un extraterrestre qui versait des larmes des planctons incendiées.

Vaguement humanoïde, sa parenté avec notre espèce s’arrêtait là. Et, sur l’écran de l’ordinateur à présent, on voyait un sourire suggestif qui commençait à arquer les lèvres de Gargantua. Un sourire suggestif après les larmes tremblotantes de l’alien alors que la caméra approchait de la foule autour de la voiture, lançant des éclairs photovoltaïques au milieu des tambours, des trompettes et des tronçonneuses ; des éclairs photovoltaïques qui ravitaillaient les larmes toutes dégoulinantes de l’extraterrestre tandis que la caméra générant des photographies enguirlandées de boucles blondes, renvoyait la silhouette mélancolique de Lucky Pierre dans les profondeurs de la fosse noire !

 

Après un montage délicatement éclairé par les projecteurs, une colonie d’insectes et d’hommes-scarabées élargissait l’ouverture de la fosse noire en forçant le monde actuel, complexe, à changer. En déguisant les diagrammes des manuels d’éducation sexuelle, cette colonie d’insectes et d’hommes-scarabées croulait sous le poids de mes valises et regrettait déjà d’être sorti de la fosse noire.

Comme décor : à quelques centaines de mètres sous terre, des administrateurs ivres en costume de carnaval blasphémaient les refuges bouddhistes qui giclaient de rayons ultraviolets.

Et comme contexte politique : une vraie femme de peine des champs, au commande de l’intelligentsia aristocratique, descendait de la voiture noire, garée en bas, laissant apparaître son ombre prostrée, nue et froide à travers les fenêtres de l’hôtel où je l’attendais. Il ne restait maintenant que la porte d’entrée de cet hôtel underground à franchir ; elle était comme guidée par une force occulte qui, en couvrant les murs de fastueuses parures, s’éteignait déjà une fois au premier étage de l’hôtel.

Sur l’écran de télévision, une scène classée X concluait sur le passage des traîneaux de chiens en Alaska et ces chiens, qui lapaient dans leur gamelle l’infusion au tilleul que j’avais préparé, nous conduisaient au château de Gargantua où des noces d’orfèvres étaient annoncées. Je suivais la cérémonie officielle en décrivant l’amer chagrin de Lucky Pierre qui avait dissipé les lois gravitationnelles du monde de la surface.

Enfin rejoignant la femme de peine des champs dans ma chambre d’hôtel, une belle dame en robe claire associait à chaque ligne des blocs-notes une couleur disparue et alors, dans nos veines, coulaient les platitudes vulgaires des toiles exultantes.

Sur les toits, Gargantua, qui était monté à l’aide d’une échelle, se fit hussard et ainsi contrôlait les allées et venues partant de la réception de l’hôtel, une couronne noire tressée avec de vieux films en cellulose sur la tête.

En tolérant la noirceur de l’aube, des trous et des roues vertigineuses qui trinquaient à la santé du timonier, les chiens qu’on avait vu sur l’écran, dans un va-et-vient incessant, se matérialisèrent et la lumière couleur mimolette qui tombait des néons de l’hôtel nous enivrait alors !

En triant ses souvenirs dans le journal à tenir chaque jour via Day One, l’application pour iPhone, je finissais cette journée en effaçant les strideurs étranges du disque dur et en les remplaçant par les truculentes données des sociétés de géographie maritime…  Et, alors,  en fin de compte, Gargantua me regardait, ébahi, étendu sur le bureau, trop surpris pour bouger et je songeais alors à la tunique des rois blancs qu’il faudrait repasser !

Les cendres d’Angela

Quand se levaient au ciel les grandes voûtes rapprochant les fleurs humides et rubescentes entre elles, dans la senteur des palmes et des fauvettes de mai, le soir, les lions relevaient leurs crinières et le soleil crevait doucement.

Il y avait aussi une belle blonde qui parlait du Tibet et du taoïsme comme on parle d’amour étrange ; ses lunettes de soleil étincelaient au fond de la vallée de la mort, et, dans la Jeep, je n’engageais pas la conversation de peur qu’elle vire à l’aigre à cause de la chaleur !

J’avais grandi dans la demeure familiale avec la toute-puissance du patriarche et elle était féministe !

En traversant un torrent, je demeurai vigilant, sur le qui-vive quant aux choix des mots que j’allais prononcer ; nous étions partis en vadrouille après avoir encaissé mon chèque d’un montant faramineux, c’est ce que nous faisions chaque fois à chaque rentrée d’argent. Au loin, le soleil s’éteignait comme une tringle qui tombe brusquement.

Au campement, j’admirai un scarabée sur son épaule ; nous venions de planter la tente sur un gazon verdoyant et le ciel, qui était cette après-midi d’un bleu spectaculaire, devenait soudain sombre. Une tornade s’annonçait et le vent emportait déjà les détritus du camping ; on ne le savait pas encore mais la tornade  allait vandaliser la vieille abbatiale d’art roman qui montrait ses tours carrées quand nous sortions de la tente.

Pour dîner ce soir, il y avait un vin de xérès qui nous accompagnait ; à la fin, un peu ivre avec cette belle blonde, je lui racontais que des mygales m’avaient parcouru l’échine dorsale quand je m’aventurais jadis sous des latitudes tropicales. Elle prît ses airs de marquise et je dûs changer de sujet.

Pourtant l’eldorado n’était pas loin pour nous deux ; nous possédions déjà un trois-mâts qui voguait au large de San Francisco et la fortune nous souriait mais nous étions encore loin d’imaginer qu’elle nous écarterait à jamais des coups de Trafalgar !

Angela, par le choix de ses livres, rêvait d’un monde en silicone noire, aux naïades aussi fantasmagoriques que guerrières ; un univers aux champs de tournesols immenses et infinis !

De vin, de poésie ou de vertu !

Un plan serré dans la pénombre montre des insectes striduler follement au fond des bois ; mutuellement de leurs regards furtifs un homme et une femme vêtus en tout et pour tout de robes de bure noires alimentent un vaste feu de bois. Elle est à genoux et lui accroupi. De longues échancrures le long des robes révèlent le galbe de leurs jambes nues.

A quelques mètres autour du feu brûlent cinq grands cierges noirs. Un observateur attentif remarquerait peut-être qu’ils ont été disposés à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle mais la caméra ne s’attarde guère sur le plan d’ensemble, lequel souligne en revanche la rondeur d’une lune blanche, l’épaisseur des feuillages à l’arrière-plan et la hauteur des arbres alentour.

La caméra a presque tout perdu de la magie des lieux. La caméra à présent s’attarde sur des gens au supermarché qui vont s’acheter du vin, et, dans le rayon librairie des individus qui lisent de la poésie ; et pour la vertu, pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps, on n’a pas trouvé d’acteurs ; on a quasiment tout pris à ce cher Charles Baudelaire…

La caméra ne s’arrête pas en si bon chemin, elle filme à présent un cercle d’alcooliques anonymes partageant leurs nouvelles expériences, bonnes ou mauvaises, en cercle assis sur des chaises…

De mon côté, je suis au fond de la fosse noire, hospitalisé par des chimpanzés qui veulent apaiser ma souffrance. Pourtant, je ne souffre pas. Je passe mon temps à chercher de grosses pierres à peu près plates pour construire mon abris.

Les gens autour de moi sont fascinés par la mort, s’enivrant sans trêve et leur sang suinte noir et épais de vin, de poésie ou de vertu, bref tout ce qui me manque. J’ai leurs têtes courbées face à ma porte, ils me jurent fidélité en tant que vassaux et j’ai, sous les yeux et sans rien faire, une horrible armée de mercenaires sur le point d’en découdre pour moi seul.

Ensuite, je suis debout avec des airs d’ibis sur une patte, je mets fin à leurs supplices et aucune goutte de sang n’est versé ce jour là. L’industrie du vin est morte, la poésie inexistante et la vertu oubliée dans les oubliettes.


Je réalise que nous produisons tous le même rêve et que nous ne sommes pas éveillé, un peu comme dans la matrice. La nuit va se dissiper heureusement. La fosse noire va connaître les premiers rayons du soleil, et, se rapprochant petit à petit, il vient tout balayer l’océan infini de l’amour inconditionnel.